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IV. — Ptérygion

Le ptérygion est formé par un repli triangulaire de la conjonctive qui se développe du côté nasal ou temporal au bout d’un certain nombre de mois ou d’années, envahit la surface de la cornée, et peut finalement atteindre et couvrir la zone pupillaire, ce qui dans ce dernier cas entraîne une lésion persistante de la vision. Les points où le ptérygion adhère à la cornée restent en effet le siège d’une opacité superficielle persistante.

Le ptérygion se développe au niveau de la fente palpébrale aux dépens d’une petite tache jaunâtre un peu surélevée, qui n’est point rare au côté nasal ou temporal de la cornée, plutôt chez les sujets âgés que chez les

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jeunes, en particulier chèz les personnes qui doivent s’exposer constamment au vent et à la poussière.

La couleur jaunâtre de cette tache, couleur qui lui a valu le nom de pinguecula, n'est cependant pas causée par de la graisse, mais par une dégénérescence hyaline compliquée d’une prolifération abondante des fibres élastiques. Les conditions étiologiques qui provoquent la progression de la pinguecula et de la conjonctive qui l’entoure, vers la cornée, ne sont pas encore tout à fait certaines.

On divise les ptérygions en progressifs et en stationnaires. Ces derniers ont une extrémité tout à fait aplatie, ressemblant à un tendon : ils ne sont pas rouges, mais lisses, minces, et ne provoquent guère de souffrances. Le ptérygion progressif est gonflé (succulent), rouge ; sa pointe ou sa tige centrale sont gonflées et gris rougeâtre. Les grands ptérygions décèlent la traction qu’ils exercent sur la conjonctive en étirant complètement et déplissant le repli semi-lunaire qui est à côté de la caroncule (PL XVI b).

Les suites du ptérygion sont: le catarrhe conjonctival et ses ennuis, l’aspect disgracieux de la lésion, l’altération visuelle qui finit par se produire lorsque la pupille est cachée, enfin la diplopie à la suite de la restriction de l’amplitude des mouvements du globe.

Le traitement consiste dans l’opération (les cautérisations n’ont généralement pas de bon résultat), qui doit être la suppression précise du ptérygion avec uneréunion immédiate de la conjonctive. Mais l’opération la mieux conduite ne préserve pas toujours d’une récidive.

[Nous signalerons un type spécial de pinguecula avec ptérygion stationnaire. 11 s’agit d’un triangle blanchâtre, dont la base correspond à la cornée, tandis que le sommet est dirigé vers les commissures. La lésion, constituée par des altérations analogues à celles de la pinguecula, n’empiète jamais sur la cornée, mais elle peut se développer assez pour pendre entre les paupières et est alors justiciable d’une simple excision avec suture.

Le ptérygion progressif, souvent à tournure maligne,

TUMEURS

nécessite au contraire le détachement total dë la tête qui empiète sur la cornée et qui est la partie dangereuse par sa marche incessante et ses récidives. La cautérisation ignée et quelquefois l’ablation de cette partie avec ou sans transfixion, peuvent être indiquées. Des sutures à la soie fine dont la fixité est assurée en prenant solidement l’épisclère sur la ligne médiane (A. Terson), réunissent les bords de la plaie du pté—rygion. A. T.]

V, — Tumeurs.

a) La plùs fréquente parmi les tumeurs bénignes est le dermoïde (PL XI a et b). Il peut siéger encore plus en avant sur la cornée et avoir souvent un plus grand : volume que dans les deux cas représentés. C’est une néoplasie congénitale dont la croissance lente incommode le porteur, surtout à cause de son aspect disgracieux ; elle survient ordinairement au niveau de la partie externe ou inférieure du limbe, et n’est autre chose qu’un débris erratique de la peau. Sa structure est identique à celle de la peau, aussi possède-t-elle à sa surface quelques poils fins ou grossiers et des glandes sébacées et sudoripares. La tumeur est parfois accompagnée d’autres déformations (colobome des paupières ou de l’iris, etc.). L’ablation doit se faire avec beaucoup de prudence, afin d’éviter une perforation cornéenne.

