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ACTION BIOLOGIQUE

VOidiiim lactis est Saprophyte; on a prétendu, mais sans preuves à l’appui, qu’il était un des agents de la fermentation lactique.

Il peut, en se développant à la surface de certains liquides sucrés, provoquer une faible fermentation alcoolique.

BEGGIÂTOA OU SULFURAIRES

Les Beggiatoa ou Sulfuraires sont les parasites des eaux minérales sulfureuses. On les trouve aussi parfois dans certaines conduites d'eau douce.

Fig. 230.

Beggiatoa raniana (100 diam ).

BEGGIATOA RANIANA

Nous donnons, fig. 230, une reproduction au grossissement de 100 diamètres de la Beggiatoa raniana. On y distingue de nombreux filaments enchevêtrés, composés de petits bâtonnets séparés par des cloisons transversales.

BEGGIATOA OU SDLFÜRAIRES

BEGGIATOA ALBA

L’une des espèces les plus connues parmi les Sulfuraires est la Beggiatoa alba. Elle se trouve dans les eaux sulfureuses naturelles, froides ou chaudes, dans toutes les eaux impures stagnantes, fréquemment dans les puits et les citernes. Elle y forme des flocons blancs, de consistance muqueuse, et qui peuvent s’étendre en larges colonies.

La Beggiatoa alba prend souvent au début de son développement, comme le montrent les fig. 233,234 et 237, une disposition rayonnée,

Fig. 231.

Beggiatoa alba (100 diam.\

Dans les colonies plus anciennes, les filaments secondaires divergent en tous sens, et partent d’un nombre variable de centres principaux ou secondaires, disposés le long d’un filament volumineux (fig. 231 et 232).

On observe souvent entre ces filaments des dépôts brunâtres de matières minérales, précipité naturel des eaux où se sont développées les Sulfuraires (fig. 232). Nous représentons, fig. 233 à 237, Isl Beggiatoa alba à un grossissement plus considérable. Les granulations qui existent en général dans les filaments de Beggiatoa ne peuvent être étudiées qu’à 800 ou 1000 diamètres (fig. 235 et 237).

Ces granulations n’exislent pas partout, et en certains points on distingue très bien la structure des filaments. Ils se composent d’une gaine qui se colore légèromeut par la fuchsine et de courts articles

Fig. 252.

Beggiatoa alba (100 diam.).

réunis par un filament axial, d’une ténuité extrême, qu’on peut comparer au cylindre axe des tubes nerveux (fig. 1236 et 237).

Beggiatoa alba (170 diam.).

La fig. 237 représente à un fort grossissement un groupe radié et un filament analogues comme structure à ceux représentés fig. 233 et 236.

L’aspect radié, comme nous l’avons signalé plus haut, est bien visible dans les petites colonies de Beggiatoa (fig. 233 et 234).

BEGGIATOA OU SÜLFÜRAIRES

PROPRIÉTÉS RIOLOGIQUES

Les Beggialoa vivent particulièrement dans les eaux sulfureuses Ces micro-organismes ont longtemps passé pour jouer un grand rôle dans la production de l’hydrogène sulfuré et des sulfures. Il est au

contraire démontré que les granulations de soufre des Beggiatoa sont empruntées par elles aux eaux minérales, et que, loin de Jouer un rôle

Fig. 235.

Beggiatoa aïba (1000 diam.).

dans la formation des eaux sulfureuses, elles amoindrissent leur teneur en principes actifs (Macé). Les Beggiatoa vivent très mal dans

les eaux pures et leur présence dans une eau potable doit être considérée comme l’indice d’une souillure primitive par des substances orga-

Fig. 236.

Beggiatoa alba (1000 diam.)

niques. Nous en avons observé en quantité considérable, avec MM. Yvon et Berlioz, dans certaines conduites d’eau de la ville de Paris

Beggiatoa alba (1000 diam.).

Les amas floconneux de Beggiatoa sont comiiis, dans les eaux thermales sulfureuses, sous le nom de glairine ou barégine.

FUSISPORIÜM ÜNCIGERUM

Le Fiimporium uncigerum ou moschalum, dont la culture exhale une odeur musquée, se développe sur l’agar sous forme d’une épaisse couche rose saumon, très adhérente, et dont on ne peut qu’à grand’peine détacher des parcelles à l’aide de l’aiguille de platine.

Il faut, pour observer le développement du Fusisporium, étudier des cultures très jeunes sur plaques de gélose (fig. 238 à 241).

La fig. 238 représente la germination des spores unciformes du Fusisporium, qui poussent un prolongement, point de départ des filaments mycéliens. On observe le début de la germination d’une de ces spores sur la figure 241. Au bout de 48 heures, les filaments de Fusi-

ATLiS DE MICROBIOLOGIE

sporiiim forment déjà une épaisse couche enchevêtrée, et sur les bords

Fig. 259.

Fusisporium moschaium. Culture âgée de 2 jours (400 diam.)

de la culture on peut constater que ces filaments sont formés

Fusisporium moschaium. Culture âgée de 12 jours (400 diam.). Basides en forme de croissant.

FDSISPORIDM UNGIGERDM

d’articles séparés, juxtaposés, et présentant des pseudo-ramifications.

Les éléments de reproduction du Fusisporium sont des basides en forme d’ongle ou de crochet et le plus souvent réunies deux par deux, comme le représente la fig. 240.

