Communication du M. P. Tenuii^r
2. NiveUeiuent fait, sur mes indications, par M. L&tay, conducteur des ponts et chaussées, au Bom^d'Oisans.
248 LKS LACS FRANÇAIS.
des neiges. Les deux lacs des Hôpitaux ne se déversent aussi qu'exceptioonellemeDl par-dessus leur digue d'éboutis. Il se peut encore que, comme à Sylans, le lac trouve un écoulement par un col moins élevé que le poiul le plus bas de la digue (lig. 68). Le niveau des lacs de ce type, qui possèdent pour la plupart un écoulement souslacustre, est en général très variable.
Comme autres lacs qui sont peut-être dus à des éboulements, je citerai ceux de Gers' (Haute-Savoie) {tig. 70) et d'Ëstaing (Hautes-Pyrénées, profondeur 3", 80), où le brouillard a gêné mes observations. Le lac de Gers parait aussi peu profond;
Fie, 10. — Lau de Gers [Ilautu-Suvuie). Les chalets sunl situfs sur le barrage, prubablemeat formé d'ËbouUs,
qui liuuticat le lac.
(U'*|iria uno pliotogniibic do M. Prmiat.)
il a, m'a-t-on dit, outre son écoulement par déversoir, un écoulement sous-lacustre à travers la digue qui le soutient ; l'eau qui s'ioBllre ainsi reparaîtrait après un faible parcours.
Beaucoup de lacs produits par des éboulements n'ont qu'une existence temporaire; la digue, trop faible pour supporter la pression de l'eau qui s'accumule derrière elle, finif par céder, et une débâcle, souvent désastreuse, se produit. La vallée de la Romaocbe, où viennent aboutir, par l'intermédiaire du Vénéon, les eaux du lac de Lovitel, a été au xiii'' siècle le théâtre d'un phénomène de ce genre. <c Des hauteurs de la pelile Vaudaine, dit M. Henri Duhamel-, partit, vers 1191, un
i. Cai-te géologique au gjj-^ feuille Annecy, [lar lteiievii.T, LugeoD, Bcrlrand, Haillurd, Hau^' et Michel Lévy.
2. Guide loanne des Aljtef dMiphinoifet, iStHi, I" pailic, [i. 2G0.
SITUATION GÉOLOGIQUE ET ORIGINE DES LACS. 9i!»
immense éboulemenl qui vint combler le fond de la gorge et y forma en quelques instants un colossal barrage qui arrêta le cours de la Komanche et en fit refluer les eaux. La plaine de l'Oisans fut inondée, les eaux s'élevant à une hauteur moyenne de 10 mètres au-dcpsus du sol; des villages entiers disparurent et la plaine, ensevelie sous les eaux, devint le lac de Saint-Laurent. » Le lac disparut brusquement, après quelque vingf-huit années d'existence, dans la nuil du 14 au 15 septembre 1219, par suite de la rupture du barrage, et Grenoble eut à subir une inondation terrible.
A. — Lacs situés sur la terre fei'me et soutenus par des glaciers.
Un glacier peut, en s'avançant à travers une vallée, barrer celle-ci et donner naissance à un lac. Je ne connais pas d'exemple de ce phénomène en France, bien
Via. 71.— Lao de Marjclen, Kl glni'ier d'Alelïoti le suiitcnaiit, (D'après auo phalD);rBphin.)
qu'il doive certainement en exister, En Suisse, un lac bien connu des touristes a une origine de cette nature. C'est le célèbre lac de Màrjelen'(flg. 71), situé dans une vallée barrée par le glacier d'Alelsch, et dont la profondeur, d'après la carte fédérale, atteint 47 mètres au pied du glacier.
Le Nouveau Monde nous offre des exemples encore plus grandioses de ce phé-
i. Feuille 403 (Alclscligldsclier) île l'Atlas topographique de la Suisse. — Prince Roland Bonaparte, le Glacier de t'AleIsck el le lac de MitrjcUn, Paris, impi'iint' pour l'auleur, 1889.
nomèoe; le glacier de Malaspina dans TAlaska, celui de Toyatte dans la Colombie britannique, soutiennent des lacs de plusieurs milles de longueur ^
Quelquefois de petits lacs occupent les vides qui existent entre un glacier et Tune des murailles de la vallée où il est renfermé. L'un des plus connus était celui du TaculS situé au pied de la montagne de ce nom et à la jonction des glaciers du Géant et de Léchaux, qui se réunissent pour former la Mer de Glace de Chamonix. Ce lac est à présent disparu^.
Les lacs soutenus par les glaciers sont très souvent intermittents. D'après Forbes*, le niveau du lac du Tacul était très variable. Parfois ils se vident brusquement à travers les crevasses du glacier, en provoquant des inondations dans les parties basses de la vallée ; tel est le cas du lac de Mârjelen, dont les énormes oscillations sont bien connues; aussi, pour empêcher ce dernier de prendre un volume dangereux, le canton du Valais a-t-il fait creuser une galerie de décharge qui, audessus d'un certain niveau, dirige les eaux dans le vallon voisin de Fiesch \
B. — Z/Ocy situés sur la surface des glaciers.
A cette catégorie de lacs se rattachent tout naturellement ceux qui occupent des dépressions sur les glaciers eux-mêmes ; il n'ont plus aucun contact avec le sol et leur cuvette est taillée tout entière dans la glace vive. Les plus remarquabl.es que je connaisse sont situés sur le glacier de Gorner\ près de Zermatt, dans le Valais.
L'observateur attentif qui, du haut du Gornergrat ou du RifTelhorn, regarde à ses pieds le glacier de Gorner, s'aperçoit bien vite que la surface de ce glacier a une forme toute particulière. Sur la partie à peu près plate qui s'étend du pied du Mont- Rose au RifTelhorn, il remarque une série de trous creusés dans la glace et dont quelques-uns sont remplis d'eau. La feuille Zermatt de VAtlas topographique de la Suisse en indique 26. Ces trous ne sont pas capricieusement éparpillés sur le glacier; ils sont au contraire alignés assez régulièrement, suivant plusieurs rangées qui suivent le fil du glacier ; une loi semble avoir présidé à leur formation. Si l'on descend sur le glacier, on reconnaît qu'ils ont la forme de cratères, dont les parois
i, L C. RussELL, Lakes of North America, p. U.
2. Voir la carte au ^-^j-^ du Mont-Blanc par Mieulet (Paris 1865) et la carte au ^^^ P^^ MM. Barbey, Imfeld et Kurz (1896). Voir aussi Carte géologique au 55^, feuille Valorcine par Michel Lévy, Lugeon
Duparc et Mrazec.