PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES DES ASPERGILLUS
Les Aspergillus affectionnent particulièrement les milieux sucrés et légèrement acides. Le pigment des spores ne se développe bien que sur ces derniers, et telle espèce qui croît mal et demeure d’un blanc de neige sur un milieu pauvre {Sterigmatocystis glaucus) prend une teinte d’un beau vert tendre sur le moût de bière.
Une des espèces que nous avons figurées, VA. orizæ, jouit d’un pouvoir saccharifiant utilisé dans la préparation du Saké, boisson des Japonais. Cette boisson est produite par l’action saccharifiante de ce champignon sur l’amidon du riz, qui est transformé en glucose et en dextrine, tandis que les albuminoïdes sont peptonisés et deviennent solubles.
ACTION PATHOGÈNE
Certains Aspergillus sont pathogènes. On a trouvé, chez l’homme, des colonies d’Aspergillus dans un cas de kératite purulente, consécutive à une blessure de la cornée par un grain d’avoine. Quelques espèces, notamment VAspergillus niger, ont été rencontrées dans le conduit auditif externe.
Chez quelques animaux, l’injection dans le sang des spores à’Aspergillus fumigatus est susceptible de déterminer une mycose viscérale mortelle (pseudo-tuberculose aspergillaire du pigeon, du lapin). Il en est de même pour le poumon à la suite de l’inhalation de ces spores.
Nous représentons, figure 31, deux foyers infectieux déterminés
Fis, 31.
Atpergillus fumigatus dans le poumon du‘pigeon (gr. 150 diam.).
dans le poumon du pigeon par l’inhalation d’air chargé de spores à^Aspergillm fumigatus.
Fis. 32.
Alvéole pulmonaire du canard (Aspergillus fumigatus) (gr. 250 diam.).
La figure 32 représente le développement des tubes mycéliens dans un alvéole pulmonaire de canard.
MOISISSURES
La figure 33, une végétation en forme de pinceau à la surface d’une nodosité péribronchique.
Alvéole pulmonaire du canard {Aspergillm fumigatus) (gr. 250 diam.).
Dans ce cas, le mycélium a traversé au loin le tissu pulmonaire
Fîg. 34,
Surface de la plèvre près du point que montre la figure 33 (gr. 250 diam.).
pour former de nouveaux foyers intra-pleuraux à la surface de la séreuse (fig. 34) et y déterminer un processus inflammatoire intense.
Les figures 35 et 36 représentent, au grossissement de 800 diamètres, deux tubercules pulmonaires du pigeon, infiltrés par
Fig. 35.
Tubercule pulmonaire du pigeon {Aspergillus fumigatu$) (gr. 800 diam.).
VA. fumigatus. Le mycélium, dans l’un d’eux (fig. 35), affecte une
Fig. 36.
Tubercule pulmonaire du pigeon {Aspergillus fumigatus) (gr. 800 diarn.).
disposition radiée, et, dans l’autre (fig. 36), une disposition arbo rescente.
Ces préparations nous ont été confiées par le professeur Gornil.
MOISISSURES
PENICILLUM
Le Penicillum glaucum est l’une des moisissures les plus répandues.
Fig. 37.
. Colonies de Penicillum glaucum sur agar-agar (grandeur naturelle).
Elle se développe sur des^milieux très divers et infecte presque toujours les plaques de culture exposées à l’air.
Fig. 38.
Groupe de pinceaux fructifères du Penicillum glaucum (gr. 200 diam.).
La figure 37 représente une série de colonies de Penicillum glaucum
ATL4S DE MICROBIOLOGIE
Fig. 39
Penicillum glaucum. Détail des organes de fructification.
est en général blanchâtre, le pigment se montrant d’autant plus
Penicillum glaucum. Pinceaux fructifères (gr. 500 diam.).
accentué que les fructifications sont plus anciennes. La fructification commence au centre de la colonie,
MOISISSURES
On a décrit un certain nombre d’espèces de Penicillum que nous n’avons pas retrouvées.
Nous n’avons réussi à cultiver que deux espèces peu différentes de Penicillum glaucum, dont l’une liquéfie rapidement la gélatine peptone.
Le Penicillum glaucum présente, comme organes de fructification, à l’extrémité d’un pédicelle non renflé, plusieurs ramifications dichotomiques au bout de chacune desquelles se développe un long chapelet de spores verdâtres.
On remarque, figure 38, une série de pinceaux fructifères.
Les figures 59 et 40 représentent le détail des organes de fructification du Penicillum glaucum.
Les cultures jeunes de Penicillum glaucum ont exactement la teinte des cultures à’Aspergillus fumigatus.
Les vieilles cultures deviennent, comme celles de VAspergillus fumigatus, d’un vert violacé, puis brunâtre, et finissent par ressembler à une couche de suie.
A l’abri de l’air libre, et dans des milieux peu nutritife, dans l’urine par exemple, le Penicillum glaucum peut donner lieu à une végétation blanchâtre, absolument privée de pigment.
