‹ Atsume gusa (volume 2)Chapitre 95 sur 175 · HH · texte numérisé non relu

HH

17 Il s'agit d'une hache à long manche et à fer en forme de croissant, que l'Empereur remettait en certaines occasions comme un insigne de haute dignité et de grand commandement militaire, On pourrait comparer la hache tsie-youe à notre

bâton de maréchal.

"Ma

mex Duno

mais à la mort de ce dernier, survenue au commencement des années kien-te de la dynastie des Song (963-967), Ou-tchu-ping *?, conseiller du défunt, Kiao-tchi-hou® qui commandait dans le tcheou de Fong**, Yang-hoei* qui commandait dans le {cheou de Ning? et le chef militaire T'ou-king-chi* se disputèrent sa succession. Il y eut de grands troubles dans les douze tcheou, les partisans de ces nombreux prétendants se livrant de tout côté au meurtre et au pillage. Alors parut sur la scène un nouveau compétiteur, Ting-pou-ling”?$, lequel était fils de Ting-kong-tchu®®, en son vivant investi du gouvernement de Hoan-tcheou* et d'un grand commandement militaire par Yang-ting-y, dont il a été parlé précédemment. Ce Ting-pou-ling avait hérité des pouvoirs conférés à son père; vaillamment aidé par son fils Lien! et suivi par les soldats qu’il commandait, il défit tout d'abord Ou-tchu-ping, dispersa les forces de ses autres rivaux et rétablit la paix troublée. Alors la multitude le proclama Grand roi victorieux*; il déclara

22 Ji EA FF n i Même observation qu'à la 23 Hr ZI] É note 24.

Ò LES Je n'ai pas pu identifier ce

la première division territoriale était

H tcheou; on voit, dans ce passage, que n TJ T HE

dès-lors sensiblement modifiée et, d'ailleurs, le texte parle un peu plus loin la note 24.

3I . , de douze tcheou, au lieu des neuf de fé Le même qu'on trouve ail-

l'origine. leurs appelé JT té Ting-lien.

25 Ji fi 42 k BE +

lui-même son fils Lien lieutenant général du royaume et régna trois ans dans le Kiao-tchi, en maître absolu °?.

Lien avait succédé à Ting-pou-ling et depuis sept ans déjà était sur le trône, quand le bruit des conquêtes de l’empereur Tai-tsou * dans les régions méridionales voisines de ses frontières lui inspirèrent de la crainte, et le désir de renouer avec la Chine les relations que son père avait interrompues. Il envoya donc une ambassade à la Cour, portant des lettres pour l'Empereur et des présents offerts en tribut. Tai-tsou donna l'investiture à Lien, en qualité de prince vassal de l'Empire, et conféra des titres honorifiques à tous les envoyés du Kiao-fchi. Une nouvelle ambassade arriva l’année suivante ; elle offrait des éléphants et des rhinocéros, des parfums et des médicaments précieux. Cette fois, l'Empereur reconnut à Lien un titre féodal d’un degré supérieur à celui dont il l'avait investi l’année précédente ®.

Lien envoya encore des ambassadeurs afin de complimenter l'empereur Tai-tsong * sur son avénement; puis il mourut, laissant

# Le Tong-kien-kang-mou dit que Ting-pou-ling cessa de rendre hommage à l'Empire; mais on voit par les événements qui précédèrent le règne de Tingpou-ling que la domination chinoise dans le Æïao-tchi n'était guère que nominale, sous le gouvernement des chefs indigènes ses prédécesseurs.

# Le fondateur de la dynastie des

Song, qui régna de l'an 960 à l'an 976.

35 L'Empereur lui avait conféré d’abord un titre qu’on pourrait traduire librement : Généralissime et gouverneur général, protecteur du Ngan-nan, etc.; après la seconde ambassade, il le nomme HP E Kiun-ouang (regulus ou roi de second rang).

