‹ Atlas-manuel des maladies de l'oreilleChapitre 33 sur 133 · Causes générales. — Des anomalies anatomiques con · texte numérisé non relu

Causes générales. — Des anomalies anatomiques con

104 PATHOLOGIE ET THERAPEUTIQUE

génitales, par exemple l’étroitesse de la fenêtre ovale, de la caisse, peuvent être l’origine de la surdité. La prédisposition aux affections de l’ouïe peut être héréditaire, surtout dans la surdité progressive.

Le climat a une influence incontestable, celui des montagnes favorise l’apparition de catarrhes chroniques de l’oreille moyenne (Gellé), le climat marin détermine l’hypertrophie de l’amygdale pharyngée (Schalle) et les catarrhes tubaires principalement chez les enfants.

L’obstruction nasale empêche la ventilation de la trompe et est une cause de nombreuses otopathies. Chez 40 p. 100 de sujets atteints de l’oreille avant l’âge de quinze ans, il existe des tumeurs adénoïdes (Killian).

Les traumatismes de l’organe auditif (lésions crâniennes, détonations), les intoxications (plomb, mercure, nicotine, quinine), le travail au milieu du bruit intense ou avec de fortes oscillations de la pression atmosphérique (ouvriers travaillant dans les caissons), certaines maladies du système nerveux (tabes, hystérie, tumeurs cérébrales), l’anémie, le mal de Bright peuvent déterminer des affections du nerf auditif.

Les troubles circulatoires qui résultent de l’emphysème pulmonaire ou de maladies de cœur peuvent provoquer l’hyperémie du labyrinthe, une embolie de l’artère auditive interne. Les affections des voies digestives déterminent du vertige et des bourdonnements d’oreille. Dans la goutte, des sels d’acide urique peuvent se déposer dans le pavillon de l’oreille. Le diabète favorise l’apparition de l’otite externe et de graves suppurations de l’oreille moyenne. La névralgie du trijumeau et du sympathique peut amener par voie réflexe de l’otalgie. Une menstruation supplémentaire par l’oreille a été signalée dans l’hystérie ; la grossesse enfin et les suites de couches provoquent parfois la surdité.

2. Causes spécifiques infectieuses. — Ce sont les plus communes, et beaucoup d’affections auriculaires dont l’étiologie paraît obscure ou inexpliquée relèvent uniquement de l’infection (refroidissement, grattage du conduit avec excoriation, cautérisation nasale, lavages du nez ou de l’oreille, instillation de gouttes, etc.).

Dans l’oreille externe l’inflammation peut être provoquée par des champignons. Normalement, l’épiderme intact protège le derme contre l’infection : vienne une éraillure de l’épiderme, une excoriation après un grattage, une manœuvre maladroite, il en résulte une infection cutanée.

L’oreille moyenne est infectée par trois voies principales : le conduit auditif, la trompe d’Eustache et les vaisseaux sanguins et lymphatiques. — a) Le conduit renferme toujours des germes pathogènes (Rohrer) séparés de la caisse par une barrière normale, le tympan. — p) La trompe met en relation l’oreille moyenne avec l’espace naso-pharyngien. Or la bouche et le nez renferment toujours des germes pathogènes; il est vrai que le danger d’infection est atténué par l’action bactéricide du mucus nasal et la présence de cils dans la muqueuse sainé de la Caisse et de la trompe (il est démontré que les queues de cornets sont dépourvues de germes microbiens). Donc plusieurs causes s’opposent à la pénétration des microbes dans la caisse. La caisse normale est exempte de germes microbiens (Preysing). Tant que les voies conduisant à l’oreille moyenne sont intactes, l’infection ne peut se produire que par voie lymphatique, mais que ces digues naturelles viennent à être rompues, que le tympan soit lésé, que l’action bactéricide de la muqueuse nasale et tubaire soit diminuée à la suite d’un refroidissement (Lipari) immédiatement la caisse peut être infectée par le conduit ou la trompe. L’infection est naturellement favorisée par certaines maladies générales qui ont une localisation élective sur les voies aériennes supérieures : scarlatine, rougeole, grippe, diphtérie. — y) L’infection de la caisse par voie sanguine est exceptionnelle (syphilis).