PROPRIÉTÉS RIOLOGIQUES DES PENICILLUM
Sur les milieux nutritifs liquides, le Penicillum glaucum forme une couche épaisse, véritable croûte ridée, et irrégulière à sa face inférieure, qui a déterminé de la part de quelques botanistes l’appellation de Penicillum crustaceum.
Le Penicillum glaucum, comme le Mucor racemosus, donne de l’invertine et peut transformer le sucre de canne en d’autres espèces de sucres, mais il est incapable de déterminer une fermentation alcoolique. Les cultures ont une odeur franche de « moisi ».
Le Penicillum glaucum n’est pas pathogène.
^^XGOm EXTERNES DE I/HOMME ET DES ANIMAUX
TRICHOPHYTIES — FAVUS — PITYRIASIS VERSICOLORE ERYTHRASMA
Parmi les maladies du tégument externe, un certain nombre sont aujourd’hui classées dans la catégorie des affections parasitaires.
Le Pityriash venicolore, VErythram,a sont dus à l’évolution de parasites spéciaux; nous verrons que ces parasites, bien que très évidents lorsque l’on emploie pour l’examen des Sffncmes épidermiques une technique spéciale (Malassez et Gram) sont encore peu connus. Leur culture sur les milieux artificiels demeure un problème insoluble. Leur classification botanique est impossible.
L’étude des maladies parasitaires du cuir chevelu est plus avancée, depuis que les Trichopbytons ont pu être cultivés artificiellement et assimilés, d’après les caractères de leurs organes de fructification, au groupe des Botrytis.
L’étude des Teignes vient ainsi prendre place après celle des moisissures.
Nous décrirons d’abord les Tricliopbyties et la Teigne spéciale de Grüby, qui sont aujourd’hui les mieux connues au point de vue parasitaire.
Nous ne pouvons faire mieux que de reproduire, pour cette partie de notre atlas, le travail remarquable de M. Sabouraiid sur les Trichophytiés humaines et animales, travail qni est le document le plus récent, et de beaucoup le plus complet sur ce point intéressant de la pathologie cutanée.
Nous étudierons ensuite, avec le D" Bodin, le Favus, le Pityriasis versicolore et VErythrasma.
Les préparations des B“ Sabouraud et Bodin ont été photographiées à Reims, dans notre laboratoire ou dans celui de notre ami M. Rothier.
LES TEIGNES
Le mot Teigne {tinea), qui, selon quelques auteurs, paraît dériver de l’arabe, a été employé depuis le xii® siècle pour désigner les maladies graves et rebelles du cuir chevelu.
Ces maladies étaient alors confuses dans l’esprit des médecins et le mot Teigne ne doit conserver qu’une signification de siège bien déterminée.
On désignait ainsi les affections chroniques du cuir chevelu, par opposition aux dartres et aux éruptions des autres parties du corps.
La contagiosité des Teignes était connue dans l’antiquité. Pline l’Ancien relate l’histoire d’une épidémie de Mentagre qui fut importée d’Égypte à Rome. Ambroise Paré remarqua la nature contagieuse de certaines teignes et recommanda l’épilation.
Mais la découverte des éléments parasitaires ne date que d’une cinquantaine d’années.
L’histoire des Teignes se divise donc en deux grandes périodes que sépare un fait capital : la découverte de leur nature parasitaire.
Schœnlein décrivit l’Achorion en 1839. Le Trichophyton tonsuram èt le Microsporoh Audouini furent découverts à leur tour, de/É841 à 1843, par Grüby.
Lorry, Alibert, Biett, Willan, Mahon, avaient déjà distingué cliniquement, quelques années auparavant, le Favus des Teignes tondantes.
Le Favus est caractérisé par la production de croûtes jaunâtres arrondies, au niveau desquelles on observe des dépressions en forme de godets.
Le Godet favique est tellement caractéristique que son aspect seul entraîne le diagnostic de la lésion et de son parasite.
Les cheveux, aux points altérés, sont ternes, secs, et n’offrent plus qu’une faible adhérence.
L’odeur des godets faviques rappelle celle de la souris.
UAchorion Schœnleinii, le parasite du Favus, peut envahir les ongles et même les parties glabres, où il détermine des lésions spéciales.
Tout autre est l’aspect des Teignes tondantes : ces dernières doivent leur appellation à cette particularité, que les cheveux envahis se cassent uniformément à quelques millimètres au-dessus de la surface de la peau.
On distingue, chez l’homme, deux variétés de Teigne tondante : la Teigne Trichophytique, causée par le Trichophyton tonsurans, et la Teigne spéciale de Grûby, autrefois confondue avec la Pelade, et occasionnée par le développement du Microsporon Audouïni.
Les Teignes se développent surtout sur les jeunes sujets et sévissent particulièrement dans la classe pauvre.
