‹ Atlas manuel des maladies des dents et de la boucheChapitre 39 sur 99 · MÉTHODE DE COLORATION · texte numérisé non relu

MÉTHODE DE COLORATION

[Le Leptotlirix racemosa, variété décrite par Vicentini, a un intérêt spécial puisqu’il semble constituer en grande partie les plaques gélatineuses de l’émail et qu’il pourrait bien être l’agent spécifique du premier stade de la carie, du stade de destruction de l’émail. Les leptothrix racemosa se présentent sous l’aspect de filaments onduleux enchevêtrés les uns dans les autres et dont l’extrémité libre se renfle en massue ; ils cultivent sur gélatine et forment alors des taches blanches caractéristiques, se développant irrégulièrement en hauteur et déterminant ainsi de grosses villosités à sommet arrondi (Frcy et Lemerle ).

Les spirilles et les bacilles fusiformes étudiés en 1896 par Vincent dans ses tTa\a\insur la.pourriture d’hôpital ont pris une importance considérable depuis qu’on les a trouvés presque constamment associés dans une forme d’angine diphtéroïde et dans nombre de cas de stomatites ulcéro-membraneuses. Le fusiforme, ainsi que le dit son nom, est un microorganisme allongé, renflé ensoncentre et terminé en pointe à ses extrémités ; ne prenant pas régulièrement le Gram, il se colore très facilement par le violet cle gentiane, la thionine et la fuchsine.

Le spirille, microbe très long, très mobile avec des mouvements de vrille, se voit isolé ou groupé ; coloré par le violet de gentiane et la thionine, il est décoloré par le Gram].

Comme rareté, et seulement chez les gens atteints d’actinomycose de la bouche on a trouvé 1 ’actinomyces bovis. Ce champignon rayonné se trouve dans le pus des abcès actinomvcosiques du maxillaire. Il se présente sous la forme de petits grains jaune-verdâtres, de 1 mm. de diamètre, comprenant un mycélium et des spores ; le mycélium formé de fils enchevêtrés, plus ou moins épais, est entouré d’une couronne rayonnée de prolongements en forme de massue. L’affection provient probablement du mâchonnement de tiges d’herbe ou d’épis de blé; le contact avec les bœufs semble être aussi une cause de contagion. Les dents cariées servent de porte d’entrée à cet organisme qui pénètre dans le canal radiculaire et de là dans le maxillaire. L’actinomyces n’a pas besoin d’être coloré, et se distingue très facilement sans cela.

Un des plus importants parmi les champignons de la bouche est l’oïdium albicans (saccliaromt/ces albicans de Rees ; Monilia candida de P/.aut) qui donne lieu au Preiswerk. — Maladies des dents. 7

muguet ; il forme des taches blanchâtres sur la muqueuse buccale. Pour l’examiner, on enlève, sans léser la muqueuse, un peu de l’enduit blanchâtre fortement adhérent, qu’on traite par une goutte de solution de potasse pour le détacher de l’épiderme et on l’examine au microscope sans coloration. On voit alors deux formes différentes : les unes rondes ou ovales, fortement réfringentes et munies de bourgeons comme les' levures ; ce sont les spores ; les autres sont des filaments ramifiés et enchevêtrés, siégeant entre les spores; c’est le mycélium.

Le mycélium ne se cultive pas en milieu artificiel, et semble nécessiter un certain degré d’acidité.

Maladies de la bouche.

1° Stomatite catarrhale.

La stomatite catarrhale est due le plus souvent à un manque de' soins de la bouche et des dents ; il s’agit généralement de causesmécaniques, concrétionstartriques, extrémités de dents tranchantes, voire même quelquefois appareils prothétiques mal ajustés ; comme agents ayant une action chimique, il faut citer l’abus du tabac et de l’alcool; on peut voir enfin des inflammations de - la bouche dans la chlorose et dans l’anémie, ainsi que dans d’autres affections générales ; tout le inonde sait, par exemple, que les maladies d’estomac s’accompagnent souvent de stomatites.

