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INOCULATION AUX ANIMAUX

Nous avons, dès nos premières recherches en 1882, pendant notre internat à l’hôpital Tenon chez le D'L. Championnière, inoculé à divers animaux du pus de furoncle et d’ostéomyélite. En 1884, nous avons fait nos premières cultures de Staphylocoques dans le service du Ü' Labbé.

L’inoculation de cultures virulentes du Staphylocoque doré présente ce phénomène particulier que l’on n’observe pas le même type de suppuration chez les différentes espèces animales et, pour ne citer qu’une seule de ces particularités, il est habituel que l’injection au lapin de cultures de Staphylocoques détermine la formation de véritables abcès caséeux comme il en existe chez l’homme dans certains cas de tuberculose locale.

Ces faits nous ont frappé dès le début de nos expériences. L’action pathogène du Staphylocoque doré étant bien démontrée par l’inoculation dans le tissu conjonctif sous-cutané ou dans le péritoine, nous avons cherché à déterminer des ostéomyélites typiques par l’inoculation sous-périostique ou intra-osseuse.

Nous avons obtenu des résultats positifs dès nos premières inoculations. Nous nous sommes alors attaché à obtenir l’ostéomyélite spontanée chez de jeunes lapins par la simple inoculation de petites quantités de cultures dans le torrent circulatoire, et c’est ainsi que nous sommes arrivé à provoquer chez un lapin, dans notre laboratoire de Reims, sans traumatisme occasionnel, un cas d’ostéomyélite typique avec nécrose dè l’extrémité inférieure du fémur.

Nous avons également confirmé par nos recherches sur les animaux les observations que nous avons faites chez l’homme sur l’élimination des staphylocoques par le rein et à ce propos nous avons injecté dans la veine de l’oreille du lapin des microbes variés, facilement reconnaissables, tels que le staphylocoque doré, le streptocoque, le bacille pyocyanique, le prodigiosus, etc. Ces recherches, répétées nombre de fois, nous ont amené à cette conclusion que les microbes même les plus

STAPHYLOCOQÜES

éminemment pyogènes, et à plus forte raison les microbes indifférents et non pathogènes, n’étaient pas seulement détruits dans l’organisme par l’action bienfaisante des cellules vivantes, comme l’a démontré M, Metschnikoff, mais que ces microbes étaient éliminés par le rein comme nous l’avions observé chez l’homme, et aussi par le foie, comme il est facile de le démontrer chez le lapin. L’élimination commence quelques heures après l’in jection dans le sang et se montre très évidente pendant deux ou trois jours.

Quand il s’agit du staphylocoque pyogène, la présence du microbe dans l’urine et la bile se manifeste bien avant l’apparition des abcès métastatiques du foie et du rein, qui déterminent la mort au bout de quelques jours; pour les microbes non pathogènes, nous n’avons observé aucune lésion viscérale.

Il est donc démontré d’après ces recherches, d’abord vivement attaquées, puis contrôlées depuis par de nombreux bactériologistes et vérifiées notamment pour le foie par’notre ami le D" Létienne, que les bactéries en nature, pathogènes ou non, sont susceptibles de traverser le foie et le rein et d’être éliminées par eux comme de simples substances solubles, l’iodure de potassium par exemple.

NÉPHRITE ASCENDANTE A STAPHYLOCOQÜES

Les recherches de Leube (Arch. de Virchow 1885, p‘. 540), puis de Launois, Clado, Hallé, Albarran et les nôtres (1885-1890), démontrèrent que la néphrite ascendante était due le plus souvent à la pénétration dans les tubuliet même jusqu’aux glomérules d’un fin bacille analogue ou identique au Bacterium coli commune. Certains auteurs ont voulu décrire comme un type bien défini un bacille de l’infection urinaire. Nous avons prouvé l’un des premiers que la cystite aiguë infectieuse, dans sa forme bénigne comme dans ses formes les plus graves, et la néphrite ascendante, qui en est la plus terrible complication, peuvent être causées non seulement par plusieurs espèces de bacilles, mais aussi par des microcoques (Société anatomique, juin 1885).

Souvent même l’infection est mixte, comme nous l’avons justement

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observé en 1885 sur la pièce à laquelle nous faisons allusion et qui i été recueillie dans le service de notre maître le D" Lancereaux.

Nous avons étudié chez l’homme plusieurs cas de cystite et de néphrite ascendante à Staphylocoques et à Streptocoques.

Nous avons provoqué expérimentalement les mêmes lésions chez les animaux en injectant dans Turetère préalahlenient lié du côté de la vessie une culture de inicrocoqiies.

Néphrite ascendante expériineatale due au Staphylocofiue.

(Gr. 5 diaia.)

Nous donnons ici la ptiotogiaphie de [tlusieurs coupes de reins atteints de néphrite ascendante à staphylocoques. On remarque au niveau des tubes droits des pyramides, en partie atteintes <le riécrose, de nombreux amas de microcuqucs.

<]es derniers pénètrent jusque dans la substance corticale et, après avoir envahi les tubes ccuitournés, déterminent dans l’écorce du rein ,!;•«■ aix-os miîiaiifs dont le siège et révoluii-.n sont très visiblesdans

STAPHYLOCOQUES

Fie. 426.

Amas de Staphylocoques dans les tubes droits des pyramides. (6r. 60 diam.)

Fw. 427

Lésions surai<7iiéc à forme gangréneuse. (Gr. 80 diam.)

STAPHYLOCOQUES

On remarque dans la figure 430, au centre même de l’abcès, un amas très visible de microcoques. Cette infection rénale ascendante est rapidement mortelle chez le lapin ou le cobaye, et, quand on inocule un seul rein, il est facile, dans les cas où la mort ne survient pas trop vite, d’observer dans les autres viscères les lésions de l’infection purulente typique, les staphylocoques ayant envahi, du rein infecté par voie ascendante, le torrent circulatoire, et ayant déterminé par voie

Fig. 430.