Il est enfin une variété pathogénique d’infections otiti— ques très rare : ce sont les cas où l’oreille est touchée consécutivement à une affection intracrânienne (méningite, leptoméningite purulente, méningite cérébro-spinale, etc.). Dans ce cas la gaine du nerf auditif, les aqueducs et les canaux sillonnant le rocher servent de voie de propagation.

La plupart des microbes pathogènes ont été rencontrés

dans les maladies de l’oreille, en particulier : l’aspergillus, le streptocoque pyogène, le staphylocoque pyogène blanc et doré, le pneumocoque, le gonocoque, le bacille d’Eberth, le bacille de Pfeiffer, de Koch (planche 30).

c) Symptomatologie et séméiologie. — 1. Anomalies de l’audition. — La surdité peut varier comme intensité de la simple diminution de l'ouïe à la dureté d’oreille jusqu’à la surdité complète ( anesthésie acoustique).

Parfois il y a une perte de l’ouïe pour certains sons [lacunes auditives). C’est ainsi qu’on trouve à la limite supérieure de la gamme de la surdité pour le soprano (par exemple pour le son S, le bruit du grillon) chez les sujets atteints de surdité nerveuse (gens âgés, chaudronniers); cette lacune auditive est consécutive à l’atrophie du nerf auditif à la base du limaçon (Habermann). Il existe également à la limite inférieure de la gamme de la surdité pour la basse consécutive à la destruction de la pointe du limaçon (Baginsky) (fig. 18).

La surdité pour la parole n’exclut pas cependant la persistance d’un reste d’audition pour les sons ; beaucoup de personnes entendent les. paroles, mais ne les comprennent pas. Il existe fréquemment dans ces cas une ankylosé de l’étrier.

La surdité peut être variable , par exemple dans les otites catarrhales aiguës ; elle est plus accentuée le matin et varie selon l’état atmosphérique. Chez les hystériques, la surdité peut passer d’une oreille à l’autre (phénomène de transfert, Gellé).

Certains malades, sourds d’une oreille, ne peuvent pas déterminer la direction du son [paracousie de lieu). D’autres, atteints de sclérose auriculaire, entendent mieux au milieu du bruit et de la trépidation en chemin de fer, en voiture, etc., que dans le calme ( paracousie de Willis). Plusieurs théories ont été émises pour expliquer ce phénomène paradoxal; d’après Politzer il est dû à ce que la chaîne des osselets est ébranlée par la trépidation et devient plus apte à propager le son, selon Urbantschitsch il tient à ce que la sensibilité du nerf auditif augmente après une plus forte excitation.

On observe Y hyperesthésie du nerf auditif avec augmentation de sa sensibilité, souvent même douloureuse pour chaque impression sonore, quand on augmente l’excitabilité galvanique. On l’observe également dans certaines affections cérébrales, comme symptôme précurseur de la paralysie générale (Sander), dans l’hystérie, l’insomnie, les affections de l’oreille moyenne, l’ankylose de l’étrier et de même dans la surdité totale. L’ouïe peut être aussi anormalement développée dans la paralysie du nerf facial. Souvent enfin on peut observer l’hyperesthésie auditive après une excitation cérébrale, après la narcose (Urbantschitsch.)

Parfois une oreille entend un son faux, c’est-à-dire plus grave ou plus aigu que l’autre oreille ( paracousie ). Dans ce cas, s’il n’y a qu'un seul son qui résonne on entend simultanément deux sons différents (audition double ou diplacousie dysharmonique ) ; ce phénomène se rencontre dans les affections labyrinthiques et est produit par une modification de tension du point de la membrane basilaire accordé pour le son en question (Knapp). La diplacousie peut encore se produire quand un son unique résonant est entendu deux fois; elle s’observe dans l’hyperesthésie du nerf auditif et est déterminée par une sensation secondaire ; on la rencontre également quand il existe un obstacle à la transmission du son, dans les cas où la conductibilité de l’oreille malade étant plus difficile l’excitation centrale et la perception se font plus tard que dans l’oreille saine ( diplacousie échotique de Kayser). .