Les symptômes ne consistent au début qu’en une rougeur de la partie des gencives qui avoisine le collet des dents (principalement de celles qui sont cariées ou recouvertes de tartre), plus rarement l’affection débute en une autre région de la muqueuse buccale, au niveau de la voûte palatine par exemple. L’inflammation gagne peu à peu les tissus environnants ; la rougeur s’accompagne de gonflement ; la gencive perd sa consistance et ne s’applique plus que mollement sur les dents. Très fréquemment il y a de la sialorrhée fluide et abondante ; mais par contre, dans certains cas, la cavité buccale est entièrement recouverte d’un enduit muqueux, épais et filant. La langue est généralement chargée et le reste de la bouche est recouvert d’un enduit blanchâtre ; l’haleine présente une odeur forte ; la mastication et la parole deviennent

STOMATITE ULCÉREUSE

difficiles, la muqueuse étant douloureuse. Notons que l’état général peut être sérieusement atteint, et la fièvre se déclarer. Si on examine au microscope une parcelle du dépôt buccal, on trouve des cellules diverses, provenant de l’épithélium desquamé et des leucocytes extravasés des vaisseaux (corpuscules du pus). On trouve toujours également des restes alimentaires putréfiés et une masse de cocci, de bâtonnets, de leptothrix et de germes de moisissures.

Pour le traitement, après avoir tout d’abord envisagé l’étiologie et l’anatomie pathologique de l’affection, il faut pratiquer à fond le nettoyage de la cavité buccale. Celui-ci consiste à faire disparaître soigneusement tous les dépôts formés au niveau des dents et de la muqueuse ; on commence par enlever le tartre dentaire avec les instruments appropriés, puis on nettoie les dents au moyen de la brosse et de la poudre légèrement acidifiée et immédiatement neutralisée au moyen de la craie pulvérisée. Si la muqueuse est par trop sensible, on peut enlever le dépôt au moyen d’un tampon d’ouate imbibé d’éther. Les couronnes dentaires à bords saillants doivent être meulées et les racines profondément infectées doivent être extraites. Comme traitement ultérieur, il est bon de prescrire un gargarisme antiseptique, le permanganate de potasse par exemple, dont on met un ou deux cristaux dans un verre d’eau, jusqu’à coloration rosée. Le chlorate de potasse à 2 0/0 est également utile, ainsi que l’eau oxygénée à 3 0/0. Enfin j’ai obtenu de bons résultats du chinosol à 1 0/0 que j’emploie en badigeonnage journalier de la muqueuse.

Dans les cas chroniques il faut introduire de l’iodoforme en poudre sous les gencives ; on recommande également des badigeonnages de sublimé (0,05 pour 50 d’eau).

2° Stomatite ulcéreuse Note additionnelle.

[La stomatite ulcéreuse n’est parfois qu’unecomplication de la stomatite catarrhale mais le plus souvent elle est en rapport avec une infection générale, une intoxication ou une diathèse ayant rompu l’équilibre biologique du milieu-buccal (Lebedinsky) et ouvert la porte aux nombreux microorganismes qui habitent sans cesse cette cavité.

PHYSIOLOGIE

Toutes les stomatites sont infectieuses au même titre (Galippe-Chompret) et ne doivent leurs formes et leurs degrés qu’à la nature et à l’intensité de l’affection générale qui les fit naître; en d’autres termes, elles sont toutes tributaires du polymicrobisme buccal, mais elles peuvent prendre un aspect quelque peu différent selon que le terrain a été ensemencé par tel ou tel microbe pathogène spécifique ou modifié clans ses éléments par le génie propre de la maladie.

