LES SE
ragement parmi les colons. Protitant des cours d'eau, ils arrivent sur des bateaux de bambous, comme s'ils étaient souftlés par le vent, et disparaissent de même après avoir enlevé des bestiaux et des grains. Dès que l'éveil est donné, ils se hâtent de regagner leurs foyers, où les forces envoyées contre eux ne sauraient les poursuivre. Les soldats, divisés par détachements, occupent les principaux passages, mais les montagnes ont tant de sentiers qu'il est impossible de les bloquer tous, et ce blocus devient à la longue aussi fatiguant que coûteux. Il serait d'ailleurs dangereux de fermer aux Yao toute communication avec le peuple des provinces ; les terres qu'ils peuvent cultiver ne fournissant pas assez de grains pour les nourrir, ils échangent des planches de cha? et la pierre hoa-chi? contre du sel et du riz. S'ils étaient privés de cette ressource et si la famine les pressait, aucune crainte ne les retiendrait ; ils sortiraient avec impétuosité de leurs repaires et il en résulterait de grands malheurs. Les relations mêmes qu'on leur permet d’entrenir avec les populations des frontières ne laissent pas d'entraîner parfois de graves conséquences; s'il arrive qu'un chinois les trompe, c'est une cause de rancune ct d'inimitiés implacables. Ils fondent à l’improviste sur les villages et commettent des meurtres pour se venger.
«La neuvième des années kien-tao (1173), pendant l'été, l'Em-
pereur chargea plusieurs officiers de mettre en pratique un nouveau
jb, sorte de pin.
259 ] E) fa , Suiv. Lobschied: soaps-tone (pierre de savon).
système d'organisation pour contenir les Yao; on licencia l'armée permanente qui avait la garde des frontières. On forma des milices composées de tous les gens du peuple en état de porter les armes dans les régions limitrophes; plus de sept mille hommes se trouvèrent ainsi enrôlés. On les divisa en cinquante compagnies ayant chacune leur commandant et des officiers de tout grade auxquels il fut interdit expressément d'admettre aucun étranger dans leurs rangs, non plus que de laisser aucun étranger suivre les manœuvres et les exercices militaires. Ces moyens parurent suffisants pour réprimer les soulèvements de peu d'importance, sans qu'il fut nécessaire d'appeler les troupes régulières des grands cantonnements. Les instructions données aux commandants des milices furent celles-ci : Dès que les Yao feront irruption sur le territoire confié à la garde particulière de l'une des compagnies. que cette compagnie prévienne immédiatement toutes les autres ; que partout on batte tambour, que tous les miliciens se rassemblent, et qu'en même temps une proclamation soit adressée aux chefs des barbares, afin qu'ils sachent bien qu'ils trouveront les routes fermées et des contingents réunis pour les combattre sur quelque point qu'ils se présentent en armes, tandis que les communications resteront ouvertes là où le calme ne sera point troublé. On jugea que cette politique était la meilleure à suivre et que les Yao renonceraient désormais à s'aventurer légèrement sur le sol chinois protégé par des forces imposantes, alors qu ils auraient toute facilité de se procurer du .riz et du sel et de trafiquer du produit de leurs forêts en respectant les traités. On prévit d'ailleurs qu'il serait possible d'employer plus tard ces barbares à la garde des frontières, en organisant militairement ceux d'entre eux qui auraient accepté l’état de choses établi
et qui, dans leur propre intérét, se montreraient disposés à le maintenir.
« Cinquante tribus du pays de Sang-kiang*, auparavant des plus sauvages, entrèrent peu à peu en relations amicales avec le peuple des campagnes. Les Lo-man eux-mêmes, les plus farouches de tous ces barbares et jusque-là les plus intraitables, se laissèrent entraîner par l'exemple et voulurent profiter des avantages dont jouissaient leurs voisins. Ce fut alors qu'on établit deux grands marchés pour la vente des denrées et pour les échanges, l’un à Y-ning “5 et l’autre à Yong-ki*®.
« À l’occasion de la fête de l'Empereur, plusieurs chefs étant venus présenter leurs félicitations sur le sol chinois, on leur servit un grand festin, ce dont ils se montrèrent très-joyeux. Les mandarins donnèrent secrètement des instructions afin qu’on redoublàt de vigilance à la garde des frontières, de manière à se préserver de toute surprise; mais ce n'était là qu’une mesure d'extrême prudence. Pour tenter un mouvement d’invasion les Yao insoumis auraient dû traverser tout d’abord les territoires des Yao devenus nos alliés, sur la fidélité desquels on pouvait désormais compter, et lors même qu'une fraction des Yao soumis serait entrée en révolte, la résistance des milices eut permis aux troupes régulières d’accourir en temps opportun.
w IL (fleuve des müriers.) pés par les Miao-tse. y dI > 261 7 Fi au nord du Xouang-si 262 es ] À (vallée de Yong), actuel (latitude 25°, longitude 107), près #3 Dans le Kouang-si actuel, au S.-E.
de l'un des derniers centres encore occu- de Y-ning.
« Quelques mois plus tard, le chef souverain des Yao nommé Youen-tai?%,accompagné d’une dizaine des siens, vint rendre visite aux autorités chinoises et les remercia du bon accueil qu'on avait fait précédemment à ses compatriotes. Tous ces étrangers portaient un habit long, couleur de pourpre ; pour coiffure, ils avaient une bande d'étoffe qui s’enroulait plusieurs fois autour de leur tête et que fixait un petit bâton mis en travers. On leur fit divers présents d’étoffes de soie, de sel et de vin, après leur avoir offert un repas somptueux servi dans des écuelles d'argent. De leur côté, ils prétèrent spontanément le serment que voici, et qui fut consigné par écrit : « Nous, tels et tels, qui commandons aux habitants des montagnes, nous saurons à l'avenir contenir nos fils et nos neveux. Les hommes avec leur bâton, les femmes, ayant à la main le chanvre qu'elles filent, pourront pénétrer brement sur le territoire (chinois), mais sans y commettre aucun désordre. Au dessus de nos têtes est le soleil ; à nos pieds est la terre qui nous nourrit. Ils sont témoins de nos serments. Que ceux qui oseraient y manquer soient punis dans leur descendance! que leur race périsse ! Pour aller et pour revenir, on devra suivre les routes convenues. Ceux qu conduiront leurs barques sur les fleuves ne se mêleront pas avec les Chinois. Nous sommes des hommes et nous manions l'épée. Nous ferons respecter la foi jurée, et si quelqu'un
d'entre nous l’oublie, il subira la loi des montagnes; il sera mis à mort.»
L'Empereur approuva ces conventions, et près d’un siècle s'était écoulé sans que la paix ne fut troublée, lorsque Fan-chi-hou rédi-
gea le mémoire que nous venons de rapporter *f.
363 Fan-chi-hou, autrement appelé Fan-tching-ta, fut nommé préfet de Tsing-kiang, aujourd'hui Xouei-lin, du Kouang-si, au commencement de l’année de notre ère 1174. Il traversa, pour se rendre à son poste, les régions occupées par les Yao et publia, indépendamment du