En d’autres points de la même culture sur gélose, qui est âgée de douze jours (fig. 241), on voit ces éléments insérés sur des filaments adultes par l’une de leurs extrémités. L’un d’eux est en voie de germination.

Fis. 341.

Fusisporium moschatum. Culture sur agar-agar (12 jours) (400 diam.}.

Le Fusisporium se colore sur les lamelles, après dessiccation, par la fuchsine alcaline ou par la méthode de Gram.

PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES

Le Fmisporium moschatum est un Saprophyte dont l'action est encore assez mal déterminée.

CLADOTRIX DICHOTOMA

Les Cladotrix se trouvent dans les eaux impures et stagnantes. Ils végètent sur la carapace de certains animalcules des marais sous forme de touffes filamenteuses pouvant donner l’illusion de ramifica* tions ; ces pseudo-ramifications ne sont autre chose que l’accolement sous des angles variés de filaments voisins.

M. Metschnikoff nous a fait observer de belles touffes de Cladotrix dichotoma sur les carapaces des cyclopes qui se reproduisent dans les aquariums de l’Institut Pasteur. Nous avons isolé plusieurs colonies de Cladotrix par la dissociation et les avons colorées à la fuchsine.

Les, touffes de Cladotrix sont insérées sur la carapace des cyclopes et s’épanouissent en divergeant. Les extrémités des filaments flottent dans le liquide. Après dissociation et coloration, on remarque que les filaments du Cladotrix dichotoma se composent d’une gaine qui fixe faiblement la matière colorante et de courts articles séparés les uns des autres, et donnant assez bien à ces divers filaments l’aspect représenté pour la Beggiatoa alba (fig. 256). Le plus souvent les filaments sont accolés depuis leur point d’insertion; pai’fois leur gaine semble bifurquée, mais jamais les éléments qui entrent dans la composition des tubes ne se ramifient eux-mêmes. Nos préparations étaient montées dans l’eau; il nous a été impossible de les fixer et de les transporter dans notre laboratoire pour les photographier.

PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES

Le Cladotrix dichotoma se développe dans les eaux stagnantes riches en infusoires. Il est saprophyte.

STREPTOTRIX

Cohn a donné le nom de Streplotrix à un champignon inférieur trouvé par Fœrster dans des concrétions des canalicules lacrymaux.

Le Streptotrix de Fœrster est composé de longs filaments ramifiés et enchevêtrés.

Marchand, en 1885, distingua nettement les Streptotrix desCladotrix d’après l’aspect et la disposition de leurs ramifications.

Le Cladotrix dichotoma de Cohn est formé de filaments juxtaposés; ces filaments sont constitués par des articles contenus dans une sorte de gaine incolore et peu visible, et ne présentent jamais de divisions véritables.

Le Streptotrix de Fœrster est, au contraire, constitué par de longs (ilameiits droits ou sinueux, qui se divisent et se ramifient en tous sens, sans présenter de segmentation appréciable.

La découverte du Streptotrix de Fœrster devait avoir, en bactériologie, des conséquejices inattendues, puisque en peu d’années sont venus se grouper sous le même terme générique les champignons de toute une série de maladies infectieuses : l’Actinomycose, la Pseudotuberculose d’Eppinger, le Farcin du bœuf de Nocard, le Pied de Madura, etc.

Les Streptotrix ont été étudiés tout particulièrement par le docteur T. Rossi Doria, de Rome (1891).

Après avoir fait justice de la confusion faite par la plupart des auteurs entre Je Cladotrix dichotoma et les Streptotrix, l’auteur décrit toute une série de Streptotrix nouveaux, de provenance variable, mais dont la plupart ont été isolés de Pair, d’eaux potables ou stagnantes, ou de terres de diverse nature.

Depuis cette époque, M. Rossi Doria a poursuivi ses recherches, et nous avons pu voir au congrès de Rome, dans son laboratoire, la collection de Streptotrix la plus complète qu’il nous ait été donne de rencontrer.

Sur les plaques de gélatine, les Streptotrix saprophytes forment d’habitude des colonies arrondies, mates et analogues à de petites gouttelettes de cire ou de stéarine. Les colonies superficielles se développent pins rapidement que les colonies profondes.

Le deuxième et le troisième jour se produit un commencement de liquéfaction autour de chaque colonie. Quand on essaie de prélever l’iine d’elles à l’aide d’une aiguille de platine, on constate immédiatement que la colonie est formée d’une masse compacte et qui ne se laisse que difficilement dissocier.

Fig. 242.

Streptotrix brunnea. Plaque d’agar. Grandeur naturelle.

Si on la transplante sur un tube d’agar-agar, en prenant soin de la fragmenter et de la frotter énergiquement sur la surface du milieu nutritif, on voit au bout de quelques jours se produire une série de colonies mamelonnées et en étages, saillantes de plusieurs millimètres, et de coloration variable.

C’est ainsi que le Streptotrix albido-flava demeure d’une teinte jaune pâle et que le Streptotrix carnea prend en quelques jours une belle couleur rose-chair tout à fait caractéristique. Une autre espèce est franche me lit orangée : tel le Streptotrix nommé jusqu’alors Cladohix asterioïdes par Eppinger.

La culture du Streptotrix du Pied de Madura offre sur la pomme de terre une teinte d’un rouge vif.

STREPTOTRIX

Le Streplotrix du Farcin du hœii[' conserve toujours sur la gélose une couleur d’un gris terne.

Le Slreptotrix de l'Acl'niomijcose, comme nous le verrons plus loin, prend souvent sur la pomme de terre une couleur d’un jaune vif, rappelant celle de la fleur de soufre.