.C’est ainsi, par exemple, que dans le scorbut, où l’on constate de notables lésions vasculaires et sanguines, la stomatite affectera la forme hémorrhagique. Dans les fièvres éruptives il se produit rapidement des enanthèmes spécifiques qui favorisentles infections secondaires dues au polymicrobisme buccal et donnent une allure spéciale à la stomatite. Voyez aussi les ulcérations circonscrites que l’on observe parfois au niveau du voile du palais dans la fièvre typhoïde et dont la planche XIII a vous donne un exemple.

Les intoxications par substances chimiques, plomb, phosphore, arsenic et surtout mercure (Voir fig. 13 b) mettent également la bouche en état de moindre résistance en face des microorganismes, soit que le toxique ait affaibli l’énergie phagocytaire des leucocytes (Maurel), soit que la salive ait perdu son action chimiotactique positive ( Hugenschmidt ). Il se déclare une stomatite dont la gravité augmente avec la quantité de toxique absorbé. Toutefois cette inflammation ne saurait se déclarer que surune muqueuse lésée banalement et antérieurement, soit par le voisinage d’une dent malade ou d’une articulation infectée, soit par un traumatisme quelconque.

Dans certaines diathèses, dans le diabète en particulier où il existe des lésions des glandes salivaires, dans le rhumatisme où les articulations sont si souvent atteintes, chez tous les ralentis de nutrition, la stomatite aura une grande tendance à gagner les ligaments alvéolo-dentaires, à les infecter et à provoquer la chute des dents].

Ce qui caractérise cette affection, peu autonome comme

Planche XIII. — a, Ulcération typhique sur la face antérieure du pilier antérieur du voile du palais. Langue chargée, b, Stomatite mercurielle, gencive rouge, décollée et tuméfiée.

i au.

J.ith. Atist K Reiclüwld Htindie

STOMATITE ULCÉREUSE

on le voit, ce sont des ulcérations plus ou moins étendues, recouvertes d’un magma grisâtre et reposant sur la muqueuse rouge et tuméfiée. Le siège de prédilection de ces altérations est le bord libre des gencives, qui se tuméfient, se ramollissent et se nécrosent - ; quelquefois, mais plus rarement, les gencives restent intactes et les ulcérations siègent alors sur ses joues, surtout aux endroits qui sont en contact avec les dents plus ou moins cariées, ou encore en d’autres points de la muqueuse buccale parfois traumatisés ou lésés par quelque cause extrinsèque.

Les plus opiniâtres de ces ulcères et ceux qui résistent le plus au traitement sont ceux qui siègent au niveau de l’angle du maxillaire.

[Ils sont souvent alors en rapport avec l’évolution d’une molaire qui n’est pas. encore entièrement découverte et dont le capuchon muqueux a été infecté.

Berger on constatant des sortes d’épidémies de stomatites ulcéro-mcmbraneuses chez les écoliers et les jeunes soldats avait fait de cette affection une entité morbide à caractère spécifique et contagieux ; Galippe, le premier, démontra que cette forme rentrait purement et simplement dans la grande classe des gingivo-stomatites septiques au même titre que la stomatite mercurielle.

Chez tous ces malades, l’affection peut passer par tous les stades de l’érythème, de l’œdème, de l’ulcération, de la gangrène de la muqueuse ; le sujet affaibli, déprimé, est incommodé par l’odeur fadace ou fétide desonhaleine; sa nutrition se fait difficilement et au prix de violentes douleurs. La fièvre et de graves symptômes d’infection générale peuvent se déclarer.

Par suite de la suppuration, le périoste est détruit, l’affection gagne les portions compactes et spongieuses des parois alvéolaires; les dents chancellent, tombent... le maxillaire se nécrose.

Le traitement sera le même que celui de la stomatite catarrhale. Voici comment nous le prescrirons :

1° Nettoyage minutieux de la bouche et des dents, extraction de tous les chicots infectés, obturation des cavités, enlèvement des moindres parcelles de tartre.

2° Trois fois par jour, brossage prolongé de la bouche et des dents avec un savon dentifrice tel que celui-ci :

PHYSIOLOGIE

Savon médicinal. . . . . . . . 15 gr.

