Lophodontes, dents avec des arêtes d’émail rectilignes
4. Sélénodontes, dents avec des arêtes d’émail semi-lunaires (%• 2, d).
Le type des dents sécodontes est représenté par la molaire des carnassiers, et par celle des insectivores, c’est-à-dire d’animaux qui n’ont besoin que de diviser et de déchirer leur nourriture (carnivores, marsupiaux, chiroptères, inscc-
Fig. 2. — a, type seco • donte ; b , bunodonte ; c, lophodonte ; d, sélénodonte.
tivores). L’alimentation carnée est facile à digérer, aussi l’appareil digestif est-if très simplifié ; chez les carnivores, dont la couronne dentaire possède une arête étroite, longue et aiguë, la longueur de l’intestin n’est que 3 à 5 fois celle du corps ; chez les herbivores la longueur de l’intestin est 20 fois celle du corps.
Lès dents bunodontes se trouvent chez les fructivores et les omnivores. Les fruits contiennent moins de matièresnutritives que la viande, aussi la digestion est-elle déjà plus compliquée. Les molaires deviennent plus larges, se couvent d’aspérités et diminùent de hauteur. La dentition des singes fructivores ressemble de très près à celle des hommes ; c’est pourquoi certains savants, Baume, par exemple, admettent que les fruits ont constitué notre nourriture primitive. La dentition de l’homme est, en effet, en faveur de cette théorie, mais non la longueur de son in-
Chez les singes frugivores, l’intestin mesure dix fois la longueur du corps; chez l’homme il ne mesure que cinq à six fois cette longueur, ce qui tendrait à le ranger parmi les carnivores. Baume cherche à réfuter cet argument en (lisant que, si l’intestin humain est plus court que celui des singes frugivores, cela tient à ce que l’homme sépare des fruits les parties non assimilables et que, de cette façon, la digestion se trouve simplifiée. L’homme prenant des aliments en moindre quantité que le singe et la longueur de l’intestin étant proportionnelle à la quantité de nourriture ingérée, on comprend pourquoi l’intestin de l’homme est moins grand que celui du singe frugivore.
D’après cette opinion, ce serait secondairement, par suite de l’alimentation carnée, que le tube digestif se serait réduit; il m’est difficile d’accepter entièrement cette manière de voir ; en effet, bien qu’il ne soit pas rare de voir s’atrophier des organes inactifs depuis de nombreuses générations, l’intestin humain conserve tant de restes ancestraux, qu’il est peu vraisemblable d’admettre un raccourcissement de cet organe pendant l’évolution de la race humaine ; je fais allusion au cæcum par exemple, qui n’est que le reste d’une disposition ancienne et qui aurait pu disparaître depuis longtemps. Pour accepter entièrement cette opinion d faudrait démontrer que l’on obtient un raccourcissement de l’intestin chez les singes maintenus en captivité et exclusivement nourris de viande ; expérience
difficile à réaliser, à cause delà période de temps vraiment considérable sur laquelle il faudrait compter.
Je ne crois cependant pas à un résultat positif; en effet, il devrait y avoir une différence de longueur entre le tube digestif des campagnards dés contrées pauvres, qui se nourrissent exclusivement de légumes et de laitage avec de loin en loin un peu de lard, et celui des citadins ayant une alimentation carnée dominante ; or cela n’est pas ; l’intestin mesure toujours environ huit mètres, soit cinq à six fois la longueur du corps. D’après ces données, l’homme frugivore de par sa dentition bunodonte, et carnivore de par son intestin, a çlû être de tout temps omnivore, ce qu’il est encore aujourd’hui.
Chez les carnivores, aussi bien que chez les insectivores et les omnivores, le mouvement des maxillaires est ortlial. c’est-à-dire dirigé de bas en haut.
Les substances nutritives sont en quantité moindre dans les végétaux herbacés que dans les fruits, aussi, pour pouvoir les dégager, les molaires des herbivores présententelles une disposition encore plus compliquée. Chez les lophodontes dont les types les plus' caractéristiques sont le lophiodon disparu et le tapir encore existant, les crêtes dentaires sont réunies par des sillons qui permettent une trituration des aliments bien meilleure que chez les bunodontes ne possédant que des crêtes simples ; si ces sillons sont semi-lunaires, comme c’est le cas chez beaucoup de ruminants, les dents sont appelées s élénodontes.
Selon le mouvement habituel du maxillaire inférieur, la disposition des sillons est différente ; ils sont toujours disposés perpendiculairement au sens de ce mouvement. C’est pour cela que les lamelles d’émail des ruminants sont disposées obliquement par rapporta l’axe des procès alvéolaires ; chez les rongeurs, le maxillaire se déplace d’avant en arrière, aussi les sillons sont-ils perpendiculaires à l’axedes procès alvéolaires ; chez les proboscidiens, qui mastiquent d’arrière en avant il existe la même disposition ; leléphant en est un bon exemple. Dans ces cas, naturellement, le condyle du maxillaire est dirigé, non pas de dehors en dedans, mais d’avant en arrière, et se meut dans une véritable gouttière de la base du temporal.
