‹ Atlas des lacs françaisChapitre 61 sur 360 · FOND DES LACS · texte numérisé non relu

FOND DES LACS

En général, le fond des lacs est constitué par un ou plusieurs plateaux, sensiblement horizontaux, dont la surface est une fraction très importante de la surface totale de la cuvette. Tantôt ces plateaux succèdent presque sans transition à des talus plus ou moins inclinés. Ainsi, en face d'Évian etd'Ouchy, les deux talus septentrional et méridional du lac de Genève descendent avec une pente moyenne de 7"" à 8"" (12 à 14 p. 100) et sont en quelque sorte coupés tout à coup par un plan à peu près horizontal; au lac du Bourget, le fond du lac se raccorde assez brusquement, sur la rive occidentale, à un talus incliné d'environ 40** (84 p. 100) ^ au lac d'Annecy, la barre très aplatie qui sépare les deux bassins se trouve immédiatement au pied du grand escarpement du roc de Chère. Tantôt, au contraire, le raccordement se fait insensiblement : par exemple le bassin du sud du lac du Bourget avec le talus oriental, la barre du lac d'Annecy avec la rive méridionale entre Héré et Saint- Jorioz.

Souvent l'un de ces plateaux horizontaux est sensiblement plus développé que les autres, et alors il constitue l'un des traits les plus remarquables et les plus caractéristiques des grands lacs; la vase ayant nivelé toutes les aspérités primitives qui pouvaient exister sur sa surface, celle-ci est absolument lisse et, de plus, presque plate. On l'appelle très justement le plafond, ou encore la plaine centrale du lac^ et M. Forel Ta ingénieusement comparée à une table de billard.

Ainsi, au fond du lac de Genève, sur un espace de 4 675 hectares, soit environ le douzième du lac, la profondeur varie au plus de 5 mètres.

Au fond du lac du Bourget, sur un espace de 431 hectares, soit environ le dixième du lac, la variation extrême de profondeur est de 5"*, 40.

Au fond du lac d'Annecy, dans le bassin du nord, sur un espace de 282 hectares, soit un peu plus du dixième du lac, la variation extrême de profondeur est de 5 mètres ; dans le bassin du sud, la variation est la même sur un espace de 277 hectares, soit presque exactement le dixième du lac. On verra par le tableau suivant, relatif au lac d'Annecy, combien est importante la proportion du sol du lac comprise

\, Voir la feuille 38i (Bruiinen) de V Atlas lopographique suinte,

2. Ce talus est, comme nous venons de le voir, encore beaucoup plus rapide en certains points.

dans les grandes profondeurs. La surface du lac étant de 2 704 hectares, voici les surfaces comprises entre les courbes 60, 55, 50 et 45* :

Courbe 60 282 hectares.

— sa 1205 —

Ainsi presque les trois cinquièmes de la surface du lac sont à l'intérieur de la courbe 45.

Cette uniformité des grands fonds ne se retrouve pas toujours dans les petits lacs.

Certains d'entre eux, comme les lacs de Nantua, de Uemoray, de Chalain, de la Girotte, la plupart de ceux du Plateau Central, n'ont rien à envier, comme régularité, aux lacs de Genève, d'Annecy et du Bourget. Le lac de Chaillexon, si l'on fait abstraction de ses entonnoirs et du minuscule bassin, profond de5'",60, qui est relégué tout au nord du lac, est formé, malgré ses sinuosités, d'une cuvette unique. Aucune barre transversale ne correspond aux nombreuses inflexions de la rive.

D'autres lacs ont une structure plus compliquée; mais parfois, comme au lac d'Aiguebelette, l'un des bassins dont ils se composent l'emporte en étendue comme en profondeur sur tous les autres et présente une plaine centrale bien développée. Le lac de Genève offre d'ailleurs, lui aussi, une disposition de ce genre, si l'on considère, non plus seulement la plaine si étendue du Grand Lac, mais encore la série de cuvettes dont se compose le Petit Lac. Tel est aussi le cas du lac de Paladru, qui se compose de deux bassins principaux, dont le plus profond est aussi le plus développé.