Glycérine.5 —

Alcool à 90o.5 —

Menthol.1 —

Saccharine.0 gr. 10

. Matière colorante.q. s.

F. s. a. p. un savon.

Dans le traitement de la stomatite mercurielle, il sera "même bon d’incorporer à cette formule 0 gr. 30. centigrammes de sublimé, ainsique nous l’avons recommandé en 1898 à la Société de stomatologie.

3° Bains de bouche prolongés et répétés toutes les deux heures avec une solution antiseptique telle que celle-ci:

Hydrate de chloral .

Acide phénique. . .

Essence de menthe I Essence de badiane j Eau distillée . . .

Filtrer soigneusement.

1 gr. 50 0 gr. 50 X gouttes 250 gr.

4° Attouchements biquotidiens de teinture d’iode sur les ulcérations, ou applications topiques quotidiennes d’acide cliromique ou de bleu de méthylène.

5° Traitement de l’état général ; veiller ait bon fonctionnement du tube digestif et des reins; tonifier le malade.

6 ° Eviter la contagion par tous les objets portés à la bouche.

Dans ces derniers temps, depuis les travaux de Vincent et de ses continuateurs Niclot et Marotte, Panoff, Abel, Bernheim et Popischill, etc., on a grande tendance à attribuer toute .stomatite ulcéro-membraneuse à la symbiose fuso-spirillaire, et à identifie)' c liniquement et bactériologiquement l’angine diphtéroïde à bacilles fusiformes (angine de Vincent) et les multiples formes de stomatite ulcéro-membraneuse (stomatite de Berger on, stomatite mercurielle, etc.).

Vincent s’élève cependant contre cette manière de voir et dit qu’il existe deux classes distinctes de stomatites ' ulcéro-membraneuses.

1" Celles qui sont dues à l’association des spirilles et des bacilles fusiformes ( Vincent pp. dit).

2° Celles qui sont sous la dépendance du polymicro-

LÉSIONS TRAUMATIQUES 103

bisme buccal (Galippe) et où on rencontre des leptothrix, des streptocoques, des staphylocoques, dub. coli,etc., etc.

Pour notre part, nous ne saurions admettre cette distinction car, dans la plupart des examens buccaux que nous avons faits, nous avons trouvé en toutes circonstances et pour les lésions les plus variées, depuis la pyorrhée alvéolaire jusqu’au chancre syphilitique, des spirilles et même des fusiformes. Nous avons donc peine à croire à la valeur pathogénique spéciale de cette symbiose dans la production de la stomatite ulcéro-membraneusc.J

3° Lésions traumatiques.

11 n’est pas rare de voir dans la cavité buccale des ulcérations ou des indurations mécaniques, causées par des appareils de prothèse ou de redressement trop fortement appliqués, ou encore par du tartre dentaire trop abondant ou des pointes de dents trop aiguës.

D’abord l’épithélium disparaît, puis sous l’influence de causes inflammatoires il se produit une infiltration des tissus sous-jacents. Peu à peu il se forme un noyau dur, présentant, au niveau du point comprimé, une dépression qui s’ulcère consécutivement.

Je décris avec soin ces nodules parce qu’ils peuvent facilement être confondus avec des tumeurs cancéreuses ou syphilitiques. D’après les observations de plusieurs auteurs, ces nodules inflammatoires auraient été souvent le point de départ de tumeurs bénignes ou même malignes. J’ai reproduit dans la figure 55 un cas de ma pratique où une ulcération mécanique, causée par une arête dentaire, s’était transformée en un fibrome de la grosseur d’une noix. ,

Ces ulcérations sont généralement douloureuses et par conséquent, nettement perçues par les malades. Il faut avoir soin d’émousser les arêtes des dents ou des appareils de prothèse avant qu’ils n’aient causé de trop grands dommages.'S’il existe déjà une surface ulcérée, il fau I la toucher avec le crayon de nitrate d’argent, ou la badigeonner avec de la teinture d’iode et prescrire des gargarismes antiseptiques.

