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SEPTIÈME PARTIE

ï. — Inflammations.

Le segment antérieur du tractus uvéal, l'iris et le corps ciliaire se trouvent généralement atteints en même temps par l'inflammation ; l'inflammation localisée à l'iris (iritis) ou au corps ciliaire (cyclite) est plus rare ; cependant la choroïde participe ordinairement aussi aux violentes inflammations des parties précédentes, de telle sorte qu'on peut alors parler d'une inflammation généralisée du tractus uvéal.

Les symptômes de l'iritis sont très caractéristiques. Pendant qu'une rougeur 'péricornéenne (ou ciliaire) se développe sur le globe, il survient des douleurs, du larmoiement et de la photophobie, qui finissent par empêcher plus ou moins complètement le malade d'ouvrir son œil à une vive lumière. Si on examine l'œil, on est frappé par la coloration spéciale engendrée par l'hyperémie sur un iris clair; l'iris bleu est devenu verdâtre, l'iris gris un peu rougeâtre, l'iris brun clair et verdâtre a pris une couleur plus sale et plus sombre que celle de l'autre œil resté normal (Pl. XXX b). En même temps, on est frappé de voir que le dessin de l'iris est plus confus, son tissu paraît trouble et comme ramolli : il est en effet épaissi par l'infiltration inflammatoire. Ces modifications ont déjà pour résultat de rendre la pupille bien plus étroite à la suite d'une augmentation de volume

INFLAMMATIONS

de l'iris, et de la rendre bien moins mobile. Le rétrécissement et l'immobilité de la pupille sont de plus favorisés par l'inflammation du sphincter : bientôt même la mobilité de la pupille sous l'influence de la lumière est encore compromise par l'adhérence du bord pupiilaire à la capsule du cristallin. Cette adhérence ne se produit d'abord que dans certains points, qui enlèvent à la pupille sa forme ronde, et apparaissent, si on élargit la pupille par un mydriatique (atropine, hyoscine, cocaïne, homatropine, etc.), comme des dentelures plus ou moins larges (Pl. XXX b). Ces dentelures sont appelées synéchies postérieures par opposition aux synéchies antérieures qui se produisent entre l'iris et la cornée, lorsque celle-ci est perforée.

[Très exceptionnellement il se produit des synéchies antérieures de la partie moyenne de l'iris.

Les synéchies inférieures sont les plus fréquentes et les plus persistantes. A. T.]

A un examen ultérieur, tout le bord pupiilaire peut être adhérent circulairement, en sorte que la pupille ne se laisse plus élargir par le moyen précédent. Cependant elle s'élargit quelquefois, mais seulement après un usage prolongé du mydriatique, parce que les adhérences encore jeunes se déchirent : il arrive même quelquefois, si les adhérences ne sont pas trop anciennes, qu'elles s'étirent par places ou finissent même par se détacher, en sorte que la pupille retrouve sa forme ronde. On appelle séclusion pupiilaire l'adhérence de la pupille par une synéchie circulaire, parce que la chambre antérieure est séparée delà chambre postérieure, cavité située derrière l'iris.

Quand il s'est formé de nombreuses synéchies, il se produit généralement aussi un exsudât dans la pupille, et par suite une membrane exsudative qui l'oblitère. C'est ce qu'on appelle Yocclusion pupiilaire. La vision est d'autant plus sérieusement atteinte que cette membrane est plus épaisse. En même temps que cet exsudât inflammatoire dans la pupille, il s'en produit aussi dans la chambre Haab. — Mal. externes de Vœil. 14

antérieure, qui se trouble par la présence des leucocytes et de la fibrine : par suite l'iris et la pupille deviennent encore plus troubles et paraissent voilés. Si le processus exsudatif est très marqué, les leucocytes peuvent se réunir au bas de la chambre antérieure et former un hypopion, qui donne àl'iritis un caractère purulent. Sil'exsudat est plus fibrineux, on peut voir dans la chambre antérieure un nuage grisâtre presque translucide, qui est constitué par un caillot fibrineux. Dans une iritis violente, il survient ordinairement un léger trouble diffus de la cornée, résultant, en partie de dépôts de fines masses exsudatives sur sa face postérieure, en partie de sa propre participation à l'inflammation sous forme d'une infiltration légère par des cellules migratrices.