2. Bourdonnements d’oreille. — Ce symptôme peut être produit soit par une otopathie, soit par une affection extraauriculaire. Les bourdonnements sont dits eniotiques quand ils prennent naissance dans un des trois segments de l’oreille, les exotiques ont pour siège les régions voisines de l’appareil auditif : anévrysmes de la carotide par exemple. On les divise encore en bruits subjectifs et en bruits objectifs.

Les bruits subjectifs sont ceux qui ne sont pas produits par l’excitation spécifique du nerf auditif, c’est-à-dire par le son. Ils sont provoqués par une irritation du nerf auditif et sont perçus par le malade seul. On les rencontre

environ dans les deux tiers des otopathies, ils sont dus à des :

Causes infectieuses ou toxiques (café, alcool, quinine, chloroforme, etc.).

Causes nerveuses (surmenage intellectuel), ou d’origine réflexe (névralgie du trijumeau, spasmes du nerf facial, maladies de l’estomac, de l’utérus, neurasthénie, etc.).

Causes vasculaires (troubles de l’appareil circulatoire).

Causes auriculaires proprement dites (affections du labyrinthe, du nerf auditif, des centres de l’audition j'attouchement de l’étrier, otite scléreuse, etc.).

Tous ces bruits déterminés par l’excitation du nerf auditif ou de ses centres sont en général aigus. Les malades les comparent à des tintements de cloches, au bruit de l’eau bouillante, du sifflet, etc. Les mélodies qu’entendent les malades dans les cas d’excitation de l’appareil central de l’audition, le chant des oiseaux, les accords forment la transition des bourdonnements aux hallucinations de l’ouïe.

Les bruits objectifs sont provoqués par des sons dont l’origine se trouve soit dans l’oreille soit dans les régions voisines. Ils sont perçus chez certains sujets : soit parce qu’ils sont plus forts qu’à l’état normal; soit par suite de l’hyperesthésie du nerf auditif, soit enfin par augmentation de la résonance dans l’oreille s’il y a obstacle à la conductibilité. Ils reconnaissent comme origine :

Des causes vasculaires (vaisseaux sanguins normaux ou présentant des anomalies : bruit de diable dans l’anémie (veine jugulaire), saillie du golfe de la jugulaire à travers une déhiscence du plancher de la caisse, anomalie ou anévrisme de la carotide dans la caisse, situation superficielle du sinus latéral, dilatation des vaisseaux de la caisse déterminant des bruits pulsatiles.

Des causes musculaires : c’est ainsi que la contraction du tenseur du voile du palais produit en dilatant la trompe un craquement dans l’oreille.

[La nature des. bourdonnements est variable, non seulement d’un sujet à un autre mais encore chez le même malade. Tantôt ce sont des bruits : sifflements de machine, bouillonnement d’eau, bruit de vent, jet de vapeur, bruit

de coquillage, etc; tantôt au contraire des sons : sons de cloche, chants d’oiseaux, etc.

Leur intensité dépend de certaines causes. Qu’ils soient continus ou non, ils cessent pendant le sommeil mais sont exagérés par toutes les conditions qui congestionnent la tête : fatigue, excès, alcool, émotions, travail de la digestion.

Le siège du bourdonnement est rapporté par le malade, le plus souvent à l’oreille atteinte, quelquefois à la moitié correspondante de la tête.

La valeur diagnostique des bourdonnements n’est que relative. On a voulu- admettre une corrélation entre la nature du bourdonnement et le siège de l’affection auriculaire et l’on a dit : les bruits musicaux indiquent une otite labyrinthique, lés sifflements une sclérose de la caisse, les bourdonnements à tonalité grave un catarrhe tubaire ?