[Nous devons rappeler ici que tout traumatisme prolongé portant sur la muqueuse buccale troublera la vitalité

PHYSIOLOGIE

des éléments épithéliaux et déterminera, en surface comme en épaisseur, un trouble qu’indique le changement de consistance et de coloration de cette région. Il y a dégénérescence, épaississement corné de la couche épithéliale et infiltration du chorion : c’est la lésion connue sous le nom de leucoplasie. Les chicots, les dentiers mal ajustés, mal articulés peuvent amener un tel trouble ; il en est de même des traumatismes de la muqueuse jugale chez les souffleurs de verre, et surtout de l’irritation produite dans la bouche par le tabac.]

4° Stomatite aphteuse

La stomatite aphteuse (aphtes) se manifeste surtout chez les enfants élevés avec une mauvaise hygiène, pendant les deux premières années de la vie. Elle se présente sous forme de petites taches grisâtres, arrondies et confluentes, qui ne font pas de relief à la surface, mais sont entourées d’une aréole rougeâtre. Si on cherche à détacher ces papules on voit qu’elles sont très douloureuses et qu’elles saignent facilement. En effet, il ne s’agit pas d’un enduit, mais d’un épaississement de l’épithelium qui perd sa transparence; en même temps il se produit un exsudât fibrineux dans le derme de la muqueuse. Les tissus environnants sont fortement infiltrés de leucocytes.

On ne peut les confondre avec le muguet, ni avec des plaques syphilitiques à cause des douleurs qui n’existent pas dans ces dernières affections et ne peuvent créer de la dysphagie.

Les aphtes siègent surtout sur les joues et la langue, mais on peut les rencontrer en tous les points de la muqueuse buccale.

Le traitement doit être rapidement institué pour éviter l’extension delà maladie. Le meilleur remède est le nitrate d’argent en badigeonnages. On s'e sert de la solution suivante: azotate d’argent 0,10, glycérine 25. En même temps on fait gargariser après chaque repas et avant de se coucher avec une solution de permanganate (permanganate de potasse0,10, eau 30 gr. ; cinq gouttes dans un verre d'eau). Les aphtes, une fois disparus, ne laissent pas de perte de substance, la muqueuse ulcérée se régénérant.

STOMATITE DIPHTÉROIDE IMPÉTIGINEUSE

[Stomatite diplitéroïde impétigineuse.

Note additionnelle.

Sevestre et Gastou ont décrit en 1891 une forme de sto+ matité ayant un certain nombre de points de ressemblance avec la stomatite aphteuse et avec les manifestations buccales de la diphtérie.

Cette affection contagieuse se rencontre surtout chez les enfants débiles, athrepsiques, ayant des troubles gastrointestinaux ; elle coïncide d’ordinaire avec du coryza chronique, de l’impétigo de la face ou du cuir chevelu^ de la blépharite, des infections cutanées, etc. et suit ou accompagne les fièvres éruptives,

Elle est due au staphylocoque (depuis on a dit au streptocoque et au bacille de Lœffler, Armand) qui produit sur les muqueuses une membrane pseudo-diphtéroïde.

On voit, principalement et quelquefois uniquement à la face interne des lèvres, ou encore sur un point quelconque de la bouche jusqu’au pharynx exclu, des plaques blanchâtres, diphtéroïdes, adhérentes à la muqueuse, de forme plus ou moins irrégulière, parfois polycycliques. La consistance de la fausse membrane est chose fort variable ; enlevée, elle laisse à nu un fond rougeâtre, inégal, saignant. La douleur est en général insignifiante ; peu de fièvre et peu d’adénopathie. La guérison se fait en une ou trois semaines et plus.