36 Le second empereur des Song, qui

monta sur le tròne en 976.

pour héritier un frère appelé Siuen®?, qui était encore enfant. Il advint alors que le général en chef des armées du Kiao-tchi, nommé Li-houan*®, déposséda l'héritier légitime, jeta dans les fers tous ceux qui tenaient au sang royal, et s'empara lui-même du pouvoir souverain. La nouvelle de cet événement fit entrer l'empereur Tai-tsong dans une violente colère. Il résolut de châtier l’usurpateur ; il expédia sur le champ des délégués impériaux pour le représenter aux funérailles du roi défunt®* et, dans la cinquième année tai-ping-hing-koue (980), les généraux Sun-tsiuen-hing, Tchangsiuen et Tsoui-leang recurent l’ordre de conduire un corps d'armée au Kiao-tchi par la route du Yong-tcheou, tandis que les généraux Lieou-tching, Kou-tchi et Ouen-siuen devraient s’embarquer à Kouang-tcheou*° avec urfe autre armée qui opérerait de concert. Cette même année, Li-houan envoyait à la Cour des ambassadeurs, porteurs du tribut et d’une lettre à l'Empereur dans laquelle il demandait l'investiture au nom de Ting-siuen!, le prince héritier; mais l'Empereur ne doutant pas que cette apparente soumission ne fut un pur stratagème, en vue d'arrêter la marche des troupes chinoises, laissa la lettre de Li-houan sans réponse et ne changea

st Fe . .

FF 40 Canton; cette ville et son territoire 38 MJ #H . .

4 ga] ne faisaient plus partie depuis longtemps

39 On a déjà vu qu'à la mort dun du Xïao-tcheou ou Kiao-Ichi. grand vassal de l'Empire, l'Empereur È Vizi Le même dont il a été avait coutume d'envoyer des ambassa- fait mention plus haut (note 37). Ting deurs ayant pour mission d'assister aux est le nom de famille et Siuen le nom

funérailles, particulier.

rien aux ordres qu'il avait donnés. Deux premières rencontres eurent lieu, l’une sur terre et l’autre sur mer, qui furent pour l’ennemi deux sanglantes défaites. On lui coupa plus de dix mille têtes et on lui captura plus de deux cents bateaux de guerre. On était alors au printemps de la sixième année faï-ping-hing-koue (981). L'avant-garde de l’armée de terre était commandée par un trèsbrave officier nommé Heou-jin-piao, que Sun-tsiuen-hing et les autres généraux laissèrent s'avancer isolément,campant eux-mêmes à Hoa-pou'? pendant soixante-dix jours pour y attendre l’arrivée de la flotte conduite par Lieou-tching. Cette flotte ayant paru, ils allèrent avec elle jusqu'à To-lo-tsun 43; puis, n'apercevant pas l'ennemi, ils jugèrent à propos de revenir tous ensemble au camp et au mouillage de Hoa-pou. Vainement Heou-jin-piao leur expédiait des courriers pour les faire sortir de cette dangereuse inactiori. Ils étaient entretenu dans une fausse sécurité par Li-houan, qui leur faisait des propositions de paix mensongères, tandis qu'il réunissait toutes ses forces afin d’envelopper l'avant-garde chinoise. Écrasé par le nombre, Hao-jin-piao périt avec tous les siens, les armes à la main.

Dès que l'Empereur fut instruit de ce désastre, il ordonna la formation d’un nouveau corps d'armée et fit partir des émissaires, chargés de porter aux généraux coupables leur sentence de mort. Lieou-tching se tua lui-même; Kou-tchi et quelques autres se déguisèrent et prirent la fuite, mais furent reconnus et massacrés dans les rues de Yong-tcheou. Sun-tsiuen-hing ‘trouva le moyen

42 AL, Hb 43 CÀ RE FF (Village de To-lo .

d’arriver jusqu’à la Cour, où il espérait se justifier ; mais il ne put fléchir l'Empereur. Tous ceux qui avaient trempé dans cette lâche défection eurent la tête tranchée: La mémoire de Heou-jin-piao fut honorée par un titre posthume.

