Feuille M (Vevey-Sion) de la carte au q
4. Il n'est donc pas possible, comme le prétend Dausse [hulL S. G. F., 2* série, t. XXV, 1867-68^ p. 758), qu'il existe au Bouveret un lambeau de l'ancienne terrasse de 30 mètres formée par le Rhône. Il est évident que, lorsque le lac occupait ce niveau, le Rhône y débouchait bien en amont du Bouveret^ Je n'ai d'ailleurs pu reconnaître au Bouveret aucune trace de terrasse.
l'époque glaciaire; il ne présente rien d'analogue à ces coupures récentes, aux parois presque verticales, que se sont taillées les rivières dont le cours a été dévié par les dépôts glaciaires*, ou encore au caûon si remarquable (%. 149) que le Rhône s'est creusé un peu plus bas, aux environs de Bellegarde; au contraire la pente assez douce de ses versants porte à croire que le façonnement de ceux-ci est de date assez ancienne. Or la cote de ce seuil est d'environ 320 mètres, ce qui, pour un ancien niveau du lac de 402 mètres, donnerait au profil en long de l'émissaire une
Fi3. us. — Seuil rocheux du Torl de l'Écluse, traversé par le Rhône. (D'uprès uno photographia de M. Juluen.)
pente de 80 mètres environ pour une' distance de 20 kilomètres, soit i p. iOOO. Cette pente était trop forte pour la masse des eaux réunies du Rhône et de l'Arve. Dès lors, l'érosion régressive, parlant du niveau de base, est remontée à travers les alluvions anciennes et le glaciaire jusqu'à ce qu'elle ait atteint le delta de l'Arve et enfin le lac lui-même, dont le niveau s'est alors abaissé; elle s'est d'ailleurs, tout à côté du lac, propagée bien en amont dans ta vallée de l'Arve.
11 faut observer que le niveaudulac ne s'est pas abaissé d'une manière continue; l'existence de la terrasse de 30 mètres et de celle de 10 mètres montre en effet que le niveau primitif est resté d'abord sensiblement invariable, puis qu'une érosion active du seuil s'est produite, enfin qu'il est intervenu un temps d'arrêt, suivi lui-même d'une nouvelle période de creusement. La présence du vaste delta torrentiel actuel de la Dranse, delta qui formerait terrasse si le niveau venait à s'abaisser, nous
1. Voir par exemple l'Aar à Brugg, ou la Dora Ballea à Ivrée.
montre que la période contemporaine correspond à une très grande fixité du lac. L'explication de cet abaissement par saccades n'est pas très facile à donner
Peut-être tient-il à la présence, dans le lit du Rhône, entre Genève et le fort de
l'Écluse, d'un certain nombre de seuils molassiques plus durs que l'alluvion ancienne qui les recouvre, notamment & Vernier, à Chèvres, au moulin de Challex'. On sait en effet que, lorsque, dans son travail de creusement, un cours d'eau vient à rencontrer une couche plus résistante que les autres, cette couche joue, pour quelque temps.
le rôle de niveau de base, et le profil du tronçon situé en amont s'établit temporairement, à partir de ce niveau, avec tous les caractères d'un profil définitif*. Ce tronçon s'aplatit de plus en plus et tourne pour ainsi dire autour du niveau de base momentané. On voit donc que la courbe du lit, qui de toute façon tend vers une forme finale bien déterminée, peut prendre une série de Fio.its. — PerteduRbôneàBeiiegarde. formes intermédiaires très variables
(Dapr*s nae photographia de M, CB.CoD«roiB. et tfèS COmplîquéeS ; OU COUÇOit dèS
lors que, en certains points de cette courbe, en particulier à la sortie du lac, l'érosion ne s'exerce pas toujours avec la même intensité, et que, partant, il y ait alternativement des périodes de creusement et de repos.
Tandis que le lac de Genève est bordé par un système de terrasses extrêmement bien développées, rien de semblable n'est visible au lac du Boui^et, et les anciens niveaux que MM. PiUet' et Hollande* ont attribués à ce lac sont absolument hypothétiques. SI nous examinons la cuvette du lac au moment oft les glaciers l'ont abandonnée, nous trouvons que, si on la suppose débarrassée de ses alluvions
1. Carte {géologique du canton de Genève au ^^i par Alphoase Favre.