PHLÉBITE DES SINUS
Des conclusions d’un rapport 1 présenté à la Société française d’otologie en mai 1900 et de plusieurs cas que nous avons observés et opérés, nous croyons que l’on peut envisager de la façon suivante cette question si intéressante.
Au même titre que celles des autres organes les suppurations de l’oreille sont susceptibles de déterminer une infection générale à caractère pyémique et septicémique. Toute septico-pyémie reconnaît comme cause primordiale une infection sanguine du système veineux ; or le rocher est un os essentiellement vasculaire par lui-même et surtout par ses connexions avec les sinus crâniens. Un grand fleuve sanguin, constitué par le sinus latéral et la jugulaire qui lui fait suite, parcourt ses bords, et dans son trajet sinueux reçoit de nombreux affluents : autant de sources par conséquent qui vont puiser directement les germes infectieux dans les cavités de l’oreille.
Les microorganismes pénètrent de la sorte dans la circulation 'OÙ ils déterminent fréquemment une thrombophlébite : c’est la forme classique de la pyémie otique. Cependant les recherches des auteurs allemands ont dissocié de cette forme une seconde caractérisée par l’absence de réaction sinusale et dans laquelle la septicémie serait produite par une phlébite des petites veines osseuses du rocher (Ivôrner). Nous avons observé certains faits qui rentrent dans cette seconde variété mais où la pyémie est due à un abcès périsinusal ou à une plaque de méningite disposée sur la face du sinus latéral en contact avec le cervelet.
En somme deux grandes formes de pyémies otogènes : 1° avec thrombo-phlébite du sinus latéral et des sinus avoisinant le rocher;
2° sans thrombo-phlébite de ces sinus. Cette seconde
1. Georges Laurens, La septico-pyémie otique. (Rapport présenté à la Société française de laryngologie et d’otologie, mai 1900.)
forme comprend deux variétés : a ) celle décrite par Korner pour lequel l’infection est due à une ostéo-phlébite des petites veines du rocher, b) celle dans laquelle nous avons observé le mode d’infection suivant : la paroi du sinus latéral en contact, soit en dehors avec un abcès extradural soit en dedans avec une plaque de méningite purulente de la loge cérébelleuse, laisse passer et transsuder en quelque sorte les germes infectieux qui déterminent le syndrome de la septicémie,