Mais il existe des lacs, comme ceux de Saint-Point et de la Motte (Jura), dont le fond est si irrégulier, où les cuvettes et les barres sont si multipliées, que les parties horizontales n'ont plus qu'une surface extrêmement réduite. Ainsi, dans le lac de Saint-Point, profond de 40™,30, la courbe 35 renferme bien une surface de 32 hectares, soit environ le douzième de la surface totale, à l'intérieur de laquelle la profondeur varie au plus de 5'", 30; mais cette surface est loin d'être régulière; elle se décompose elle-même en deux cuvettes dont, à l'inverse des lacs d'Aiguebelette et de Paladru, la plus profonde est de beaucoup la plus exiguë.

D'autres lacs ont une structure dont l'ensemble est très simple, mais dont les détails sont très compliqués. Ainsi le lac de Lafl'rey, profond de 39™, 30, a une surface de 127 hectares; la courbe 35 embrasse une superficie de 30 hectares, soit près du quart de la surface du lac. Mais l'intérieur de cette courbe est loin d'ofl*rir la régularité des plaines centrales que nous avons citées plus haut. Hem-

1 . J'ai fait, dans ces calculs, abstraction de l'entonnoir du Boubioz, dont rorilîce est d'ailleurs très étroit.

ii >

pli de petites barres et de petites cuvettes, il présente même un monticule qui s'élève de quelques mètres au-dessus des fonds environnants. Il est clair que nous avons affaire ici à une plaine centrale imparfaitement nivelée.

Citons enfin certains lacs du littoral landais, tels que ceux de Cazaux, de Parentis, d'Hourtin (voir pi. XVII, XVIil et XIX), dont le fond constitue un plan assez régulièrement incliné qui, partant d'une rive plate, celle des landes, vient aboutir au pied d'une rive relativement escarpée, celle des dunes. Cette dernière rive possède seule en réalité un talus. Un ravin de quelques mètres de profondeur, mais dont la largeur atteint plusieurs centaines de mètres, est creusé dans ces plans inclinés; ce n'est d'ailleurs autre chose qu'un ancien chenal immergé ^ Il n'y a plus de plaine centrale à proprement parler, et le fond du lac n'est que le prolongement de l'une des rives.

Les différences qu'on observe dans le relief du fond des lacs peuvent s'expliquer de deux manières : ou bien les accidents du sol primitif sont plus nombreux dans certains lacs que dans d'autres, ou bien les sédiments, dont le rôle est de niveler ces accidents, se déposent sur une épaisseur variable. Les deux causes peuvent d'ailleurs intervenir simultanément. Il est certain que le Rhône, fleuve glaciaire, apporte au lac de Genève une quantité énorme d'alluvions. Le même Rhône qui, à peine épuré par le lac de Genève, est de nouveau sali par l'Arve, fleuve également glaciaire, déverse à certaines époques de l'année ses eaux troubles dans le lac du Bourget. La plupart des grands lacs suisses, qui présentent une plaine centrale bien caractérisée, sont aussi alimentés par des affluents importants descendus des glaciers, tels que le Rhin, l'Aar, la Reuss, la Lutschine. Or, de pareils tributaires manquent complètement aux petits lacs du Jura ; leurs affluents sont limpides en général et ne se troublent guère qu'après de fortes pluies ; souvent même ces lacs ne reçoivent que des eaux de sources. Quant au lac de Laffrey, dont la plaine centrale est si irrégulière, son principal affluent provient du lac voisin de Petit-Chat, c'est-à-dire d'un bassin où les eaux se sont déjà décantées ; il ne lui apporte que de l'eau presque claire ^ ; la matière à sédimentation fait ici en grande partie défaut.

Le même phénomène peut s'observer en Allemagne, sur les lacs d'Holstein et de Masurie ; ces lacs, qui forment une série de bassins se déversant les uns dans les autres, ont un fond excessivement irrégulief^

i. Voir page 47.

2. On peut d'ailleurs expliquer d'une autre façon la présence du monticule au fond du lac de Laffrey. Voir plus loin page 79.

3, W. Ulb, die Tiefenverhàltnisse der Masurischen Seen, et die TiefenverMltnisse der Ostholsteinischen Seen, Jahrb. der. Preuss. Qeolog, Landesanstalt, 1889 et 1890

m. — Principaux accidents topographiques que Ton observe

dans les lacs.

1** il

■if '"

Page 1