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En ce qui concerne les Pan-chun-man, ou barbares Pan-chun, voici ce que rapporte la tradition : Au temps de Tchao-siang-ouang, roi de Tsin!, il y avait un tigre blanc qui causait de grands ravages dans les pays de Pa, de Han et de Chou?. ll avait dévoré plus de mille personnes. Le roi Tchao voulant à tout prix délivrer ses sujets de ce terrible fléau, avait promis suzeraineté d'une ville de dix mille familles à qui pourrait tuer le tigre blanc. Parmi les barbares de Lang-tchong*, du pays de Pa [aujourd'hui district du kiun de Lang-tchong, | il se trouva des hommes déterminés qui, sous
1 Le père de Tsin-chi-hoang-ti. Son quée dans la planche 4 des Tableaux hisrègne dura de l'an 307 à l'an 258 avant toriques de l'Asie. notre ère. # Localité qui n'a pas changé de nom, 2 Il a été parlé précédemment de ces ct qui est située dans le département ac-
pays, dont la situation est clairementindi- tuel de Pao-ning-fou (Sse-tchouen).
la conduite de l'un d'eux appelé Leao-tchong ?, surprirent le tigre et le tuèrent à coups de fleches. Ces hommes n'étant pas de race chinoise *, le roi Tchao ne put se décider à tenir la promesse qu'il avait faite, mais il leur accorda de grands priviléges, sanctionnés par une convention qui fut gravée sur une table de pierre. Entre autres franchises et immunités, ces barbares étaient dispensés à tout jamais de payer l'impôt foncier, non plus que l'impôt somptuaire exigé des chefs de famille quand le nombre de leurs femmes s’élevait à dix. Il était stipulé que les membres des familles privilégiées et leurs descendants seraient seulement réprimandés s'ils avaient blessé quelqu'un, et pourraient toujours se racheter d’un meurtre par une amende. La convention se terminait comme il suit : « Si les Tsin manquaient à la parole donnée, ils devraient offrir aux Y° une paire de dragons jaunes, et si les Y cessaient de se montrer fidèles aux Tsin, ils devraient offrir aux Tsin une coupe de vin limpide.» Les barbares furent très-satisfaits de cet arrangement.
Quand le fondateur de la dynastie des Han s'empara du pays
de ce nom, il refoula les Pan-chun-man dans le pays de Tsin, et
«RM ÿ Littéralement : étant des LA A
de considérer comme impossible une pa-
reille éventualité. Ce qui surprend, c'est
Y-jin ou barbares désignés par le nom de Y. (Voir tome I, page 5, note 16;.
6 Voir la note précédente.
T L'obligation pour l'Empereur de fournir une paire de dragons jaunes, au
cas où il oublicrait la foi jurée, paraît
indiquer que l'esprit de cette clause est
de voir l'offre d'une coupe de vin limpide Gi TA) équivaloir, en quelque sorte, à celle d'un attelage de dragons. Aujourd'hui les vins du Sse-tchouen, comme des autres provinces de la Chine, sont d'une
parfaite limpidité.
quand il se fut rendu maître du pays de Tsin, il renvoya ces barbares sur les territoires de Pa, tout en confirmant les priviléges dont leurs chefs étaient en possession sous la précédente dynastie *. Les sept familles Lo*, Pou!°, To'!, Ngo!?, Tou‘,Sitet Kong! con-. tinuèrent à ne pas payer d'impôts, tandis que toutes les autres familles étaient taxées annuellement à quarante fsien par tête!f. Les habitants du pays de Pa appelaient l'impôt {song !?, d'où leur était venu le surnom de tsong-jin'8; les hommes des familles ou tribus qui ne payaient pas d'impôts conservèrent le nom de Pan-chun-man, sous lequel on les désignait.
Dans le pays de Lang-tchong coule fleuve le Yu-chowî!®. Les Panchun-man en habitaient les deux rives. Ces barbares étaient robustes et courageux. Ils se montrèrent dévoués à la dynastie des Han et, placés comme une avant-garde aux frontières de l'Empire, ils repoussèrent plusieurs fois les hordes ennemies qui essayèrent de
8 Voir, pour tous ces noms de pays. ou once d'argent, valant à peu près 8 fr.
la planche 4 des Tableaux historiques de 50 cent. ; mais ce mot s'entend également
l'Asie. de la menue monnaie de cuivre, appelée g TELI roca dei .
