‹ Atsume gusa (volume 2)Chapitre 60 sur 175 · FR: I · texte numérisé non relu

FR: I

Er

ta Fa "I tn Actuellement la ville de Fun-nan, capitale de la province du méme nom. Elle s'appela Chen-tchen-fou (ci-dessus, note 29° jusqu'aux Yowen, qui lui donnèrent le nom de Hp e tw Tchong-king-tching. Ce furentles Ming qui l'appelèrent Yun-nan. — A la suite de cette mention, le texte chinois contient deux lignes que je n'ai pas osé traduire, à cause de leur obscurité, mais dont voici le sens à peu près : « De vieux caractères gravés

sur une pierre par ordre de Tchu-ko-leang

disent ceci: Les barbares {P È Poman, fidèles serviteurs des Han, respectant la formule du serment, élevèrent cette petite colonne. » Il a été question plusieurs fois de Tchu-ko-leang au cours de ces notices. ct nous avons vu particulièrement, dans celle qui est consacrée au royaume de Zien, qu'il avait soumis les barbares du pays où fut bâtie la ville de Tche-tong (Yun-nan). Faut-il entendre que ce monument de pierre se trouvait à l'emplacement même où Fong-kia-y jeta les fondations d'une ville ? On n'en de-

meurera pas moins dans l'ignorance de

La quatorzième année fa-li (779), Ko-lo-tong ayant perdu son fils Fong-kia-y déclara prince héritier son petit-fils Y-meowftsin!!!. Ce prince Y-meou-tsin avait de la prudence, était lettré et se montrait bienveillant pour tous ceux qui l’abordaient. Sa mère, appelée ZLi!!? de son nom de famille, était de la tribu des To-kin-man !!, appartenant eux-mêmes à la race des QOu-man!!!. Les To-kin-man, au temps de Tsin-chi-hoang-ti, s'étaient réfugiés dans les régions méridionales du (Sse)-tchouen pour conserver leur indépendance. Au milieu des années fien-pao (744-755), leur chef avait recu de l'Empereur le titre de ise-chi'® du Ti-tcheou !!9. Les alliances étaient fréquentes entre la famille de ce chef et celle des princes du Nan-tchao.

A peine Y-meou-tsin eut-il remplacé son père sur le trône !!° du Yun-nan qu'il leva deux cent mille hommes et se ligua, pour envahir le Sse-tchouen, avec le roi d:s Tou-fan qui disposait de forces égales aux siennes. L’un des alliés traversa rapidement le Meou-tcheou "8, et le Ouen-tchouen ‘1° dévasta le pays de KXouan-

ce que furent les barbares Po-man et de 13 Ci-dessus, page 85, note 7. l'épisode historique auquel il est fait allu- "ts ja M

sion. Quelques passages de ce genre, que 47 L'an 779.

l'on rencontre de temps à autre, n’empé- n 1 M Au nord-ouest du Sse-

chent pas fort heureusement de saisir ce ichoven. Cet allié était évidemment le roi qui précède et ce qui suit. des Tou-fan (Tibétains).

st FE Æ TH 119 b'à JI Actuellement territoire

du département de Aoug-tchang-fou (Sse-

413 À ge Fa tchouen septentrional).

114 Ci-dessus, page 189, note 5.

keou'° et pénétra dans les contrées voisines, tandis que l'autre envahissait et saccageait les fcheow de Li!?1 et de Ya! Y-meoutsin disait aux siens :-« Prenons pour nous le pays de Chou. Nous y établirons une capitale orientale de notre empire ; il nous suffira, pour satisfaire les Tou-fan, d'imposer chaque année aux fabricants et ouvriers de ce pays un tribut de soie kien ‘#3, qu'ils enverront à Lassa "1. »

Beaucoup de villes succombèrent ; un grand nombre d’habitants furent emmenés en captivité. En cette grave situation, l’empereur Te-tsong fit partir une division de sa garde et donna l’ordre aux commandants des corps d'armée du Yeou-tcheou et du Chantong de marcher immédiatement au secours des troupes affaiblies qui défendaient encore le Sse-tchouen oriental. Alors, les événements changèrent de face. Y-meou-tsin subit, à son tour, une terrible défaite ; il perdit cent mille hommes tués, blessés ou prisonniers, s'enfuit en grand désordre et courut s'enfermer dans la ville de Yang-tsing-yang !*, qu'il entoura de fortifications sur une enceinte de quinze lt.