[11 peut se produire un épanchement sanguin dans la chambre antérieure (hypoéma). A. T.]

Dans une iritis intense, les douleurs peuvent devenir extrêmement vives et s'étendre, sous forme de névralgies, bien au delà de l'œilT dans le front, la tempe et la tête. Elles s'exaspèrent et deviennent insupportables au moindre rayon de lumière qui tombe sur l'œil. Cependant elles surviennent souvent aussi pendant la nuit, et si violentes, que l'œil pleure abondamment.

D'autre part, il se présente des cas d'iritis insidieuse, dans lesquels le malade ne remarque guère de signes inflammatoires [iritis à froid A. T.] : c'est ainsi que l'on trouve des sujets qui sont porteurs de synéchies et n'arrivent pas à se rappeler avoir été atteints d'une inflammation de l'œil.

[Cette variété est généralement accompagnée de dépôts pigmentaires très abondants et mérite le nom d'uvéite (Grandclément). Quand on fait une iridectomie, on peut voir tout le pigment rester collé au cristallin, comme une mince couche couleur chocolat. C'est véritablement une iritis pigmentaire. A. T.]

L'iritis survient souvent d'un seul côté, et les récidives,

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d'ailleurs fréquentes, atteignent de nouveau le même œil. Dans d'autres cas, la maladie a de la tendance à être bilatérale, en sorte que le second œil est atteint tût ou tard d'iritis.

La cyclite se manifeste par d'autres aspects de l'exsudation inflammatoire. On y remarque : 1° des dépôts (précipités) sur la face postérieure de la cornée ; ces dépôts sont punctiformes et constituent de petits amas ayant jusqu'à 2 millimètres d'étendue, de forme ronde, surtout amassés vers la partie inférieure de la cornée ; ils sont formés de cellules, de fibrine, de grains de pigment et sont bruns ou gris suivant la quantité de pigment qu'ils contiennent. Ils sont souvent si petits qu'ils ne sont perceptibles qu'à l'éclairage latéral avec la loupe ou par l'éclairage direct des milieux avec l'ophtalmoscope doublé d'une lentille convexe. Ils ne se trouvent souvent que dans le quart inférieur de la cornée, dans un espace triangulaire dont le sommet remonte à la pupille. La cyclite peut aussi entraîner un exsudât dans la chambre antérieure sous forme d'hypopion, ou sous forme de masses grisâtres qui apparaissent dans le bas ou sur les côtés de la chambre antérieure. 2° La masse exsudative peut siéger dans la chambre postérieure et conduire à une adhérence des surfaces de l'iris et du cristallin, de façon à former une synéchie postérieure totale.

[Ou de paroi à paroi, synéchie pariétale, surtout dans l'irido-cyclite sympathique. A. T.]

On la reconnaît à ce que, tandis que l'iris est attiré du côté du corps ciliaire contre le bord de la lentille par l'exsudat qui se rétrécit, la chambre antérieure devient circulairement profonde dans sa partie périphérique. Dans ce genre d'adhérence irienne, on ne réussit pas, ou bien incomplètement, à dilater la pupille. 3° L'exsudation peut occuper le corps vitré souvent en masse, notamment sa partie antérieure, et une diminution plus ou moins considérable de la vision en résulte. Si l'exsudation

MALADIES DE L'iRIS ET DU CORPS CILIAIRE.

rétro-cristallinienne est très marquée, il se forme dans cette région des couennes inflammatoires rétractiles, dont l'action, unie à une inflammation continue et progressive du corps ciliaire et au trouble envahissant du corps vitré, conduit à l'atrophie de l'œil tout entier.