L'année suivante (982), Li-houan, qui désirait la paix avec l'Empire, envoya encore des ambassadeurs à la Cour, porteurs de divers produits du Kieou-tchi offerts en tribut et d’une lettre à l'Empereur, dans laquelle il continuait de solliciter l'investiture impériale au nom du prince Ting-siuen, exprimant d'ailleurs un profond regret de tout ce qui s'était passé fi.

La huitième année faï-ping-hing-koue (983), Li-houan ne marqua pas d'offrir le tribut comme auparavant et écrivit encore à l'Empereur une longue lettre, où il exposait toutes les circonstances qui l’avaient amené à prendre en main l'autorité. Il ne se donnait pas encore le titre de roi. L'Empereur répondit à cette lettre en termes bienveillants, déclarant toutefois sa volonté que Ting-siuen lui fut envoyé. Bientôt Ting-siuen parut à la Cour, avec sa mère et toute sa parenté. L'Empereur lui fit rendre de grands honneurs, mais dès-lors l'usurpation de Li-houan devint un fait accompli.

Cette même année, à la cinquième lune, Li-houan notifiait à l'Empereur que les armées du roi de Tchen-tching ayant essayé d'envahir son royaume, il les avait repoussées, malgré le grand

si Le silence que garde Ma-touan-lin graphe montrent que les Chinois n'avaient sur les suites de la seconde expédition pas été plus heureux dans une nouvelle projetée par l'Empereur, et le fait méme campagne, ou que Tai-tsong n'avait pas

de l'ambassade mentionnée dans ce para- mis son projet à exécution.

ati

nombre de leurs cavaliers et de leurs éléphants de guerre, que les tribus indépendantes lui avaient prêté leur assistance, et qu'ensemble ils avaient abattu plusieurs milliers de têtes 4.

La seconde et la troisième année yong-hi (985 et 986), Li-houan envoya régulièrement le tribut et l'Empereur lui conféra différents titres, en vertu desquels il était officiellement reconnu comme vassal de l’Empire ‘9.

Dans le même temps, on reçut à la Cour l’avis qu un chef de tribu du Tchen-tching, nommé Pou-lo-ngo“?, venait de se réfugier à Tan-tcheou** avec ses parents et alliés au nombre de plus de cent, se plaignant d’être opprimés par le Kiao-tcheou‘° et voulant désormais appartenir à l'Empire.

La première année touan-kong (988), l'Empereur conféra un nouveau titre à Li-houan®° et chargea le haut mandarin Song-hao

45 Dans la notice concernant le Tchentching (Cochinchine actuelle), qui viendra plus loin, il est dit que, de son côté, le roi de Tchen-tching se plaignit d'avoir été attaqué par Li-houan.

46 La traduction littérale des titres conférés par l'Empereur à Li-houan serait à peu près inintelligibie en français. Le fait iwportant qu'ils indiquent est la reconnaissance définitive des faits accomplis. Li-houan est qualifié généralissime et protecteur du Ngnan-nan, comme Lien

(ci-dessus note 35°. Il n'est pas investi

encore du titre de regulus (Aiun-ouang), mais il regoit celui de (3 heou. qui est aussi un titre de prince féodal. Comme sous les Tang, le Xiao-ichi continue d'être appelé Kiao-tcheou.

"sh 6 I

48 Dans l'île de Haï-nan, qui était rentrée sous la domination directe del'Empire.

49 C'est-à-dire le Aiao-ichi (Voir cidessus la note 46‘. Nous ne reviendrons plus sur cette observation que Âïao-tchi et Atao-tcheou sont ici des synonymes.