Les Tou-fan avaient décerné à Y-meou-tsin le titre de Roi du soleil levant *$, mais ils exigeaient de lui des impôts très-lourds, occupaient les places fortes de ses frontières, en y entretenant des

garnisons menacantes, ct l'obligeaient à fournir des soldats auxi-

hi TE H Au midi de Ouen-tchouen. la prononciation indiquée par le dictionti BE ii Sse-tchouen occidental. naire de Aang-hi.

te HÉ Ji Sse-tchouen méridional. 125 Ci-dessus, note 28.

123 Crépon dc la Chine. 120 H Ed + Litt. Roi de l'Orient

24 À fe La En chinois Lo-sie, selon du Soleil.

di

liaires pour leurs armées, toutes choses dont il était très-irrité. Tching-hoei, gouverneur de Tsing-ping ‘7, pénétra ses dispositions et lui dit: « La Chine observe les rites de la justice ; les charges qu’elle impose sont légères et ne ressemblent en rien à celles dont les Tou-fan vous écrasent. Si vous vouliez rompre avec eux et vous appuyer de nouveau sur l’Empire, vous n'auriez plus à souffrir de vos dangereux voisins. Ce serait pour vous un grand avantage. »

Y-meou-tsin approuva le conseil et résolut de s'en ouvrir à Ouei-kao, gouverneur général du Sse-tchouen qui, par ses grandes qualités, savait à la fois se faire aimer et redouter de tous les barbares. La neuvième année tching-youen (793) il envoya donc à Tching-tou des mandataires porteurs d’une lettre, dans laquelle il exprimait son désir de se soumettre aux anciens traités et de voir rétablir des garnisons chinoises sur ceux de ses territoires qui bordaient les frontières de l'Empire, témoignant d’ailleurs qu'il serait bon de confier aux Hoeï-ho 8 la garde du Ngan-si '?9, de telle

127 Tching-hoei était un lettré chinois que le roi £o-lo-fong avait fait prisonnicr, dans ses guerres avec l’Empire, et qui était devenu le précepteur d' Y-meoutsin. Celui-ci, par reconnaissance, l'avait créé gouverneur de ff > rsing-ping,

ville de ses Etats.

tai [o] EER également appelés Æoe1-

hou et Hoei-he. Les Ouigours, qui habi-

taient au nord du désert de Gobi, en

menant la vie nomade, et qui étaient souvent en guerre avec les Tou-fan, placés à leur midi.

lai ca nr] Plusieurs pays très-différents ont été désignés, cn chinois, par ce nom. Il s'agit ici du Tourfan actuel, qui formait sous les Tang une province de l'Empire, située entre le pays des Tou-

fan et celui des Hoei-ho.

sorte que les Tou-fan seraient contenus de tous les côtés. L'Empereur accueillit favorablement la communication de ce message, et manifesta son approbation par un décret.

Y-meou-tsin, ayant fait mettre à mort les représentants des Tou-fan qui se trouvaient à sa cour !*, reçut avec de grands honneurs le mandarin chinois qui lui apportait le décret impérial et envoya des ambassadeurs pour accomplir en son nom la visite d'hommage, comme par le passé. Ce prince avait été l’allié des Tou-fan dans leurs guerres contre les Hoei-ho; il leur fournissait dix mille soldats auxiliaires. Prévoyant que sa défection ne manquerait pas de lui attirer des marques de leur ressentiment, il voulut prévenir le danger en les attaquant lui-même et usa de stratagème afin de les tromper sur les forces réelles dont il disposait. Il fit marcher en avant un petit corps de trois mille hommes seulement, qu'il suivit de près à la tête d'une armée nombreuse. Cette ruse eut plein succès, par la confiance imprudente qu’elle leur inspira. Il remporta sur eux une grande victoire, non loin du fleuve Chin-tchouen, et aussitôt coupa le Pont de fer ‘1, Dix mille Tou-fan périrent noyés dans les eaux du fleuve et cinq de leurs princes demeurèrent prisonniers.

