ÉMAIL OU SUBSTANCE VITRÉE
d’un éclairage favorable on peut reconnaître, même à l’œil nu des stries de l'émail (périkymaties (1 ), voir fig. 35) qui sont disposées horizontalement, en forme d’anneaux autour de la couronne. Ces stries débutent au collet de la dent et se trouvent de plus en plus écartées les unes des autres à mesure qu’elles s’en éloignent.
L’émail est recouvert d’une cuticule découverte par Nasmyth, qui se détache facilement, en peu de minutes, lorsqu’on traite une dent par un acide minéral ; les acides organiques produisent aussi des modifications ; la cuticule se décolore, se gonfle et se détache au bout d’un certain temps. La structure cuticulaire de cette membrane,' admise par v. Ebner et Kolliker, est niée par Waldeyer qui crut y découvrir des contours cellulaires en la traitant pqr l’acide chlorhydrique et le nitrate d’argent.
Wedl, J. Tomes, A. Tom.es,
Baume et Magitot font de cette cuticule l’analogue du cément de la couronne, qui existe chez certains mammifères. En effet, le cé- Fig. 35. — Couronne ment de la racine semble, aux en- d’une incisive centrale
virons du col, se condenser en supérieure avec peri-
une masse homogène. Quant à ky.naties (bourrelets moi, l’opinion de v. Ebner me de 1 email), semble plus légitime ; elle se base
en effet sur ce fait que la cuticule de l’émail se développe aux dépens des améloblastes et que, à aucun moment du développement, il n’existe chez l’homme de tissu ostéogène au-dessus de l’émail.
Far sa structure l’émail se différencie très nettement de la dentine. Il est formé de prismes et de colonnes hexagonales ou polygonales (2). Ces prismes sont homogènes et
(1) J'ai fixé cette nomenclature dans mon traité : « Contribution à la structure de l’émail ».
(2) Même l’émail des poissons inférieurs, que l’on considérait comme étant de structure homogène, est formé de prismes, ainsi que l’a démontré Rohon.
HISTOLOGIE
tranchants. En les traitant par des acides de toute sorte, organiques ou minéraux, j’ai pu déceler la striation transversale qui n’a jusqu’à présent été aperçue et décrite que dans le cas de carie, ou par traitement au moyen de l’acide chlorhydrique. Cesprismes, ainsi traités, ressemblent aux fibres musculaires striées à cause de la différence de coloration des segments.
Ces prismes sont réunis ensemble en un tout solide par une gangue de substance unissante inter-prismatique (substance corticale de Walklioff), substance plus riche en matières organiques que les prismes, car elle résiste plus longtemps aux acides ; à l’état jeune, elle se colore très bien au rouge congo, selon v. Ebner. J’admets l’existence d’un certain degré, très faible certainement, de circulation de suc nourricier au sein de cette substance, car l’émail, tout comme l’ivoire, devient plus cassant sur les dents mortes que sur les dents vivantes.
D’après mes recherches personnelles, la disposition de ces prismes est plus simple chez les animaux inférieurs. Le type haplodonte, que l’on peut considérer comme le. plus" simple,, est caractérisé par des prismes, présentant chacun une courbure en forme d’S. Chez l’homme on admet une disposition hélicoïdale, ce qui n’est pas cependant entièrement exact. 11 s’agit en réalité d’une spirale tout à fait irrégulière, possédant, à côté de sa courbure principale,de nombreuses courbures secondaires ; le terme de irrégulièrement bouclées serait plus exact.
Sur une coupe longitudinale, polie à la meule, on remarque principalement deux dispositions auxquelles vient s’adjoindre une troisième, si l’on emploie un grossissement plus fort, dispositions sur lesquelles j’ai attiré spécialement l’attention.
Les stries brunâtres et parallèles de Retzius (lignes de contour) que l’on voit dans toute la série animale, dans les den ts bunodontes. et pourvues de périkymaties, se trouvent encore, quoique moins nettes, chez les sophiodontos. Chez les périssodactyles et les artiodactyles sélénodontes par contre, ce n’est pïus une ligne de contour, mais une large bande de contour qui se présente. Comme Baume l’a fort bien reconnu, la coloration brunâtre sur des coupes faites à sec provient de l’air interposé. Dans les préparations fraîches, il s’agit, comme l’admet d’ailleurs v. Etner, de masses assez importantes de substance interpris-