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CORPS ÉTRANGERS

Les corps étrangers pénètrent dans le conduit auditif : accidentellement (animaux vivants, insectes, mouches, etc.), ou volontairement (gousse d’ail contre les maux de dents, enfants qui introduisent des perles, cailloux, etc.).

Marche et symptômes. — Les corps étrangers sont mous et peuvent gonfler (pois); durs (perle, cailloux); ou vivants (moustiques, œufs de mouches, larves). Us peuvent rester plusieurs années dans l’oreille sans provoquer de symptômes et être parfaitement tolérés; quelquefois ils donnent lieu à des phénomènes généraux : accès de toux, vomissements, épilepsie, etc. Plus souvent leur présence se traduit par des signés locaux qui varient suivant la nature du corps étranger : les insectes vivants provoquent, des douleurs intolérables (fait remarquable, les larves de mouches n’occasionnent aucun malaise dans les otorrhées anciennes négligées), les corps étrangers mous gonflent, déterminent des bourdonnements, du vertige, de la surdité.

Mais le véritable danger est constitué par les tentatives d' extraction qui peuvent, s’il existe simultanément une otite moyenne, déterminer une rétention purulente grave. Lorsqu’on introduit des instruments dans l’oreille, à l’aveugle, sans le contrôle du miroir, on risque nombre d’accidents : 1° d’entrer dans l’oreille saine qui ne renferme aucun corps étranger et qu’on risque de blesser, 2°’ de pénétrer dans

l’oreille malade mais qui est vide et dont le corps étranger a été expulsé, 3° de refouler le corps du délit dans la profondeur. Très souvent en effet la surface lisse d’un corps étranger (perle, haricot) empêche de le saisir avec une pince, il s’échappe alors, quitte le conduit cartilagineux et arrive jusqu’à l’isthme. Lorsque l’essai d’extraction est plus violent il franchit l’isthme et s’engage dans le conduit osseux; tous les accidents sont alors possibles : blessure des parois du conduit, déchirure du tympan et pénétration du corps étranger dans la caisse ; parfois alors fracture des osselets, paralysie faciale et fracture du labyrinthe. 11 peut en résulter alors les complications les plus graves : une otite moyenne suppurée avec propagation dans la cavité crânienne.

Donc, la première indication dans les corps étrangers de l’oreille est de déterminer leur existence par l’examen otoscopique, de faire une exploration prudente avec le stylet pour connaître leur consistance et leur mobilité. Il faut enfin savoir que de petits corps étrangers (grains de sable, etc.), logés dans le recessus du conduit auditif externe sont impossibles à découvrir avec le spéculum, le lavage seul fera le diagnostic.

Traitement. — [L’extràction des corps étrangers peut se résumer simplement dans les deux procédés suivants : 1° faire des injections dans le conduit jusqu’à l’expulsion du corps étranger, manœuvre qui dans l’immense majorité des cas sera efficace; 2° en cas d’échec, faire l’extraction avec des instruments.']

1° Lavages dans le conduit. — Si on voit le corps étranger on fera l’injection de préférence dans l’interstice qui le sépare de la paroi du conduit. S’il est invisible et qu’on ait des présomptions sur son existence on fera un lavage explorateur selon la technique indiquée plus haut.

Plusieurs remarques simplement : a) quand le corps étranger a déterminé une otite externe on attend pour faire l’injection que la tuméfaction du conduit ait disparu, on applique des compresses humides sur l’oreille et on donne des bains d’alcool boriqué; b) si le corps étranger est augmenté de volume par le gonflement on versera égale-

154 PATHOLOGIE ET THERAPEUTIQUE

ment de l’alcool préalablement au lavage; c) s’il s’agit d’un animal vivant, larve, insecte, etc., on instillera de l’alcool absolu ou des gouttes de térébenthine avant de pratiquer l’injection; d ) qu’on ne se fatigue pas à laver l’oreille s’il n’y a aucun accident, c’est que le corps étranger est bien toléré, et il n’y a aucune hâte à multiplier les manœuvres d’extraction.

2° Extraction à l’aide d’instruments. — Lorsque l’injection échoue ou lorsqu’il existe des accidents sérieux : vives douleurs, fièvre, vomissements, troubles cérébraux, on tentera d’enlever le corps étranger d’abord par les voies naturelles avec ou sans anesthésie (celle-ci est toujours de règle chez les enfants) et en cas d’échec par la voie rétroauriculaire.

a. Par les voies naturelles.

Plusieurs instruments, plusieurs procédés :

a) Quand ils sont logés dans le conduit, on emploie des stylets, des crochets mousses, des leviers qu’on introduit entre le corps étranger et la paroi et on cherche à ramener le corps du délit d’arrière en avant. Si celui-ci est mou ou présente des aspérités on peut tenter de l’extraire avec une pince coudée à cuillers (fig. 57). Enfin quand il est enclavé dans la profondeur du conduit on peut observer l’expectative s’il n’y a aucun accident immédiat et de temps en temps essayer une nouvelle manœuvre d’extraction, en cas d’échec : Opération rétro-auriculaire.

P) Quand ils sont placés dans la caisse du tympan ils peuvent s’accompagner d’une otite moyenne suppurée. Qu’il y ait suppuration ou non, la conduite est la même : tentatives de déplacement avec la douche de Politzer, avec un lavage de la caisse fait par le cathéter, tentatives d’extraction par le conduit. Si on échoue et même en l’absence de symptômes graves, il ne faut pas hésiter à opérer.

b. Par la voie rétro-auriculaire.

Elle donne beaucoup plus de jour. Sous chloroforme on pratique le décollement du pavillon, On fait une incision dans le sillon rétro-auriculaire, du haut en bas pour avoir

MALADIES DE l’oHEILLE EXTERNE

une lumière suffisante (planche 29), on détache le pavillon, on décolle la paroi fibreuse du conduit qu’on refoule en avant, puis à l’union du conduit cartilagineux et du conduit osseux on sectionne transversalement la paroi postérieure. Après hémostase soigneuse, il est facile d’enlever le corps étranger. Si celui-ci est enclavé dans la caisse il peut être nécessaire de faire sauter une partie du

mur de la logette, au cours de cette manœuvre opératoire on ménagera le plus possible les osselets et le conduit et on respectera le facial. Lorsque enfin il existe une complication mastoïdienne ou intracrânienne on pratiquera l’intervention indiquée par les lésions.

Après l’opération, les téguments seront suturés et le conduit tamponné avec soin; ultérieurement on surveillera la cicatrice du conduit et on réprimera les bourgeons exubérants sur la ligne d’incision par des cautérisations au nitrate ou à la teinture d’iode; de la sorte, périchondrite, synéchies, rétrécissement du conduit Coùdée\ cimiers, seront évités. Il faut bien savoir enfin que l’otite moyenne suppurée provoquée par le corps étranger a une marche favorable.

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