[Le lipome sous-conjonctival a lui aussi une origine congénitale et peut coexister sur le même œil avec le dermoïde scléro-cornéen. Une figure de Fuchs donne des deux affections coexistantes un tableau identique à celui que nous avons observé chez un petit garçon de onze ans. Dans un autre cas, chez le père d’un de nos confrères, le lipome sous-conjonctival occupant en croissant tout l’angle externe, s’avance sous forme d’une masse charnue d’aspect ridé et cutané et adhère sur tout le quadrant inféro-externe de la cornée ; cette partie est même munie de poils rudes. Toutefois, le lipomè sousconjonctival est plus fréquent dans le sexé féminin, et nous en avons vu cinq cas chez la femme et chez des petites filles,. 11 faut signaler aussi l'ostéome. >

Les kystes conjonctivaux peuvent occuper la conjonctive pal- Haab. — Mal. externes de l’œil. H

MALADIES DE LA CONJONCTIVE

pébrale et celle du cul-de-sac (glandes acino-tarsales et acineuses du cul-de-sac)', ou la conjonctive bulbaire. En dehors des Cas traumatiques (par invagination d’un repli muqueux), les kystes peuvent se présenter sous forme de dilatations moniliformes (en chapelet surtout sur la conjonctive bulbaire externe), formant plutôt des ectasies que des kystes, et sous forme de kystes de volume variable, remplis d’un liquide séreux paraissant lymphatique, et pouvant être aussi gros qu’une noisette.

On voit aussi quelquefois des nævi brunâtres congénitaux très pigmentés qui peuvent subir plus tard la dégénérescence épithéliomateuse. Nous avons observé ce fait chez un sujet dont la mère était morte d’un cancer de l’estomac. A. T.]

Les polypes simples (petits fibromes) sont rares et siègent de préférence dans l’angle interne. On y voit aussi quelquefois le papillome [et des angiomes].

b) Comme tumeurs malignes, nous signalerons particulièrement le carcinome (épithélioma) et le sarcome.

Ils prennent tous deux le plus souvent leur origine au niveau du limbe. L’épithélioma constitue au début une petite bosselure, peu apparente, non pigmentée, étalée, ressemblant parfois à une pustule eczémateuse, restant pendant longtemps superficielle, aussi bien dans la conjonctive que sur la cornée, mais pouvant peu à peu former un nodule plus volumineux (PI. XVII b) qui envahit bientôt profondément les tissus. Tandis que le

Planche XVIII.

a. Pustule eczémateuse du limbe datant de trois jours, chez un enfant scrofuleux âgé de douze ans.

b. Épithélioma de la conjonctive et de la cornée. Le malade, âgé ‘ de trente-six ans, a remarqué depuis trois ans la croissance lente et indolore de la néoplasie, qui n’a provoqué que dans ces derniers temps des picotements, des démangeaisons et une diminution de la vision. La tumeur n’est pas sensible à la pression. La cornée voisine est trouble, rugueuse, dépolie et épaissie ; le reste de la cornée est aussi trouble et fortement vascularisé, de sorte qu’on ne peut voir le fond de l’œil et que la vue se réduit à la perception des mouvements de la main à une faible distance. Énucléation. L’examen histologique démontre que la cornée est déjà fortement envahie par la néoplasie et que la tumeur a aussi déjà pénétré dans la sclérotique.

Tab. 18 .

TUMEURS

carcinome s’étend en largeur et particulièrement à la surface, le sarcome croît ordinairement rapidement en hauteur et forme une sorte de champignon qui recouvre seulement parfois la cornée sans la pénétrer. Cette néoplasie est généralement pigmentée.

Ces deux variétés de tumeurs sont fort malignes, surtout le sarcome : aussi une extirpation complète et aussi précoce que possible s’impose aussi bien pour conserver la vue que pour conserver la vie du malade. Si la tumeur a déjà pénétré profondément dans les membranes de l’œil, l’énucléation devra aussi être pratiquée.

[11 est juste de dire que cette pénétration (Lagrange) est très exceptionnelle au début, et que, même en faisant l’énucléation, on sera obligé de sacrifier une énorme quantité de conjonctive qui est bien plus malade que le globe lui-même. Les procédés partiels peuvent donner des résultats durables, et nous suivons depuis plus de cinq ans l’observation d’une femme atteinte d’un épithélioma du limbe, très pigmenté, et examiné histologiquement, chez laquelle la guérison persiste, après ablation, curettage et thermo-cautérisation, répétés deux fois à cause d’une récidive ; mais il y a plus de trois ans actuellement que cet œil, qui jouit d’une très bonne vision, ne garde de son épithélioma qu’une cicatrice blanchâtre. A côté de ces cas et avec des opérations en apparence aussi complètes, et même avec la cautérisation ignée, on peut observer des récidives quelquefois très espacées.

Le sarcome est surtout dangereux par ses métastases ganglionnaires et viscérales, souvent indépendantes de l’extirpation du foyer primitif. A. T.]

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