50 Titre purement honorifique.

de lui en porter le diplôme. A son retour de cette mission, Songhao recut l’ordre de présenter par écrit une relation de son voyage et de tout ce qu'il avait observé. Voici ce qu'il écrivit : « Nous arrivâmes aux frontières du Kiao-tcheou, l'année dernière, vers la fin de l’automne. Li-houan avait envoyé au-devant de nous un de Ses grands officiers, nommé 7ing-tching-tching*', avec neuf vaisseaux sur lesquels étaient embarqués trois cents soldats. Nous primes la mer et nous eûmes une navigation très-pénible, étant battus par la tempête et courant beaucoup de dangers. Il nous fallut quinze jours pour atteindre l’une des embouchures du Peteng **, ensuite nous entràmes sans difficulté dans ce fleuve, portés naturellement par le flux. On s’arrétait pour passer la nuit à des stations où les logements étaient préparés dans trois petits édifices recouverts de paille toute neuve. Parvenus à Tchang-tcheou’* et comme nous approchions de la capitale, nous vimes apparaître un grand nombre de navires qui semblaient en ligne de bataille et que Li-houan avait envoyés à notre rencontre, sans doute pour nous donner une haute idée de sa puissance. A la dernière station, placée à quinze /i seulement de la ville de Kiao-tcheou, les petits édifices recouverts de paille étaient au nombre de cinq et portaient un écriteau indiquant leur destination ‘.

| «A partir de cent /i avant d'arriver à la capitale, on avait rassemblé sur les rives du fleuve tous les bestiaux du peuple de la campagne et l'on voulut nous faire croire que c'était un approvi-

I JT sx na 55 Litt.: Un écriteau sur lequel on 52 A es lisait Ss. ® ERA Mao-king-y- (viarie ta fe M prafcctorum mansiones).

sionnement de l'État. Encore nous disait-on qu'il y avait là dix mille tétes de bétail, quand le nombre en était tout au plus de mille. De méme, on avait réuni tous les hommes valides, qui devaient, pour ce jour-là, jouer le rôle de soldats. Ils portaient des vêtements de toute couleur. Montés sur des barques, ils criaient et battaient du tambour. Des drapeaux blancs flottaient sur les montagnes, aux approches de la ville. Nous arrivons et tout à coup Li-houan apparaît avec sa suite et son escorte, accomplissant le rite de la réception au dehors des portes$. Il s'approche de nous, demande des nouvelles de l'Empereur, nous fait amener des chevaux et monte lui-mème à cheval pour nous accompagner. Il nous offre en même temps des noix de bétel, qu'on doit mettre aussitôt dans sa bouche. C’est une façon d’honorer les hôtes, suivant les usages du pays. La ville-capitale ne renferme aucun habitant, à proprement parler ; elle consiste en quelques milliers de cabanes de bambou recouvertes de paille, qui servent de casernes. Le prétoire n'est qu’une misérable maisonnette délabrée, sur laquelle est placée cette inscription : Demeure de la vertu éclairée", »

« Li-houan est loin d’être un homme de bonne mine. Un de ses yeux est plus petit que l’autre. Il nous raconta lui-même que dans une campagne récente contre des tribus barbares, il avait recu

33 Le texte se sert d'une expression des Zcheou, qui voulait qu'un grand vasindiquant les drapeaux que l'on arbore à sal allàt au-devant d'un envoyé de son la Chine quand il doit y avoir une grande suzerain jusqu'aux limites extérieures de revuc, ce qui montre qu'ils étaient dé- la ville où il le recevait.

p'ovés pour la circonstance. i HH fé Pi

% Ancien rite remontant à l'époque

une blessure au pied qui lui avait fait faire une chute de cheval; et il reçut les lettres impériales sans les saluer 8. Quelques jours après notre arrivée, il nous offrit un grand festin et, pour nous promener et nous divertir, on nous conduisit ensuite sur les bords du fleuve qui coule en plusieurs bras. Li-houan, pieds nus, entra dans l’eau et se mit à pêcher avec une longue canne de bambou. Chaque fois qu'il prenait un poisson, tout son entourage sautait et poussait des cris de joie. Les festins se renouvelèrent; au moment de s'asseoir, tout convive était invité à ôter sa ceinture et à se couvrir la tête. Li-houan était vêtu de très-beaux habits de soie rouge ornés, ainsi que son bonnet, de perles véritables. Il chanta plusieurs fois des chansons à boire ; nous n’en comprenions pas les paroles. Un jour il nous fit apporter par quelques dizaines d'hommes un énorme serpent long de plusieurs brasses, comme un excellent mets que notre cuisinier pourrait accomoder à notre goût; un autre jour, il nous envoya deux tigres enchaînés, destinés, disait-il, à récréer notre vue. Nous le remerciâmes de ces présents, mais sans les accepter. Tant officiers que soldats, il avait près de lui environ trois mille hommes, qui tous portaient tatoués sur le front les trois caractères fien-fse-kiun®? et recevaient, pour leur subsistance quo-