Outre ces colorations particulières à diverses espèces, certains Streptotrix ont la propriété de déterminer des modifications colorées dans le substratum nutritif où ils se développent. C’est ainsi que Rossi Doria décrit :

Fis. 243.

Streptotrix brunnea. Colonie jeune sur plaque de gélatine (100 diam.).

Fig. 244.

Streptotrix brunnea. Colonie superficielle au début de la liquéfaction (70 diam.).

Le Streptotrix brunnea ou mgra, dont les colonies s’entourent rapidement sur agar-agar d’une, auréole d’un brun noirâtre caractéristique. La figure 242 démontre cette particularité. Elle représente, grandeur naturelle, un groupe de colonies de Streptotrix nigra sur une plaque d’agar-agar. On remarquera que les plus petites colonies sont déjà entourées d’une aréole brunâtre très caractéristique.

Nous représentons, fig. 245, au grossissement de 100 diamètres, une colonie très jeune àe Slreptotrix nigra sur pLupie de gélatine, et fig, 24f, une colonie un peu jdus âgée, an conimenceinent de la période de liquéfaction.

Le Streptotrix violacea de Rossi Doria détermine dans les milieux nutritifs la formation d’une teinte violette tout à fait spéciale.

Les figures 245, 246, 247, 248 et 249 représentent les cultures de divers Streptotrix sur Tagar-agar. La fig. 245 reproduit une culture jeune dé Streptotrix albido-flava, provenant du laboratoire de T. Rossi Doria. Les colonies sont cireuses, d’un jaune terne, et le substratum demeure incolore. La culture de Streptotrix violacea (lig. 246) est plus âgée. Les colonies se sont étalées sur le milieu nutritif et se montrent ridées à leur surface. Le substratum est coloré, au voisinage des colonies, en violet foncé. Cette teinte violette diffère nettement, tout

Fis. 245.

Streptotrix alhido-flava.

Culture jeune sur agar.

Fig. 246.

Streptotrix violacea.

Culture jeune sur agar.

Fig. 247.

Streptotrix nigra.

Culture jeune sur agar.

Fie. 248.

Streptotrix alba.

Culture âgée sur agar.

Fig. 249.

Streptotrix nigra.

Culture âgée sur agar.

en présentant avec cette dernière une certaine analogie, de la coloration des. tubes de gélatine ou d’agar ensemencés avec le bacille du lait bleu.- On Temarquera l’aspect saillant, et mamelonné des cultures jeunes (fig. 245 et 247). Le troisième spécimen (Streptotrix nigra) commence à présenter au centre des colonies une teinte d’un blanc crayeux, qui envaliira bientôt toute la surface de la culture (fig. 248 et 2-49). Nous verrons plus loin que cet aspect de la surface des vieilles cultures paraît être en rapport avec une véritable fructification externe de ces champignons.

STREPTOTRIX

Ces mêmes espèces colorent également les cultures sur gélatine; la gélatine se liquéfie lentement à sa partie supérieure, où se forment les petits flocons caractéristiques du développement des Streptotrix dans les milieux liquides (fig. 250 et 251). La liquéfaction met plusieurs semaines à gagner le fond du tube. Dans le bouillon, on observe le développement rapide de petits flocons blanchâtres sphériques, entourés d’un fin chevelu (fig. 252). Le bouillon reste limpide et les petites sphères se déposent dans la profondeur.

Ces colonies de Streptotrix dans le bouillon peptonisé offrent une

Fig. 250. Fig. 251. Fig. 252.

Streptotrix alha. Streptotrix asterioïdes, Streptotrix hrunnea.

Culture sur gélatine. Culture sur gélatine. Culture dans le bouillon.

(1 mois.) (1 mois.) (15 jours.)

grande analogie d’aspect avec les jeunes colonies d’aspergillus ou de mucorinées qui se développent sans fructifications externes, et .sous forme de petites sphérules blanchâtres et soyeuses, au fond des flacons remplis d’une solution sucrée. Ces sphérules, transportées à la surface d’un milieu approprié, donnent des fructifications externes telles que nous les avons décrites dans les premiers chapitres de cet Atlas.

Les colonies de Streptotrix, en milieux liquides, donnent naissance, quand on les transplante sur agar-agar ou sur gélatine peptone, à des colonies analogues à celles que représentent les fig. 245 à 251.

L’étude microscopique des sphérules de Streptotrix figurées fig. 252 nécessite divers artifices de préparation, dont le principal est de choi-

sir drs colonies trôs jeunes, et de les li’ansporter sur la lame de verre dans une goiiUeleUe de liquide. Ou les étale avec précaution, le nioiudni mouvement brusque de l’aiguille à dissocier les rendant méconnaissables et les embrouillant comme un lin mycélium de mucor raceiimus. Nous figurons plus loin (rVctinomycose, Farcin du bœur, Pied de Madura) plusieurs de ces colonies de Streptotrix dans le bouillon, montées sur une lame de verre et colorées à la fuchsine ou bien au violet de gentiane.

Quand on examine au grossissement de iOOO diamètres, après dissociation et coloration par la méthode de Gram, une colonie de

Fig. 255.

Slreptolrix brunnea (1000 diam.).

Fig. 254.

Streptotrix alba. Culture d’un mois, surface blanche (100 diain.).