Au point de vue du pronostic, les bruits continus sont plutôt défavorables, ils ne cessent que lorsque la surdité est devenue totale; les' bruits intermittents, irréguliers, modifiés par la douche d’air et le massage permettent de porter un meilleur pronostic.]

3. Troubles de l’équilibre. Vertige « ab aure lœsa ». — Chez certains malades, peuvent apparaître des phénomènes vertigineux avec ou sans nausées, syncope, bourdonnement, nystagmus, qui sont provoqués soit par une cause réflexe soit par l’excitation directe de l’appareil de l’équilibre.

L’excitation des nerfs sensitifs de l’oreille externe et moyenne peut, par voie réflexe, déterminer du vertige ; ainsi agissent les lavages de l’oreille pratiqués avec l’eau froide, les corps étrangers du conduit, l’attouchement de la muqueuse de la caisse, le cathétérisme, des détonations, des sons aigus.

L’appareil vestibulaire est directement excité par l’exagération de pression labyrinthique lorsque la pression intracrânienne augmente (tumeurs cérébrales), ou si les fenêtres de la caisse sont comprimées (lavages d’oreille, attouchement de la base de l’étrier) douche d’air); il subit également une excitation pendant la galvanisation, les

110 PATHOLOGIE ET THERAPEUTIQUE

inflammations labyrinthiques, les mouvements désordonnés (mal de mer, mouvements des chevaux de bois).

Les troubles de l’équilibre se caractérisent : subjectivement par une sensation de vertige; objectivement par des oscillations légères, une incertitude de la marche qui peut être chancelante, des chutes subites se produisant habituellement du côté malade. Gès troubles durent de quelques secondes à plusieurs heures, ne surviennent qu’une seule fois ou peuvent se répéter. Quand ils s’accompagnent de surdité, de bourdonnements, de nausées et de vomissements, ils réalisent le complexus symptomatique de la maladie de Ménière.

4. Autophonie. — C’est la résonance de la voix dans l’oreille. Elle est produite par la pénétration 'facile de la voix dans l’oreille quand la trompe est béante, par exemple dans la salpingite lorsqu’il y a occlusion défectueuse de la trompe.

5. Troubles réflexes. — D’après Urbantschitsch une affection auriculaire peut déterminer des troubles réflexes de la vision, par exemple la diminution de l’acuité visuelle au cours d’une otite moyenne. Des excitations du sens de l’ouïe peuvent se transmettre aux autres organes des sens ainsi par exemple des sensations visuelles subjectives (vision colorée) se produisent à l’audition de certains sons.

La présence de corps étrangers dans le conduit, de cérumen, certaines affections otiques provoquent parfois des troubles psychiques, véritables psychoses réflexes. L’excitation se fait parla voie du trijumeau et l’on peut observer de la somnolence, de la diminution de la mémoire, la manie, la mélancolie (Kôppe).

Des phénomènes sympathiques existent entre les deux organes auditifs, une oreille est-elle atteinte par exemple d’otite moyenne catarrhale chronique il y a des chances pour que l’autre oreille soit influencée à son tour et participe à l’amélioration ou à l’aggravation de la première.

C’est surtout dans le territoire du trijumeau qu’on remarque des troubles réflexes à point de départ auriculaire, des névralgies dentaires par exemple, des migraines, des

douleurs laryngées. Par l’intermédiaire du pneumogastrique éclatent des troubles respiratoires (Steinbrügge).

Des phénomènes réflexes moteurs peuvent être dus à des corps étrangers ou à des otorrhées : notamment des convulsions, des attaques épileptiques. Le nystagmus se rencontre dans les affections du labyrinthe. Des mouvements de tressaillement du corps, l’élévation du pavillon de l’oreille, des mouvements de la tête apparaissent après des ébranlements sonores violents, par la contraction du muscle du marteau, par le surmenage de l’ouïe. Il est rare d’observer l’hémiplégie faciale du côté correspondant par voie réflexe (Schwartze).

