II. Plombage des dents
Les moyens ci-dessus indiqués arrêtent bien les phénomènes de carie, mais non sans inconvénients, l’emploi de la lime amenant une grande perte de substance et le traitement au nitrate d’argent devant être constamment renouvelé. L’opération idéale consiste en une réparation se rapprochant autant que possible de la nature, ce qui s’obtient d’une façon relativement parfaite en obturant les cavités dentaires.
Le succès de cette opération plastique dépend du choix des substances destinées à l’obturation et particulièrement de l’habileté de l’opérateur.
Substances employées pour l’obturation des dents.
Ces substances doivent autant que possible répondre aux desiderata suivants :
1) Elles doivent être de consistance malléable ou fie-
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xible pour pouvoir être adaptées aussi exactement que possible aux parois de la cavité.
2) Elles ne doivent être attaquées ni par les sécrétions buccales, ni par les aliments ou les médicaments.
3) Elles doivent être dures et solides lorsqu’elles ont à supporter un travail mécanique.
4) Elles doivent posséder un faible pouvoir conducteur de la chaleur, surtout au niveau des dents sensibles.
5) Elles doivent, quand elles sont visibles, posséder une coloration ressemblant à celle de la dent. (Pour plus de renseignements, consulter les indications de Askœvy et le Traité d’obturation des.dents de Johnson ,traduit par Gires et G. Robin.)
Les conditions les plus importantes sont celles mentionnées sous les paragraphes 2 et 3, et qui consistent en l’indestructibilité des substances employées.
Ces matériaux sont : 1° l’or, 2° l’alliage d’or et d’étain,, 3" l’amalgame, 4° le ciment (phosphate de zinc), 5° des mélanges d’amalgame et de ciment, 6° l’émail et 7° la gutta-percha.
4° Or
L’or remplit au mieux ces diverses conditions, à cause de sa résistance tant auxagents mécaniques qu’aux agents chimiques ; sa conductibilitéseule et sacouleurjaunebrillante l’empêchent d’être le moyen idéal d’obturation.
L’or se trouve dans le commerce sousforme de feuillets numérotés. Ces numéros indiquent le poids de chaque feuille, et par suite son épaisseur.
On coupe la feuille en bandelettes qu’on replie sur ellesmêmes ou qu’on roule. Mais les cylindres d’or que Ton trouve tout préparés, de tous les calibres, sont préférables à ceux que Ton fabrique soi-même.
Il existe également de l’or sous forme cristallisée ou or spongieux, que Ton obtient par la cristallisation d’une solution d’or.
Plus important que sa forme extérieure est l’état physique de l’or faisant qu’il peut être cohésif ou non cohésif. Comme le nom l’indique, les formes cohésives présentent la propriété d’adhérer ensemble. Elles sont aussi plus dures que les non cohésives.
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2° Alliage d'or et d’étain.
Certains praticiens préfèrent à l’or un alliage d’or chimiquement pur et d’étain également pur, qui présenterait sur l’or simple de nombreux avantages : obturation plus facile, conductibilité thermique moins grande et enfin propriétés spéciales évitant les caries secondaires même lors de cavités profondément situées dans la gencive. Le seul inconvénient serait la couleur foncée de cet alliage. Si l’on pèse bien les avantages et les inconvénients de ce it, à notre sens 1 '
obturations
rendre de notables services comme fond de certaines obturations centrales ou approximales descendant très bas dans la dent, au-dessous de la gencive.
La préparation se fait en accolant une feuille d’or et une feuille d’étain et en les roulant en forme de corde lâche. Comme l’étain s’oxyde à l’air, il ne faut pas faire ce travail longtemps d’avance.
3° Amalgames.
Les amalgames sont des substances plastiques, c’est-àdire qu’au bout d’un certain temps ils passent, de l’état mou et malléable, sous lequel on les emploie, à un état plus consistant. Ils sont, par conséquent, faciles à introduire dans les cavités et s’appliquent bien sur leurs parois. Ils ont encore sur l’or l’avantage d’être moins bons conducteurs thermiques. Les inconvénients sont que certains amalgames se contractent dans la suite ; qu’ils sont plus ou moins facilement attaqués par les agents chimiques et physiques et que leur couleur n’est pas celle de la dent. Leur emploi est donc limité aux surfaces cachées, et cela d’autant plus que certaines de ces préparations communiquent aux dents elles-mêmes une coloration désagréable.
Les amalgames sont des alliages de mercure avec un métal (amalgame binaire) ou avec d’autres alliages (amalgames ternaires, quaternaires, quinaires, etc.). On les trouve tout préparés (amalgame de cuivre) ou bien on les prépare au moment de s’en servir.
L 'amalgame de cuivre se trouve dans le commerce sous
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forme de tablettes que l’on chauffe fortement au moment de s’en servir, jusqu’à ce que l’on voie sourdre le mercure en petites gouttelettes. On les broie alors dans un mortier et on les malaxe entre les doigts, jusqu’à ce que l’on obtienne une masse molle ; l’amalgame est alors très facile à introduire même dans des cavités peu accessibles et il s’accole parfaitement aux parois. D’après Miller les amalgames '.de cuivre exercent une action antiseptique sur les tissus dentaires ; d’autre part, cet amalgame est un des rares qui ne se contractent pas; il constitue donc, quand il est bien employé, un excellent plombage surtout pour la clientèle peu fortunée.