Streptotrix sur agar-agar, on observe, si la culture est jeune, de longs lilaments ondulés et ramifiés. Quand la culture est plus ancienne, on remarque que les filaments ne prennent plus la couleur sur toute leur étendue et paraissent constitués par une gaine presque incolore, contenant des éléments colorés assez irréguliers (fig. 235).

Si l’on examine une très vieille culture et particulièrement la couche supcriicielle, et pour ainsi dire crayeuse, que nous avons signalée dans les cultures âgées de Streptotrix, on n’obtient plus, par la méthode de Gram, aucun filameui, mais des amas de courts éléments à extrémités arrondies (lîg. 234). Celte poussière blanche semble constituée par une

STREPTOTRIX

véritable sporulation externe des Streptotrix. Son ensemencement donne les colonies jeunes que nous avons décrites plus haut.

Rien ne justifie la classification des Streptotrix parmi les Oospor (Sauvageau et Radet).

PROPRIÉTÉS RIOLOGIQUES

Il résulte de ce que nous venons de voir que la plupart des Streptotrix sont habituellement saprophytes (Streptotrix alha, alhido fiava, carnea, nigra). Toutefois, les propriélés pathogènes de certains d’entre eux, mises en lumière depuis les travaux d’Eppinger, de Ri vol la et Perroncito, deNocard, de Rossi Doria, de Gasperini, etc., font rentrer désormais les Streptotrix parmi les espèces bactériennes lés jdus intéressantes en pathologie humaine et animale.

ACTION PATHOGÈNE

Le Streptotrix. d’Eppinger (1890), primitivement nommé Cladotrix asterioïdes, qui a été le premier Streptotrix connu, dét<'rminc chez les animaux l’évolution d’une pseudo-tuberculose ])arliculière. 11 en est de même, d’après Rossi Doria et Gasperini, du Streptotrix violacea et de plusieurs autres.

Bien mieux, Gasperini a démontré récemment (1891) que, en pratiquant des séries d’inoculations sur le chien, on pouvait (iéleriniiier expérimentalement plusieurs espèces d’Actinomycose concspoiulant à des Streptotrix déjà décrits.

Nous allons étudier successivement, parmi les Streptotrix palliogènes, le Streptotrix de l’Actmomycose, le Streptotrix du Farchi du bœuf et le Streptotrix du Pied de Madura.

ACTINOMYCOSE

L’Actinomycose est une maladie infectieuse qui reconnaît pour cause la pénétration dans les tissus d’un parasite végétal, le Streptotnx Actinomyces.

L’Actinomycose, très fréquente en Allemagne chez les bovidés, y est également observée chez l’homme. En France, l’Actinomycose de l’homme est encore une maladie exceptionnelle, bien que les observations d’origine animale ne soient pas très rares.

Langenbeck,^ Lebert et Robin furent les premiers auteurs qui étudièrent le pus actinomycosique. Lebert a reconnu et figuré dans son atlas des conidies ou sortes de crosses telles qu’on les représente aujourd’hui ('I84î), 1871).

Rivolta et PeiToncito (1868,1875), étudiant de plus près ce que l’on désignait sous le nom d’« ostéosarcome de la mâchoire inférieure du bœuf y), séparèrent l’Actinomycose du cancer et établirent définitivement la relation entre le parasite et la maladie.

Bollinger lui donna le nom d’Acfiiiomi/cesioms (Champignon rayonné) (de àx.Tî; — rayon).

Israël fit porter ses recherches sur l’Actinomycose de l’homme et identifia VActinomyces du bœuf et celui de l’homme.

Il n’y avait en France qu’une observation depuis celle de Lebert (Nocard), lorsque coup sur coup nous en publiâmes trois cas provenant des environs de Reims (Académie de médecine 1891 — Congrès de Londres 1891). Depuis, nous avons eu l’occasion d’opérer trois nouveaux malades atteints, deux, d’actinomycose delà joue, le dernier, d’actinomycose thoracique; Netter et Darier en ont rapporté également chacun un cas. Les observations de Guermonprez sont sans valeur scientifique.

STREPTOTRIX

Cliniquement, l’Actinomycose donne lieu chez l’homme à des lésions chroniques qui aboutissent à la suppuration. Chez le hœuf, au contraire, le parasite détermine la production de masses dures qui peuvent, à un examen superficiel, donner lieu à une fausse interprétation et simuler un sarcome.

Chez l’homme, les ahcès sont enclavés dans une infiltration dure et lardacée des tissus voisins. Ils ne sont pas toujours franchement fluctuants, grâce à la présence de fongosités. Ces foyers finissent par s’ouvrir à la peau en formant de longs trajets sinueux, ramifiés, et remplis de fongosités d’aspect violacé et ecchymotique. La zone d’envahissement est la zone périphérique, où l’on trouve quelquefois des ahcès fermés et sans communication avec les clapiers fistuleux.

La maladie frappe particulièrement la face (infection buccale), le thorax (infection pulmonaire), l’abdomen (infection intestinale). D’où la classification de Firket : formes cervico-maxillaire, thoracique et lombo-abdominale.

Le parasife est susceptible de s’inoculer dans tous les points de l’économie ; l’infection peut rester locale ou se généraliser et donner naissance à des foyers secondaires analogues à ceux de la pyohémie. L’Actinomyces pénètre dans le sang et forme des embolies septiques comme le staphylocoque doré.

Le pus actinomycosique est caractérisé par la présence, au milieu d’un liquide séreux, séro-sanguinolent ou franchement purulent, de petits grains jaunâtres dont le volume varie d’une graine de pavot à un grain de millet.

