ÉQUILIBRE PHYSIOLOGIQUE DES DENTS ARTIFICIELLES
et d’en déduire quelques conclusions pratiques sur la construction des appareils de prothèse.
« L’étude des divers mouvements exécutés par le maxillaire inférieur, pendant l’acte de la mastication, démontre que ces mouvements peuvent être et sont de trois ordres, tout au moins lorsqu’il s’ag'it de maxillaires normaux, possédant toutes leurs dents et ne présentant aucune irrégularité dans la position de ces organes ;
1° Mouvements d’abaissement et d’élévation ;
2” Mouvements de projection en avant et de retour à la position normale ;
3" Mouvements de latéralité ou de diduction.
1“ Mouvements d’abaissement et d’élévation.
Ces mouvements, qui correspondent à l’ouverture et à la fermeture de la bouche, s’exécutent l’un et l’autre autour d’un axe transversal qui passerait par la partie moyenne de la branche du maxillaire inférieur, un peu au dessus de l’orifice du canal dentaire.
11 en résulte que la partie moyenne de la branche restant immobile, le menton et les condyles se déplacent simultanément, mais en sens inverse (Testut). Déplus les mouvements d’abaissement sont toujours accompagnés d’une légère projection du maxillaire inférieur en avant, projection qui devient naturellement compensée par un retour enarrière dans les mouvements d’élévation (Poirier).
2« Mouvements de ■projection en avant et de retour en arrière.
Dans ces mouvements, le maxillaire inférieur se porte en avant: Les deu.x condyles, accompagnés des ménisques inter-articulaires, quittent simultanément la cavité glénoïde, glissent en avantet, suivant une direction oblique de haut en bas, plus ou moins accusée selon les sujets, viennent se placer au-dessous de la racine transverse de l’arcade zygomatique.
Comme conséquence, les arcades dentaires inférieures glissent d’arrière en avant sur les arcades dentaires infé- rieures.
3“ Mouvements de latéralité ou de diduction.
Le menton se porte alternativement à gauche et à droite, Les molaires inférieures se promènent ainsi sur les infé-'
rieures et cette friction continuelle des surfaces triturantes a pour but et pour résultat de broyer les aliments, ainsi qu'enti'e deux meules.
Ces mouvements s’accomplissent de la manière su i vante : l’un des condyles, alternativement le droit et le jçj'auche, se porte en avant et en bas, et vient se placer au-dessous de la racine transverse de l’arcade zyg'omatique correspondante, tandis que l’autre condyle reste à peu près immobile et sert de pivot. Le menton se trouve donc naturellement porté du côté opposé au condyle qui se déplace.
Ainsi, lorsque le menton se porte à gauche, le condyle droit glisse d’arrière en avant et de haut en bas en décrivant un arc de cercle autour d’un axe vertical qui passerait par le centre du condyle gauche.
Lorsqu’au contraire le menton se porte à droite, c’est le condyle gauche qui décrit un arc de cercle autour du condyle droit qui sert de pivot.
Dans ces mouvements de diduction, il n’y a donc jamais qu’un seul condyle qui se déplace à la fois (Testut).
Ceci posé, il devient évident que le devoir du prothésiste, lorsqu’il a à construire un dentier complet, est de tenir compte des considérations que nous venons de rappeler. Les dents devront être disposées de telle façon qu’elles ne puissent s’opposer en rien aux divers mouvements de l’articulation temporo-maxillaire ; bien plus, leur arrangement devra concourir à l’équilibre et à la stabilité dés appareils, dans toutes les fonctions où le hasard de la mastication les placera l’un par rapport à l’autre.
Mais, pour mènera bien cette tâche, il devient indispensable que les appareils soient montés sur un articulateur avec lequel on puisse reproduire, aussi exactement que possible, les différents mouvements que nous avons passés en revue : mouvements de haut en bas, mouvements de projection, mouvements de diduction. Or, les articulateurs d’usage courant ne permettent d’accomplir que la première catégorie de ces mouvements : ouverture et fer- ' meture de la bouche. Cette constatation suffit à faire la critique età démontrer l’insuffisance de ce genre d’appareils.