130 On lit dans les chroniques des Tang que l'officier chinois envoyé par Ouei-kao pour traiter avec ce roi Y-meou-tsin, à la suite des ouvertures que ce prince avait faites, ayant trouvé à la cour du Nantchao de nombreux représentants du roi

des Tou-fan, Ouei-kao, exigea tout d'abord

de Y-meou-tsin la mesure violente qu'unc phrase incidente mentionne ici.

18! On lit dans le To-sse-fang-yu que le Kin-cha-kiang portait, sous les Tang, le nom de Xi JI Chin-tchouen. Pour le Pont de fer, voir ci-dessus, la note

De retour d'une aussi heureuse expédition, Y-meou-tsin dépêcha un courrier à Tchang-ngan pour en porter la nouvelle. Il offrit à l'Empereur la carte de ses états avec un tribut composé de leurs principaux produits, et demanda officiellement que son ancien titre de Roi de Nan-tchao lui fut rendu. A son tour, l’Empereur gratifia Ÿ-meou-tsin de divers présents et chargea un grand officier de lui porter l'investiture sous le titre qu'il sollicitait. Y-meou-tsin salua respectueusement le décret impérial. Il témoigna sa reconnaissance par l'envoi d'un nouvel ambassadeur et choisit à cet effet le gouverneur de Tsing-ping ‘*.

Y-meou-tsin fit de nouveau la guerre aux Tou-fan, auxquels il enleva la ville appelée Kouen-ming-tching!*, 11 soumit plusieurs petits princes dés peuples méridionaux, ses voisins, tels que les Mosie-man \, les Long-tong-man!%, les Mo-tchang-man ‘*%, et désigna la ville de Pe-yai!** pour recevoir leurs tributs. La quinzième année tching-youen (799), il offrit d'envoyer en otage à Ouei-kao des jeunes gens appartenant aux principales familles de son royaume, afin que, résidant à Tching-tou, ils étudiässent avec fruit la littérature et les sciences !**. Il méditait d'entrer encore en cam-

a JE UE #4

42 Voir ci-dessus, la note 127. = tn

hei È, HH ti Place forte qui était tai FF rh sta

136 jh ni KR

située sur le territoire actuel de Yen- Je UL Jouen(Sse-tchouen). au nord de Li-kiang 437 Ci-dessus note 92. et à l'extrême limite sud-ouest du Sse- ‘* Les chroniques des Tang indiquent

tchouen. L'auteur chinois Yen-chi-Kou dit que cette proposition fut agréée, cn menqu'on l'avait ainsi nommée parcequ'elle tionnant plusieurs jeunes otages du Nans'appuyait à l'ancien pays des Æouwen- tchao qui se distinguèrent dans l'étude de

ming (voir ci-dessus, page 83. note 2). la littérature chinoise,

pagne contre les Tou-fan, et l'Empereur désireux de reconquérir les anciennes limites de l'Empire lui avait promis son concours ; mais la peste s'étant déclarée dans leur pays et leur Tsan-pou 15° étant mort, Ouei-kao jugea qu'on n'avait rien à craindre pour le moment de ces barbares. Il conseilla donc à Y-meou-tsin de suspendre ses projets d'expédition. Bientôt, cependant, on apprit que les Tou-fan levaient une armée de cinquante mille hommes et s'apprétaient à envahir le Yun-nan et le Soui-tcheou. Alors Ouei-kao chargea le général Fou-tchong-y de les prévenir par une attaque vigoureuse. Ce général enleva tout d’abord la ville de Mo-kong , prit plusieurs mille têtes de bétail et forca l'ennemi à demander la paix. L orgueil des Tou-fan fut abaissé. Voyant que la protection de la Chine était assurée au Nan-tchao, ils cessèrent de menacer ce pays. Y-meou-tsin envoya unc ambassade à la Cour pour exprimer sa reconnaissance et offrit des objets précieux. L'Empereur ordonna de traiter cette ambassade avec beaucoup d'honneurs.

