GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — OROGRAPHIE ET GÉOLOGIE
— La constitution géologique du Latium est étroitement unie à son orographie. Le sol est volcanique, sauf quelques portions de terrain jurassique crétacé dans les montagnes de Sabine et dans les deux ramifications de l'Apennin qui s'avancent jusqu'à Palestrine et jusqu'à Montefortino, et quelques rares portions de terrain subapennin tertiaire. Il est à peine besoin d'ajouter que les rives du Tibre et la côte d'Ostie, aussi bien que les marais Pontins, sont couverts d'un sol d'alluvion fluviale. La ligne volcanique de l'Italie prend naissance au N. de Viterbe, se prolonge jusqu'à Rome, puis jusqu'en Sicile, en passant parle golfe de Naples. Elle a formé des éruptions qui ont laissé pour témoignages des cratères isolés ou réunis, terrestres ou marins. Les cratères des volcans latins appartiennent tous au système du montAlbain, Aïbanus mous, qui offre, sur une échelle trois fois plus grande, une répétition du Vésuve. Cet immense volcan était formé du mont Albanus ou Cabensis proprement dit, les Tusculani Colles , au N. , l'Algidus mons à l'O. Ils présentent comme cratère centrale, la vaste coupe connue sous le nom de Campi di Annibale, puis une foule de cratères parasites dont la plupart sont ou ont été remplis par des lacs. Le cratère du Lacus Albanus, du Lacus Nemorensis (Lago di Nemi), du Lacus Aricinus (desséché), du Lacus Luturnas (desséché), le Pantano secco, le Laghetto, et, dans la campagne, les lacs Gabiensis et Regillensis (desséchés). Rome est construite sur le tuf et la pouzzolane dont elle s'est fait de tous temps un article considérable de commerce. —Il faut citer, en Sabine, le Catillus, Peschiavatori; le Lucretilis, Mte Gennaro, chanté par Horace, VJEflianus, au S. de Tivoli, et, à a milles de Rome, sur la rive droite de l'Anio, le mont Sacer où les plébéiens se retirèrent l'an 493; — Les CornicuU. montes (Mte Gentile).
Hydrographie. — Le Tiberis, très-anciennement appelé Albula, aujourd'hui Tevere, est un des fleuves les plus remarquables de l'Europe pour son économie, l'étiage étant toujours assez élevé et les inondations très-rares : ce qui s'explique par la nature spongieuse du bassin qui absorbe promptement les eaux de pluie et ne les rend que lentement à la terre
sous forme d'une foule de ruisseaux. Le Tibre est très-limoneux, produit des atterrissements considérables à son embouchure et couvre la côte de ses alluvions jusqu'à Antium. Les anciens avaient mis à profit les qualités exceptionnelles du Tibre et avaient corrigé ses inconvénients par l'entretien du lit et de l'estuaire artificiel de leurs ports, qui établissait une communication libre entre la mer et le fleuve au-dessus de sa barre. « Le Tibre lui-même a ses ruines, » dit Ronstetten ; le lit primitif et abandonné du fleuve, dit fiume morto, fleuve mort, nous montre, à 4 milles de la mer, la position du port d'Ostia, construit sous Ancus Martius a sur la mer. >> Là était le rivage à cette époque.
L'Ile Sacrée s'est donc entièrement formée depuis lors. Le port de Claude et celui de Trajan nous montrent, à droite, et bien à l'O. de Fiumicino, où est l'embouchure actuelle, l'emplacement du rivage au Ier siècle de l'Empire.
Affluents du Tibre : à droite, la Cremera, célèbre par le rocher dont il baigne le pied et qui fut défendu par les 300 Fabius; à gauche, Y Allia (victoire des Gaulois sur les Romains, 390), dont la position est déterminée par Tite-live, qui le place à 11 milles de Rome, et par Aurelius Victor, qui le place à 14 milles au ruisseau de Marcigliana-Vecchia, dont la source est à 14 milles, et l'embouchure, à 11 milles de l'enceinte de Servais Tullius ; — l'Anio (Teverone), qui forme les Très Lacus' de la villa de Néron à Sublaqueum, Subiaco; les cascades de Tibur (Tivoli), et reçoit lui-même, à droite, la Digentia, Licenza, qui arrosait la campagne d'Horace à Ustica, l'écoulement du lac sulfureux des Aquas Albulx, aujourd'hui Lago délie Isole Natanti, qu'il ne faut pas confondre, comme l'a fait Servius, avec YAlbunea du Latium, VUlmanus, et probablement le Tutia sur les bords duquel campa Hannibal; à gauche, le petit ruisseau Peneus qui arrosait la villa d'Hadrien, plusieurs ruisseaux sans nom dont l'un a servi d'écoulement aux lacs Gabiensis et Regillus. Le Tibre reçoit encore à gauche, VA Imo, Acquataccia, au S. de Rome ; le Spino et le Nodinus, et un affluent qui prend sa source au pied de Tusculum, dans le massif de V Albanus mons, et qui devait son origine à la fameuse source Fcrentina, dans le Nemus Ferenlinum, où s'assemblaient les députés des villes latines pour délibérer et d'où ils partaient pour gravir V Albanus mons (nommé.dans une inscription, remarquée par M. Mommsen, Cdbensis, d'où est venu le nom moderne Mte Cavo) et se rendre au temple de Jupiter Latialis. — Dans la mer, se jetait le ruisseau célèbre du Numicius, Rio di Pratica , où mourut Ënée.
