C. — Affluents sous-lacustres
Lorsqu'un affluent superficiel, non chargé d'alluvions, vient se jeter dans un lac, il ne produit pas en général de perturbation considérable sur la température de celui-ci; car l'eau de cet affluent, si elle est plus froide que celle de la surface, descend dans les profondeurs jusqu'à ce qu'elle trouve une couche de même densité qu'elle. Comme, en général, la composition de l'eau des affluents diffère peu de celle de l'eau du lac, on peut admettre que la couche d'égale densité correspond sensiblement à la couche d'égale température, et l'on peut dire, sans grande erreur, que l'affluent descend dans les profondeurs jusqu'à ce qu'il rencontre la couche possédant la même température que lui, couche avec laquelle il va se mélanger. On comprend donc que, à moins que l'affluent n'ait un débit très considérable, le régime thermique du lac ne soit modifié que dans la zone immédiatement voisine de son embouchure.
Tout autre est le cas lorsque l'affluent est sous-lacustre ; car nous avons alors une eau d'une température sensiblement invariable, qui vient sourdre au milieu d'une couche du lac qui, par sa position, devrait posséder en général une température très différente de celle de la source. Il y aura donc réchauffement ou refroidissement anormal de toute une région profonde du lac.
a. AFFLUENTS SOUS-LACUSTRES DU LAC D'aNNECY — SOURCE DU BOUBIOZ
L'exemple le plus remarquable que nous connaissions d'une source souslacustre est celui du Boubioz, au lac d'Annecy ; je donnerai quelques détails sur les mesures de température grâce auxquelles j'ai pu la découvrir*.
J'ai cru d'abord que le vaste entonnoir qui s'ouvre au fond du lac, et dont j'ai donné la description précédemment ^ était le siège non pas d'une source, mais d'un écoulement sous-lacustre. Un argument de M. Forel, qui me paraissait décisif, contre la possibilité d'une source, était que l'existence d'une pareille source aurait dû se révéler en hiver par la présence de vapeurs au-dessus du lac.
multiplicité des lectures faites au lac de Nantua, aux profondeurs de 40 et de 42 mètres, parait bien montrer qu'elles ont une autre cause qu'un défaut de précision du thermomètre.
Ce dernier lac parait être, comme nous le verrons plus loin (chapitre IX), le siège d'une vie organique assez intense; il est donc possible que l'augmentation de température que j'y ai constatée soit due en partie à un dégagement de chaleur provenant de la décomposition de matières animales ou végétales ; toutefois, il ne faut pas oublier que le lac est alimenté par quelques ruisseaux assez importants, qui parfois charrient des quantités d'alluvion notables, et qu'il y a dans ce fait une cause de réchauffement des couches profondes. La même remarque s'applique probablement aux autres lacs. Quant à la chaleur centrale, il me semble qu'il ne faut pas la faire intervenir, car son action paraît être absolument négligeable. (Voir page 149.)
1. Toutes les recherches relatives à la découverte de la source du Boubioz ont été faites avec M. Legay, ingénieur des ponts et chaussées à Annecy, qui a été pour moi un collaborateur précieux, et auquel je suis heureux d'adresser ici mes plus vifs remerciements.