La troisième année youen-ho (800:, Y-meou-tsin mourut. Un grand de l'Empire fut délégué pour assister à ses funérailles. Tsinko-kiuen "son fils lui succéda. Ce prince prenait lui-même le titre de Piao-sin, terme qui signifiait roi dans le langage de son peuple ; quelques-uns l'ont appelé Moug-iseou !*?. L'Empereur lui donna un sceau qui portait les caractères youen-ho!'3. Tsin-ko-

kiuen étant mort après un an de règne, laissa le trône à son fils

A E LL + + (di DA 19 Ci-dessus note 9%. si Li) Tri Le i 140 À LS ti "Les caractères LE F0 J'ouen-ho

—=-.$- AI , rh Br 3) grande concorde) représentaient le nom

Kiuen-long-tching ", que ses débordements rendirent odieux à ses sujets et qui fut assassiné par un de ses généraux nommé Ouangtso-tien 5. Kiuen-li "6, frère cadet de Kiuen-long-tching fut proclamé roi. L'Empereur délégua le haut mandarin Li-sien pour assister aux funérailles du souverain défunt. Kiuen-li éleva Ouangtso-tien au rang de prince du sang royal? et lui conféra de plus le titre de fa-yong !#, ce qui veut dire frère aîné dans le langage du Nan-tchao. L'Empereur envoya le sceau à Kiuen-li, dans la troisième année fchang-king (823), mais ce roi mourut presque aussitôt. Fong-yeou !!°, son frère cadet, lui succéda.

Fong-yeou était un prince de grand mérite, sachant gouverner avec prudence, aimant la Chine et n'ayant rien des instincts turbulents de ses ancêtres. L'empereur Mou-tsong (821-825) délégua Ouei-chin-kouei, pour lui porter l'investiture, et le roi Fong-yeou ne manqua pas d'envoyer aussitôt une ambassade avec les remerciements d'usage. Les meilleures relations régnaient entre l'Empire et le Nan-tchao, lorsqu'à la troisième année fai-ho (829) le gouverneur du Sse-tchouen, nommé Tou-youen-yng, homme avide qui

que l'Empereur Hien-tsong avait donné li conféra à Ouang-tso-tien le noble nom aux années de son règne. Le prince étran- de $C Mong. Ce nom était celui de la ger qui scellait ses actes de cette inscrip- famille royale du N'an-tchao, ainsi qu'on

tion chinoise reconnaissait, parcelaméme, l'a vu plus haut. Par un genre d'adoption

la suzeraineté de l'Empire. en usage chez les Orientaux, Kiuen-li ele- 144 FA) FE ES vait donc le meurtrier de son frère au 145 + NÉ STE] rang de prince de sa propre famille.

4146 fi) #I ne À PS 47 Le texte dit littéralement que Auen- 14 FA ili

ne songeait qu'à vivre splendidement au dépens des barbares, fit entrer des troupes dans le Yun-nan pour y lever des impôts abusifs. Alors Ouang-tso-tien envahit les trois fcheou de Kiong "9, Tching"' et Soui!*?, pénétra jusqu'à 7ching-tou! à la tête d’une puissante armée, s empara des faubourgs de la capitale du Ssetchouen et demeura sous ses murs pendant dix jours. Il traitait bien les populations ; il laissait les marchands vaquer à leur commerce. Quand il se retira, après avoir obtenu de la ville une forte rancon, il enleva de jeunes ouvriers en soie des deux sexes, au nombre de plusieurs fois dix mille, et les emmena dans le midi. Beaucoup se noyèrent volontairement, par le chagrin de quitter leur pays. En franchissant les frontières du Nan-tchao et de la Chine, il dit à ses captifs : « C'est ici que vous devez pleurer. Il est juste de pleurer au moment où l'on entre pour toujours sur le sol étranger. » Tous versèrent des larmes. Ouang-tso-tien voulait importer au Nan-tchao l'art de travailler la soie et, en effet, depuis cette époque, on y fabrique des étoffes semblables à celles qui se font en Chine. Les troupes impériales appelées au secours du Ssetchouen poursuivirent l'ennemi jusqu'aux rives du Ta-tou-ho '5\.