Lacs et sources. — Près de l'embouchure du Tibre, à gauche, était le Lacus Ostiensis, formé des eaux du fleuve et de celles de la mer et qui n'a pas existé dans les plus anciens temps, lorsque les atterrissements du Tibre n'avaient pas rompu toute communication de la plaine de Laurentum avec la mer. Ces eaux dormantes sont une des causes de la malaria qui rend ce beau pays désert aujourd'hui. Le lac d'Ostia existait certainement au temps de Virgile qui le mentionne dans VÉnéide, mais les écoulements ménagés du côté des salines empêchaient l'insalubrité. — Près de la source du Numicius, est le Lacus Juturnœ ou Turni Lacus, puis la Fons Annœ Perennx, ou d'Anna, sœur de Bidon (Ovide) , qui avait une autre fontaine près de Rome (dans les jardins Borghèse), où le peuple allait la fêter. La Fons Egeriœ était dans Rome et non dans la Caffarella au S. de la Ville où l'erreur populaire la place encore aujourd'hui. Il y en avait une autre sur les bords du Lacus Nemovensis.
Forêts : En Sabine, la Sylva Ealitiosa, tfé dans la guerre du Sannium ; — le LucusRobi;: bois consacré à la rouille du blé (Ovide), à la 8e borne de la voie INomentane ; — la Sylva Arsia, ou
GÉOGRAPHIE ANCIENNE
N° 13. L'ancien L.atium.
Brutus, le 1er consul de Rome, fut tué, dans la guerre contre les Étrusques; — la Sylva Laurentina , forêt de Laurentum, immortalisée par les poëtes ainsi que Lucus Jovù Lndigetis, près de Lavinium.
Ethnographie et histoire. Les premiers habitants de cette contrée furent, selon toute apparence, les Sicules, qui furent ensuite chassés, par les Pelages, du sol qu'ils occupaient vers l'endroit où s'étendit plus tard la cité de Tibur, Tivoli. Denys remarque même que, de son temps, un quartier de cette cité avait encore retenu le nom de Siculiuw, peut-être la moderne Siciliano. Les Pelages, — dénomination vague sous laquelle on confond tous les peuples qui ont laissé sur le sol les vestiges d'une civilisation dans l'enfance, caractérisée par des monuments cyclopéens, — ont dû occuper plutôt les montagnes que les plaines. Les monuments les plus anciens de la campagne romaine accusent déjà un art plus avancé que ceux de l' Apennin et appartiennent certainement au 2e âge des sociétés italiotes.il est certain néanmoins que les dernières éruptions du mont Alhain ont recouvert des habitations, et les découvertes faites au commencement de ce siècle, à Albano et, plus récemment, dans la tranchée du chemin de fer de Rome à Naples, ont mis au jour, dans le sol, dégagés des couches volcaniques qui les recouvraient, des objets annonçant un art plus perfectionné. Aux âges historiques, nous trouvons, dans le Latium, le peuple qui lui a donné son nom, et que Tite-Live appelle aussi les Aborigènes. Les Latins étaient certainement d'origine^ indo-européenne, et leur langue, comme celle des Èques, des Herniques, des Volsques, constituait un dialecte du grand idiome des Osques, langue intermédiaire entre le sanscrit et le latin. Quant aux Sabins, qui se sont avancés du N. au S. jusqu'au confluent du Tibre et de l'Anio, ils avaient la même origine, mais ils appartenaient à la branche sabellienne, peuples montagnards, plus rudes, plus belliqueux que ceux de la plaine et du rivage. Les Étrusques, qui n'ont franchi le Tibre que rarement, appartiennent indubitablement, quoi qu'on ait pu dire, à la même race indo-européenne. Si leur langue, encore mal connue, diffère essentiellement du Latin, elle ne semble pas pouvoir être rattachée avec certitude aux idiomes sémitiques ; et quand même on parviendrait à établir son analogie avec le phénicien et l'hébreu, la question originelle du peuple qui la parlait reste intacte. Les colonies ont pu venir par mer, y apporter leur civilisation et faire l'office d'institutrices des peuples; mais la masse même des nations n'a pu se transporter que par terre, et cette nécessité exclut toute idée d'origine sémitique en ce qui regarde les Étrusques. Leur civiiisation et leurs arts ne rappellent que l'Inde, la vallée de l'Euphrate, l'Asie Mineure, et aux âges plus rapprochés de la fondation de Rome, la Grèce greffée sur l'Orient.