Les trois variétés d'exsudation peuvent se combiner dans les cyclites intenses où ne font point défaut du reste les autres signes d'inflammation, en particulier la rougeur et la douleur. Mais la cyclite pure peut évoluer sans douleur ni injection et ne se manifeste que parles dépôts et l'affaiblissement visuel plus ou moins accentué, entraîné par eux et le trouble du corps vitré. Cette forme de cyclite porte jusqu'ici le nom, ancien et inexact, d'iritis séreuse.

Un symptôme important de la cyclite est la modification de la tension intra-oculaire. Elle peut s'élever

Planche XXX.

a. Sarcome de l'iris.

Ce dessin m'a clé amicalement confié par mon collègue Mayweg, de Hagen, qui fit là-dessus une communication à la Société ophtalmologique d'Heidelberg en 1897. 11 s'agit d'un ouvrier de fabrique, âgé de cinquante-trois ans, et auquel son entourage remarqua déjà en 1870, dans la région du bord externe de l'iris et dans son tiers temporal, un petit monticule brun jaunâtre du volume d'une tête d'épingle. 11 y a un an, il remarqua une modification dans la tache, qui grossit peu à peu, sans diminuer la vision qui était encore normale en mai 1897. Le nodule néoplasique fut extrait en deux séances. Guérison en trois semaines. A l'examen histologique, il s'agissait d'un sarcome à cellules fusiformes très pigmenté. Les taches pigmentaires qui sont sur la partie inférieure de l'iris ne sont pas pathologiques, mais constituent ces taches que l'on voit de temps à autre sur l'iris. Néanmoins elles peuvent quelquefois être l'origine d'un sarcome.

b. Iritis syphilitique.

On constate une rougeur ciliaire et une coloration de l'iris par l'hyperémie, en sorte que sa couleur gris bleu (que la figure c montre sur l'autre œil), est devenue verdàtre. La pupille, soumise à l'instillation d'atropine, présente des dentelures formées par les synéchies. Douleurs et photophobie assez marquées. Le malade est syphilitique depuis quelques années.

Tab. 30.

Lith. Anst F. Reitfihold, Mùnchen .

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anormalement, surtout dans les formes avec précipités ; mais elle peut descendre au-dessous de la normale, ceci quand la maladie est plus accentuée, et par suite à une période tardive.

L'hypotonie anormale du globe est généralement liée à ce signe important, que la plus légère pression sur l'œil, notamment dans la région du corps ciliaire, provoque une violente douleur, de sorte que le patient recule vivement la tête au plus léger contact sur cette région. Un autre symptôme caractéristique de la cyclite est l'œdème de la paupière supérieure.

Plus l'iritis se combine à la cyclite (irido-cyclite), plus la maladie devient tenace et dangereuse, parce que l'exsudation cyclitique dans la chambre postérieure et le corps vitré intéresse et altère gravement l'œil, d'une façon durable, car ces produits inflammatoires se résorbent très difficilement et sont inaccessibles à l'opération. Aussi la cyclite a-t-elle peu de tendance à guérir.

[Nous avons souvent remarqué la très grande gravité des irido-cyclites syphilitiques chez les vieillards ayant été tardivement contaminés et atteints de syphilis grave, souvent à échéance mortelle rapide : les gommes du corps ciliaire, la cataracte, la participation du corps vitré et des membranes profondes à l'inflammation peuvent être très précoces, malgré le traitement intensif, surtout s'il n'est pas appliqué dès le début. On sait au contraire combien la syphilis oculaire des sujets jeunes offre de prise au traitement spécifique mercuriel. A. T.]