L'année suivante (830:, Ouang-tso-tien écrivit à l'Empereur en sol-

so TITI | .

3 Sse-tchouen occidental. tou-ho prend sa source au nord-ouest du

Hk Aux limites du Sse-tchonen et Ya-tcheou-fou, du Sse-tchouen, pour cou-

du Wan sou actuel. ler vers lc sud-ouest, et qu'on l'appelie (53 $i . ‘gr: L= .

iS Sse-tchouen occidental. aussi MVei-choui. Ce fleuve formait alors la 153 La capitale du Sse-tchouen. limite entre les territoires du Nan-tchao

15 Le To-sse-fang-y-u dit que le Ta- et ceux de l'Empire.

licitant le pardon des faits accomplis!* et, cette même année, les visites d'hommage reprirent leur cours comme par le passé.

Il en fut ainsi jusqu'aux années fa-tchang (847-859). En ce temps là, le gouverneur chinois du Ngan-nan, nommé Li-tcho, était un mandarin cruel et cupide, qui pressurait les indigènes en exigeant un bœuf pour un boisseau de sel. Les barbares du Ngan-nan exaspérés, firent appel aux Nan-tchao, chassèrent Li-tcho avec leur aide et commirent les plus grands excès. Bien qu'il eût trempé dans cette rebellion, Fong-yeou n'en continuait pas moins de rendre la visite d'hommage et d'offrir le tribut. Il arriva toutefois que les envoyés ayant changé leur itinéraire, par crainte du gouverneur du Sse-tchouen, et pris une route inaccoutumée du Si-tchouen qui les menait directement à la Cour, l'Empereur refusa de les rece-

voir, ce dont Fong-yeou se montra très-irrité!*. Il proféra hautement des paroles méprisantes pour la Chine, en réclamant les otages demeurés à Tching-tou. Sur ces entrefaites, l'empereur Siouentsong mourut et sa mort fut suivie de près par celle de Fong-

yeou.

155 Ma-touan-lin parle ici de Mong-tsotien comme d'une sorte de maire du palais.

15 Le Nan-tchao, en tant que royaume soumis à l'Empire, relevait directement du gouvernement général ou vice-royauté du Sse-tchouen qui était son intermédiaire pour toutes les relations de vassal à suzerain. Sachant le gouverneur du Sse-

tchouen instruit de tout ce qui venait de

sc passer, ct craignant qu'il n'en témoignât son ressentiment. les envoyés avaient pris la route du Si-tchouen (ou Ssctchoucn occidental) de manière à présenter directement leurs lettres à l'Empereur:

mais l'Empereur ne voulut pas consacrer cette infraction à la régle établie. C'est

pourquoi il refusa de les recevoir.

Tsieou-long '*, fils de Fong-yeou, monta sur le trône. L'Empereur négligea d’envoyer un dignitaire chinois pour assister aux obsèques du roi défunt, comme aussi d’expédier des lettres d’investiture au nouveau roi qui en ressentit une violente colère, et quand la Cour chinoise se décida tardivement à lui faire parvenir ces lettres, il y répondit par une dépêche écrite en caractères {sao, ce qui était une grande irrévérence!58, De plus, il s'arrogea le titre de Hoang-ti'"°, donna aux années de son règne le nom de kienki16 et à son royaume celui de 7a-/i'5; et parce que le nom du nouvel empereur de la Chine Y-fsong ressemblait à celui de Youentsong, dont la mémoire lui était odieuse!*?, il prit ce prétexte pour interrompre ses visites d'hommage et presqu'aussitôt il dévasta le

"EE 158 Les caractères appelés fsao sont des caractères cursifs qui ne doivent jamais s'emplover que pour des lettres familières.