Les grains constituent l’élément caractéristique de la maladie. Le grain sphérique peut lui-même être fragmenté et dissocié en un certain nombre de masses secondaires arrondies. On peut rencontrer certains grains qui résistent à l’écrasement et crient sous le scapel : il s’agit en pareil cas de dégénérescence calcaire.

Nous avons réuni, parmi de nombreuses préparations d’Actinomycose du bœuf et de l’homme, celles qui nous paraissaient les plus démonstratives. Nous avons ainsi figuré l’Actiiiomyces sous ses dif-

férents aspects : dans les grains, dans les coupes des viscères des animaux et de rhonime, dans le pus, dans les parois des abcès et trajets fistuleux, dans les cultures; nous relaierons enlin les résultats obtenus par l’inoculation aux animaux.

La méthode la plus simple, la moins parfaite, celle qui a permis cependant aux anciens observateurs, tels que Lebert, de décrire la

Fis,255.

Actinomycose de l’homme. Grain préparé par écrasement (gr. 200 diani.).

maladie, consiste à écraser entre deux lamelles, à l’aide d’une douce pression, un grain frais d’Aetinomycose.

Il est facile, après quelques essais, de réaliser ainsi une ligure analogue à celles qui sont représentées (fig. "iob et !2bG), c’est-à-dire une masse centrale, composée d’un amas inextricable, non apparent à ce grossissement, de filaments entre-croisés. Ce mode de recherche n’établit qu’un seul fait: la forme sphérique du grain et sa disposition rayonnée : on arrive à soupçonner, à la périphérie des rayons, des formes arrondies, qu’on a appelées, faute de mieux et sans être fixé sur leur rôle, du nom de crosses.

STREPTOTRIX

Tout autour des grains existent des amas cellulaires. Ces cellules offrent des dimensions variées. Celles qui avoisinent immédiatement la périphérie du grain sont grandes, à gros noyau, et rappellent les cellules épithélioïdes; elles peuvent recevoir la terminaison de certains filaments mycéliens; mais il faut se garder de les confondre avec les crosses proprement dites.

Plus loin, on rencontre des cellules rondes en grande abondance.

Fig. 256.

Actinomycose de l’homme. Grain préparé par écrasement (gr. 400 diamètres).

ce qui donne, à un faible grossissement, aux foyers actinomycosiques, l’aspect de foyers tuberculeux d’une certaine étendue. Ces amas cellulaires sont réunis entre eux par une gangue fibrillaire extrêmement délicate et lâche : ce qui explique la facilité avec laquelle on peut énucléer de petits grains jaunes dans l’actinomycose du bœuf, par exemple.

Mais celte méthode rudimentaire a foit place à des procédés techniques plus perfectionnés, dont le plus simple est la dissociation de grains actinomycosiques et leur coloration par le picro-carmin à

l’étal frais, ou mieux à l’aide des couleurs d’aniline après dessicca-

Actinomycose du bœuf. Dissociation d’un grain frais (gr. 1000 diam.).

tion sur une lamelle, comme on le pratique pour les autres examens bactériologiques.

Les fig. 257 à 260 représentent des dissociations de grains actino-

Fig. 258.

Actinomycose du bœuf. Dissociation (gr. 1000 diam.).

mycosiques provenant d’une langue de bœuf qu’a bien voulu nous confier le P' Macé de Nancy, ün distingue sur ces diverses préparations

STREPTOTRIX

et particulièrement sur les fig. 257 et 258, les raniiricalions des fila-

Fig. 259

Actinomycose du bœuf. Dissociation (gr. 700 diam.).

ments actinomycosiques, ramifications analogues à celles des autres Streptotrix. Sur la fig. 257, les crosses sont rudimentaires; on les observe beaucoup plus nettes dans les figures suivantes. Elles se

Fi6. 260.

Actinomycose du bœuf. Dissociation (gr. 1000 diam.).

montrent particulièrement volumineuses dans la fig. 260, où elles terminent un gi'oupe de filaments rayonnés et bifurqués à leur

extréiiMlé. Ces qualre jDi’éparatioiis ont été colorées, après dissociation et dessiccation sur une lanndle, par la méthode de Weigerl.

Il peut être intéressant d’étudier les rapports des filaments et des conidies. On obtient à cet eUct des préparations démonstratives en colorant d’abord le grain dissocié par la méthode de Gram et en faisant une double coloration par le carmin ou Téosine. On distingue alors assez nettement (tig. :2l')l (d :2(r2) (pie certains filaments actinomycosiques se terminent par un petit renilement coloré en violet foncé,

Fig. 261.

Actinomycose du bœuf. Dissociation (Cornil) (gr. 1000 diam.).

situé au centre d’une crosse assez volumineuse et teintée elle-même en rose pâle.

On observe, à la jiartie supérieure de la fig. 261, un de ces filaments à extrémité renllée, entouré d’une crosse piriforme. Le centre de la colonie t'st dilVus par suite de l’épaisseur du feutrage, qui n’a pu être entièrement dissocié.

Le groupe de filaments situé à droite de la figure présente à sa partie supérieure une série de ramifications dichotomiques, terminées par de petits renllements en forme de bouton.

