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ANALOGIE DES MICROCOQUES AVEC CERTAINS VÉGÉTAUX INFÉRIEURS

Quelle place faut-il assigner aux microcoques dans la nature? Üoitron les faire rentrer dans le règne animal ou dans le règne végétal? Les premiers histologistes qui observèrent les micro-organismes, Mûller,

Fig. 411.

Nosloc commune. Préparation fraîche. — Gr. 200 diam.

Ehrenberg, Dujardin, etc., furent frappés par leurs mouvements actifs et les classèrent au degré le plus infime du règne animal.

Davaine, après avoir démontré l’immobilité absolue, à tous les stades de leur existence, de la bactéridie charbonneuse et d’autres espèces, les rangea dans le règne végétal, à côté des oscillaires.

Les microcoques sont généralement dépourvus de mouvements actifs.

Une seule espèce, que nous étudierons plus loin, le Micrococcu& agilis, est ciliée et se déplace avec rapidité dans une .goutte suspendue.

11 n’y faut voir qu’un type intermédiaire entre les microcoques immobiles, qui ne jouissent que du mouvement brownien, et les baetéries ciliées.

Les microcoques se rapprochent tellement de certaines algues et notamment des cyanophycées, qu’il serait difficile, sinon impossible sans indication du grossissement, de distinguer du !\ostoc commune,

NohIoc commune. Frêparatioii fraîche. — Gr. 250 (liant.

par exemple, les chaînettes du streptocoque pyogène ou du streptocotjutî de la mammitc contagieuse de la vache.

Le Nostoc commune, qui forme assez fréquemment, pendant les saisons chaudes et humides, d’épaisses couches verdâtres glaireuses et gélaliniformes sur des matières végétales en putréfaction, est constitué par des chapelets assez réguliers, présentant, comme les streptocoques, des formes diplococciques, et terminés souvent à leur extrémité par une cellule vésiculeuse analogue à certains aspects de la Monilia candida. Ces éléments, cinq à six fois plus volumineux que

MICROCOQÜES

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les streptocoques pathogènes, contiennent de la chlorophylle et présentent une teinte verdâtre.

Les chapelets se colorent par les couleurs d'aniline. C’est à une espèce voisine qu’appartient le Leuconostoc mesenteroïdes, agent de la

No$toc commune. Préparation colorée. — Gr. 300 diam.

« gomme de sucrerie », que nous n'avons pas eu l’occasion d’étudier.

Les fig. 411 et 412 représentent le Nostoc communr à l’état frais, sans coloration. La préparation colorée photographiée fig. 415 offre une analogie encore plus frappante avec certaines préparations de streptocoques.

Noiis commencerons l’étude des Microcoques par la description des espèces pathogènes les plus importantes, et nous passerons ensuite en revue les microcoques saprophytes et chromogènes.

MIGUOCOQÜKS PAT11 GG GNES

PYOGENÈSE

Parmi les désordres qui peuvent être occasionnés par les microcoques pathogènes, la suppuration et ses complications présentent eu. pathologie générale une importance capitale. Les accidents si variés produits par ces micro-organismes, depuis le furoncle jusqu’à l’infection purulente, leur association aux agents pathogènes des affections les plus diverses, tuberculose, diphtérie, fièvre typhoïde, etc., la fréquence enlin des infections secondaires mortelles dans les états cachectiques graves, dont la terminaison fatale se trouve ainsi si souvent avancée, rendent leur étude inséparable de tout examen clinique et anatomo-pathologique.

Le premier microcoque pyogène connu fut celui qui porta plus tard le nom de Staphylocoque pyogène doré. Cette découverte appartient à Pasteur.

Pasteur, en 1880, isola à l’état de pureté, par des cultures dans le bouillon stérilisé, les microcoques du pus furonculeux et détermina expérimentalement, par l’injection de ces cultures au lapin, des suppurations étendues.

Ogstdn, en 1881, sur^, 74 abcès chauds dont il examina le pus au moment de 1 incision, a constamment trouvé, après coloration avec le violet d’aniline, des microcoques soit en grappe soit en chaînettes.

Ogston différencia les microcoques pyogènes d’après leur mode de groupement et donna aux micrdcoques en grappe le nom de Staphylocuyues et aux microcoques en chapelet le nom de Streptocoques. Ces dénominations sont demeurées classiques.

Ogston, en injectant des staphylocoques dans le tissu cellulaire des animaux, observa de vastes foyers purulents à marche rapide et dont la périphérie se trouvait infiltrée d’un véritable nuage de microcoques. Les streptocoques donnaient aussi des abcès, mais leur évolu-

MICROCOQÜES PATHOGÈNES

lion était moins rapide et l’on observait entre les éléments anatomiques des parois du foyer non plus des amas de microcoques, mais de simples chaînettes.