GE. sapèque et c'est évidemment le sens qui 10 fl. lui convient ici. Le nombre de sapèques LE Tx équivalant à un leang a varié de 800 à 1 © 5. | - 1400.
3 PE. 47 ta À. 18 A 45 de 19 i) 7k l'un des affluents du Kia-
16 Le tsien, en monnaie de compte, est ling-riang, qui se Jette dans ce fleuve
RFA
aujourd'hui la dixième partie du leang, au-dessus de Xiu (Sse-tchouen oriental).
les franchir. Ils aimaient le chant et la danse. L'empereur Kao-ti voulut que ses musiciens apprissent l’air sur lequel ils dansaient. Cet air est celui qu’on nomme la danse de Pa-yu. Jusqu'à l'époque de la dynastie des Han orientaux, les Pan-chun-man se montrèrent des alliés fidèles et combattirent dans les rangs de l’armée chinoise, chaque fois que l'Empire eut une guerre à soutenir.
Sous le règne de l’empereur Ling-ti, la troisième année kouangho (180), les Pan-chun-man, qui occupaient alors la plus grande partie du pays de Pa, se soulevèrent en masse et portèrent la dévastation jusque dans les pays de Han et de Chou?°. L'empereur Ling-ti consulta le gouverneur du Y-tcheou sur les meilleures mesures à prendre, en vue d’apaiser une aussi formidable rebellion. Ce gouverneur nommé Tching-pao fit la réponse suivante : « Les sept tribus des Pan-chun-man, dont les ancétres eurent le mérite de tuer le tigre blanc, appartenaient originairement à la grande famille des Wiang?®'. Leurs guerriers ont la force ct l'impétuosité des bétes féroces. Ils sont redoutables entre tous. Jadis, dans les années yong-isou, (107-114), sous le règne de l'empereur Ngan-ti,
2 Le texte du Ouen-hien-tong-kao Chou, circonscriptions déjà connues du
porte ici une longue énumération de localités dont les noms ont changé plusieurs fois et dont l’identification, considérée isolément, est d’un médiocre intérêt. Pour la clarté de la version française, il m'a paru préférable de résumer les indications géographiques qu'ils comportent,
en disant : les pays de Pa, de Han et de ATSUME GUSA 7-77
lecteur à qui je signale toutefois ces indications détaillées, qu’il pourrait rechercher au besoin dans le texte original. — On remarquera que le soulèvement des Panchun-man coïncidait avec celui des Panhou-tchong (voir ci-dessus, page 12).
3 Voir la note 78, page 53.
quand les Kiang envahirent le Han-tchouen et défirent tous les généraux qu'on leur opposait, ce sont eux qui sauvèrent l'Empire ct repoussèrent ces terribles ennemis. En ce temps-là, l'admiration qu'ils inspirèrent leur fit donner le nom de soldats divins??. La seconde des années kien-ho de l'empereur Hiouan-ti (148), les Kiang ayant reparu plus formidables que jamais, les Pan-chunman eurent encore la gloire de les refouler victorieusement. A des époques antérieures, ils s'étaient déjà montrés nos alliés fidèles, en contribuant à pacifier le Ou-ling et le Y-tcheou. S'ils ont changé de sentiments, la faute en appartient aux gouverneurs chinois et fonctionnaires subalternes, qui les ont écrasés d'impôts et maltraités comme de vils esclaves. La Cour est trop loin pour entendre leurs plaintes, mais la voix suppliante de ces hommes de cœur s'est élevée jusqu'au ciel; elle a retenti dans les vallées ; toutes les populations se sont émues, toutes les tribus ont pris les armes. Ce soulèvement cependant n'a pas le caractère d'une rebellion. Que votre Majesté envoie chez ces barbares un haut inspecteur munide pleins pouvoirs, clairvoyant et impartial ; l'ordre sera promptement rétabli, sans qu'il soit nécessaire de combattre. » L'Empereur approuva ce rapport. Il envoya Tsao-kien chez les Pan-chun-man. Une amnistie générale fut décrétée. ‘Tous les barbares rentrèrent aussitòt dans le devoir.
Vers la fin de la dynastie des Han, alors que l'Empire était profondément troublé, les barbares qui habitaient les territoires de
J'ang-kiu, du Pa-si, émigrèrent au pass de Han-tchong. Le chet