Elle peut tourmenter le malade pendant des mois et des années. Toutefois la cyclite pure, chronique, caractérisée seulement par des dépôts punctiformes sur la face postérieure de la cornée et un trouble plus ou moins grand du corps vitré, peut durer également fort longtemps. Elle atteint facilement les deux yeux, quand elle se développe spontanément. Lorsque la durée en est longue, la choroïde participe ordinairement à la maladie. Si donc l'iridocyclite aiguë et l'iritis exigent généralement des semaines pour guérir, la durée se mesure dans la forme chronique par des mois et des années et se termine assez

souvent par la cécité ou par une amblyopie qui en est voisine, d'autant qu'il y a plus de tendance à la récidive, ce qui est fréquent.

L'iritis ou l'irido-cyclite chronique conduisent aussi à l'atrophie de l'iris, à la cataracte ou à l'atrophie du globe ; d'où une atrophie totale ou partielle de l'œil (phtisie antérieure ou totale du globe).

Les causes de l'iritis et de l'iridocyclite sont de nature très diverse.

[L'iritis se développe sur un terrain atteint par une infection dont l'origine est d'emblée générale (syphilis, rhumatisme, lèpre, tuberculose, fièvres éruptives, érysipèle, affections cutanées, etc.), de voisinage (cavités buccale, nasale, ophtalmie sympathique, voies lacrymales), ou éloignée (appareil génital masculin et féminin, etc.).

Le diabète, l'albuminurie, la sénilité, la cachexie, etc., favorisent l'apparition de la lésion.

Quelquefois l'œil est le siège d'une ancienne lésion acquise (décollement rétinien, myopie, choroïdite pigmentaire, taies et leucomes, etc.), ou néoplasique (tumeurs variées), ou même congénitale.

L'iritis peut être consécutive à une lésion coméenne, (ulcéreuse, traumatique, etc.), ou conjonctivale, même sans. ulcération coméenne; elle accompagne souvent les sclérites.

Enfin la cause occasionnelle doit toujours, à notre avis, être cherchée. Sur un terrain prédisposé, diathésique ou infecté, un traumatisme, un violent refroidissement, la fatigue, etc

PlaiNche XXXI. — Iritis syphilitique à condylome.

(Mracek, Atlas-Manuel de la syphilis et des maladies vénériennes, édition française, par Emery, pl. XLIII, p. 352.)

Le malade, domestique, âgé de vingt-trois ans, souffre depuis cinq jours de douleurs dans la tempe droite et dans l'œil droit ; il existe de la rougeur ciliaire ; la cornée et la chambre antérieure sont nettes. La pupille a pris par l'atropine la forme d'un rein, à cause d'une synéchie inféro-externe. Là fait saillie dans la pupille une néoplasie rougeâtre, plus grosse qu'un grain de millet. 11 existe une cicatrice au milieu du raplïé du pénis : cette cicatrice est livide, pigmentée, largement infiltrée, de couleur cuivrée, presque aussi grosse qu'une fève. Adénite inguinale, cervicale et axillaire. Syphilis pustuleuse généralisée. Guérison par une cure de frictions et des injections sous-conjonctivales de sublimé.

Tab 31.

INFLAMMATIONS

au niveau des yeux, est l'origine immédiate de l'iritis comme de la plupart des lésions intraoculaires. A. T.]

On doit d'abord diviser l'iritis en iritis primitive et en iritis secondaire. Cette dernière survient dans les kératites, surtout dans la forme purulente, en outre à la suite de la sclérite, occasionnellement dans les choroïdites, le décollement de la rétine, les tumeurs intra-oculaires, etc.

La forme primitive est la suite de diverses maladies générales ou d'une affection locale (traumatisme, etc.). Parmi les affections générales, la syphilis est la cause la plus fréquente de l'iritis et de l'iridocyclite (dans près de la moitié des cas).

L'iritis syphilitique peut se présenter sous la forme de l'iritis ordinaire avec synéchies (Pl. XXX b), ou avec plusoumoins de précipités, ou encore sous les deuxformes.