Les crosses sont plus nombreuses sur la fig. 262, où l’on en remarquera un groupe de 8 à 10. La teinte rose de ces crosses était telle-

STREPTOTRIX

ment pâle qu’il a été impossible de les photographier avec toute la netteté de contours désirable.

n existe également, à gauche de ce groupe de crosses, quelques terminaisons en bouton de filaments actinoniycosiques. L’un de ces boutons terminaux, le plus rapproché du feutrage central de la préparation, est arrondi, volumineux et olfre la plus grande analogie, avec les formes semblables que nous avons trouvées dans l’Actinomycose de l’homme.

Fig. 262.

Actinomycose du bœuf. Dissociation (Cornil) (gr. 1000 diam.).

Aucune de ces photographies ne suffit à trancher la question de savoir s’il existe ou non une membrane d’enveloppe, permettant d’assimiler définitivement les crosses à des conidies. Les crosses de l’Actinomycose offrent en effet aux agents chimiques une résistance que ne comportent pas habituellement les organes de reprodue tion des mucédinées.

L’étude du grain actinomycosique ne peut servir qu’à la démonstration de la nature parasitaire de la maladie qui nous occu pe. Il faut étudier les rapports du parasite dans nos tissus pour suivre son développement et les désordres qu’il détermine autour de lui.

Si l’on examine sur une coupe, à un faible grossissement, un cas d’actinomycose de la langue ou d’un viscère tel que le rein, on rencontre généralement, dans les endroits où la maladie n’est pas trop avancée, des foyers nettement circonscrits, et tranchant par leur couleur blanc jaunâtre sur le fond sombre du tissu sain. Ce sont des sortes d’abcès arrondis — bien enkystés —qui peuvent dans la suite devenir confluents, de manière à former de vastes collections suppurées.

Fig. 265.

Rein de bœuf. Actinomycose (gr. 25 diam.) (Nocard).

L’aspect des foyers actinomycosiques à un faible grossissement ne peut être mieux étudié que sur les belles coupes de rein que nous a confiées le P' Nocard.

Ces coupes sont colorées à la safranine, de telle sorte qu’on peut y étudier à la lois les lésions du tissu rénal, glornérules et tubuli, la structure des foyers actinomycosiques, et la disposition des crosses.

Ces dernières, comme nous le verrons plus loin, offrent sur ces préparations (fig. 266) un aspect tout particulier, et s’y montrent beaucoup moins nettes que dans les coupes de langue actinomvcosique (fig. 267 à 270).

STREPTOTRIX

Si nous éludions reiiseinble de ces coupes nous sui^Tons pas à pas la inarcbe des lésions.

On remarquera, figure 2(50, au grossissement de 25 diamètres, un foyer aelinomycosi([iic énorme, séparé par une zone fibroïde du tissu rénal non encore envahi. La délimilalionde ce foyer infectieux est très nette.

La région des tubes contournés, visible en haut de la préparation, est coupée ccmme à remportc-pièce. Cet aspect dénote un processus

Fig. 264.

Rein de bœuf. Actinomycose (gr. 60 diam.) (Xocard).

destructif à marche lente. L’aspect du tissu rénal atrophié qui forme la coqpe des gros reins tuberculeux est très analogue.

Les éléments épithéliaux sont comprimés par voisinage. A l’intérieur du foyer principal on remarque une série de foyers secondaires, dont le centre a fixé énergiquement -la matière colorante, et qui offrent une certaine analogie avec des amas de follicules tuberculeux en dégénérescence caséeuse.

La figure 264 représente, au grossissement de 60 diamètres, le point central de la figure 265. On y distingue phrfaiteTnent les amas de cellules rondes qui forment le centre du foyer.

dO

Reiii du bœuf. Actinomycose (gr. CO diam.) (Nocard).

Les foyers actinomycosiques de ce rein laissent voir à un plus fort grossissement, api*ès coloration à la salranine, des séries de crosses. Ces crosses correspondent à l’extrémité de nombreux rameaux mycéliens, qui occupent le centre des foyers (tig. 266).

Les crosses sont toutefois beaucoup plus nettes dans les coupes de langue de bœuf, où elles sont décelées par les réactifs colorants les plus divers. Ün obtient alors, si l’on a des coupes très minces, des ligures analogues aux ligures 267 à 270, qui représentent au grossissement de 700 à 800 diamètres dilférents aspects des groupes de crosses actinomycosiques.

STREPTOTRIX

Les crosses offrent presque toujours une disposition rayonnée. Beaucoup d'entre elles, sur ces quatre figures, sont coupées perpendiculairement à leur axe. Ces éléments occupent le centre des tubercules actinomycosiques.

L’actinomycose de l’homme diffère notablement de celle du boeuf; chez ce dernier en effet les masses d’aspect sarcomateux sont très rares, et le champignon de l’actinomycose détermine plus fréquem-

Fig. 266.

Rein de bœuf. Actinomycose (gr. 500 diam.) (Nocard).

ment le ramollissement des tissus qui l’entourent et la formation d’abcès; l’absence de crosses y est presque constante. Ces particularités sont évidentes si l’on prend soin de comparer aux figures 257 à 270 (actinomycose des bovidés) les figures 271 à 278 (actinomycose de l’homme).

Les préparations ont été faites par raclage, écrasement ou dissociation des grains des premiers cas d’actinomycose que nous avons étudiés à Reims (actinomycose de la joue, actinomycose de la base de la langue, actinomycose de la plèvre et actinomycose péritonéale et viscérale). La dissociation est ici poussée très loin, les filaments sont nettement ioolés, les ramific^itions aussi variées que possible.

Actinomy(

STREPTOTRIX

Fi6. 269.

Â-ctinoraycose. Langue de bœuf (gr. 800 diam.).