De nombreuses tentatives furent faites dès 1865 pour combler cette lacune dans les instruments du laboratoire ; et c’est à cette époque que le D'' Cr. A. Bonwîll présenta le premier « articulateur anatomique ».
ARTICULATEUR GRITMAN
Depuis lors quelques autres appareils ont été combinés, apportant chacun un perfectionnement à l’idée primitive. Nous les avons passés en revue page 218 et nous ne parlerons ici que de l’articulateur que le D''de Witt Gritman, professeur de prothèse à l’Université de Pensylvanie, a imaginé et présenté en 1899, et qui porte son nom.
Articulateur Gritman.
Cet arliculateur résout d’une façon élégante et pratique les difficultés qui étaient attachées à sa construction. Il se compose essentiellement de quatre parties :
La première, la pièce inférieure, A, porte à ses extrémités latérales deux pivots transversaux ;
La deuxième, la pièce supérieure, B, est ajustée sur ces pivots, autour desquels elle peut tourner dans le sens vertical ;
La troisième, G, est constituée par une tige métallique.
Fig. 258 bis. — Articulateur de Gritman.
recourbée en anse, sur laquelle sera fixé le modèle du haut. Cette anse est mobile dans deux glissières horizontales, établies sur la pièce supérieure, et y est fixée au moyen de
La quatrième partie D, se composed’uneautre anse métallique, également mobile dans des glissières verticales, et destinée à supporter le modèle du bas. La présence de ces glissières verticales permet d’ajuster facilement dans l’ar-
ticulateur les modèles du bas d’épaisseur inaccoutumée.
La hauteur de l’articulation est maintenue, comme dans les appareils ordinaires, par une vis E disposée à ceteffet.
La principale caractéristique de l’articulateur Gritman consiste dans Indisposition suivante : grâce à deux fentes, deux glissières, ménagées sur la pièce supérieure, cetté
Eièce etpar conséquentle modèle du haut sont mobiles dans îesens antéro-postérieur sur les pivots de la pièce infériure, c’est- à-dire sur le modèle du bas; et un simple ressortramène automatiquement les modèles dans leur position normale, dès qu’on cesse la pression qui les en a écartés. Cette glissière présente une légère inclinaison d’arrière en avant et de haut en bas, représentantl’inclinaison dessurfaces articulaires sur lesquelles glissent les condyles du maxillaire inférieur, dans les mouvements de projection et de diduction.. Cette inclinaison, variable d’ailleurs il est vrai avec chaque individu, a été calculée d’après la moyenne des mensurations prises sur un grand nombre de sujets vivants.
Conime on le voit, c’est le modèle du haut, et par conséquent le maxillaire supérieur, qui, dans ce cas, se meut sur le maxillaire inférieur immobilisé. Mais cette modification ne nuit évidemment en rien à l’excellence des résultats, puisqu'elle nous permet de représenter,, sur l’articulateur, les positions et rapports divers où les dentiers seront placés dans la bouche, pendant l’acte de la mastication.
En effet, l«les mouvements d’abaissement et d’élévation sont produits de la façon ordinaire ;
2“ Une pression simultanée et égale sur- les deux extrémités delà pièce supérieure recule le maxillaire supérieur, c’est-à-dire place le maxillaire inférieur dans la situation de projection ;
3“ Une pression sur un côté seulement de la pièce supérieure recule de ce même côté le maxillaire supérieur, c’est-à-dire, porte le menton, par action réciproque, du côté opposé. Ainsi sont réalisés les mouvements de diduction étudiés plus haut.
Ajustement des dents.
Les modèles étant mis en place et fixés sur l’articulateur