5 Ces deux dernières phrases, solidaires l’une de l'autre, offrent un sens très-clair bien que sous-entendu. Lihouan avait raconté lui-même l'histoire vraie ou fausse de sa blessure au pied pour se dispenser de saluer les lettres im-

périales, comme il aurait dû le faire, sous

prétexte que cette blessure ne lui permettait pas de plier le genou. Ces petites finesses diplomatiques abondent dans les chroniques de l'Orient.

i K + TE (Armée du fils du Ciel. Il cst surprenant que l'auteur de

cette relation ne se récrie pas, en passant,

tidienne, des grains en épis qu'ils devaient battre, moudre et cuire eux-mêmes. Leur armement consistait en arcs, arbalètes, boucliers de bois, lances de bois et de bambou, le tout trop faible pour servir utilement.

« Ce Li-houan est un homme de sentiments bas, orgueilleux, léger et cruel. Il est constamment accompagné de cinq ou six eunuques. Il se plaît à faire claquer ses doigts en pétrissant et avalant des boulettes de riz. Les gens de son entourage qui savent le prendre habilement dirigent les affaires et obtiennent de lui les plus hautes faveurs. Il condamne à cent ou deux cents coups de bâton, donnés sur le dos, ceux de ses courtisans qui commettent la moindre faute; quelquefois même il les fait tuer. Un secrétaire qui ne s’acquitte pas de ses fonctions comme il le désire reçoit immédiatement, pour sa part, trente à cinquante coups de bâton et, dégradé de sa charge, est réduit à celle de portier®. Il est vrai qu'aussitét la colère passée, il rappelle d'ordinaire ces malheureux et leur rend ce qu'il leur avait été.

« On nous mena voir des tours de bois, élevées pour la défense de la ville. Elles sont aussi simples de construction que laides de forme. La chaleur règne constamment dans ce pays. L'époque de la onzième lune, est le seul temps où les habitants portent des

sur l'audace de cette inscription, à moins 60 Les fonctions de secrétaire attaché qu’il ne veuille l’interpréter complaisam- à la personne du souverain sont en grand ment dans le sens que l'armée du Æïao- honneur à la Chine. La manière d'agir chi, pays tributaire de l'Empire, devait de Li-houan est rapportée ici comme un étre considérée comme appartenant au exemple monstrueux de brutalité gros-

Fils du Cicl (l'Empereur). sière.

vêtements doublés. Encore ne cessent-ils jamais d’avoir en main leur éventail. »

La quatrième année chun-hoa (993), l'Empereur reconnut à Li-houan le titre de regu/us du Kiao-tchif!. |

L'année suivante, Li-houan envoya des ambassadeurs pour accomplir la visite d'hommage et offrir le tribut; mais ces feintes démonstrations de sujet fidèle ne l’empéchaient pas de commettre les plus criminelles agressions. La première année fchi-tao (995), des rapports adressés par les autorités civiles et militaires du Kouang-si annonçaient que plus de cent navires de guerre du Kiao-tchi exercaient des actes de piraterie sur les côtes maritimes du Kin-tcheou®, opérant des descentes à main armée, vidant les caisses publiques et pillant les maisons des habitants. Presque dans le même temps, les troupes chinoises durent refouler cinq mille brigands qui ravageaient le Yong-tcheou et qui étaient sortis du Sou-meou-tcheou*, province appartenant à Li-houan.