Fe E FU (grande fondation). On a vu plus haut (note 143) que les rois de Nantchao dataient précédemment leurs actes au moyen d’un sceau qui portait le nom des années chinoises, ce qui impliquait la reconnaissance de la suzeraineté de l'Empire. En prenant un nom d'années qui Jui était propre, Tsieou-long s'affirmait comme souverain indépendant.

160 Le titre même que prend l'Empe-

reur de la Chine.

tà X iù Ce nom, dont l'orthogra-

phe chinoise a quelque peu varié, est demeuré celui de l'ancien royaume de Nantchao jusqu'à sa destruction et sa conquête par le petit-fils de Gengis-khan, fondateur de la dynastie mongole des Youen. De nos jours, il a été ressuscité par les mahométans du Yun-nan qui se sont déclarés indépendants.

163 L'empereur Fouen-{song, qui régna de l'an 847 ‘ l'an 860, était celui qui avait négligé d'envoyer un représentant de la Chine aux obsèques du père de Tsieou-

long.

Po-tcheou!*. Li-kien, gouverneur du Ngan-nan !°, fut contraint de se retirer dans le QOu-fcheou!*, puis de gagner précipitamment la frontière chinoise, dans la première année hien-tong (860), battu et poursuivi par les Nan-tchao. L'année d'après (861), ces barbares saccageaient le Yong-tcheou "88. Un décret impérial chargea Tsai-si de rassembler les troupes de toutes les provinces voisines et d'entrer vigoureusement en campagne. Ce déploiement de forces intimida l'ennemi et l’obligea à reculer; mais ensuite un autre décret ayant nommé Tsai-ping gouverneur général du Ling-nan'$1, avec ordre de se tenir seulement sur la défensive, et Tsai-ping qui regardait les troubles comme apaisés ayant conseillé de diminuer l'effectif de l’armée d'occupation du Ngan-nan, le roi de Nan-tchao profita de ces mesures imprudentes pour s'emparer d’abord de Kiaotcheou "8 et bientôt envahir de nouveau tout le Ngan-nan. Alors l'Empereur nomma Kao-pien gouverneur de cette province et géné-

ralissime des armées du sud, appelées à la défense du Ling-nan.

"+ F# ii Territoire actuel de Tsun-

y-fou (Kouei-tcheou).

Tea CA PA Ngan-nan est l'ancien nom du Tong-king proprement dit, comprenant actuellement la partie septentrionale de l'Annam. Les Tang avaient divisé les régions de la Chine méridionale situées au midi des monts Van-ling, et pour cela comprises sous la dénomination de Ling-

nan (midi des monts Ling), en cinq pro-

vinces appelées Ngan-nan, JE Kouang, FE Kouei, = Yong et È Yong.

103 I M Dans le Hou-nan actuel.

106 È dh (Voir ci-dessus, note 164).

Ce Yong (tcheou) comprenait une partie des circonscriptions actuelles de Nanning-fou (Kouang-si).

107 LE Fei Voir ci-dessus, note 164.

ai ZE Di L'ancienne capitale du

Ngan-nan et son territoire.

Kao-pien jouissait d'une grande réputation militaire; son seul nom rendit la confiance aux soldats. La situation était cependant très menacante, au moment où il prit le commandement. Les Nantchao, cnorgueillis de leurs succès, levaient partout de nouvelles troupes afin d'assurer leurs conquêtes. Le gouverneur du Ssetchouen occidental, aidé par un chef des barbares Man !%°, les avait refoulés vers l’ouest jusqu'au fleuve Ta-tou-ho !"; mais le Ngannan était en leur puissance et ils s'avancaient jusqu'à Hai-men "1. Le long séjour des soldats chinois dans ces climats meurtriers avait réduit leur nombre des deux tiers. Kao-pien affermit la discipline, tira parti des moindres ressources et bientôt la face des événements eut complétement changé. Prenant avec lui cinq mille vétérans choisis entre les plus braves, il surprit l'ennemi sur le territoire de Yong-tcheou, se rendit maître de Kia-tcheou, y concentra ses forces, livra ensuite plusieurs batailles et fut toujours vainqueur. Les soldats qu'il conduisait semblaient grisés par sa présence. Ils décapitèrent trois ennemis sur cinq. Le Ngan-nan tout entier fut remis sous la souveraineté de l'empire et les Nan-tchao demandèrent la paix.