Latins, Sabins, Etrusques, tels sont les trois éléments qui se touchent en un point, Rome, pour s'y confondre dans une mesure à peu près égale, et produire, par leur contact et leur mélange, la nation romaine. La tradition fait du fondateur de Rome un Latin, du second roi, un Sabin; et il est démontré que les trois derniers rois sont venus d'Etrurie. Les Etrusques ont pénétré dans lé Latium avant l'époque républicaine. Les anciens noms géographiques Tusculum et Cœlius sont Etrusques.
Mais Rome est avant tout ville Latine, comme l'a montré Mommsen . Elle est latine par ses -institutions, comme par sa première origine; ehe l'est par sa religion, sa langue, et elle faisait partie de l'ancienne ligue du nions Albanus et de la source Férentine. Ayant détruit Albe, elle prit même sa place et devint capitale du Latium. Les premières guerres de la République sont la lutte de Rome contre des cités jalouses et presque rebelles.
L'étendue du Latium vetustissimum ne peut être déterminée approximativement que par le nombre
et l'emolacement des villes de la ligue Latine, «populi in monte Albano carnem àccipere soliti, » mais , comme elles avaient presque toutes disparu sans laisser de vestiges « sine vestigiis, » au temps de Pline, il serait bien difficile de les retrouver aujourd'hui.
Ces peuples, ou cités étaient au nombre de 53.
N. B. Ceux dont les noms sont en italiques ont urne position reconnue et figurent sur la carte :
Satricum, Pometia, Scaptia, Pitulum, Politorium, Tellene, Tifata, Cœnina sur les bords de l'Anio et peu éloignés d'Antemnas, Ficana, Crustumerium, Ameriola (?) Medullia, Corniculum , Saturnia (à l'endroit où fut plus tard Rome), Antipolis (sur le Janicule), Antemnœ, Camerium (?), Collatia, Amitinum, Norbe, Sulmo; Alba, ^Esula, Acia, Abola, Bubeta (peut-être Bovillse) , Bola, Cusveta, Corioli, Fidenee, Foretum, Horta, Latinium ou Lavinium, Longula, Manas,Macrala, Mutucuma, Munia, Numinia, Ollicula, Octula, Pedum, Pollusca, Querquetulum, Sicania, Siso'la, Tolerium, Tutia, Vimitellara, Velia, Venetula, Vitellia.
En prenant seulement les positions connues, on voit que le Latiumn'était pas limité par l'Anio et que la Sabine ne s'avançait pas autant vers le sud qu'on le croit communément puisque plusieurs cités de la ligue latine étaient au N. de cette rivière.
L'Agerromanus fut la'première terre conquise dans la circonférence qui entoure Rome. Les routes formèrent les limites des plus anciennes tribus rustiques qui rayonnèrent ainsi de manière à former chacune un angle ayant son sommet à la porte de la Ville et s'élargissant au fur et à mesure des conquêtes. (Voy., sur la carte, la position des tribus Pupinia, Papiria, Lemonia, Mœcia, Scaptia, Crustumina, les seules dont la position, voisine de Rome, puisse être déterminée avec certitude.
Description topographique '. 1° En Etrurie, au N.-O. du Tibre: Veii, à l'Isola Farnese, ruines; — Lorium, à 12 m. de Rome, à dr. de la via Aurélia, campagne de Marc Aurèle ; Fregenœ, s. la via Aurélia. — Pons Milvius, à 1 m. de Rome, les routes Cassia-Claudia et Flaminia en partent (auj. Ponte Molle); Prata Quinctia, célèbres par la charrue de Cincinnatus, au pied du monte Mario.
Entre le Tibre et l'Anio : Fidense, sur la voie Salaria, près de la rive dr. du Tibre, avec sa citadelle, au Castel Giubileo, à 5 m. de Rome, célèbre dans les premières guerres de Rome; — plus près de l'Anio, est la villa Phaonlis, où mourut Néron en 68.
Crustumerium (Marcigliana Vecchia) , avec le Lucus Martis, connue dans les premières guerres de Rome, Eretum, sur le Mte Rotondo, et dans la plaine, comme beaucoup d'anciennes villes, qui, à l'époque de la paix, descendirent, de leurs escarpements et vinrent se poser près des routes. — Nomentum, la Mentana; Aqux Labanse (Strabon), dont on reconnaît encore la piscine; Ameriola, Medullia et Cameria, positions douteuses, peutêtre aux trois sommets isolés du sud de la Sabine : Monticelli, San Angelo, Cesi, à peu de distance, à l'O. du Lucretilis; — Corniculum, au Mte Gentile ; — Ficulea, un peu au S. -E.de la précédente. — Aux environs de Tibur, Tivoli, municipe trèsancien et très-important, se groupaient les villas célèbres, de Mécène, qui n'était pas, comme on le croit communément, aux cascatelles, dans la ville même, vers l'usine actuelle, mais à quelque distance de là: remplacement qu'on lui a donné est celui du célèbre temple d'Hercule; la villa de Catulle, en face de la grande cascade; la villa de Munatius Plancus, le fondateur de Lyon, à quelque distance au nord; la villa de Quintilius Varus, qui perdit les légions