Par malheur, chez nombre de personnes, les dents se colorent très forte- ' ment après une obturation à l’amalgame, ce qui oblige à n’employer ce moyen que pour des obturations non visibles ; un autre inconvénient, est que la surface de l’obturation s’use assez vite, non seulement par la mastication et le brossage, mais encore par l’action des acides buccaux, surtout au niveau des surfaces interdentaires. Le P r Miller P uri nous donne un moyen de rendre les amalgames plus résistants qui consiste en l’adjonction de 8 0/0 d’étain pur, sous forme d’une feuille de ce métal que l’on incorpore à la masse pendant qu’on la malaxe. Malheureusement cette adjonction enlève à l’amalgame ses propriétés antiseptiques. Il serait donc utile, à mon avis, d’appliquer contre les parois l'amalgame de cuivre ordinaire et de terminer l’obturation avec l’amalgame de Miller, comme je l’ai montré figure 109.
Les autres amalgames se composent pour la plus grande partie d’étain et d’argent, avec une proportion plus ou moins grande de zinc, de cuivre, d’or, de platine, de cadmium, d’antimoine, etc.
Tous ces amalgames ont l’inconvénient de se contracter pendant le durcissement et même longtemps après. Pour Dodge cette manifestation résulterait de la tendance de la masse à prendre l’état sphéroïdal ; cette raison est-elle la seule? cela n’est pas établi. Mais ce qui est certain, c’est.
109. — a, Amalgame de cuivre; b, amalgame de cuivre additionné de 3 0/0 d’étain
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qu’on peut souvent dans les obturations anciennes pénétrer avec la sonde entre l'amalgame et les parois dentaires. Dans d’autres cas, au contraire, il y a expansion, ce qui se manifeste par le gonflement de l’amalgame audessus du niveau de la cavité ; ces expansions peuvent même faire sauter les parois de la cavité, quand elles sont trop fragiles.
[Godon donne les conclusions suivantes à ses recherches sur la rétraction des amalgames : 1° cette concentration est proportionnelle au volume d’amalgame employé; 2° plus la quantité de mercure est forte, plus la contraction est grande ; 3'* on diminue la contraction en enlevant l’excès de mercure amené par la pression à la surface de l’obturation ; 4° « en plaçant au centre de l’obturation une certaine quantité de vieil amalgame broyé, mélangé avec de l'amalgame frais, on diminue la contraction dans une proportion d’autant plus grande que la quantité de vieil amalgame est plus forte ».]
4° Ciment (Phosphate de zinc).
Les ciments du commerce se composent d’une poudre et d’un liquide, que l’on mélange et que l’on malaxe, àu moment de l’emploi. La poudre est basique et se compose d’oxyde de zinc, auquel on ajoute parfois d’autres oxydes métalliques, de l’acide silicique et des substances colorantes ; la solution est en général de l’acide orthophosphorique que l’on trouve dans le commerce sous forme d’un liquide épais ou sous forme cristallisée.
En mélangeant les deux substances on obtient une masse durcissant très rapidement et composée presque uniquement de phosphate de zinc.
Cette substance est mauvaise conductrice de la chaleur, elle est la seule qui adhère aux parois dentaires et elle possède une coloration sinon analogue à la dent, du moins ne tranchant pas trop sur cette dernière. Son principal inconvénient, limitant son emploi, estson altérabilité considérable par les agents qui se trouvent dans la cavité buccale. De bonnes obturations au ciment peuvent, en des circonstances favorables, durer plus de dix ans, mais c’est là l’exception et non la règle. Au contraire l’expérience apprend que, surtoutau niveau du bord gingival,leciment est entièrement dissous au bout de peu d’années. Le
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ciment rend de bons services chez les malades très sensibles, pauvres ou très difficiles, qui ne veulent pas se faire aurifier les dents de devant; il n’y a aucune indication de s’en servir pour les molaires ; il faut d’ailleurs se souvenir que l’on n’obtient par ce moyen qu’une réparation provi-
Le ciment rend, par contre, des services inappréciables pour la fixation des dents à pivot, des couronnes artificielles, des appareils à pont et des obturations à la porcelaine [pu aux blocs d’or (Aguilhon de Sarrau )].
5 °Mélange d’amalgame et de ciment.
Pour éviter l’altération rapide du ciment on a recommandé de le mélanger avec des limailles métalliques ou mieux encore de mélanger de l’amalgame fraîchement préparé avec 1/6 environ de ciment. Ces obturations sont moins belles de couleur, mais elles sont plus solides que les obturations au ciment pur, tant au bord gingival qu’au niveau de la surface triturante.
6° Email.
Pour dissimuler une perte de substance fort apparente, on se sert avec avantage des obturations d’émail, de porcelaine ou de verre. Pour cela on emploie une masse vitreuse pulvérisée, quel’on fait fondre dans une feuille d’or ayant servi à prendre l’empreinte de la cavité à obturer; on fixe le morceau d’émail ainsi obtenu au moyen de ciment. Cette obturation est parfaite sous le rapport de l’apparence extérieure ainsi que de la dureté, de la résistance et de la conductibilité thermique ; toutefois étant fixée au moyen de phosphaté de zinc, elle possède les inconvénients de ce dernier corps.