6. Paralysie faciale. — ■ En raison du trajet du nerf facial dans le rocher, il n’est pas rare de noter la propagation des affections de la caisse à la septième paire, symptôme précurseur fréquent d’une complication intracrânienne (Politzer).

Les causes de la paralysie faciale otitique sont extrêmement nombreuses et la transmission pathogénique se fait :

1° Par les branches de l’artère stylo-mastoïdienne (la compression des vaisseaux hyperémiés provoquant la parésie du nerf).

2° Par des déhiscences que présente le canal osseux audessus de la fenêtre ovale (dans les otites aiguës la muqueuse tympanique tuméfiée ou l’exsudât contenu dans la caisse comprime le nerf et détermine sa parésie et même la paralysie).

3° Par le passage à travers cette déhiscence de l’épanchement purulent, d’où périnévrite (si la gaine nerveuse est seule atteinte) et névrite (si l’inflammation gagne le nerf lui-même).

4° Par carie du canal facial, d’où inflammation purulente ou destruction du nerf, ce qui se rencontre particulièrement dans le cholestéatome et la nécrose du labyrinthe (planche 26, 28).

5° Par propagation d’une lepto-méningite purulente sur le facial dans son trajet à travers le conduit auditif interne (fig. 13).

6° Par atrophie due à des compressions : tumeurs du

cerveau et surtout dii cervelet ou abcès dans le conduit auditif interne.

7° Par atrophie consécutive à des traumatismes : fissures de la base du crâne avec fissure du conduit auditif interne et hémorragie dans le canal facial.

[D’une manière générale, le nerf facial est extrêmement résistant vis-à-vis de la suppuration et les caries de voisinage. On peut dire cependant qu’il se défend moins contre les otites aiguës qu’envers les otorrhées chroniques ; dans ce dernier cas il y a eu, en quelque sorte, réaction de défense du tissu nerveux, formation d’adhérences fibreuses autour du tronc de la septième paire; quelquefois même on constate au cours des opérations sur le rocher et en particulier de l’évidement pétro-mastoïdien la formation d’une gaine, d’un manchon de cholestéatome qui entoure, isole le nerf et le protège. Chez plusieurs malades, atteints de cholestéatome de l’oreille ayant envahi la mastoïde, nous avons constaté la mise à nu spontanée du facial, sans paralysie immédiate ou consécutive. Une fois l’artère stylo-mastoïdienne était visible dans le canal osseux au niveau du seuil de l’aditus. D’après nos observations le nerf peut être à découvert sur une étendue plus ou moins grande et suivant deux types différents :

a) Tantôt le nerf est seulement mis à nu en quelque sorte par un foyer d’ostéite qui a fait sauter le seuil de l’aditus, ou par un cholestéatome qui a rongé une partie de l'aqueduc de Fallope. Au cours de l’évidement pétro-mastoïdien, lorsque à l’aide du protecteur de Stake on a enlevé la paroi externe de l’aditus, on est tout surpris de rencontrer, au lieu du tissu osseux compact qui forme le massif du facial et recouvre le nerf, le tronc nerveux luimême découvert sur une longueur de 2-3 millimètres et parfois de 1 centimètre; on est encore plus étonné de ne pas l’avoir entamé avec la gouge ou gratté d’un coup de curette. Si l’on consulte l’observation de l’opéré on trouve parfois dans ses antécédents auriculaires la présence d’une ou plusieurs attaques frustes de paralysie faciale qui ont guéri spontanément, quelquefois même aucun trouble parétique antérieur,

b) Tantôt le nerf est complètement isolé et traverse l’aditus comme un pont; toute la gaine osseuse qui entoure le facial a été détruite par la suppuration; avec un stylet coudé on peut entourer le tronc nerveux : ces cas relativement et heureusement rares se rencontrent particulièrement dans le cholestéatome et dans la variété que nous dénommerions volontiers cholestéatome disséquant, c’est-àdire qui usent, corrodent et rongent toutes les parois du rocher. Chez un de nos malades qui n’avait jamais présenté de paralysie faciale, le cholestéatome avait détruit toute la corticale externe de l’apophyse, la corticale interne, le toit de l’antre et le massif du facial.

