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Ou-sse-tien®* et de plusieurs autres marchands de la nation des Ta-chi 8°, accusant le roi de Tchen-tching de leur avoir pris par force les objets précieux dont il osait se faire honneur. Une pareille communication émut l'Empereur. Il défendit de rien accepter et décida qu'on écrirait au roi Tseou-ya-no pour expliquer les motifs de ce refus. Hong-maï, l’un des membres du bureau chargé d’expédier la dépêche, proposa d'employer à cet effet du papier de soie à fleurs d'or ; mais Li-tao, du ministère des rites, représenta que, suivant un précédent établi dans la vingt-cinquième année chao-hing (1155), le papier blanc ordinaire suffisait pour la correspondance avec le Tchen-tching et qu'en d'aussi fâcheuses circonstances ce n’était pas l'occasion de faire plus qu'on n'avait fait jusqu'alors. l'Empereur approuva cet avis. Hong-maï tomba en défaveur ; il en concut une haine violente contre Li-tao. A l'égard des titres honorifiques que l'Empereur avait coutume de conférer traditionnellement aux rois de Tchen-tching, l'opinion du conseil des ministres fut qu'il convenait d'attendre, pour en investir Tseou-ya-no, une époque où l'affaire des Ta-chi étant apaisée, ce prince enverrait un nouveau tribut qu'il fut permis de recevoir. Dans la septième année Zien-tao (1171), il y eut un mandarin de la province du Fo-kien, nommé Ki-yang-kiun, qui, faisant une promenade en mer, fut emporté par les vents jusque sur les rivages du Tchen-tching. Ce royaume était en guerre avec celui de Tchin-la ; de part et d'autre on employait des éléphants pour combattre, sans en obtenir respectivement de grands avantages. Ki-yang-kiun conseilla au roi de Tchen-tching d’avoir aussi parmi
69 Gi ET Wu 69 Voir l'Index.
ses troupes des cavaliers armés d'arcs et d'arbalètes, auxquels il enseignerait l’art de lancer des flèches tout en maniant leurs chevaux. Le Roi accueillit la proposition avec beaucoup de joie ; il combla Ki-yang-kiun de présents, lui confia un vaisseau et le chargea du soin d'acquérir des chevaux. Ki-yang-kiun en acheta quelques dizaines", Le succès de cette innovation fut énorme ; la victoire se déclara pour le Tchen-tching.
L'année suivante (1172), des hommes envoyés par le roi de Tchen-tching vinrent en très grand nombre dans le Kiong-tcheou ‘!, pour s’approvisionner de chevaux ?. On ne leur fit pas l'accueil qu'ils espéraient ; alors ils se livrèrent au pillage et enlevèrent tous les habitants dont ils purent s'emparer. Un ordre impérial, daté de la seconde année chun-hi (1175), mandait au gouverneur du Kiong-tcheou : « De tout temps l’exportation des chevaux chinois a été chose prohibée. J'ai ordonné que les habitants qui ont été enlevés seraient rendus à leurs foyers * ; mais de pareils désor-
1 Ce nombre de quelques dizaines parait assez minime, mais les différentes éditions de Ma-touan-lin n'offrent aucune variante à cet égard.
7 C'est-à-dire dans l'ile de Haï-nan.
72 L'expression 285) E (iterum venire), qu'on rencontre dans le texte, donne à penser que Ai-yang-kiun avait fait déjà, dans l’île de Haï-nan, l'achat de quelques dizaines de chevaux mentionné plus haut. Cependant je n'ai pas traduit
revinrent, l'expression chinoise ne com-
portant pas, par elle-même, un sens aussi précis.
