‹ Atsume gusa (volume 2)Chapitre 72 sur 175 · HR PE · texte numérisé non relu

HR PE

uo HE + I DROP

SE Ce catactère qui signifie littéralement : campement fortifié, enceinte de palissades, a dwelling or station for troops, est celui que J'ai traduit par les mots place fortifiée, On lit dans le Tosse-fang-xu que le nom de tchai fut également emplové pour désigner la circonscription territoriale placée sous la protection des troupes que le tchai renfer-

mait.

ou devant les #i-kiu ll, ensuite devant le préfet de Yong !'? et enfin devant le gouverneur général, qui décide en dernier ressort.

« Antérieurement à l'époque des années hoang-yYeou (1049- 1053), les chefs indigènes investis du gouvernement des fcheou ne pouvaient obtenir une dignité supérieure à celle que ce poste leur conférait ; mais à la suite des troubles causés par la rebellion de Tchi-kao, plusieurs de ces chefs ayant acquis des mérites et fait acte de fidélité, reçurent des grades honorifiques trés-élevés dont ils se montrèrent fiers à juste titre, car le prestige des faveurs im périales était grand, même aux yeux des barbares, et tous leur cédaient le pas. A partir des années youen-fong (1078-1085), les distinctions accordées aux indigènes devinrent de plus en plus fréquentes. Peu à peu, il y eut des chefs barbares qui vinrent habiter les provinces intérieures de l’Empire, qui se firent inscrire sur les registres de la population de leur nouvelle résidence, payèrent l'impôt en grain, furent considérés comme Chinois, et obtinrent de véritables mandarinats. Plusieurs s'avancèrent dans la carrière des emplois jusqu à occuper de hautes charges à la Cour.

« Les jeunes indigènes qui vont étudier et passer des examens littéraires à Yong-tcheou déploient beaucoup de finesse et d’intelligence. Ils savent se créer des relations parmi les fonctionnaires mpériaux, sont au courant de toutes les nouvelles et peuvent souvent instruire par avance leurs compatriotes des mesures qui se préparent ou des décrets qui vont être rendus. Il existe encore des représentants de quelques anciennes familles riches et puissantes, habitant des palais somptueux, portant des habits magnifiques, et

44 Ci-dessus, note 131. 14? Ci-dessus, note 2.

menant un grand train de serviteurs, de chars et de chevaux. Tels sont Li-yu, du fcheou de Ngan-ping et Hoang-kiai, du fcheou de Tien, qui se font suivre l’un et l’autre par une compagnie de gardes bien armés.

« Le peuple recoit des champs à cultiver, dont l’étendue est déterminée pour chaque famille suivant le nombre des membres qui la composent. Ces champs ne peuvent étre achetés ni vendus. Les seules terres qui appartiennent en propre à des particuliers sont celles qui jadis ne rapportaient rien et qu’un labeur privé a su rendre fertiles. Celles-là sont devenues patrimoniales ; on les appelle tsou-nie-keou-fen-tien ". Les chefs auxquels est confié le gouvernement des {cheou ont aussi la jouissance d’une certaine étendue de terre cultivable, dont le produit leur tient lieu d’appointements. Ces gouverneurs indigènes ont sensiblement accru le chiffre de la population qui leur est soumise, tantôt en faisant contre les Leao montagnards ‘# des expéditions qui leur procurent de nombreux captifs, tantôt en achetant à ces mêmes Leao des jeunes filles qu'ils marient avec leurs prisonniers de guerre, de manière à leur fournir une race d'esclaves héréditaires, exercés à la milice, et auxquels ils donnent des champs à cultiver comme à leurs propres compatriotes. Le nom commun de ces serviteurs est kïia-nou "#5 ou kia-ting'i$; ceux qui se distinguent par leur

intelligence ou leurs bons services sont appelés fien-ise-kia 7 et

153 | SE H 3 HE 136 À T (domestici viri).

1 ih jf Voir ci-dessus, la notice HI + FA (en traduction libre :

sur les Leao, p. 106. maîtres laboureurs.

143 KR HY (domestici scrvi).

aussi ma-tsien-pat!'8. Tous marchent pieds nus et portent des bonnets verts. On les comprend dans la dénomination générale de tong-ting!** par laquelle on désigne indistinctement tout homme du pays qui appartient à la classe populaire et qui est dans l'âge viril.

« Il n'existait pas autrefois de fcheou qui renfermàt plus de cinq à six cents habitants ; aujourd’hui la population de certains tcheou dépasse le chiffre de plusieurs mille. Dans les années youenfong (1078-1085), on a fait un recensement des hommes valides, qui se trouvèrent au nombre de plus de cent mille. On ne comptait ni les vieillards ni les enfants.