Mais assez souvent elle offre un aspect caractéristique, avec formation d'un nodule dans le tissu irien (Pl. XXXI). Le nodule est tantôt petit (1 millimètre) et gris rougeâtre, tantôt plus volumineux (jusqu'à 3 ou 4 millimètres) et d'un rouge jaunâtre; l'iris est ordinairement rouge tout autour de lui. Le siège habituel de ces nodules est le voisinage du cercle pupillaire, cependant quelquefois ils se trouvent dans la partie de l'iris voisine du corps ciliaire, et ont une croissance assez rapide. Ils peuvent aussi se développer en grand nombre et d'une façon continente : ils transforment alors une assez large étendue du bord pupillaire en un épais bourrelet. Il se forme toujours, au point où siègent ces syphilomes, une synéchie qui persiste habituellement, même lorsque les nodules ont disparu par résorption. Déjà un grand épaississement du bord pupillaire avec synéchie étendue doit, quoiqu'on n'y découvre pas de nodules bien visibles (ils ne sont souvent perceptibles qu'avec le microscope), éveiller le soupçon d'une inflammation de nature spécifique. L'iritis avec ou sans condylomes survient ordinairement dans le stade secondaire de la syphilis, de sorte qu'on peut considérer ces syphilomes iriens comme des papules.

[Ces condylomes peuvent, de même que l'iritis et toutes les autres manifestations de la syphilis oculaire, apparaître sur le second œil, au cours d'un traitement intensif qui vient de guérir le premier. Nous avons plusieurs fois observé cette évolution. A. T.]

Si la maladie, quoique plus rarement, survient après la première année de la syphilis, les nodules peuvent manquer, ou bien la néoformation peut se produire dans le stade tertiaire; on peut considérer alors ces productions comme des gommes. Elles peuvent acquérir un assez grand volume et atteindre aussi le corps ciliaire.

[On peut voir survenir chez les sujets surmenés, fatigués, alcooliques, et chez les vieillards, des gommes du corps ciliaire avec tendance perforante du côté de la sclérotique, d'une façon tout à fait précoce, dans les premiers mois de la syphilis. Nous avons rapporté plusieurs exemples de ce tertiarisme précoce. A. T.]

Au cours de la syphilis, l'iritis atteint facilement les deux yeux, récidive volontiers et est souvent accompagnée de lésions de la choroïde, de la rétine et du nerf optique.

La syphilis héréditaire peut aussi entraîner l'iritis. Lorsqu'une iritis se développe d'une façon chronique et bilatéralement chez un enfant, on doit penser en première ligne à la syphilis héréditaire.

[Les condylomes, et même les gommes de l'iris et du corps ciliaire, peuvent être dus à la syphilis héréditaire, précoce ou tardive. A. T.]

L'iritis rhumatismale, fréquente dans certaines contrées, n'arien de caractéristique et doit être attribuée au rhumatisme d'après les antécédents, l'anamnèse et l'effet des médicaments appropriés. Elle récidive très facilement, fréquemment en même temps que les attaques de rhumatisme articulaire.

Il est assez difficile de séparer de cette forme l'iritis blennorragique, car elle survient [surtout] chez les sujets infectés qui souffrent du soi-disant rhumatisme blennor-

INFLAMMATIONS

ragique. Ici encore l'iritis survient souvent conjointement avec les accès articulaires ; elle récidive facilement et peut être très tenace.

[L'irido-cyclite blennorragique peut s'accompagner d'opacification du corps vitré et d'hypopion, mais malgré leur gravité apparente, les lésions ont une tendance marquée à la guérison. Dans d'autres cas, l'iritis blennorragique est séreuse, plastique, ou même hémorragique. A. T.]