Fie. 270.

Actinomycose. Langue de bœuf (gr. SOO diam.).

La figure 271 montre, au milieu de mycéliums ramifiés en petit

Fig. 271.

Actinomycose de l’homme (abcès de la joue), dissociation d’un grain (gr. 600 diam.).

nombre une quantité de petits bâtonnets, incurvés ou en spirale et non sans analogie avec une culture du choléra asiatique.

Fig. 272.

Actinomycose de l’homme (abcès de la joue), dissociation d’un grain (gr. 800 diam.).

Les ramifications sont plus abondantes dans la figure 272, qui se

STREPTOTRIX

rapporte également à iin cas d’actinomycose suppurée de là joue chez l’homme.

Actinomycose de l’homme (abcès de la joue), dissociation d’un grain (gr. 800 diam.).

Les figures 273 et 274 montrent nettement les ramifications di

Fig. 274.

Actinomycose de l’homme (abcès sub-lingual. dissociatjon d’un grain (gr. 1009 diam.).

champignon; en aucun point on n’observe de crosses.

ATLAS LE MlLi;OBl()LOGIE

Les ligures '275 à 277 représentent au contraire de petites toulVes d’éléments très courts provenant d’un cas d’actinomycose viscérale.

On peut se rendre compte, en comparant les planches 271 à 277, qui proviennent de trois malades différents, que l’actinomycose ne se présente pas sous une forme toujours la même. Le type en reste identique: c’est bien toujours un Actinostreptotrix; mais le volume, l’épaisseur.

Actinomycose de l’homme (abcès pelvien), Actinomycose de l’homme (abcès pelvien),

dissociation d’un grain (gr. 800 diam.). dissociation d’un grain (gr. 1000 diam.).

la longueur des filaments different : ici les filaments sont allongés, rappelant de loin de longs Leptotrix, et les bifurcations se trouvent à des distances très appréciables (fig. 274); là le parasite est ramassé sur lui-même, les branches sont courtes, nombreuses, condensées autour d’un filament très grêle.

Certains de ces mycéliums, très fragmentés par l’écrasement, rappellent la gracilité et l’incurvation des bacilles tuberculeux. Ces particularités sont restées constantes dans un nombre considérable de préparations.

Nous croyons qu’il n’est pas illogique de conclure qu’il existe entre l’aclinomycose de l’homme et celle des animaux des caractères dilVé-

STREPTOTRIX

reiitiels marqués, que l’actinomycose de l’homme n’est pas une et que des parasites d’espèce très voisine peuvent donner lieu à des manifestations pathologiques identiques, décrites jusqu’ici en bloc sous le nom d’actinomycose.

Ces conclusions, que nous émettions au Congrès d’hygiène de Londres dès 1891, nous semblent actuellement corroborées par les recherches

Fig. 277.

Actinomycose de l’hoimne (abcès pelvien), dissociation d’un grain (gr. 1000 diam.).

si remarquables des D”'" Rossi Doria et Gasperini sur les Streptotrix et sur les actinomycoses expérimentales déterminées par l’inoculation aux animaux des divers Streptotrix de l’air ou du sol.

Rien plus, le parasite peut être observé à différents stades de son développement, correspondant à des variations de virulence qui nous ont paru incontestables.

Les formes jeunes, à mycéliums courts, comportent, à notre avis, une gravité plus grande, une tendance plus marquée à la généralisation; ce sont elles qui nous ont donné des inoculations positives. Les formes allongées et ramifiées se rencontrent de préférence dans les fovers anciens.

Nous avons reproduit (fig. une des rares préparations où nous ayons pu déceler la présence de crosses véritables, nous refusant à considérer comme telles les cellules épithéliales ou lymphatiques déformées et arrondies dans lesquelles se terminent certains filaments; ce sont à peu près les seules qui aient été rencontrées dans les préparations de six cas d’actinomycose que nous avons étudiées. Ces crosses sont presque sphériques, en forme de bouton, et moins volumineuses que celles du bœuf.

Nous avons été appelés, peu de temps après la publication de nos

Fig. 278.

Actinomycose de l’homme (abcès pelvien), dissociation d’un grain. Crosses (gr. 1000 diam.).

deux premiers cas d’actinomycose chez l’homme, à donner nos soins à un malade dont l’histoire a été partiellement relatée au Congrès d’hygiène de Londres, en 1891. Nous pouvons ajouter aujourd’hui à cette observation, alors incomplète, la relation des dernières phases de la maladie, ainsi que le résultat de nos cultures et des inoculations aux animaux.

11 s’agissait d’un individu ayant présenté les symptômes de l’appendicite à rechutes. Après des alternatives de rémission et d’accidents aigus, un phlegmon se développa au niveau de la région iliaque droite et fut incisé parallèlement à l’arcade crurale; le pus, cultivé, demeura stérile (novembre 1890). La plaie bourgeonna et le malade reprit ses occupations. Il subsistait un trajet fistuleux peu étendu sans induration

STREPTOTRIX

manifeste. Étonnés de la durée de la cicatrisation et mis en éveil par l’observation de nos précédents malades, nous fûmes amenés à recueillir une goutte du pus, qui suintait d’ailleurs en fort petite quantité de la fistule. Ce pus, étalé sur une lame de verre, nous laissa voir deux grains très petits, qui furent aussitôt examinés. Le diagnostic d’actinomycose établi, le malade fut tenu en observation. Il accusa, quelques mois plus tard, dans la région de l’aine gauche, des douleurs d’abord légères, puis très vives, qui aboutirent à la formation d’une volumineuse collection fluctuante, sans rougeur de la peau, ni inflammation notable. On observait cependant une fièvre vive à exacerbation vespérale. L’incision donna issue à un nombre considérable de grains nettement isolés du volume d’une graine de pavot à celui d’une lentille, les uns jaunes, les autres wom, d’autres enfin grisâtres, en suspension dans un liquide pyo-sanguinolent, qui se coagula aussitôt son émission, en emprisonnant tous les grains dans un réseau abondant de fibrine. Le foyer fut curé, tamponné à ciel ouvert et le malade se remit assez rapidement de cette rechute.