La dentition de la plupart des mammifères se renouvelle une fois pendant la vie ; ils sont donc diphyodontes.
Chez les sirènes, les cétacés dentés et les édentés, les dents une fois formées restent en fonction pendant toute la vie, ce sont des monophyodontes. Lorsque cette seconde dentition existe, elle est toujours composée de dents plus abondantes et plus fortes que la première.
D’après Baume, il faudrait interpréter la dentition de lait comme le résultat d’une diminution de longueur du maxillaire pendant le développement phylogénétique; il considère donc les dents de lait comme une partie de la dentition permanente ; il ne s’agirait que d’une différence de temps. Oldfeld et Flower considèrent également les deux rangées de dents, c’est-à-dire le processus diphyodonte, comme une conséquence du processus monophyodonte, qui n’existe que chez les mammifères.
Zitlel, au contraire, est d’un avis différent et base sa conviction, à laquelle je me rallie, sur ce fait que beaucoup de monophyodontes ont été ancestralement diphyodontes ; il cite, par exemple, les proboscidiens, beaucoup de rongeurs, d’insectivores et d’édentés dont le renouvellement de dentition est d’urfefaçon certaineen voie de rétrogradation. A cette opinion, vient encore s’ajouter celle de Iiuckenthal qui montre que chez beaucoup de mammifères on trouve des formations embryonnaires de dents de lait qui ne viennent jamais à leur entier développement et qui ne font pas éruption. D’autres savants, entre autres Kollmann, ont observé le même phénomène chez l’homme, dont la gencive renferme très fréquemment des germes surnuméraires ne se développant qu exceptionnellement sous forme de’ dents surnuméraires. D’après ces théories, ainsi que d’après les observations de Rütimeyer, on arrive à conclureque les/ormes monophyodontes deviennent des diphyodonte s et que, peut-être, ces derniers ne sont même qu’une conséquence des polyphyodontes. Ainsi, au renouvellement dentaire continu (comme cela a lieu d’une façon typique chez le requin) aurait succédé lentement le type diphyodonte duquel découlerait ensuite le type monophyodonte. Avec la différentiation, peut-être aussi avec la réduction des dents, sè serait perdue de plus en plus la faculté du renouvellement dentaire. Au début les dents étaient simples, mais se renouvelaient constamment, puis les formes se compliquèrent et la nature en devint plus économe jusqu a ne plus créer qu’une seule dentition. Ceci nous conduit à la pensée consolante que l’homme
de
n’est pas encore arrivé au terme de son développement, et a encore à passer par le stade monophyodonte.
Ces différents' types de dents peuvent être compliqués de façons les plus diverses par des crêtes et des sillons d< toute nature. En appliquant les définitions ci-dessus, dirons de la molaire de l’homme que c’est une dent bunodonle, brachyodonte ; notre dentition est anisodonle à cause de la différentiation entre molaires, incisives et canines, propriété que nous partageons avec la plupart des mammifères ; par contre le fait que les dents sont partout ■étroitement rangées les unes à côté des autres, c’est-à-dire qu’il n’existe pas de diastème, est particulier à l’homme et à de rares animaux parmi les primates. Au point de vue du renouvellement l’homme est diphyodonte et, d’après le mouvement du maxillaire, il est orthal.
Il se pose maintenant la question de savoir quelle série de transformations phylogénétiques ont subi les dents avantd’être arrivées à leur différentiation actuelle. Ceux qui partagent les idées deLyrll (1) et de Darwin sont persuadés que les énormes différentiations des formes vivantes résultent de petites divergences et qu’il en est également ainsi pour la dentition. Il n’y a dans la nature ni forme fixe, ni forme durable, tout n’est que transition.
Je vais essayer de démontrer, d’après Cope et Osborn qui se basent sur des lois mécaniques comment on peut concevoir, à partir d’une forme primordiale, le développement clés dents des mammifères.
On admet comme type primitif la dent conique (type haplodonte) qui consiste, chez les cétacés par exemple, en une dent à couronne unique, avec racine simple et allongée (fig. 3 a) ; en avant et en arrière de cette couronne, se forme une petite pointe, comme elle' se trouve
Fig. 3. — a. Type protodonte ; b, triconodonte ; c, type tricuspide ; d, type multicuspide.
(1) Ch. Lyoll, l'Ancienneté de l'homme.
ANATOMIE
chez les marsupiaux les plus anciens {type protodonte) ; ces pointes deviennent plus grandes mais toujours on peut faire la distinction entre la pointe principale (mé- ' diane) et les deux pointes accessoires (antérieure et postérieure). Ce type [type triconodonte) se trouve chez les marsupiaux d’origine plus récente. La racine est double
(fiff-3 b).
