‹ Atlas des lacs françaisChapitre 100 sur 360 · Léman, t. I, p · texte numérisé non relu

Léman, t. I, p

4. C'est moi qui ai ajouté le point d'interrogation. Je ne partage point l'enthousiasme gastronomique de M. Forel, et je trouve tous les poissons du lac de Genève également médiocres.

courants de retour, dont j'ai décrit plus haut le mécanisme ^ étaient assez puissants pour balayer cette crête et empêcher la vase de s'y déposer. Je reproduis ici textuellement cette explication, donnée dans un langage expressif et imagé^

Une course dans une haute vallée du Jura m'a appris comment les choses se passent au fond du lac. A la fin de janvier 1886, la vallée du Locle était enneigée depuis le mois d'octobre. Les chutes successives déneige avaient recouvert le sol d'une couche que Ton estimait à O^jSO ou 0^,60 en moyenne. Et cependant toutes les arêtes, les crêtes, les pointes du terrain étaient à nu, et le sol ou le gazon y apparaissaient à découvert. C'était TelTet du vent qui avait balayé la neige poussiéreuse, l'avait accumulée dans les dépressions et sur les parties planes, l'avait enlevée de toute éminence ou partie saillante. Il en est de même au fond du lac. L'alluvion y tombe sous la forme de flocons, comme la neige; elle s'étend en tapis continu; mais, comme la neige est balayée par les vents, l'alluvion est enlevée par les courants, les parties saillantes sont mises à nu, et c'est ainsi que la moraine sous-lacustre d'Yvoire apparaît non recouverte par l'alluvion lacustre moderne.

Quelque ingénieuse que soit cette comparaison, c'est le cas ici de répéter le proverbe : comparaison n'est pas raison. Sans aucun doute, des courants puissants peuvent avoir sur le sol du lac l'efTet que décrit M. Forel; mais l'explication de M. Forel ne me parait pas pouvoir s'appliquer à la moraine d'Yvoire, et voici pourquoi.

La barre sur laquelle se trouve cette moraine n'est pas la seule de son espèce ; plusieurs autres existent dans le Petit Lac ; même, sur l'une d'elles, celle de Bellerive, la section mouillée est beaucoup plus rétrécie que sur celle d'Yvoire, et, partant, les courants de fond doivent être plus énergiques. Or nulle part ailleurs que devant Yvoirele sol primitif du lac n'a été rencontré, et pourtant le fond du Léman a été, dans ces parages, minutieusement exploré par Pictet, par Hôrnlimann, par moimême; nulle part ailleurs les pêcheurs ne connaissent de localité où les ombres se rassemblent pour frayer. Pourquoi l'action des courants de fond serait-elle si énergique sur la barre d'Yvoire et sans effet sur les autres barres du Petit Lac?

Les résultats des sondages du lac sont d'ailleurs venus porter un nouveau coup à l'hypothèse de M. Forel; comme je l'ai dit plus haut, on croyait autrefois que la moraine se trouvait sur la crête de la barre ; mais il a été reconnu que sa place exacte était non pas sur la crête, mais sur le talus oriental de la barre, à quelques centaines de mètres plus loin.

Un courant venu du nord-est pourrait à la rigueur produire une disposition semblable. Pour reprendre la comparaison de M. Forel, il arrive souvent, dans les montagnes, que les sommets ne sont pas constitués par des rochers, mais bien par des arêtes neigeuses ; le vent met à nu les surfaces rocheuses et balaye la neige qu'il amoncelle en forme de corniches, comme le représente la figure 40, sur laquelle A

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