Cornil, en 1883, étudia les micro-organismes de la suppuration dans une série d’abcès chauds au inomeut de l’ouverture du foyer. Il y observa comme Ogston des microcoques en grappe et en chapelet, tandis que les abcès froids donnaient un pus moins riche en éléments figurés et dépourvus de tout microbe colorable par les moyens ordinaires.

Cornil examina, après les méthodes de coloration appropriées, des fragments de tissu conjonctif et de peau, prélevés au niveau des foyers suppurés.

Sur les coupes traitées par la fuchsine, les micro-organismes se montrent colorés en rouge vif. Ils sont abondants vers le centre de l’abcès, qui s’est trouvé ramolli et liquéfié sous l’action peptonisante des microbes. Tout autour, une irritation inflammatoire, caractérisée par la distension des capillaires, dont beaucoup sont thrombosés, et par des amas de cellules lymphatiques, entremêlées de fibrilles fibrineuses.

Les bactéries pénètrent dans les cellules lymphatiques et dans les cellules adipeuses elles-mêmes. Ces divers éléments sont atteints d’une gangrène moléculaire. Les cellules lymphatiques épanchées et altérées par les produits solubles d’origine microbienne deviennent libres au milieu d’un liquide séreux pour constituer le pus et s’éliminer au dehors.

Tout autour le tissu conjonctif se nécrose dans une étendue variable.

Les recherches du P' Cornil ont été d’une importance capitale en anatomie pathologique car, si l’on connaissait déjà l’origine bactérienne des abcès chauds, on ignorait encore la réaction des tissus en présence des microbes pathogènes. En s’attachant à l’observation des lésions consécutives à l’infection microbienne et en démontrant que désormais l’étude des altérations histologiqups serait inséparable de la recherche des microbes qui les déterminent, Cornil a donné l’un des premiers à l’anatomie pathologique générale l’orientation nou-

velle qui a été le point de départ de toutes les grandes découvertes de ces dernières années.

Les cellules lymphatiques et les cellules du tissu conjonctif dans le protoplasma desquelles Cornil a remarqué l’un des premiers la présence des microcoques pyogènes, n’étaieiit autres que les cellules microphages et macrophages de Metschnikoff. jNous étudierons dans le dernier chapitre de ce,livre le rôle de ces « phagocytes » dans la défense de l’organisme contre les microbes pathogènes, et nous verrons alors quelle interprétation il faut donner, dans l’état actuel de nos connaissances sur l’immunité, de la réaction « pyogène » de l’organisme vivant en présence de l’infection par telle ou telle espèce bactérienne.

Cornil étudia, en même temps que la suppuration, l’érysipèle, la lymphangite, la phlébite, le purpura, qui sont au même titre d’origine microbienne.

Nous avons vérifié nous-même en 1882, pendant notre internat chez le D'' Lucas-Championnière, les recherches d’Ogston. L’examen, après coloration, du pus d’une série d’abcès chauds et de suppurations variées, phlegmon, ostéomyélite, etc., nous ht constater la présence de staphylocoques et de streptocoques dans tous les abcès chauds et, dans les cas où l’affeetioii évoluait vers la guérison, ces microcoques se montraient fréquemment inclus dans les cellules lymphatiques. Une seule fois, chez un albuminurique, il nous est arrivé d’observer une suppuration aiguë purement bacillaire.

L’étude comparative des abcès froids nous donna des résultats absolument opposés. Le pus de ces abcès ne contenait pas de microbes apparents; mais l’inoculation aux animaux soit dans le tissu cellulaire, soit dans le péritoine, soit dans les articulations de la moelle des os, déterminait non plus des abcès locaux, l’infection purulente ou l’ostéomyélite aiguë, niais des accidents de tuberculose locale ou généralisée. Nous avons photographié plusieurs de nos premières préparations. Nous les reproduisons plus loin.

Une de nos coupes, datant du mois d’août 1882, démontrait, dans un cas de lymphangite des réseaux cutanés, la présence d’une quantité de diplocoques dans les papilles du derme. Le mémoire que nous avions

MICROCOQÜES PATHOGÈNES

remis sur ce sujet à la fin de l’année 1882 à Tun de nos maîtres et dont nous venons de résumer les conclusions n’a jamais été publié et a dû se trouver égaré pendant que nous étions au service militaire.

Toutes les recherches analogues confirmèrent l’importance dans la pathogénie de la suppuration «les microbes pyogènes et démontrèrent la présence habituelle, dans les abcès chauds, de microbes facilement colorables.

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