C. A., t. CXVII, 1893, p
le pourtour de la cavité, et particulièrement à Taval, les couches profondes inclinées. De nombreuses fissures se sont formées, qui n'existaient pas lors de nos premières expéditions (19 juillet et 17 août 1892). Tout accuse un tassement général de la partie aval du glacier.
« Ajoutons que, à Tune des extrémités de la cavité supérieure, on observe une vaste galerie, transversale à la direction du glacier, finissant en forme de coin à quelque 20 mètres de la cavité, et qui est manifestement une crevasse de fond, résultant de la forme concave du lit du glacier.
« Nous avons vérifié avec soin l'écoulement du glacier et nous avons constaté que, sauf quelques ruisseaux superficiels, presque toute Teau s'échappait par le fond, sous l'ancien couloir qui réunissait Tan dernier les deux cavités. L'écoulement paraît donc se faire à présent dans des conditions convenables. Mais cet état de choses n'est que temporaire ; car, ou bien le tassement du glacier et la barre de neige amoncelée dont nous avons parlé plus haut auront pour effet d'interrompre cet écoulement à bref délai et de permettre l'accumulation de Teau dans la cavité supérieure, auquel cas un lac glaciaire à ciel ouvert se formera; ou bien la cavité supérieure se remplira complètement de neige avant la cessation définitive de l'écoulement et disparaîtra dans la marche du glacier, auquel cas, par suite de la configuration du sol, de nouvelles cavités pourront se reformer. De toute façon, la vallée de Montjoie nous parait être exposée, dans un avenir peut-être très prochain, peut-être plus éloigné, à une catastrophe semblable à celle du 12 juillet 1892. Aucun travail préventif ne nous semble possible. Une surveillance assidue et, au besoin, une évacuation de la vallée sont les seuls remèdes. »
Celte communication souleva des tempêtes dans la région; les petits journaux locaux publièrent des articles violents contre moi; je reçus des lettres, anonymes pour la plupart, où Ton m'accusait d'être pour les habitants, et surtout pour les hôteliers de Saint-Gervais, un fléau beaucoup plus redoutable encore que le glacier de Têle-Rousse. J'étais loin de m'attendre à ce que la discussion scientifique, impartiale, d'un problème de géographie provoquât une pareille émotion.
Je ne suis pas remonté à Tête-Rousse depuis 1893, mais mes prévisions paraissent se justifier; car, d'après les renseignements que j'ai reçus, la cavité supérieure se remplit d'eau peu à peu. Puisse aucune calastrophe nouvelle n*en résulter!
De pareilles poches d'eau semblent être plus fréquentes qu'on ne le croit généralement; c'est probablement à l'une d'elles, cachée dans le glacier des Bossons, qu'il faut attribuer une crue subite d'un affluent de l'Arve qui fut observée en 1892 en aval de Chamonix.
Toutefois, M. Richter, qui s'est occupé avec tant de succès des lacs et des glaciers autrichiens, ne partage pas ma manière de voir sur l'origine de la catastrophe de Saint-Gervais*; il ne croit pas à l'existence de ces lacs intérieurs; il pense que les deux cavités de Têle-Rousse étaient simplement des élargissements de la galerie que suit le torrent sous-glaciaire; dans son opinion, le toit de Tune de ces cavités se serait effondré; les blocs éboulés auraient causé une obstruction