Ces cas doivent; être bien signalés et il s’eri dégage ce fait ou plutôt cette manœuvre opératoire assurément bien connue mais qui ne saurait jamais être trop mise en pratique, à savoir que le bec du protecteur au cours de l’évidement doit toujours prendre son point d’appui contre la paroi externe de l’aditus : de la sorte l’opérateur ou plutôt l’aide ne blessera jamais le nerf. Il faut remarquer en effet que si son traumatisme a été évité durant l’acte opératoire, il y a bien peu de chances de déterminer une paralysie faciale pendant les pansements : jamais nous n’en avons eu et du reste nous n’avons pas encore blessé le facial au cours des trépanations ou des évidements.

Symptômes de la paralysie faciale. — Diagnostic de son siège. — Les symptômes objectifs de la paralysie faciale varient suivant le siège de la lésion (lig. 43). Les . voici, résumés d’après Erb :

1° Lésion du nerf facial, au niveau du trou stylo-mastoïdien ou au delà (c’est-à-dire entre 1 et 2 de la fig. 43) = paralysie des muscles de la face du côté atteint.

2° Lésion du facial dans l’aqueduc de Fallope, entre le trou stylo-mastoïdien et l’origine du nerf de l’étrier (c’està-dire entre 2 et 3) = paralysie des muscles de la face, altération ou abolition du goût, parfois diminution de la sécrétion salivaire et sécheresse de la bouche.

3° Lésion du facial dans l’aqueduc, dans la portion comprise entre la corde du tympan et le ganglion géniculé (c’est-à-dire entre 3 et 4) = les symptômes précédents

114 PATHOLOGIE ET THERAPEUTIQUE

l bourdonnements et surdité (parfois hyperacousie). La surdité avec bourdonnements se produit par le mécanisme suivant : le muscle de l’étrier étant paralysé, la base de cet osselet s’enfonce plus profondément dans la fenêtre ovale repoussée par le musle du marteau. Quant à l’hyperacousie, qui existe surtout pour les sons graves, elle serait déterminée par une suractivité en quelque sorte des rameaux non paralysé du nerf de l’étrier (Urbantschitsch) ;

4° Lésion du facial au niveau du ganglion géniculé (c’est-à-dire entre 4 12 et 5) = symptômes précédents -+- paralysie du voile du palais ;

5° Lésion du facial audessus du ganglion géniculé, dans le conduit auditif (c’est-à-dire entre 5 et 6) = les symptômes précé-' dents — les troubles du

Fig. 43. — Trajet du facial dans le rocher, goût.

La marche de la paralysie faciale se fait selon les deux types suivants :

a) Début progressif avec 14. Division du/acial en deui branches. paralysie variable, c’eSt-à-

dire augmentant ou diminuant. Dans ces cas, il s’agit de compression, due par exemple à un épanchement dans la caisse du tympan.

b) Début brusque avec paralysie constituée d’emblée; ce fait indique en général une destruction du tronc ner¬

veux.

Le pronostic de la paralysie du nerf facial doit être

envisagé dans trois cas différents et basé sur les réactions électriques :

a) Les cas bénins, dans lesquels l’excitation électrique est normale, et qui guérissent en deux ou trois semaines.

b) Les cas légers de gravité moyenne, quand il y a réaction de dégénérescence partielle, c’est-à-dire diminution de l’excitabilité faradique et galvanique du nerf et exagération de la contractilité galvanique des muscles. Ces cas guérissent en 4 à 6 semaines.

c ) Les cas graves comportent la réaction de dégénérescence complète, c’est-à-dire perte de l’excitabilité faradique et galvanique du nerf, perte de l’excitabilité faradique des muscles et exagération de l’excitabilité galvanique des muscles. Quant ce type de paralysie guérit, c’est au bout de plusieurs mois de soins et même davantage; la paralysie ne se modifie que partiellement. Ce qui en fait la gravité c’est l’apparition de la contracture annoncée par des spasmes musculaires et des tremblements fibrillaires dans les muscles de la face.

d) Pronostic général des affections de l’oreille. — La situation de l’organe auditif à proximité des plus gros vaisseaux sanguins de l’organisme et du cerveau, sa fonction très importante dans le langage et les rapports sociaux doivent faire considérer les affections de l’oreille comme graves : 1» au point de vue de la fonction; 2° au point de vue vital.