La stomatite impétigineuse diffère de la stomatite aphteuse ainsi qu’il suit :

La stomatite impétigineuse est une infection localisée principalement aux lèvres et rappelant l’aspect delà diphtérie par ses fausses membranes.

La stomatite aphteuse est le plus souvent en rapport avec une intoxication générale et se montre dans toute la cavité buccale sous forme de légères érosions.

La stomatite impétigineuse, peu douloureuse, se manifeste dans les infections générales infantiles où elle puise des streptocoques et des staphylocoques ; la plaque pseudomembraneuse se montre d’emblée. On la traite par l’iodoforme (ou une substance analogue) en pansements [Gastou).

La stomatite aphteuse fort douloureuse dure générale-

ment peu de temps ; on y trouve toutes les espèces microbiennes. L’élément primordial est une vésicule remplie d’un liquide lactescent, entourée d’une aréole rouge formée par la muqueuse tuméfiée ; rapidement cette vésicule se rompt etlaisseune légère ulcération arrondie dontlefond est couvert par une fausse membrane jaunâtre s’enlevant difficilement. Elle guérit par le chlorate de potasse intus et extra, les purgatifs et la désinfection intestinale.

Les membranes de la stomatite diphtéritique ressemblent beaucoup aux pseudo-membranes de la stomatite impétigineuse ; elles sont cependant plus jaunâtres et se détachent mieux de la muqueuse, en vrais lambeaux. Les symptômes plus graves d’infection générale, l'envahissement de la gorge, le tirage, l’examen bactériologique permettront de diagnostiquer la stomatite diphtéritique.]

5° Muguet.

Le muguet se manifeste surtout chez le nourrisson, mais peut aussi se présenter chez des adultes affaiblis par une maladie quelconque. Sur la muqueuse buccale, généralement enflammée, apparaissent de petits points proéminents, d’un blanc éclatant, très petits au début, mais augmentant rapidement et couvrant alors de grandes surfaces ; avec le temps, leur couleur passe au gris sale.

Ces enduits se laissent enlever avec la plus grande facilité, et sans occasionner de saignements comme les aphtes. Au microscope cet enduit se montre formé d’un mycélium filamenteux et de cellules ressemblant à celles des levures, qu’on décrit souvent comme des spores (conidies). On n’est pas d’accord sur la classification botanique de l’agent pathogène du muguet; les uns le classent parmi les champignons à spores, les autres parmi les levures, d’autres encore, Plant par exemple, le rangent parmi les torulacées.

Bien que la partie superficielle soit facile à enlever, les filaments du mycélium pénètrent à travers l’épithelium dans la muqueuse. Si l’enduit du muguet reste localisé à la bouche, le pronostic est bénin ; mais il devient réservé, au contraire, si on voit l’affection gagner la gorge et l’œsophage, ce qui indique un état de faiblesse générale de l’organisme.

S’il n’existe pas de stomatite concomitante, l’affection ne cause pas de désordres. Le traitement consiste en des

ACTYNOMYCOSE

badigeonnages antiseptiques, après avoir enlevé l’enduit au moyen de tampons d’ouate imbibés d’alcool. Le borax agit très bien ; on le donne aux enfants sous forme de miel boraté ; ce produit étant très doux, les enfants l’appliquent eux-mêmes avec la langue dans toute la bouche. [Quand une mère est trop pusillanime pour badigeonner la bouche de son enfant atteint de muguet avec la solution <le glycérine boratée, on peut lui proposer, d’après Eschericli, de préparer une sucette avec un tampon d’ouate stérilisée, enveloppé d’une batiste fine et d’imbiber le tout avec la solution suivante : biborate de soude 4 gr., glycérine neutre 15 gr.; il n’y a qu’à mettre la sucette dans la bouche du bébé]. Dans les cas graves on peut donner le borax à l’intérieur en solution à 3 0/0, une cuillerée à café toutes les deux heures chez l’enfant, une cuillerée à soupe chez l’adulte.