73 C'est-à-dire : «J'ai enjoint au roi de Tchen-iching d'avoir à renvoyer dans l’île de Haï-nan les hommes que ses sujets ont enlevés. » Pour l'intelligence de cette phrase et de quelques-unes de celles qui précèdent, toutes d’un laconisme extrême, J'ai eu recours aux explications plus détaillées de Tong-kien-kang-mou, qui m'ont
aidé dans ma version.
dres ne doivent pas se renouveler. Je suis informé cependant que les nommés Ki-yang-kiun®, Lin-pao-tse*, Ling-ocuang-san' et Tsun-tchi-yn", tous appartenant au roi de Tchen-tching, continuent à faire des achats de chevaux. J'entends qu'une enquête sévère soit ouverte à cet égard et qu un rapport m'en soit adressé. » | La troisième année chun-hi (476), le Tchen-tching restitua les prisonniers du Kiong-tcheou, au nombre de quatre-vingt-trois, en demandant avec instance que la liberté du commerce lui fut accordée. La réponse de l'Empereur fut celle-ci: « Tout ce que la bienveillance impériale peut faire en faveur des étrangers, elle l’a fait par l'institution de fonctionnaires spéciaux chargés de protéger le commerce dans les limites des règlements établis. L'ile de Haï-nan ne saurait avoir des règlements particuliers; on doit y observer ceux qui sont en vigueur dans tout l'Empire ?8. »
La quatrième année chun-hi (1177), à la cinquième lune, le roi de Tchen-tching assaillit à l’improviste la capitale du Tchin-la avec une flotte puissante, la pilla et fit périr le roi de Tchin-la sans écouter aucune proposition de paix °°. De là naquit une grande haine, qui porta ses fruits dans la cinquième des années king-youen (1199) ®. A cette époque, le roi de Tchin-la fondit à son tour sur
7 na 15 GI toutes ies autres provinces de l'Empire. » sk DI RS BA RIC
76 # + — — # Dans la notice sur le Tchin-la (ci- Ti 18 4g "I dessus, p. 476), cet événement est indi-
78 En d'autrestermes: «La prohibition qué comme s'étant accompli durant les d'exporter des chevaux demeure main- années king-youen (1195-1201), ce qui
tenue dans l'île de Haï-nan,comme pour laisse pour sa date précise une latitude de
la capitale du Tchen-tching à la téte d'une grosse armée, exter-
mina les habitants, saisit dans son palais le roi dont il tirait ven-
geance, l’emmena en captivité, après avoir fait tuer ses conseillers
et ses ministres, et mit à sa place sur le tròne de Tchen-tching
un officier du Tchin-la8!.
sept ans. Ici, cette date donnée en caractères cycliques (par une singularité tout à fait exceptionnelle dans notre texte) permet de préciser la cinquième année king-youen (1199).
8! Ces récits diffèrent, sur quelques points, de ceux qu'on rencontre à d'autres sources, et ne sont même pas en parfait accord avec ce que Ma-touan-lin rapporte d'autre part, puisqu'il est dit ici que le roi de Tchin-la fut mis à mort par le roi de Tchen-tching en 1177, de telle sorte que la vengeance tirée du Tchen-tching par le Tchin-la, en 1199, serait l'œuvre d'un successeur ; tandis que, dans la notice sur le Tchin-la (ci-dessus, p. 476), c'est le même prince qui se venge, après une longue dissimulation, de l'affront qu'il avait reçu. Ainsi que nous l'avons exposé plusieurs fois déjà, ces variantes tiennent à la méthode suivie par l’auteur chinois de reproduire fidèlement les documents
qu'il extrait de divers ouvrages, sans es-
sayer lui-même d'effacer les contradictions qu'ils peuvent présenter, quand il ne se croit pas en mesure de le faire. Cette méthode a ses avantages, cn ce qu'elle fournit à la critique des éléments d'information impartiaux et inaltérés. J'ai pense, pour ma part, qu'en traduisant le travail de Ma-touan-lin, je devais avant tout lui conserver ce caractère de documents à consulter qui lui est propre. C'est pourquoi, en ce qui concerne notamment l'ancienneté et les limites successives du royaume de Tchen-tching, sa parenté avec le Lin-y, les différents noms sous lesquels il convient de reconnaître les territoires du Siam et de la Cochinchine actuels, etc., je m'abstiens de tout jugement personnel, appclant seulement l'attention des critiques sur les nombreuses indications qu'ils pourront rencontrer et sur les nombreux rapprochements qu'ils pourront faire, en consultant l’Index de ce volume et en se
reportant aux renvois.