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ET LA PHARMACEUTIQUE

L'idée d'établir à la moutagne et dans les différentes altitudes où vit la flore alpine des jardins botaniques, de condenser en un clos plus ou moins grand des collections de plantes appartenant aux différentes montagnes du monde mais surtout à celles du pays luimême où se trouve le jardin, date de l'année 1885. L'auteur de ces lignes établit alors, dans le Val d'Anniviers, à 2300 mètres d'altitude et dans le jardin de l'Hôtel du Weisshorn, une collection de plantes des Alpes, du Jura, des Pyrénées et de l'Himalaya. Ce jardin fut inauguré en juillet 1886 mais il déclina par suite du manque de soins. C'est en 1889 que fut fondé le gracieux Jardin botanique de la Linnœa, à Bourg-St-Pierre en Valais (1700i" d'altitude) le plus important des établissements de ce genre. Le Gouvernement Fédéral, le Club Alpin Suisse et l'Association pour la protection des plantes subventionnent ce jardin d'une manière régulière, ainsi que le Prince Ferdinand de Bulgarie et d'autres notabilités. Ce jardin, placé sur un mamelon qui, autrefois, portait le Château-Fort de la contrée, a près d'un hectare et demi de superficie et s'étage en plusieurs terrasses sur les trois flancs de la minuscule montagne de 60 mètres qui le forme.

On cultive là, dans 18 rocailles pittoresquement disséminées dans les différentes parties du jardin, tous les végétaux susceptibles de croître à cette altitude, depuis ceux de l'extrême nord, d'Islande et du

Labrador, jusqu'à ceux de la Terre-de-Feu et de la Tasmanie. Ce jardin offre un très grand intérêt scientifique et artistique et tous les amis des plantes doivent s'y intéresser. Il est situé au-dessus de Martigiiy, sur la route du Grand-St-Bernard et à 3 heures plus bas que l'hospice bien connu. Chacun peut le visiter en versant une finance d'entrée de 50 centimes.

Le Jardin de la Linnœa est situé sur sol granitique dans une contrée absolument siliceuse. Les plantes calcicoles n'y réussissent qu'à grand peine; c'est ainsi que le Gentiana lutea (pi. 341), qui est remplacé dans le pays par le G. purpurea (pi. 342), n'a pas encore pu y être acclimaté ; il est absolument rebelle à la culture dans le sol de Bourg-St-Pierre et il a fallu ajouter du calcaire au terrain pour arriver à l'y introduire. Il en est de même de plusieurs autres plantes.

C'est pourquoi il s'est fondé dans le massif calcaire des Alpes Vaudoises, au sommet des Rochers de Naye sur Montreux, un autre jardin qui porte le nom de Mambertia (en l'honneur du poète-botaniste Eugène Rambert, de Clarens) qui, situé à 2000 mètres, se trouve dans d'excellentes conditions pour la culture de toute la flore ealcicole. La Rambertia est située à quinze minutes du point terminus du chemin de fer qui, de Territet, monte aux Rochers de Naye et près de l'hôtel. Le jardin s'étale sur le flanc méridional des Rochers de Naye et sur une pente qui, de la Gorge des Dentaux, descend au Plan d'Arène, à cent mètres plus bas. On espère acclimater là toutes les plantes des Alpes calcaires et il est certain que ce jardin offrira, lui aussi, un grand intérêt.

Il est très visité car, grâce au chemin de fer, il monte beaucoup de monde à Naye. La finance d'entrée, comme pour la Linnœa, est de 50 centimes.

Ces deux jardins ont été créés à l'instigation du Comité de l'Association pour la protection des plantes dans le but, tout d'abord, de protéger certaines espèces de plantes qui deviennent de plus en plus rares et de les conserver au pays. Il y a, en effet, dans la chaîne alpine, un certain nombre d'espèces qui disparaissent ou deviennent rares. Une société s'est fondée, en 1883, à Genève, dans le but de prévenir l'extirpation des espèces menacées. Cette société publie chaque année un Bulletin assez volumineux souvent et qui est adressé

un peu partout pour répandre les principes de l'Association. Elle compte près de 900 membres, disséminés dans tous les pays et qui payent une cotisation annuelle de deux francs rachetable par un versement définitif de 40 francs. Elle fait faire des conférences sur la question de la protection des plantes et place, dans les hôtels des Alpes, des affiches en plusieurs langues recommandant la modération dans l'arrachage des plantes de montagnes. Mais le plus beau côté de son activité a été la fondation des jardins botaniques protecteurs dont nous avons parlé et dont cinq ont été créés à son instigation. Les Clubs alpins seront nécessairement appelés, un jour ou l'autre, à remplacer l'Association protectrice des plantes et à poursuivre son œuvre. C'est ce qui a déjà lieu en Italie et en Allemagne.