6° Actinomycose

L’actinomycose, causée par l ’Actinomyces bovis , est plus fréquente chez les animaux que chez l’homme, plus répandue à la campagne qu’à la ville. L’infection se fait généralement par le mâchonnement de tiges de graminées, sur lesquelles le champignon se développe; les occupations dans l’écurie ou les granges créent déjà une cause de contagion. La maladie éclate de préférence dans les bouches mal soignées avec gencives décollées et même au voisinage direct d'une dent malade. Le champignon semblé se développer dans le tissu osseux irrité ou enflammé. Très vraisemblablement il pénètre souvent dans le maxillaire en passant par la cavité pulpaire et le canal radiculaire; [il peut suivre également le ligament alvéolaire infecté, détruit, principalement chez les pyorrhéiques ( Pont )]. Le maxillaire inférieur est affecté de préférence, probablement pour des raisons mécaniques. La première manifestation, visible à l’extérieur, consiste en une infiltration ligneuse, progressant lentement et audessus de laquelle la peau se colore en rouge bleuâtre. La peau se trouve, au cours de l’affection, perforée en un ou plusieurs endroits et laisse s’écouler du pus séreux ou épais. Ce pus contient, comme parties caractéristiques, des grains, de la grosseur d’une tête d’épingle (grains d’actiriomyces), qui, au microscope, se trouvent composés d’un

mycélium formé de filaments feutrés, à la périphérie duquel se trouvent des prolongements rayonnants en forme de massue.

Le pronostic n’est pas si grave qu’on le croit ordinairement car on connaît même des guérisons spontanées de cas anciens ; cependant, nous devons réserver notre pronostic car la maladie peut s’étendre à d’autres organes et de plus elle laisse des fistules et des cicatrices désagréables, même quand elle reste localisée à la figure. Pour obtenir un bon résultat du traitement, il faut commencer par enlever les dents cariées, puis ouvrir largement les fistules et les foyers purulents et les cureter à fond. On détruira le plus possible l’agent pathogène, en cautérisant au thermocautère et en bourrant ensuite la plaie abondamment avec de l’iodoforme, qui paraît agir comme un remède spécifique.

On a recommandé également, pour éviter le traitement opératoire, de faire des injections de teinture d’iode dans les tissus enflammés, mais l’opération agit plus sûrement; il faudrait, d’après Mikulicz et Kummel, la faire suivre d’une cure d’iodure de potassium pris à l’intérieur, qui hâterait notamment la guérison. La dose journalière varie, suivant l’âge des malades, de 1 à 3 grammes par jour.

[La plupart des médecins français emploient l’iodure de potassium, non comme fin de traitement de l’actinomycosé, mais comme traitement spécifique de cette affection : ils le prescrivent avec succès dès que le diagnostic est assuré. Il est intéressant cependant de noter avec Nocard et Bérard que l'actinomyces pousse fort bien dans les milieux iodurés, ce qui indiquerait que le traitement agit non sur lé parasite mais sur les tissus.]

7° Noma

Le noma est une affection rare, qui apparaît généralement chez les enfants élevés dans de mauvaises conditions de vitalité, particulièrement chez ceux qui présentent une stomatite ulcéreuse comme épisode d’une maladie grave.

Tout d’abord on aperçoit sur la muqueuse de la joue, en regard delà première molaire supérieure, une vésicule rouge violacée, qui devient rapidement noire et qui occasionne une violente tuméfaction de la bouche ; la paroi

NOMA

externe de la joue se colore également, devient déplus en plus foncée et enfin il se forme à travers tous les tissus une perforation dont les bords sont déchiquetés et qui présente un caractère nettement gangréneux. Les parties molles, tout comme les os, sont transformées en une masse noirâtre et cornée.