« Ces barbares sont généralement de complexion robuste; ils peuvent endurer de grandes fatigues et de grandes privations. Chaussés de souliers de cuir, ils montent et descendent par les chemins les plus escarpés des montagnes d’un pas assuré. Pour armes défensives, ils ont des cuirasses et des boucliers; pour armes otfensives, de longues lances, des javelots, le sabre recourbé, l’arbalète et des flèches en bois léger. Quand ils guerroient entre eux, chaque parti dispose ses hommes de manière à former des ailes aussi étendues que possible, à droite et à gauche du gros des combattants. Le parti le plus nombreux parvient ainsi à envelopper le parti contraire, et la victoire se décide en sa faveur.

« Les ma-lan'®, ou habitations des Si-youen-man, n ont qu’un seul étage au-dessus de celui qui repose sur le sol. Elles sont faites

a Ri RE W ; 148 #5 BI he? en traduction libre: n if J (antrorum viri).

. | 150 li: LÉ

de bambou et de paille et surmontées d’une sorte de terrasse. Le rez-de-chaussée est occupé par les bœufs et les porcs et l'étage supérieur par les habitants, qui couchent sur des peaux de bœufs et s'accoutument à respirer ainsi une continuelle odeur de fumier. Le pays renferme beaucoup de tigres et de loups, dont les attaques fréquentes entretiennent l'inquiétude dans les bourgades aussi bien que dans les habitations isolées. L'industrie particulière des indigènes consiste à fabriquer un tissu de coton et de duvet d’oies, travail qui s'accomplit en hiver. Pendant l'été, ils font divers ouvrages de bambou et confectionnent, pour s'habiller, des toiles de chanvre. Ils pétrissent entre leurs doigts des boulettes de riz qui forment toute leur nourriture. Ils se méfient les uns des autres et cachent soigneusement leurs outils et leurs ustensiles dans des trous pratiqués sous terre, craignant qu'ils ne leur soient volés.

« Le sol est riche en mines d’or, d'argent, de cuivre, de plomb, de malachite et de cinabre. On tire encore de ce pays des plumes bleues de martin-pêcheur, des tapis fabriqués par les montagnards!5!, des toiles de chanvre, des aromates, du poivre estimé, etc., le tout en abondance.

« L'ancienne famille Hoang ‘*? est toujours nombreuse. Celle de Nong‘, au contraire, a presque disparu. Cela vient de ce qu'après la pacification des troubles suscités par (Nong)-tchi-kao, cette famille Nong ayant donné des marques de sa fidélité à l'Empire fut autorisée à prendre le nom de famille de la dynastie régnante. Il ne reste donc plus dans le pays qu'un très-petit nombre

151 Litt. : fabriqués par les barbares qui 152 Ci-dessus, p. 236, note 3.

habitent dans les antres des montagnes. 153 Ci-dessus, p. 237, note 10.

d’indigènes ayant conservé le nom de Nong, mais on y compte beaucoup de 7chao!?.

« Dans les antres où tous les habitants portent le même nom de famille, le mariage est autorisé malgré la similitude de nom‘. Les chefs! ont quelquefois plusieurs femmes, qui toutes sont appelées mei-niang*. Les familles puissantes déploient, pour les cérémonies du mariage, un luxe et une pompe extraordinaires. Les présents que reçoit la fiancée forment souvent jusqu'à mille charges et rarement moins de moitié !*8. Quand le fiancé arrive, les parents

de la jeune fille construisent des centaines de petites maisons de

151 4x8 nn PA] Tchao était l'ancien nom de

famille de la dynastie impériale des Song.

qui régnait à l’époque où nous reportent ces récits. La concession octroyée à la famille Nong était une haute faveur, par laquelle l'Empereur récompensait quelquefois le dévouement des princes étrangers qui se faisaient naturaliser. D'autre part, on a vu précédemment que les familles Hoang, Nong, etc., étaient de véritables clans, ce qui explique que la concession du nom de Tchao se tut étendue à un grand nombre de personnes.

15 On sait qu'à la Chine, où le nombre des noms de famille est d'ailleurs trèslimité, le mariage est interdit entre tous

les individus qui portent le même nom,

et qui sont réputés descendants d'un au-

teur commun.

“À % "4 di

158 Il ne faut pas entendre ici, par le mot charge, la charge complète d'un homme ou d'un cheval, mais autant d'objets offerts en présents que de charges énumérées. L'usage existe encore, dans plusieurs provinces chinoises, d'envoyer chaque présent destiné à la fiancée sur une sorte de civière qne deux hommes portent ensemble, ce qui constitue isolément une charge, si légére qu'elle soit.