Abcès cortical avec Zooglée centrale de Staphylocoques. (Gr. 80 diam.)

embolique dans le foie, le poumon, la rate et le rein du côté opposé des abcès métastatiques. On obtient aussi sur le même animal les deux types de lésions.

De même que dans la peau on observe deux modes bien différents de suppuration suivant que l’infection est locale {furoncle, phlegmon circonscrit) ou d’origine embolique purpura, abcès métastatiques), de même ces deux types anatomiques que nous avons appelés, l’un infection pare/ic%mafeuse, l’autre infection embolique, s’observent respectivement dans tous les viscères tels que le poumon, le foie, le rein, par

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exemple, où les microbes peuvent pénétrer par l’arbre aérien ou les canaux excréteurs (broncho-pneumonie par inhalation, cholécystite infectieuse, néphrite ascendante) ou bien par voie embolique, c’çst-àdire par le torrent circulatoire, pour déterminer soit une mort foudroyante (septicémie des anciens cliniciens), soit une mort plus lente avec production d’abcès métastatiques (infection purulente), soit seulement, comme nous l’avons démontré, une sorte d’état infectieux passager et curable au cours duquel les microbes pathogènes sont à la fois détruits par la phagocytose et, comme nous l’avons démontré, éliminés par le foie, le rein et d’autres glandes (Y® Congrès français de Chirurgie, Paris, 1891).

Fig. 431.

Phlébite de la veine faciale, des sinus de la dure-mère et de la veine sylvienne. Eoupe de la veine sylvienne thrombosée.

Fig. 452.

Staphylocoques provenant du caillot d’une de ces veines.

(Préparations faites en 1884.)

PHLÉBITE DES SINUS DE LA DURE-MÈRE 11 n’est pas sans intérêt de signaler l’action pathogène du staphylocoque doré sur le système veineux. La phlegmatia postpuerpérale, comme l’a bien démontré Widal, est due au Streptocoque. Fidèle à la loi que nous avons donnée à propos de la suppuration et des divers types d’infection purulente, qui peuvent relever sans types cliniques bien différents d’espèces microbiennes distinctes, le Staphylocoque peut déterminer l’évolution de phlébites progressives à marche suraigiiè'.

STAPHYLOCOQUES

Nous avons observé plusieurs cas de phlébite staphylococcique de la veine faciale propagée à la veine ophtalmique et aux sinus intracrâniens. Ces phlébites évoluent en général à la suite d’un furoncle profond de la lèvre supérieure ou de l’aile du nez.

Dans l’une de nos observations, une phlébite mortelle s’est installée à la suite d’une simple érosion de l’épiderme de la joue occasionnée chez une garde par un coup d’ongle d’enfant,

SPÉCIFICITÉ MICROBIENNE DE CERTAINES LÉSIONS TYPIQUES 11 résulte de ce qui précède que certaines infections typiques, telles que le furoncle et l’anthrax, sont caractérisées microbiennement par la présence constante d’un seul et même agent pathogène.

A côté de ces affections à parasitisme constant et bien déterminé, beaucoup d’autres maladies microbiennes peuvent au contraire revêtir un même type classique, tout en n’étant pas toujours causées par le même micro-organisme (phlegmon, septicémie, infection purulente, cholécystite et néphrite ascendante). Nous retrouverons ces particularités dans toute la bactériologie. Les espèces microbiennes capables de déterminer des lésions analogues au point de vue clinique devront donc être recherchées par l’examen immédiat et les cultures, le moindre phlegmon, lésion banale en apparence, pouvant comporter un pronostic bien variable suivant qu’il s’agit par exemple d'une infection par le Staphylocoque blanc, infection presque toujours locale et bénigne, ou bien au contraire d’un cas d’actinomycose, lésion rebelle et envahissante au premier titre.

- IMMUNITÉ CONTRE LE STAPHYLOCOQUE DORÉ Les infections les plus légères par le Staphylocoque doré, orgeolet, furoncle, pustules sous-épidermiques, s’accompagnent fréquemment d’un œdème inflammatoire étendu avec rougeur, douleur vive, légère élévation de la température, et se compliquent souvent d’adénopathie. Les ganglions enflammés sous l’action du seul staphylocoque suppurent très rarement.

Ces accidents locaux peuvent se reproduire avec persistance pendant

plusieurs semaines et plusieurs mois chez un même sujet atteint successivement de dix, vingt, trente furoncles et même plus. C’est sur un sujet atteint d’une de ces poussées de furonculose que nous avons pu, il y a presque dix ans, démontrer la présence dans l’urine du Staphylocoque doré.

Ayant eu l’occasion d’assister depuis cette époque chez la même personne à diverses manifestations de l’infection locale par le Staphylocoque, provenant parfois d’une inoculation fortuite au cours d’opérations d’ostéomyélites infectieuses ou de lésions suppurées graves, nous avons remarqué que l’intensité des symptômes inflammatoires diminuait progressivement, et depuis près de deux ans des inoculations qui avaient provoqué primitivement jusqu’à un phlegmon étendu de la main, des panaris anthracoïdes, etc., déterminent à peine l’évolution d’une minime vésicule purulente; de même à la région cervicale se sont développées, en pareil cas, au lieu de furoncles, de petites nodosités inflammatoires qui se sont indurées sans donner une seule goutte de pus. Ces observations nous permettent de penser que l’on découvrira sous peu un moyen d’augmenter la réaction défensive de nos cellules contre le Staphylocoque et d’atténuer les accidents locaux ou généraux souvent si graves qu’il peut déterminer.

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