Dans le stade suivant, la couronne s’élargit de telle façon que la pointe médiane ne se trouve plus sur la même ligne que les pointes accessoires et qu’elle est rejetée en dedans ou en dehors (dent tricuspide), marsupiaux (fig. 3 c). De ce type dérivent les dents quadricuspides, quinticuspides, sexlicuspides et finalement lèsdents mullicuspides des allothères (fig. 3 d).
Je ne peux pas insister davantage sur le développement phylogénétique ; on n’a qu’à combiner toutes les formes d’aspérités et de sillons qui peuvent se présenter pour obtenir les types si divers qui se trouvent dans la série des vertébrés.
ANATOMIE
Nous n’envisagerons l’anatomie de la cavité buccale qu’au point de vue topographique.
Anatomie des formes
Extérieurement la région buccale est nettement séparée des régions voisines (fig. 4). De chaque côté elle s’étend jusqu’au sillon naso-labial, qui va de l’aile du nez à la commissure des lèvres ; en bas, elle est limitée par le sillon mento-labial convexe en haut et, supérieurement, elle s’étend jusqu’au nez. Ces divers sillons sont plus nettement marqués chez le vieillard que chez le jeune homme ; ils sont également très nets chez les gens qui ont l’habitude de parler distinctement, à de, grandes distances (acteurs par exemple) et dans certaines maladies chroniques.
A l’état normal, la lèvre supérieure déborde légèrement l’inférieure ; toutefois, si elle est démesurément épaisse, nous devons songer à la scrofule, avec ou sans végétations adénoïdes dans le cavum rétro-nasal. Si c’est la lèvre infé-
fleure qui déborde, on songera, à priori, à un avancement anormal des dents inférieures. [Les idiots, les paralytiques généraux se présentent également souvent avec la lèvre inférieure rouge foncé, exulcérëe, sans cesse humectée par la salive qui s’écoule involontairement. Dans l’acromégalie la lèvre inférieure renversée, mais de couleur normale, pend lamentablement, laissant la bouche entr’ouvcrte.]
Fig. 4. — Région buccale externe ; a, pli naso labial ; b, pli mento-labial; e, gouttière labiale ou p'hiltruin
Il n’est pas rare de rencontrer une lèvre supérieure trop courte qui découvre constamment la gencive en parlant. Il en résulte une irritation locale et chronique de cette région, irritation causée par la température et le dessèchement, surtout la nuit. Tous les germes épars dans l’atmosphère se fixent sur les gencives ainsi que sur les dents dé devant, ce qui occasionne des dépôts sales et troubles à ce niveau, principalement sur les incisives. Je rappellerai enfin les cicatrices labiales siégeant à gauche ou à droite, rarc^ ment bilatérales, résultant de bec de lièvre simple ou compliqué de divisions de voile du palais.
ANATOMIE
Vestibule de la bouche
Le vestibule de la bouche, en forme de fer â cheval, est situé en arrière des lèvres et des joues ; cette cavité est ordinairement virtuelle car la muqueuse dés joues est directement appliquée sur les dents, mais, par l’insufflation, on se rend compte des dimensions que peut acquérir ce vestibule grâce à l’élasticité de ses parois externes, fait de la plus grande importance pour l’examen et le traitement dentaires. Il est remarquable que, pendant la mastication, les joues ne soient pas prises entre les molaires; Henle explique ce fait par la présence d’une membrane assez épaisse reliée au muscle buccinateur, et qui fait qu’en fermant la bouche, la muqueuse buccale se plisse au lieu de s’invaginer en dedans,
La partie qui présente au plus haut degré cette qualité d’expansion est le repli situé entre la paroi externe et la paroi interne du vestibule (Fornix de Merkel ) ; à ce niveau la muqueuse n’adhère que faiblement sur lès plans profonds, spécialement dans la région située entre les molaires et les prémolaires. En avant, aussi bien en bas qu’en haut, le pli que forme la muqueuse est renforcé par une bandelette plus rigide, bandelette labiale. Il faut tenir compte de ces particularités dans la construction des appareils prothétiques.
A la partie postérieure du fornix, on tombe sur l'apophyse coronoïde du maxillaire inférieur qui gêne quelquefois, lors de l’application de la digue sur la deuxième molaire.
En regard de la face externe de la première et de la deuxième molaire supérieure, on remarque une caroncule de la grosseur d’une tête.d’épingle, percée d’un orifice capillaire; c’est l’orifice du canal de Slénon, canal excréteur de la glande parotide. La parotide, la plus grande des glandes salivaires, est située en avant et au-dessous de r oreille et remplit l’espace libre en arrière du maxillaire inférieur, où son lobe principal se place entre les muscles, les vaisseaux, les nerfs et les apophyses osseuses. Elle se trouve en rapport d’arrière en ayant avec le muscle sternocléido-mastoïdien et l’apophvse mastoïde, un peu plus bas, avec le muscle digastrique, l’apophyse styloïde et les muscles qui s’y insèrent ; quelques lobes passent en avant, entre