Les mille charges, dont parle notre texte,

feraient donc supposer une file de deux

mille porteurs.

paille pour y loger les invités. Les futurs époux visitent les hòtes de chacune de ces cabanes, au bruit du tambour, au son de la musique et accompagnés de tous les gens de la noce. Les servantes de la femme sont au nombre de plus de cent; les serviteurs du mari sont au nombre de quelques centaines. La parenté masculine de chaque famille passe la nuit des noces sous les armes ; la moindre parole malséante serait le signal d'un combat sanglant. Dès le jour qui suit, le nouveau marié tient constamment à la main son épée nue, prêt à frapper toute servante de sa femme qui n’agirait pas selon son plaisir. L'homme qui saisit ainsi l’occasion de mettre à mort plusieurs femmes s'attire l’obéissance et le respect; celui qui se montre débonnaire s'expose à être traité avec mépris. Ce campement des deux familles dure six mois ; ensuite le mari conduit sa femme dans sa propre demeure.

« Lorsqu'un si-youen-man revient chez lui, après avoir accompli un long voyage, il doit faire halte à trente li de son habitation. afin d'attendre l'arrivée d'un magicien porteur d'une corbeille de bambou, que les siens ne manquent pas d'envoyer au-devant de lui aussitôt qu'ils sont prévenus de son approche. Le voyageur se dépouille de ceux de ses vêtements qui touchent à la peau; le magicien recueille ces vêtements, les enferme dans sa corbeille et, marchant en avant, porteur de ce précieux fardeau, conduit l'homme qu'on attend jusqu'à sa porte. Les indigènes disent que cette cérémonie a pour but d'assurer le retour de l'äme!*".

159 ÂT A ZX ne] A: Yi, seul au foyer et que l'âme ne s'en sépare

litt.: viatoris colligere anima reditum. On pour aller rejoindre, au loin, ses dernières

semble craindre que le corps ne rentre attaches.

« Quand le père ou la mère vient à mourir, les enfants se rendent au bord de la rivière la plus prochaine, . les cheveux en désordre et poussant de longs gémissements. Ils ont une amphore qu'ils remplissent de l’eau destinée à laver le cadavre, mais seulement après avoir jeté dans la rivière quelques monnaies de cuivre ou de papier. Cette offrande se nomme maï-choui (l'achat de l’eau) et ceux qui ne la feraient pas seraient réputés ingrats envers leurs parents défunts.

« Jadis, les habitants de ces régions furent non-seulement tributaires, mais étroitement unis à l'Empire, dont l'autorité administrative s'étendait au loin. Des mandarins chinois de l’ordre civil les gouvernaient; des mandarins de l'ordre militaire les protégeaient contre les incursions des barbares étrangers, leurs voisins. Ils nourrissaient l’armée chinoise, étant exemptés eux-mêmes de fournir une milice, de telle sorte que tout le monde était d'accord et s'entendait comme le bras et les doigts. Les fonctionnaires indigènes, très-simples dans leurs costumes, témoignaient un grand respect pour les délégués de l’Empire et regardaient le gouverneur général comme un demi-dieu. Les ordres de la Cour étaient toujours fidèlement exécutés et les forteresses bien entretenues.

« Peu à peu tout cela fut changé. Les indigènes cessant de payer régulièrement les impôts, les troupes chinoises que ces impôts servaient à nourrir manquèrent bientôt de subsistances; elles furent considérablement diminuées dans leur effectif et devinrent trop faibles pour maintenir l'ordre établi. La vénalité s’empara de la grande majorité des fonctionnaires de tout rang, au point que le petit nombre de ceux qui se montraient attachés à leur devoir étaient desservis ou empoisonnés par les supérieurs dont ils

relevaient, et malheureusement il faut reconnaître que le premier exemple de cette conduite criminelle fut donné par de hauts mandarins chinois, indignes représentants de l'autorité impériale. De cinq mille soldats bien commandés, qui assuraient jadis la tranquillité des frontières, il ne resta plus que quelques centaines d'hommes mal disciplinés et mal armés. Des retranchements les plus solides, il ne demeura debout que quelques murailles à demi-ruinées. Enfin, les barbares n'ayant plus rien à craindre poussèrent l'audace jusqu'à enlever les voyageurs chinois et les habitants des provinces chinoises limitrophes, pour en faire des esclaves et les vendre dans le Kiao-tchi.

« Ces désordres monstrueux étaient soigneusement cachés à l'Empereur, qui gardait une confiance aveugle dans la fidélité de ses mandataires ; mais ils ne pouvaient manquer de porter leurs fruits, comme on le vit bien dans le Kouang-youen, au milieu des années king-lt (1041-1048) 1%. »

160 Fan-chi-hou, qui vécut au milieu du XIIme siècle, ainsi qu'il a été dit précédemment, et à qui Ma-touan-lin emprunte le fragment qu'on vient de lire, fait allusion ici à la révolte de Nongtchi-kao relatée plus haut (page 247 et suiv.) — Je n'ai pas cru devoir m'atta-

cher à la version purement littérale dans

la traduction de ces trois derniers paragraphes, afin surtout d'éviter la mention de nombreux fonctionnaires par les titres chinois de leurs fonctions, ce qui eût exigé un commentaire perpétuel sans intérêt, et gêné l'interprétation du sens gé-

néral.

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