F. FIÈVRE PUERPÉRALE
Passons en revue, à leur tour, nos observations d’infection puerpérale :
Toute une série, identique par l’anatomie pathologique, ne présente d’intérêt que par la chronologie. Les dates du 6 juillet 1886, des 3 et 25 janvier 1887, du 2 septembre 1887, des 6, 12, 15, 31 janvier 1888, des 3, 11, 12, 24, 25, 28 février 1888, prouvent que la maladie était endémique dans le service hospitalier d’où proviennent tous ces cas.
A part une seule autopsie, remarquable par la présence d’une quantité extrêmement petite de pus dans le petit bassin, tous les cas ont présenté les lésions banales de la péritonite séro-purulente d’origine utérine, que nous avons décrites plus haut. Les formes anormales sont plus intéressantes au point de vue clinique.
Deux observations, provenant l’une de la ville, l’autre de la campagne, sont remarquables par la coïncidence, avec la péritonite nuerpérale, d’un érythème scarlatiniforme généralisé.. Ces deux cas ont été notés par les médecins comme des cas mortels de «Scarlatine» chez des femmes en couches.
Nous avons deux fois observé ces mêmes exanthèmes scarlatiniformes dans des cas de lymphangite infectieuse à Streptocoques, suivie de guérison.
Chez une autre malade atteinte d’infection puerpérale, la mort n’est survenue qu’au bout de quinze jours, après l’apparition d’un gonflement phlegmoneux d’un bras et d’une arthrite purulente du poignet opposé, compliqués de phlyctènes purulentes et de plaques de sphacè!e=
Une autre malade, plus heureuse, a surmonté les accidents d’infection générale pour ne présenter comme lésion streptococcique grave qu’une pleurésie purulente de quatre litres. Traitée d’emblée par l’opération d’Estlander, cette femme a parfaitement guéri.
Cette localisation pleurale du Streptocoque d’origine post-puerpérale n’est pas rare, et à la Pitié, en 1881, nous avions déjà constaté dans le service du D'' Bernutz, à l’autopsie d’une jeune femme devenue cachectique à la suite d’une fausse couche, une pleurésie purulente enkystée très limitée provenant d’un petit abcès métastatique du poumon, et prête à s’ouvrii’ spontanément en dehors.
Une des femmes citées plus haut, à propos de l’épidémie que nous avons étudiée à l’Hôtel-Dieu de Reims, a présenté pour tout accident une collection purulente énorme de l’épaule, sans rougeur, qui guérit à la suite de trois ponctions aspiratrices, et un phlegmon de la jambe, également sans rougeur, qui dut être incisé.
Une autre personne, atteinte de déchirure du périnée, contracta un érysipèle de la vulve, qui s’étendit jusqu’aux pieds, et présenta, pendant sa convalescence, un phlegmon de la fesse sans rougeur de la peau.
Une troisième fut atteinte d’un phlegmon sus-épineux profond sans lymphangite superficielle.
Nous citerons également une femme atteinte de cancer du sein et du foie, contagionnée manifestement par le Streptocoque puerpéral, et morte avec une péritonite séro-purulente. L’ascite ne s’est manifestée qu’après l’apparition de l’exanthème thoracique.
Une opérée de cancer du sein présenta au huitième jour une simple gouttelette de pus sur le trajet d’une suture. Bientôt après elle était atteinte d’un érysipèle ambulant du thorax, et mourut avec généralisation des Streptocoques dans tous ses viscères.
Rien de plus intéressant au point de vue clinique que les manifestations si variées de l’infection par un même Streptocoque, de provenance unique probable, et qui a tué pendant de longs mois, à l’Hôtel- Bieu de Reims, malades de médecine, de chirurgie et parturientes, se propageant de Tun à l’autre par transmission directe dans l’intérieur même dé Thopital.
STREPTOCOQUES
I/exposé de ces faits confirme les données de rexpérimentalion et prouve :
1° Que le Streptocoque pyogène de Rosenbach évolue souvent avec une lymphangite ou une rougeur érysipélateuse.
2“ Que le Streptocoque puerpéral peut occasionner, soit la péritonite puerpérale, soit diverses formes d’infection plus bénignes : phlegmons, pleurésie purulente, etc., etc., et même de véritables érysipèles bien caractérisés.
3“ Que le Streptocoque de Fehleisen, tout en étant l’agent de l’érysipèle franc, peut être aussi le point de départ de phlegmons circonscrits, de péritonite ou d’arthrites purulentes.
Chez le lapin, les Streptocoques de ces trois provenances déterminent presque toujours la formation d’un petit abcès, puis un érysipèle d’une gravité variable.
On voit donc que les faits cliniques viennent corroborer l’unité presque certaine à la suite des simples recherches bactériologiques du Streptocoque pyogène en tant qu’agent de l’érysipèle et de la fièvre puerpérale.