Comme formes rares d'iritis, nous signalerons l'iritis tuberculeuse ou scrofuleuse, qui se présente tantôt sous la forme d'une iritis banale évoluant notamment avec des précipités, chez des tuberculeux ou chez des sujets menacés de tuberculose, tantôt sous forme de nodosités tuberculeuses à marche chronique siégeant dans l'iris. Ces derniers rappellent les syphilomes ; ils ne siègent jamais dans le bord pupillaire, mais périphériquement, et ont une coloration plus grise allant jusqu'au gris rouge. Ils croissent aussi plus lentement et avec moins de symptômes inflammatoires, que les syphilomes ; toutefois ils s'accompagnent généralement de la formation de dépôts souvent assez volumineux sur la face postérieure de la cornée. Souvent sur les petites nodosités qui se trouvent groupées ou isolées, il se développe par un accroissement ultérieur et par leur confluence une végétation bosselée et irrégulière qui remplit une partie de la chambre antérieure. Le processus commence plus particulièrement dans la partie inférieure de la chambre antérieure. Souvent on voit à côté des néoformations conglomérées, des tubercules miliaires sur l'iris, ce qui facilite le diagnostic. Des nodules pseudotuberculeux peuvent se produire à la suite de la pénétration de poils de chenille dans la chambre antérieure, ou rarement être causés par la leucémie et la pseudoleucémie.

De temps à autre on voit aussi l'iritis survenir chez des diabétiques et des albuminuriques, ou dans la fièvre récurrente. On appelle iritis idiopathique celle à laquelle on ne trouve aucune cause. Elle survient notamment sans

vifs phénomènes inflammatoires, sous la forme d'une irido-cboroïdite chronique avec synéchies, dépôts et surtout infiltration profonde du corps vitré, qui se trouble de plus en plus. Elle s'accompagne d'opacification du cristallin, d'atrophie de la choroïde et de la rétine, et peut entraîner à la longue la cécité complète. Ce processus si malin atteint généralement les deux yeux, quoique souvent d'une façon inégale au début.

La variété la plus importante des iritis qui ne sont pas liées à des maladies générales est la variété traumatique, particulièrement en ce qu'elle peut entraîner la perte de l'autre œil par une ophtalmie sympathique. Tout au moins l'œil blessé peut être bientôt anéanti par la maladie. Elle est causée par les blessures perforantes, en particulier par celles qui sont accompagnées d'infection, tandis que les blessures de l'iris et du corps ciliaire guérissent sans inflammation lorsqu'elles restent aseptiques. Il n'y a pas que les blessures accidentelles qui puissent faire surgir ce processus néfaste ; les interventions opératoires dans le voisinage du corps ciliaire, par exemple l'opération de la cataracte, peuvent avoir ce résultat. Dès qu'une plaie s'étend jusque dans le corps ciliaire, il y a danger d'iridocyclite et par suite d'inflammation de l'autre œil, particulièrement si un corps étranger est resté dans l'œil.

L'ophtalmie sympathique est moins causée par l'iridocyclite aiguë, purulente, conduisant à la panophtalmie, que par la forme chronique et torpide, où il semble quelquefois que la situation est bien moins dangereuse qu'elle ne l'est en réalité. L'œil lésé présente seulement une légère rougeur, une hypotonie anormale, quelques dépôts punctiformes, et quelquefois une vision encore fort bonne. Ce sont souvent des yeux qu'on hésite à sacrifier parce qu'on espère encore pouvoir les guérir. D'autre part, il y a aussi des yeux phtisiques et ratatinés dans lesquels l'inflammation primitive est déjà éteinte, et qui peuvent faire survenir l'ophtalmie sympathique, lorsqu'ils s'enflamment de nouveau spontanément ou àla suite d'un nouveau traumatisme (piqûre, coup, etc.), tandis que les yeux atrophiques entièrement

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privés de douleurs et d'inflammation n'ont pas cette propriété. Le plus souvent cependant l'inflammation sympathique survient pendant que l'iridocyclite est encore en évolution, environ quatre à huit semaines après la blessure. Elle s'annonce par des prodromes que l'on considère comme de l'irritation sympathique, parce qu'ils ne sont pas encore à proprement parler d'une nature inflammatoire. Ce sont l'affaiblissement de l'accommodation, la photophobie, une réplétion un peu exagérée des gros vaisseaux péri-cornéens. Puis apparaissent plus ou moins lentement les symptômes objectifs véritablement inflammatoires : la rougeur ciliaire, le rétrécissement de la pupille qui montre bientôt des synéchies. Mais il survient rapidement les dépôts contre la cornée et tous les autres signes de l'iridocyclite. L'iritis sympathique est une des plus redoutables inflammations de l'œil, qu'elle conduit souvent, malgré le traitement, à la cécité. Le chemin que suit l'inflammation pour atteindre le second œil n'est pas encore connu d'une manière précise.

