‹ Atlas manuel d'obstétrique clinique et thérapeutiqueChapitre 34 sur 119 · III · texte numérisé non relu

III

:,n7xm

î»il

intermédiaire dont la composition est précisément à peu près analogue à celle du lait de femme. Ce lait est désigné en France sous le nom de lait maternisé ou humanisé. Il est préparé en grand dans l’industrie et stérilisé comme le lait de vache non modifié. Boissard a obtenu de bons résultats par l’emploi du lait maternisé. Marfan lui préfère le lait stérilisé ordinaire additionné d’eau lactosée en proportion convenable.

Budin a employé avec succès chez les enfants débiles du lait peptonisé, c’est-à-dire digéré artificiellement. Je n’ai aucune expérience de cette préparation.]

La méthode de Heubner-Soxhlet est la plus simple et la plus pratique pour préparer le lait destiné à l’alimentation artificielle des nouveau-nés. II faut avoir du lait complet, non coupé, frais et pur, et livré tous les jours. Le lait est cuit pendant 10 à 20 minutes, une cuisson plus prolongée en rendrait la digestion plus difficile. Au préalable, le lait est coupé d’eau dans des proportions variables avec l’âge de l’enfant, soit dans la proportion de 1 à 3, de 1 à 1, et enfin de 3 à 1 comme l’indique le tableau, puis additionné de 5 0/0 de sucre de lait (1).

Il faut avoir bien soin d’agiter le lait avant d’en remplir les bouteilles de l’appareil de Soxhlet, afin que dans chacune d’elles le lait ait la même teneur en graisse ; ces bouteilles ont une capacité de 50 à 200 Centimètres cubes, ff Les mélanges, dans les proportions voulues, de lait, d’eau et de lactose, sont versés dans toutes les bouteilles de l’appareil de Soxhlet et portés à l’ébullition pendant 10 à 20 minutes; les bouteilles sont ensuite fermées par des bouchons qui empêchent automatiquement l’entrée de l’air. Des bouchons spéciaux ne sont pas absolument indispensa-

fl) De recherches encore inédites sur ce sujet, Achalme con-/ dut que l’introduction de lactose dans le lait coupé d’eau est bien préférable à celle de saccharose (sucre de canne) par suite de la manière différente dont se comportent ces deux sucres dans les fermentations de l’intestin, et principalement dans les fermen-, tâtions liées à des germes anaérobies. D’autre part, il fait toute, restriction sur la coloration bise de beaucoup de laits stérilisés du commerce, cette coloration, sous l’influence du chauffage à 125°- 130°, ne se produisant pas sur les laits frais, mais seulement sur ceux qui ont été additionnés d’alcalis et surtout de bicarbonate de soude pour empêcher la coagulation par le chauffage des laits ayant déjà subi un commencement de fermentation lactique. .4

blés. [On les remplace avec avantage par des petits tampons de colon stérilisé]. Plus important, au contraire, est le refroidissement rapide des bouteilles, refroidissement pendant lequel le verre éclate quelquefois. Dans les familles pauvres, on peut très bien additionner le lait comme je viens de le dire, puis le faire bouillir dans un vase quelconque, et enfin le verser dans des petites bouteilles, par exemple dans des flacons de pharmacie, pourvu qu’on observe scrupuleusement toutes les prescriptions précédentes.

[Budin a préconisé l’emploi du lait de vache stérilisé d’après la méthode de Soxhlet, dont il a modifié l’appareil principalement par l'addition de bouchons spéciaux, et de tétines peut-être un peu compliquées, qu’il appelle galactophores (1).]

Dans les cas, malheureusement exceptionnels, où on a la chance d'avoir du lait frais, non falsifié, et recueilli dans des vases d’une propreté irréprochable, on est parfaitement autorisé, même aujourd’hui, à suivre le vieil usage qui consiste à préparer les repas de l’enfant en faisant bouillir chaque fois son lait dans une simple'casserole.

Un des plus importants problèmes d’hygiène sociale, et dont devraient se préoccuper les autorités gouvernementales,serait d’assurer la vente de lait absolument pur. Pour cela, il faudrait d’abord réunir tout un choix des meilleures vaches laitières qu’on ferait venir de pays indemnes de toute épizootie; on les choisirait plus particulièrement parmi les fortes races dès vaches suisses, hollandaises ou des Pays-Bas. On devrait leur assurer une alimentation saine et des soins entendus, ne pas les enfermer dans des étables et les faire paître dans des prairies où elles ne risqueraient pas de trouver des herbes qui rendent le lait nocif. Une installation privée de ce genre existe à Berlin et y rend de grands services.