La cause déterminante est toujours la contagion, par transmission directe ou indirecte du parasite d’un individu malade à un sujet sain.
Il est possible aussi que, dans certains cas, la contagion soit d’origine animale, car le chien, la poule, la souris, le cheval, le chat et d’autres animaux sont susceptibles d’être atteints de Teignes qui présentent avec le Favus et les Teignes tondantes une grande analogie.
La durée des Teignes est habituellement longue. On les observe souvent, les Teignes tondantes surtout, en vastes foyers épidémiques, développés en quelques semaines et comptant parfois cent cas et plus.
Les Teignes sont des maladies tout à fait bénignes en ce sens qu’elles n’altèrent pas la santé générale et que toute leur évolution est indolore. Elles sont bénignes aussi en ce sens qu’elles guérissent toujours, même spontanément, et ne dépassent guère l’époque de la puberté.
Elles ne sont donc redoutables qu’en raison de leur ténacité.
Leur durée peut atteindre et dépasser trois ans, pendant lesquels les enfants contaminés demeurent contagieux et, comme tels, privés de l’école ou hospitalisés. Les traitements les mieux conduits n’aboutissent à la guérison que dans un laps de temps de six mois à un an»
LES TEIGNES
Si bénignes que soient, par conséquent, ces afïections au point de vue de la santé générale, il est nécessaire de les étudier et de les bien connaître pour arriver à restreindre le nombre énorme de cas que les grandes villes en présentent, et aussi pour chercher des méthodes thérapeutiques plus efficaces que celles dont on dispose aujourd’hui.
De même que VAchorion Schœnleinii, les parasites des Teignes tondantes peuvent s’inoculer à la peau glabre. Leur développement produit à la surface de la peau des cercles connus vulgairement sous le nom d’Herpès circiné et caractérisés par une bordure de squames, de vésicules, de pustules ou de croûtes.,On voit souvent l’Herpès circiné coexister sur le même sujet avec la Teigne tondante.
Les ongles peuvent être atteints; ils sont alors diversement altérés, très épaissis, jaunâtres, exfoliés en surface.
L’homme adulte peut également contracter cette maladie à la barbe.
Les altérations du poil sont alors analogues aux altérations des cheveux de l’enfant.
Nous avons vu plus haut qu’il existe deux variétés de Teigne tondante.
Tout d’abord on avait cru qu’un seul et même parasite, le Trichophylon lonsm^ans (Grühv 1841), était la cause unique de toutes les lésions que nous venons de passer en revue.
11 est aujourd’hui hien démontré qu’il existe, §n dehors de la Teigne trichophytique, une Teigne toute spéciale à l’enfant et exclusivement localisée au cuir chevelu. Teigne dont le parasite est incapable de se développer, comme on l’observe au contraire pour le Trichophyton, au niveau de la peau glabre, des ongles ou de la bafbe'j chez l’adulte. Cette teigne spéciale est causée par le Microsporon Audouïni de Grüby; nous la dénommerons Teigne à petites spores.
L’autre tondante, la Teigne trichophytique, comprend de nombreuses formes cliniques, qui semblent correspondre à des parasites différents. C’est ainsi que les Trichophytons des animaux sont seuls capables d’envahir les poils de la barbe chez l’homme adulte.
Nous aurons donc à étudier successivement :
1° Les Trichophyties, et, parmi ces dernières, nous distinguerons
la Teigne tondante de l’enfant et les Trichopliyties d’origine animale, qui, seules, sont susceptibles de s’inoculer à la barbe de l’hoinme adulte et de causer le Sycosis parasitaire.
2” La Teigne tondante spéciale à petites spores, de Grüby, qui est due au Microsporon Aiidouïni.
Cos (leux maladies, bien qu’absolument ditïcrcntes et chacune spécifique, méritent d’étre étudiées cote à côte, à cause de leurs nombreux points de ressemblance, qui ont favorisé leur confusion jusqu’à ce jour.
Les Tricliophytons appartiennent au groupe des Botrytis.
Les Botrytis sont des moisissures à rameaux aériens grisâtres, dont les fructifications (fig. 147, 148 et 140) ont l’aspect de grappes microscopiques.
Le Botrytis cinerea, qui se développe très bien sur le vin ou sur le moût de bière, exhale en culture une odeur de souris.
Le premier Botrytis pathogène connu a été le Botrytis Bassiana, le champignon de la Muscardine du ver à soie.
Sa découverte date de 1855. Elle a donc précédé de quelques années la découverte des parasites du Favus et des Teignes tondantes.
D’un autre côté, le Trichophyton ayant été décrit dans les cheveux, par Grüby, bien avant qu’on ait pu déterminer sa classification botanique (Üuclaux, 1886), nous croyons bien faire en étudiant, avec le IL Sabouraud, les trichophyties analytiquement et en commençant par l’étude du cheveu, pour suivre ensuite les parasites dans les différents stades de leur développement.
LA
TEIGNE ÏRICHOPHYTIQUE