Les plantes alpines deviennent de plus en plus à la mode ; non seulement on les cultive dans les jardins en des rocailles ou des fissures de murailles, mais on en fait des collections qu'on conserve -^n pots et qu'on soigne avec amour sur un balcon, une terrasse ou même une fenêtre. On les utilise pour garnir des plates-bandes ou des corbeilles mais surtout pour décorer le jardin pittoresque et naturel et animer les pelouses et les sous bois. L'art s'en est emparé et chacun sait combien nos peintres de fleurs, nos pyrograveurs, nos sculpteurs s'appliquent à reproduire les plus belles d'entre les fleurs de la montagne. William Morris, en Angleterre ; Ed. Reuter, à Genève, d'autres encore ont cherché à introduire dans l'art les fleurs des sommets. L'Ancolie, le Rhododendron, la Gentiane, l'Edelweiss, l'Anémone etc. etc. sont entrés dans le domaine de l'art et tiennent une grande place dans nos musées et nos expositions. Lors de de notre Exposition nationale suisse à Genève, en 1896, nous avons vu dans plusieurs domaines l'art appliquer la flore alpine à l'industrie.

L'art suisse est plus particulièrement inspiré, dans ces dernières années surtout, par la flore de nos montagnes. L'n auteur lucernois, M. Ulrich Gutersohn, a exprimé dans la « Schtveùerische Rundschau ^ » les idées de beaucoup d'entre nos artistes suisses actuels, c'est que la flore alpine est appelée à imprimer à notre art national

^ Schweizerische Rundschau, 1896, n» 2, p. 121 à 128: Die Schiveizerflora im Kunstgeiverbe.

un cachet spécial. Le Suisse ne doit pas copier ce que ses voisins produisent mais il doit s'inspirer de la flore de ses montagnes s'il veut développer l'art vraiment suisse. Et cela non pas, seulement, dans l'art pour l'art, dans les tableaux et les sculptures de luxe, mais aussi et surtout dans l'art appliqué à l'industrie. C'est ce que font, d'ailleurs, depuis longtemps nos potiers de l'Oberland Bernois qui ont peint les fleurs de leurs montagnes sur les curieuses terrescuites qu'ils vendent aux étrangers, comme sur les catelles des fourneaux de luxe qu'ils établissent dans les maisons du pays. Les sculpteurs de Brienz et des Vallées bernoises comme les brodeuses de St-Gall, ont trouvé dans la flore alpine de superbes et innombrables motifs de décoration qui ont une originalité très spéciale. M. Gutersohn, qui a exposé lui-même à Genève des dessins merveilleux synthétisant des fleurs alpines, cherche à entraîner dans ses idées nos artistes suisses et nous espérons que son appel sera entendu et que de plus en plus, l'art évoluera, chez nous, de ce côté-là \

Il nous souvient qu'en 1883, à l'Exposition nationale suisse de Zurich, M. Heer-Cramer, le grand tapissier lausannois, exposait des étoffes charmantes comme garniture d'une chambre à coucher. Sur un fond clair extrêmement délicat se dessinaient les fleursdel'Alpe et des glaciers, Primevères, Edelweiss, Rhododendrons, Soldanelles etc. Ces étoffes avaient été tissées sur le modèle qu'il en avait donné et depuis lors ce genre si suisse et si spécial s'est beaucoup répandu chez nous.

La médecine utilise un grand nombre d'entre les plantes des montagnes. Sans compter l'arnica et les différentes herbes qui entrent dans la composition du thé suisse, il est une foule de plantes dont les montagnards utilisent les propriétés pharmaceutiques et dont ils se transmettent la connaissance de génération eu génération. Le Génépi (Iva del'Engadine)desChamouniardset desValdôtains, la Gentiane,

ï Ces lignes étaient écrites quand nous avons eu la bonne fortune de visiter la fabrique de poterie genevoise à Carouge où l'on nous a montré plusieurs services en faïence et porcelaine décorés par la flore alpine. Il y a même un service de chambre à coucher sur lequel on a représenté la plupart des fleurs les plus populaires de nos Alpes (Edelweiss, Chardon bleu, Oeillets, Anémones, etc.). Nos meilleurs compliments aux propriétahes, MM. Degrange & Cie.

la Chartreuse etc. sont des liqueurs faites avec des herbes des Alpes. La famille des Composées nous fournit les Armoises (Artemisia), les Achillées et plusieurs herbes amères qui sont stomachiques et fébrifuges tandis que les Renonculacées nous offrent l'Aconit, l'Hellébore et les Renoncules qui contiennent des principes très actifs, les Ombellifères qui renouvellent et purifient le sang etc. etc.^

Nos montagnards sont très au courant des valeurs médicales des plantes; ils font appel à elles dans nombre de cas et leur attribuent souvent des propriétés merveilleuses qu'elles n'ont pas. De là à susciter un monde de légendes, il n'y a qu'un pas et l'on comprend aisément qu'il se soit formé, au sujet de la tiore alpine, tout une floraison de traditions poétiques dont les récits agrémentent et charment la vie des peuples de nos Alpes. Nous recueillons avec piété et amour toutes ces traditions populaires que nous espérons réunir un jour ou l'autre en un volume sur la « Floslore » ou les Légendes des fleurs. Ceux d'entre les lecteurs de cet ouvrage qui pourraient nous aider à conserver pour les générations futures ces récits charmants et si pleins de poésie que se content les bergers dans leurs longs entretiens auprès de la cendre chaude, rendront grand service à l'auteur de ces lignes en les lui adressant.

1 Lire à ce sujet « Le jardin de l'Herboriste » un volume de 260 pages illustré, par H. Correvon, chez l'auteur, à Genève.

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