On obtiendrait évidemment de bons résultats, en plaçant les vacheries, comme tant d’autres institutions, sous la surveillance immédiate des Conseils d’hygiène. L’impossibilité où sont les femmes d’allaiter leurs enfants prend dans certaines régions des proportions alarmantes. Même dans la population rurale, les bonnes nourrices commencent à faire défaut ; il n’est pas rare, en effet, que le médecin constate, chez les paysannes, les dyspepsies nerveuses, la chlorose, la neurasthénie, et en somme tous les symptômes d’une moindre résistance organique.

[La difficulté où l’on est, principalement dans les villes,

(t) Budin. Hygiène de l’enfance. Allaitement. {Annales d’hygiène 1892.)

de se procurer du lait fraîchement trait, pur non écrémé, non additionné d’eau ou de produits chimiques destinés à en assurer la conservation, fait hésiter beaucoup de médecins à ordonner aux nôuveau-nés du lait stérilisé à l'appareil de Soxhlet. Du reste, la stérilisation au bain-marie est imparfaite et le lait ainsi préparé ne mérite pas le nom de laitstérilisé. Aussi tend-on de plus en plus à lui préférer, surtout pendant l'été, le lait stérilisé industriellement. C’est Pinard qui, en 1889, a employé pour la premièrefoisàParis, dans son service, ce lait stérilisé.

Dans l’industrie, on procède à la stérilisation du lait pour ainsi dire immédiatement après la traite ; le lait est porté tel quel en vase clos à 1 1 0° ou 115°. A cette température tous les germes sont détruits et le lait se conserve indéfiniment dans les bouteilles stérilisées où il est livré. Lorsqu’on veut donner du laitstérilisé à un enfant, on réchauffe la bouteille en la plongeant dans l’eau chaude, on la débouche et on donne le lait à l’enfant, soit en adaptant à la bouteille une tétine aseptique, soit en versant le lait dans un verre bien propre.

Il est certain que nombre d’enfants digèrent mal le lait stérilisé; force est alors de les mettre au sein d'une nourrice.]

La proportion insuffisante d’hydrates de carbone des mélanges de lait mentionnés ci-dessus est compensée par l’addition de 5 à 6 0/0delactose. Malgré cela, la plupart desenfantsn’àugmentent pas suffisamment; et cependant leur donnerdes repas plus nombreux ou pluscopieux serait les exposer à des troubles digestifs. Dans ces cas, il faut recourir au* farines lactées, ou, si c’est possible, donner à l’enfant une bonne nourrice. 11 est souvent difficile de le faire, c’est du reste pénible pour la mère et coûteux; d’autre part, on ne connaît pas toujours très bien l’état de santé de là nourrice ni sa moralité, mais ce n’en est pas moins le meilleur parti à prendre. Au point de vue social, il est cependant , pénible de savoir que trop fréquemment l’enfant de la nour-, rice est alors abandonné. Enfin, jamais le médecin ne donnera une nourrice saine à un enfant syphilitique, et même, si besoin est, il lui faudra s’opposer formellement à ce que les parents le fassent.

Quels sont les caractères d’une bonne nourrice ? Elle doit avoir un état général excellent et, en particulier, n’étre ni tuberculeuse ni syphilitique. Ses seins doivent être bien développés et leurs mamelons bien conformés. Assez souvent^

les mamelles volumineuses sont presque exclusivement constituées par de 1a, graisse, comme nous l’avons vu maintes fois, en Bavière, dans les districts où on boit de la bière. Le médecin agira sagement en réservant jusqu’au lendemain son jugement sur une nourrice qu’il voit pour la première fois, car, dans les bureaux de placement, on a l’habitude de préparer pour ainsi dire les nourrices, en les gorgeant de bière et en leur défendant de donner le sein à leur enfant. Le plus sûr critérium de la bonne nourrice est l’état de l’enfant qu’elle allaite. Le bon lait doit, après 24 heures de repos, être recouvert d’une couche de crème représentant au moins le dixième de son volume.