Du fait que le noma se rencontre d’une façon endémique dans les hôpitaux d’enfants, on admet que l’affection est contagieuse. Pélruschky a constamment trouvé des bacilles diphtériques et pseudo-diphtériques dansles foyers morbides; C. Schmidt, par contre, trouva chaque fois un microorganisme présentant la plus grande analogie avec le bacille nécrotique de Jensen.

[Galippe ne croit pas à un microbe spécifique mais il pense que le noma est engendré <r par un ou plusieurs des nombreux parasites normaux de la bouche dont la virulence s’exalte sous l'influence d’un état septique antérieur et dont l’action destructive s’explique par le défaut de résistance du sujet cachectique. »]

Le pronostic est grave (70 0/0 de mortalité), du fait de la marche envahissante de la gangrène et de l’infection généraliséequisurvientfréquemmentsous forme de pneumonie. Si l’affection s’arrête, il reste presque toujours des pertes de substances et des cicatrices déformantes. Il est rare en effet de trouver des cas heureux comme celui d’une de mes clientes, jeune femme qui ne présentait comme tout reliquat d’un noma de l’enfance qu’une petite fossette de la joue qui n’altérait en rien la beauté de son visage. Dans un autre cas de ma pratique, la maladie s’arrêta, chez une fillette de huit ans, mais en laissant à la joue une perte de substance du volume d’un œuf de poule.

Il faut en pareil cas détruire les tissus gangréneux avec le thermocautère et badigeonner ensuite avec de la teinture d’iode. A l’intérieur, de l’alcool et de la quinine sous forme de vin de quinquina (3 cuillerées à soupe par jour). Bien entendu, il faut traiter la bouche par des gargarismes antiseptiques, avec du permanganate de potasse, ou du salol, comme dans la formule suivante :

Salol. .. 6 gr.

Alcool, à 95».100 cc.

Une cuillerée à café dans une tasse d’eau.

PHYSIOLOGIE

[8° Infections des glandes salivaires.

Note additionnelle.

Cette étude qui demanderait de grands développements ne peut être qu’esquissée dans un manuel comme celui-ci.

Une première classe comprend les inflammations des glandes salivaires proprement dites ou grandes glandes salivaires, sous-maxillaire, sublinguale et parotide.

La seconde classe comprend les infections des glandules salivaires de la muqueuse buccale.

A. Les inflammations des glandes salivaires proprement dites se présentent sous deux formes distinctes :

1° Maladie de l’adolescence, contagieuse, épidémique, mais conférant d’ordinaire l’immunité, se déclarant après une période d’incubation de 8 à 25 jours et ayant pour premier symptôme un gonflement douloureux unilatéral puis bientôt bilatéral des régions glandulaires avec prédilection pour la parotide ; parfois participation des glandes sous-maxillaires ( Mesmain ) et sublinguales, mastication difficile, éréthisme nerveux, mais peu ou pas de fièvre. Guérison en 8 ou 15 jours par résolution. Complications : angine, stomatite, orchite... Tel est le tableau de ce que l’on appelle les oreillons parotidiens, sous-maxillaires ou sublinguaux,

2° Affection de tous les âges, atteignant le nouveau-né ( Perrot , Chassande-Baroz ) comme l’adulte et le vieillard, non contagieuse ; n’atteignant d’ordinaire qu’une seule glande et cela au cours ou à la suite de maladies générales graves, d’intoxications, ou encore comme'complication d'infections de voisinage; débutant brusquement avec des frissons ou delà fièvre qui se confondent quelquefois avec les symptômes généraux de l’affection intercurrente ; douleur, rougeur, marche rapide vers la fonte cellulaire et la collection purulente. Pronostic très grave chez les enfants, chez les vieillards etles cachectiques, elle peut se terminer heureusement par une issue chirurgicale donnée au pus ou par catarrhe du canal excréteur de la glande. Pas d’orchite. Voilà ce que l’on nomme parotidite, sous-maxillite, etc.

B. L’étude des infections des glandules salivaires semble avoir échappé à la plupart des auteurs ; décrites ma-

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