La guérison complète des fistules ne pût être réalisée; et après des alternatives variées et l’ouverture de nouveaux abcès dans la région lombaire, le malade succomba à la cachexie. A l’autopsie, nous, pûmes constater que le foyer cæcal primitif s’était étendu par propagation à la fosse iliaque gauche : de nombreux trajets à parois grisâtres existaient en avant de la colonne vertébrale et formaient un trait d’union entre les foyers des deux régions inguinales; tout autour, des adhérences péritonéales et une péritonite chronique focalisée.

Rien au foie, aux poumons, aux reins, ni à la rate. L’appendice iléo-cæcal fut trouvé augmepté de volume, infiltré, et atteint d’appendicite chronique : la maladie paraît avoir débuté par cet organe.

Nous avons ensemencé les grains sur des tubes d’agar ordinaire, qui restèrent à l’étuve environ trois semaines. Beaucoup se couvrirent de colonies banales de staphylocoques pyogènes. Les grains restés indemnes furent portés à l’aide d’une aiguille stérilisée sur une lame

de verre également stérile et dissociés dans un peu d’eau de façon à

ictinomycose de l’homme. Culture dans le bouillon (gr. 1000 diam.).

Fig. 280.

Actinomycose de l’homme. Culture dans le bouillon (gr. 1000 diam.).

obtenir une sorte de pâte, qui fui transplantée sur des tubes de sérum gélatinisé.

STREPTOTRIX

Le développement des colonies se montra très lent. Le premier phénomène appréciable fut l’enfoncement des grains qui parurent s’implanter dans le sérum en augmentant de volume et s’entourèrent d’une aréole laiteuse.

Ces premiers rudiments de culture furent transplantés dans des tubes de bouillon et de sérum liquide et donnèrent alors les aspects que représentent les figures 279 et 280. On ne rencontre guère, en effet,

Actinomycose de 1 homme. Culture dans le bouillon (gr. 1000 diam.).

dans les préparations, que des courts filaments isolés et incurvés de diverses manières, simulant à s’y méprendre de courts spirilles. Nous avons vu que ces aspects s’observaient aussi dans le pus à l’état frais. Çà et là on rencontre quelques filaments allongés.

Des cultures plus âgées, provenant de notre cas d’actinomycose thoracique, nous ont donné des touffes d’Actino-Streptotrix (fîg. 281), touffes analogues à certaines préparations de pus de l’actinomycose de l'homme (voir fig. 275 et 276).

Nous avons transplanté ces cultures dans le bouillon sur l’agar et sur le sérum gélatinisé.

Jamais nous n’avons pu obtenir sur les milieux solides ces cultures vivaces qui caractérisent les cultures des Streptotrix saprophytes et de FA-Ctino-Streptotrix du bœuF

Ce dernier se développe sur la gélose en formant des colonies

Fig. 282. Fig. 283. Fig. 284.

Actinomycose du bœuf(Macé)i Actinomycose de l’homme. Actinomycose de l’homme. Culture sur agar. Culture sur agar (Kral). Colo- Culture sur agar (Kral). ration par la méthode de Gram (gr. 1000 diam.).

jaunâtres très analogues aux colonies des Streptotrix de Feau. La figure 282 représente une culture de Factinomycose du bœuf provenant du laboratoire du P" Macé de Nancy. Nous avons eu un grand nombre de cultures analogues provenant du laboratoire de M. Nocard. Ces cultures, quand elles sont anciennes, blanchissent à leur surface et se couvrent d’une fine poussière crayeuse.

Sur certains milieux, sur la pom'Kse de terre par exemple, on peut obtenir des cultures exubérantes dont la surface finit par prendre Faspect d’une couche mince de fleur de soufre.

STREPTOTRIX

La figure 284 représente une culture d’actinomycose de l’homme qui provient du laboratoire de Kral, de Prague. Cette culture s’est montrée en tous points identique à celle que nous possédions de l’actinomycose du bœuf. L’examen de cette culture sur lame de verre donne d’ailleurs, figure 283, des préparations absolument analogues à celles des Streptotrix Saprophytes (voir fig. 253).

Fig. 285.

Actinomycose dé l’homme. Culture dans te bouillon.

Ces différences constantes entre les cultures figurées page 158 et celles que nous avons obtenues de divers cas d’actinomycose humaine nous donnent à penser que, dans les cas d’actinomycose viscérale qui ont servi de point de départ à nos tentatives de cultures, il s’agissait d’un champignon d’une origine différente.

Les cultures de l’actinomycose de l’homme se développent dans le houillcin sous forme de petits flocons d’un blanc jaunâtre qui s’entourent d’un fin chevelu (fig. 285), et offrent une certaine analogie avec les cultures de Streptotrix sur le môme milieu (voy. fig. 252). Le bouillon reste limpide.

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