LACUNES CUNÉIFORMES
mation, à une controverse très intéressante que je ne peux reproduire ici in extenso.
On admettait jusqu’à présent que ces lacunes étaient dues à une action purement mécanique et résultaient de l’emploi horizontal de la brosse, associée à une poudre trop dure, ce traumatisme pouvant porter sur des dents normales ou des dents ayant été endommag’ées par des acides.
Bastyr a démontré que l’usage de la brosse était incapable d’amener des lacunes cunéiformes sur les dents normales, et de plus, que ces lacunes se présentaient sur des dents inaccessibles à la brosse (fig. 104) ; enfin, il ne put reproduire ces lacunes au moyen de la brosse, même sur des dents ramollies par des acides. Aussi cet auteur donnet-il do la genèse de ces accidents l’explication suivante: ces lacunes proviennent quelquefois par action purement mécanique, et cela par l’emploi de la brosse combinée à des poudres plus ou moins fortes, ou encore par le frottement des lèvres ou des aliments pendant la mastication; mais, le
Fig. 103. — Canine inférieure, présentant en a une lacune cunéiforme labiale.
Fig. 104. — Lacune cunéiforme d’une deuxième prémolaire, située en dedans de la rangée et ne pouvant être atteinte parla brosse.
plus souvent, d’autres causes entrent en jeu en même temps ; les acides ou d’autres agents qui dissoudraient les sels calcaires n’ont aucune influence sur la genèse des lacunes cunéiformes ; il s’agit plutôt de phénomènes de disparition ou d’amoindrissement de la substance orga- Preiswerk. — Maladies des dents. 15
IITES DE SUBSTANCE
nique des dents, 1a denloidine, qui enlèverait aux sels leur trame organique et les ferait tomber mécaniquement.
Je crois également que l’action des acides n’entre pas en ligne décompté; je pense avoir trouvé l’agent causal delà destruction de la substance dentaire.
Pour comprendre cette étiologie il faut se souvenir de certains phénomènes bactériologiques et particulièrement de l’action des ferments ou plutôt des enzymes, particulièrement des enzymes protéolytiques, c’est-à-dire dissolvant Valbumine qui ont toujours été négligés jusqu’à présent. On parle à tort des propriétés peptonisantes des microbes buccaux, alors que les sécrétions buccales présentent une réaction alcaline, comme le prouvent les travaux les plus récents ; il ne peut donc s’agir que d’une trypsine. (Les pepsines agissent en milieu acide, les trypsines en milieu alcalin.) Presque toutes ces bactéries liquéfient la gélatine qui est un corps albuminoïde ; or, pourquoi ne pas admettre que la substance albuminoïde des dents, la dentoïdine, puisse être liquéfiée par les enzymes protéolytiques de certaines: bactéries buccales, phénomène qui se produirait même sans décalcification préalable. La mastication et le brossage enlèveraient la substance ainsi ramollie et il en résulterait une surface polie.
J’ai fait des expériences sur des dents laissées en contact pendant un certain temps avec des cultures microbiennes ou avec de la trypsine pancréatique ; dans les deux cas j’obtins un ramollissement partiel de la substance dure;la réaction ayant été constamment alcaline, on doit éliminer une action qui serait due à des acides. Ces dents ainsi ramollies se creuseront facilement de lacunes cunéiformes par l’usage de la brosse et il est probable qu’il se passe dans la cavité buccale des phénomènes analogues à ceux que j’ai pu observer in vitro.
A l’appui de cette théorievientlefaitque ces lacunes ne sont pas plus rares dans des cas de dentition relativement bonne, avec réaction franchement alcaline de la salive, que dans le cas de mauvaise dentition ; la localisation au niveau des collets des dents est encore en faveur de notre hypothèse car, en cet endroit, les bactéries trouvent des recessus fréquents entre le collet et la gencive.
[Pour Michaëls, les lacunes cunéiformes sont sûrement .d’origine diathésique et seraient dues à une viciation du