Autant que possible, la nourrice doit trouver chez ses maîtres les soins et la nourriture qu’elle avait auparavant chez elle. Les nourrices deviennent facilement paresseuses et malpropres. 11 faut les surveiller de près et les employer un peu aux travaux du ménage. Elles doivent être bonnes et d’humeur tranquille ; on n’admettra pas le nervosisme. Il est évident que les femmes qui veulent nourrir leurs enfants doivent présenter au moins une partie des qualités que nous exigeons des nourrices mercenaires.

Si on ne veut pas prendre une nourrice ou si on ne peut pas le faire, on aura recours avec avantage à cette méthode qui a fait ses preuves, et qui consiste ci ajouter de la crème naturelle au lait, coupé dans les proportions indiquées cidessus. De cette façon, on augmente la valeur nutritive du mélange de lait et d’eau sans en altérer la digestibilité. La crème de Biedert, et les conserves de crème de Sœldner répondent à ce but.

L’emploi de ces procédés repose surla composition chimique respective du lait de femme et du lait de vache. Il résulte, en effet, de cette composition que si, à 250 gr. de lait de vache contenant lSl',2 d’azote sous forme d’albumine, 8er,7 de beurre, 11 gr. de lactose, et l«r,7 de sels, on ajoute 250 gr. d’eau et en outre 0®r;l d’azote sous forme d’albumine, 7 gr. de crème et 25 gr. de lactose, on obtient un mélange dont la composition chimique est analogue à celle du lait de femme.

En pratique, on peut obtenir un mélange de ce genre, convenant à un enfant de quinze jours, si à 250 cmc. de lait de vache, on ajoute 250 cmc. d’eau, 28 gr. de conserve de crème et 14 gr. de lactose, ce qui fait un mélange total de 530 gr.

Soins a donner au nouveau-né. — Aussitôt après la nais-

sance, il faut essuyer les yeux de l’enfant. Dans les cas où la femme est atteinte de gonorrhée ou d’écoulement vaginal suspect, il faut instiller entre les paupières lou2goutles d’unesolution de nitrate'd’argentà2 0/0 etappliquer ensuite sur les yeux des compresses humides. [Budin recommande la solution de nitrate d’argent à 1 p. 150. Nous lavons les yeux de l’enfant aussitôt après la naissance avec de l’eau boriquée ou avec de l’eau simplement bouillie, et nous faisons tomber ensuite sur les paupières légèrement écartées quelques gouttes de jus de citron, comme l’a conseillé Pinard.]

[On fait ensuite la ligature du cordon avec un fil aseptique. Porak écrase le cordon avec un instrument qu’il a imaginé dans ce but et qu’il appelle : omphalotribe. L’omphalotripsie peut remplacer la ligature du cordon, mais, pour plus de sécurité, il sera sage néanmoins d’appliquer un fil sur le cordon écrasé.]

Le cordon devient facilement la porte d’entrée des infections, qu’on évitera en prenant les précautions suivantes: 1° après l’accouchement, la garde doit s’occuper d’abord de l’enfant, puis de la mère, et avoir les mains, et en particu- . lier les ongles, absolument propres; 2° comme il est utile que le moignon de cordon se momifie le plus rapidement possible, on le saupoudre avec une substance desséchante et désinfectante et on l’enveloppe de ouate salicylée; l’auteurse sert de poudre de nosophène, de bismuth, ou d’acide salicylique; Ahlfeld recommande les compresses d’alcool; 3° tant que le cordon n’est pas tombé et que la plaie de l’ombilic est encore béante, il est bon de ne pas plonger l’enfant entièrement dans un bain, mais de le laver deux fois par jour, et de le baigner seulement plus tard après la chute du cordon. Le bain sera à 28° R. [ou à 35° C.j. Certains enfants nouveau-nés supportent particulièrement mal les bains chauds.

[Nous nous contentons à Paris d’envelopper le cordon ombilical de coton stérilisé sec. Les accoucheurs français ne sont pas d'accord au sujet des bains à donner au nouveau-né dans les premiers jours. Pour ma part, je n’ai pas observé d’inconvénients de l’administration des bains avant la chute du cordon ombilical, lorsque ces bains étaient donnés avec soin.]

Dans les premières vingt-quatre heures, il faut s’enquérir

Page 1