DURÉE DE VIRULENCE DES OBJETS CONTAMINÉS PAR LE STREPTOCOQUE
Le Streptocoque peut conserver très longtemps sa virulence. Nous en donnerons quelques exemples probants.
1® Une femme meurt d’érysipèle opératoire à l’Hôtel-Dieu de Reims; son lit est souillé de pus.
On désinfecte les draps, mais non la paillasse.
Une autre opérée, couchée dans le même lit quelques jours après le décès de cette femme, était déjà en voie de guérison : on oublie de changer son pansement; les liquides de la plaie cpulent et viennent s’infecter au contact de la paillasse contaminée ; la malade prend un érysipèle et meurt.
2® Une jeune femme, épousée en secondes noces, meurt de fièvre puerpérale : elle venait d’accoucher sur le même lit que la première femme du même mari, morte plus de 18 mois auparavant de la même maladie. — Les Streptocoques, qui existaient encore à l’état virulent dans le matelas non désinfecté, s’étaient propagés par les lochies jusque dans la cavité utérine.
Comment survient la mort dans la fièvre puerpérale? Nos recherches nous ont toujours démontré des embolies microbiennes généralisées.
La recherche des poisons chimiques produits par le Streptocoque est des plus délicates.
Les poisons albuminoïdes ou toxalbumines nous ont paru jouir d’une importance plus grande que les ptomaïnes cristallisables.
Toutefois la formation des poisons chimiques est inséparable de la présence au sein même de l’économie des Streptocoques.
PHLÉBITES A STREPTOCOQUES
Deux mois et demi après notre communication et le dépôt de ce mémoire à l’Académie de médecine, notre ami le D’’ Widal faisait présenter à l’Académie, par le professeur Cornil, le résultat de ses recherches, à peu près contemporaines des nôtres.
Widal, en inoculant à l’oreille du lapin des cultures de Streptocoques provenant de six cas de puerpéralité, a déterminé indifféremment des plaques érysipélateuses et de petits abcèsL
Il a rencontré, chez les malades atteintes de fièvre puerpérale, le Streptocoque dans l’épaisseur du tissu utérin, dans les abcès métastatiques et particulièrement dans les caillots de la phlegmatia alba dolem dont la forme infectieuse, observée après l’accouchement, est en relation avec l’infection par le Streptocoque puerpéral.
Les recherches de Widal ont donc confirmé absolument les observations que nous avions faites sur un plus grand nombre, de malades.
Le microbe en chaînettes, décrit par Coze et Feltz en 1869 dans les cas de fièvre puerpérale, puis par Recklinghausen 1871, Valdeyer, Orth, Pasteur en 1879, est donc bien le seul microbe de rinfection puerpérale type. C’est le Streptocoque de Ogston.
On a prétendu, à l’exemple de Doléris (1880) que la fièvre puerpérale évoluait avec des formes variables suivant le microbe pathogène Le microbe en chaînettes produirait d’après lui une pyohémie lente'. Le diplocoque, des suppurations dites rapides. Les bacilles, une septicémie foudroyante évoluant presque sans suppuration.