Le pronostic cependant peut être amélioré : 1° par un diagnostic très précis ; 2° par une intervention opportune, radicale. On guérit environ 60 p. 100 des maladies d’oreille, on en améliore 29 p. 100; 11,5 p. 100 environ sont incurables et 0,4 p. 100 sont mortelles (Bürkner). Sur 158 individus, il en meure un d’otorrhée (Pitt). Parmi les malades atteints de suppurations de l’oreille moyenne il en meure 2 1/2 p. 100, le plus souvent par phlébite des sinus et abcès du cerveau (Barker), rarement par méningite. Environ 1/3 des abcès du cerveau, 2/3 des pyémies, 1/12 des méningites sont d’origine otique, et la mort se produit plus fréquemment entre dix et trente ans (Kôrner). Parmi les affections auriculaires incurables il faut placer

en première ligne l’otite scléreuse contre laquelle on ne peut guère tenter qu’un traitement palliatif et symptomatique; toutes les surdités ne sont cependant pas inguérissables et il est bon nombre de sourds qui sont curables.

Le traitement sérieux des otites aiguës constitue la meilleure prophylaxie des otorrhées chroniques, de la surdi-mutité et des complications intracrâniennes . Il est possible presque toujours de guérir par une intervention radicale des suppurations chroniques de vieille date, ayant aboli l’audition et menaçant le cerveau et les gros vaisseaux.

e) Procédés généraux de thérapeutique des affections de l’oreille. — Ils comprennent la désinfection, le nettoyage de l’oreille, l’emploi des médicaments, les modes de pansements, le massage, l’électricité, les exercices acoustiques, le traitement des affections naso-pharyngiennes et la thérapeutique générale.

1. Désinfection. — Dans le traitement local des maladies de l’oreille, principalemént dans les suppurations, les interventions opératoires et les pansements consécutifs, dans les traumatismes, on doit adopter les préceptes de la chirurgie générale, c’est-à-dire asepsie ou antisepsie des mains, des instruments, des pansements et du champ opératoire. Le champ opératoire sera préparé :• avant toute intervention dans le conduit auditif et l’oreille moyenne le pavillon sera nettoyé avec du savon, lavé à l’alcool; le conduit sera ensuite tamponné avec de l’ouate stérilisée, essuyé avec l’alcool absolu ou l’alcool au sublimé. Avant une trépanation de l’apophyse mastoïde les cheveux seront coupés ras et le cuir chevelu rasé sur l’étendue d’une largeur de main autour de l’oreille. Les instruments devront être stérilisés, soit à l’étuve soit par une ébullition de 10 minutes dans une solution de soude àl p. 100 dans un appareil spécial et placés ensuite dans une solution phéniquée à 3 p. 100 (Schwartze), ou de cyanure de mercure au millième.

[Nous préférons opérer à sec et pour cela nous disposons les instruments dans un plateau stérilisé.]

Un instrument quelconque, tel qu’un spéculum ou une

sonde, ne doit pas servir à deux malades différents sans avoir été préalablement bouilli. Pour les pansements, l’ouate et les bandes de gaze stérilisée seront placées dans des boîtes métalliques hermétiquement closes dont on retirera chaque fois la quantité nécessaire. Les sondes et certains instruments de la caisse seront conservés dans des bocaux en verre (fig. 44).

On recommandera aux malades qui se soignent euxmêmes la plus grande propreté des mains, des pansements, des seringues, des cuillers destinées à l’instillation des gouttes, etc.

Page 1