Cette paix dura jusqu'à la dixième année hien-tong (869), épo-

que à laquelle le roi l'sieou-long entra sur lesterres de l'Empire à la

16 Le texte porte littéralement : avec l'aide d'un Di LE kouei-tchu des Man.

Il s'agit sans doute d’un chef des barbares Man du Sse-tchouen, sujets et amis de la Chine, ct le rapprochement de plu-

sicurs passages nous montre que cc nom

de kouei-tchu était un titre porte par des chefs de tribu, notamment chez les Tsang-ko.

{70 Ci-dessus, note 1 34.

off | Localité difficile à identi-

fier ici.

téte d'une armée formidable, prit d'assaut les villes de Kia-tcheou et de Li-tcheou, envahit le Mei-tcheou et vint mettre le siége devant Tching-tou !*?. Les Nan-tchao manquaient de tactique; ils ne savaient ni combiner leurs mouvements ni tirer parti des grands avantages que pouvaient leur donner la marche rapide et la bravoure sauvage de leurs soldats. Le moindre pillage les arrêtait, et leurs forces se disséminaient. Les vieillards, les femmes et les enfants d'un bon nombre de villes et de villages eurent le temps de se réfugier en foule dans les murailles de Tching-tou, tandis que les troupes impériales accouraient de toute part au secours de la capitale du Sse-tchouen. Plusicurs combats furent livrés en divers endroits. Enfin, les Nan-tchao apprenant que l'Empereur envoyait de nouveaux renforts tirés des cantonnements du Chen-s1 #, jugèrent prudent d'opérer leur retraite. L'armée impériale incendia les

172 11 a été dit, plusieurs fois déjà, que Tching-tou était la capitale du Sse-tchouen, comme elle l'est encore de nos jours. Cette ville avait une enceinte de fortitications très-étendue, de manière à recevoir, en cas d'invasion, les populations fugitives des villes environnantes, fait qui sc produisit plusieurs fois. ainsi qu'on le verra plus loin. — Ce que Ma-touan-lin ne dit pas, mais ce que les chroniques des Tang nous apprennent, c'est le motif de cette nouvelle agression des Nan-tchao. Leur

prince, en paix avec l'Empire, avait en-

voyé un de ses officiers à la Cour pour remercier l'Empereur d'une grâce qu'il en avait reçue. Un gouverneur chinois, Lisse-ouang, avait arrèté cet envoyé au passage et l'avait fait périr. La Cour, instruite de cette violence, s'était empressée de destituer Li-sse-ouang; mais le roi de Nan-tchao n'avait pas jugé la réparation suffisante.

173 Litt. Les troupes des cantonnements placés au midi de la montagne

Fong-tsiang (du Chen-si méridional).

instruments de siége des barbares 7, et Tsicou-long regagna ses états.

Dès sa jeunesse le roi Tsieou-long s'était montré d’un naturel violent et sanguinaire. Il faisait tuer ses propres parents s'ils émet- | taient seulement un avis contraire au sien. Une année ne s’écoulait pas sans qu'il ne conduisit ses troupes à la guerre. Même au-dessous de quinze ans, tous les jeunes garçons de son royaume étaient pris pour le service militaire et les femmes devaient labourer la terre, afin que l’armée fut fournie de grains. La quatorzième année hien-tong (873), ce prince turbulent franchit encore le fleuve Tatou-ho !?, ravagea le Li-tcheou ‘5 et le Kiong-tcheou!", et répandit la terreur jusqu'à Tching-tou. Après avoir occupé Sin-tsin ‘8, les Nan-tchao firent semblant de se retirer; puis ils fondirent sur le Kien-tchong!#et reparurent de nouveau dans le Li-tcheou. La première année kien-fou, du règne de l’Empereur Hi-tsong (874) ils pillèrent le Soui-tcheou!8°, s'emparèrent de la ville de Li-tcheou et pénétrèrent dans le Ya-tcheou‘#! par les gorges de Kiong-laikouan'**.Tching-tou vit accourir des populations terrifiées, et ferma ses portes pendant trois jours. L'Empereur se hâta de confier à

là "4 HA. Il est regrettable qu'au- ‘79 Ci-dessus, p. 6, note 26.

cun détaii ne soit donné sur ces instru- 180 Le sud-ouest du Sse-tchouen, ainsi ments ou machines de siège. qu'il a été dit précédemment. | 484 ì .