Au point de vue du diagnostic de l'iritis et de l'iridocyclite, nous devons encore nous poser d'autres questions. On doit par-dessus tout se préserver de confondre un glaucome avec une iritis, parce que le glaucome peut entraîner facilement la cécité et que le traitement de l'iritis rend le glaucome incurable. Dans l'iritis la pupille est étroite, dans le glaucome elle est large. L'examen digital de la tension donne d'utiles renseignements et ne doit donc jamais être négligé dans aucun cas paraissant être une iritis.

[11 faut se rappeler que chez les vieillards, l'iritis entraîne souvent, soit seule, soit avec l'emploi de l'atropine, une forte hypertonie, qui cède le plus souvent à une paracentèse ou à une sclérotomie. 11 existe aussi quelquefois des synéchies surtout inférieures dans le glaucome hémorragique et le glaucome absolu. À. T.]

Il est important aussi de diagnostiquer une ancienne iritis, au point de vue même de la syphilis. On ne doit pas confondre avec des synéchies les restes de la mem-

brane pupillaire fœtale, qui peuvent se voir assez souvent comme des points grisâtres ou brunâtres et des filaments ténus, dans le champ pupillaire. Ces filaments, qui adhèrent comme les synéchies à la capsule du cristallin, ne partent pas, comme les synéchies, du bord même de la pupille, mais de la surface antérieure de l'iris et des nervures du petit cercle de l'iris; ces points, restes de la membrane pupillaire, ne forment pas, comme les vestiges d'anciennes synéchies, un cercle, ou une partie d'un cercle, mais se trouvent en groupes irréguliers dans le milieu de la pupille.

[On ne confondra pas les lésions acquises avec les anomalies congénitales, telles qu'en plus de la membrane pupillaire plus ou moins conservée, les colobomes avec ou sans pont, l'aniridie, la polycorie, rhétérochromie, l'ectopie pupillaire, etc. Enfin, chez beaucoup de sujets dont les yeux sont normaux ou anormaux, mais sans iritis (myopie forte, tabès, etc.), la pupille n'est pas ronde ou n'a pas sa mobilité normale. A. T.]

Le traitement de l'irido-cyclite doit être local et lutter aussi contre la cause générale originelle. Le premier point consiste dans tous les cas à élargir la pupille par de l'atropine ou de l'hyoscine. Si la pupille se dilate difficilement, on peut accentuer la mydriase en instillant concurremment de la cocaïne. Lorsque l'inflammation a eu pour suite une élévation de tension intraoculaire, l'usage de l'atropine doit être momentanément suspendu. Plus l'irido-cyclite est intense, plus on doit préserver les yeux de la lumière, soit seulement avec des lunettes à verres sombres, soit par le séjour dans une chambre obscure. Non seulement les douleurs du malade sont diminuées par l'atropine [collyres ou pommades de divers excipients] et l'obscurité qui assurent la tranquillité de l'iris, mais encore l'inflammation est combattue, car, lorsque la pupille est dilatée, une moins grande quantité de sang peut pénétrer dans l'iris rétréci. De plus la mydriase rend plus difficile la formation des synéchies. Tandis que dans l'iritis à dépôts punctiformes il suffit d'une à deux gouttes d'une solution à 1 p. 100, dans

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l'iritis aiguë, il faut 5 à 8 gouttes par jour, auxquelles on ajoutera, s'il y a lieu, le même nombre de gouttes d'une solution de cocaïne à 2 p. 100. Le repos absolu des yeux et l'abstention de toute liqueur alcoolique sont indispensables dans l'iritis aiguë.

