MÉCANISME DE LA DÉLIVRANCE
continuité de la caduque, qui se clive pour ainsi dire en feuillets parallèles. Les lames de clivage sont réunies entre elles par des tractus de tissu décidual obliquement dirigés (le la périphérie du placenta vers son centre.
Les espaces virtuels ainsi constitués n’ont d’ailleurs aucun rapport, ni avec des sinus utérins qui seraient vides de sang, ni avec des cavités glandulaires persistantes. Il faut donc penser avec Kôlliker, Ruge, Hofmeier et Varnier que la couche spongieuse glandulaire de Friedlander et de Léopold n’existe pas en réalité, et que les conditions anatomiques, qui ont fait croire à son existence, sont précisément la formation de ces sillons de clivage dans Je tissu de la caduque.
A la lace profonde du placenta, il n’y a pas de ligne de séparation préformée, ce qui explique qu’en certains points de l’utérus il puisse rester après la délivrance une couche relativement épaisse de tissu décidual, tandis qu'en d’autres points la caduque est totalement expulsée. En fait, la ligne de séparation de la sérotine est principalement indiquée par la profondeur à laquelle s’attachent les villosités-crampons: or, de ces villosités, les unes s’enfoncent jusqu’au contact de la musculeuse, d’autres se terminent à miépaisseur de la sérotine, les dernières enfin n’arrivent qu’à la superficie de cette membrane.
En résumé, le décollement du placenta ne s’effectue qu’un certain temps après l’expulsion du fœtus ■; la rétration de l’utérus qui suit celte expulsion ne fait que préparer le décollement en produisant une séparation partielle du placenta par suite de la formation de fentes de clivage. Pour que le décollement s’achève, il faut l’intervention des contractions utérines de la délivrance.
La portion de paroi utérine au niveau de laquelle le placenta conserve encore ses adhérences est dans l'impossibilité de revenir sur elle-même : elle garde donc sa faible épaisseur. Autour du placenta, au contraire, la paroi utérine, rétractée au maximum, est devenue très épaisse et va jusqu’à mesurer 3 ou 4 centim. d’épaisseur. 11 en résulte que l’utérus est divisé en deux compartiments : un premier, supérieur, à parois minees, occupé par le placenta encore adhérent; un second, inférieur, à parois épaisses, et qui forme un canal étroit, parcouru simplement par le cordon ombilical et la portion décollée des membranes. Il y a donc,
à ce moment de la délivrance, un véritable encliatonnerrient physiologique du placenta , qui est antérieur à l’apparition des contractions de la délivrance (1).
Les contractions utérines achèvent le décollement du placenta qui se plisse fortement. Puis aussitôt que la paroi utérine est devenue libre par le fait du décollement du placenta, elle se rétracte et s’épaissit. Le corpsde l’utérusprend partout la même épaisseur et agissant comme un muscle creux, chasse le placenta vers le segment inférieur et le col, inertes tous deux et flasques, comme paralysés. Le placenta descend alors en s’inversant, sa face fœtale s’engage la première et sa face utérine se déprime et se creuse, en une sorte de coupe, dans laquelle s’accumule du sang.
Le placenta descend de plus en plus en entraînant derrière lui les membranes fœtales qui se décollent àleur tour de haut en bas et se retournent. Le décollement des membranes est donc le résultat de la traction directe exercée sur elles par le placenta, au fur et à mesure qu’il descend dans le col et dans le vagin.
Le décollement des membranes de l’œuf est préparé par un travail de clivage assez analogue à celui que nousavons; décrit pour le placenta. L’utérus, revenu sur lui-même après l’accouchement, devient trop petit relativement aux membranes fœtales, qui se rétractent en vertu de leur élasticité et se plissent sans néanmoins se décoller ; elles forment ainsi une couche cinq fois plus épaisse que sur l’utérus contenant encore le produit de conception. Au-dessous de la couche compacte de la caduque pariétale comme à la face profonde du placenta, il se produit donc, par glissement, des fentes interstitielles, réunies également par des filaments déciduaux qui maintiennent provisoirement les membranes adhérentes. Ces fentes ne sont pas des espaces
(1) Le canal, à traverser pour arriver sur la loge placentaire ests terminé en haut par un anneau contractile, que Schrceder a appelé l'anneau de contraction.
La situation de cet anneau varie nécessairement avec l’insertion du placenta : plus celle-ci est élevée, plus l’anneau de contraction est haut situé; plus l’insertion est basse, plus l’anneau de contraction est rapproché du col. L’anneau de contraction ainsi défini ne correspond donc pas forcément à l'anneau de contraction physiologique, qui marque la limite du segment inférieur de l’utérus ; il serait donc plus exact de dire qu’il y a un anneau de contraction , à la limite de la loge placentaire pendant la délivrance. «g