175 Ci-dessus, note 154. HÉ H Sse-tchouen occidental. 176 RI ) 153 BE | na HR A quatre-vingts li à 477 i . . . , pil M l'ouest de Yong-king-hien du Ya-tcheou

178 XI j# Au midi et dans la cir- (Sse-tchouen).

conscription de Tching-tou.

Kao-pien le commandement des armées de l'ouest. Ce général, qui menait toujours avec lui cinq mille cavaliers d'élite, refoula les barbares jusqu'au Ta-tou-ho, fit prisonniers beaucoup de leurs guerriers revétus de cuirasses, décapita cinquante chefs !# et, franchissant à son tour les défilés de Kiong-lai-kouan, reprit la ville de Li-tcheou en chassant l'ennemi devant lui.

Tsieou-long avait envoyé un parlementaire à Kao-pien pour traiter de la paix. « Va dire à ton maitre, » avait répondu Kaopien, « que j'arrive avec cent mille hommes et qu'il ne saurait être question de paix avant que je ne l'aie châtié. » Les victoires de Kao-pien inspirèrent à Tsieou-long une grande frayeur.

Depuis la rupture des relations entre le Nan-tchao et l'Empire, plusieurs négociateurs chinois avaient été envoyés à la Cour de Tsieou-long, qui avait constamment refusé de les recevoir. Kaopien, sachant que ce prince professait une grande vénération pour la doctrine de Fo, pensa qu'un bonze bouddhiste serait le meilleur intermédiaire en vue de rétablir la concorde. Il chargea donc l'un d'eux, nommé Æing-sien'#, de se rendre auprès du roi de Nantchao. Comme il l'avait prévu, Tsieou-long fit un excellent accueil à ce religieux, le salua respectueusement, convint, avec lui des conditions de paix et se soumit à prêter le serment de fidélité à l'Empire. Il fut convenu que l'Empereur et le roi de Nan-tchao se traiteraient d’oncle et de neveu, ou de frère aîné et de frère cadet. Tsieou-long envoya aussitôt des ambassadeurs et des otages. La

paix fut signée. Le religieux bouddhiste fut comblé d'honneurs.

“@ È © kt Al

ATSUME GUSA =. st 219

Kao-pien consolida les résultats heureux qu'il avait obtenus, en concluant une alliance avec les Tou-fan et en élevant trois forteresses, l'une près de Ma-h0u!'8% et les deux autres sur les rives du Mo-youen-tchouen!* et du Ta-tou-ho!#, Il créa, de plus, une armée d’observation prête à se porter sur tout point qui serait menacé. Tsieou-long fut profondément affligé de l’impuissance à laquelle ces dispositions le réduisaient. Il mourut, peu après, d’un ulcère. Ses sujets lui décernèrent le faux titre posthume de Kingtchouang Hoang-ti'®®.

Fa ‘8, fils de Tsieou-long, succéda à son père. Il donna aux années de son règne les noms de fchin-ming-tching-tchi-ta-tong ®. Il se servit de l'expression fa-fong-jin"°! pour se désigner lui-même. Il était jeune, il aimait à chasser et à s’ennivrer. Il portait des habits .

O Hi ) ni Lac du Sse-tchouen et aussi ville chef-lieu du département auquel ce lac a donné son nom.

mn Tk o JI Rivière qui coule entre le Ta-tou-ho et ie lac Ma-hou, à l'ouest de Siu-tcheou.

187 On voit que les territoires du Nantchao ne s'étendaient pas encore Jusqu'au fleuve Ta-tou-ho. La planche 16 des Tableaux historiques de l'Asie est inexacte

à cet égard.

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