L'iritis syphilitique réclame un traitement antisyphilitique énergique par les frictions mercurielles (2 à

4 grammes par jour) et l'iodure de potassium (2 à

5 grammes par jour).

[Les injections mercurielles intramusculaires, surtout de sels solubles (huile biiodurée, benzoate de mercure, sublimé, etc.), très rarement insolubles (calomel, etc.), peuvent être fréquemment utiles. Le mercure à l'intérieur (biiodure, calomel, etc.) est moins souvent indiqué. A. T.]

Lorsque l'inflammation est très vive, une cure de sudation est recommandable ; il en est de même dans l'iritis rhumatismale, pour seconder l'action du salicylate de soude. L'iritis tuberculeuse demande un traitement général fortifiant [iode et iodoforme] (créosote, suralimentation). L'excision des tubercules n'est pas utile.

[Surtout quand il y a de nombreux nodules. Mais on sait qu'il peut en être autrement dans les formes solitaires et progressives. A. T.]

Par contre j'ai observé plusieurs fois déjà un bon résultat à la suite de l'introduction d'iodoforme stérilisé dans la chambre antérieure.

[Peut-être le lavage antiseptique de la chambre antérieure donnerait-il ici, comme pour la péritonite tuberculeuse, de bons résultats. A. T.]

Le traitement de l'iritis traumatique doit être avant tout prophylactique, en ce sens que toutes les opérations qui ouvrent le globe doivent être exécutées avec l'antisepsie (ou l'asepsie suivant le cas) la plus rigoureuse. Les blessures infectées doivent être désinfectées aussi bien que possible (acide phénique, cautérisation ignée, etc.). Ici encore, j'ai vu l'introduction simultanée de l'iodoforme

clans la plaie et dans la chambre antérieure au début de la suppuration de la plaie (après l'opération de la cataracte) donner des résultats particulièrement heureux et conserver des yeux considérés déjà comme perdus. Les applications froides, d'une vogue si populaire, sont à rejeter complètement dans toutes les blessures du globe, parce qu'elles peuvent provoquer facilement de l'infection.

Si l'inflammation est déjà en train, elles servent, à côté des sangsues si répandues, aussi peu que de chanter dans un incendie (Hirschberg).

[Toutefois certains sujets se disent et paraissent soulagés par les sangsues. A. T.]

La prophylaxie de la redoutable iritis sympathique est très importante. Pour cela, il faut une surveillance soigneuse et un traitement complet de toutes les blessures qui sont aptes à la produire. On énucléera tous les yeux qui contiennent une menace d'iritis sympathique, en particulier ceux qui ont une blessure de la région ciliaire offrant une guérison incomplète. Lorsque leur cicatrice est rétractile, ces yeux sont ordinairement mûrs pour l'énucléation, en particulier lorsqu'ils ont une hypotonie extrême et une rougeur continue, même légère, et de la sensibilité à la pression. Si, pour éviter ou guérir l'iritis traumatique, l'ablation de tout corps étranger intraoculaire est indiquée, à plus forte raison l'estelle lorsqu'il y a une menace de sympathie.

Dans l'ophtalmie sympathique déjà déclarée, l'énucléation immédiate de l'œil sympathisant est généralement indiquée.

[Mais ses résultats sont quelquefois incertains. Tantôt la maladie continue, tantôt au contraire, comme nous l'avons observé deux fois, elle rétrocède de suite et guérit bien; tantôt le second œil n'est atteint que quelques jours après l'énucléation du premier. Toutefois, d'après la statistique de ces derniers cas, l'ophtalmie sympathique a paru souvent alors plus bénigne que d'habitude. Le traitement général devra être aussi énergique que possible et être systématiquement

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