L'Empereur Tai-tsong désirait mettre fin à de pareils désordres, sans être forcé d'entreprendre une nouvelle guerre dans ces pays lointains. Il envoya Li-jo-tchoue porter une ceinture de jade à Li-houan, avec une lettre qui l’invitait à respecter les territoires de l’Empire. Li-houan ne manqua pas d'aller au-devant de l'envoyé chinois et de lui rendre beaucoup d'honneurs; mais il lui dit

6! ZE Hit AP + le territoire de Jou-hong était au sud de

ci ER Dii pi Ì Li SR Litt.:La la ville de Xin, sur les bords du golfe de

circonscription territoriale de Jou-hong Tong-king. . ++ du Kin-tcheou. Le Æin-tcheou est situé se ik ;p:4 Di

à l'extrémité du Xouang-tong actuel, et

insolemment : « ce sont les tribus barbares établies au-delà de mes frontières qui ont fait ces incursions sur les côtes du Kin-tcheou. Comment l'Empereur en douterait-il? Si j'avais voulu moi-même prendre les armes, je me serais emparé premièrement du Fan-yufi et ensuite du Min et du Youeff. Est-ce que j'aurais embarqué les soldats du Kiao-tcheou uniquement pour aller ravager un petit coin de terre? » Li-jo-tchoue lui représenta doucement l’inconvenance de ces paroles et aussitôt il s’en excusa.

Quand Tchin-tsong monta sur le trône (998), Li-houan fut créé par lui roi de Nan-ping%. Li-houan envoya des ambassadeurs faire la visite d'hommage au nouvel empereur, en témoignant de sa gratitude. Jusqu'à cette époque, l'usage était d'envoyer un délégué spécial à la capitale du Kiao-tchi, pour la perception du tribut que Li-houan payait d’ailleurs régulièrement et sans difficulté. L'Empereur ordonna que, désormais, ce serait un des grands mandarins en fonction dans les provinces-frontières qui recevrait une commission impériale à l'effet de percevoir ce tribut 58.

61 Canton et son territoire. ment honorifiques qui demeurent à peu

65 Le Fo-kien actuel. près intraduisibles. La situation et les

66 Le Tche-kiang actuel. limites du

o F4 PF + (Roi de la pacifica-

royaume de Âïao-tchi ou

Nan-ping, à cette époque, sont très-clai-

tion du Midi). Pour la première fois, l'Empereur reconnaît au souverain du Kiao-tchi le titre de roi. Le texte ajoute que l'Empereur concéda en même temps con. . 4: FH

a Li houan le titre de 1 » chitchong, un de ces titres de Cour pure-

rement indiquées dans la carte 19 des Tableaux historiques de l'Asie, par Klaproth.

6 On lit souvent que des ambassadeurs étrangers sont venus à la Cour apporter ou offrir le tribut, parte que les présents et les objets curieux qu'ils offrent

La première année king-te (1004), Li-houan envoya à la Cour l'un de ses fils nommé Ming-ti*, qui avait le gouvernement du Houan-tcheou®, pour faire la visite d'hommage et pour solliciter l'intervention d’un commissaire impérial, en vue de régler quelques difficultés pendantes, ce que l'Empereur accorda.

La troisième de ces mêmes années (1006), Li-houan mourut. Son second fils, nommé Long-youe"!, fut placé sur le trône, tandis que l'aîné, nommé ZLong-tsiuen ”*, prenait la fuite, emportant avec lui le trésor du roi défunt. Un frère cadet de ces deux princes, nommé Long-ting", tua Long-youe et se mit à sa place. Enfin, Ming-hou*, également fils de Li-houan et frère aîné de Long-ting, réclama l'héritage paternel pour lui-même, à la tête d’une armée qu'il commandait. Le royaume était de tout’ côté en proie à la guerre civile; l'absent n'osait pas revenir 6. L'Empereur ordonna au gouverneur du Kouang-tcheou de protéger le retour de Ming-ti et de lui fournir les subsides dont il pourrait avoir besoin ; ensuite

à l'Empereur, au nom de leur souverain, tre. Deguighes a mentionné, par erreur, sont considérés comme un hommage de ce personnage sous le nom de Long-yen, vassal ayant le caractère de tribut. Ici en confondant, soit par distraction, soit nous voyons que le Kiao-tchi était réel- pour avoir eu sous les yeux un texte mal lement tributaire de l'Empire. imprimé, le groupe phonétique E ting

li BH HÉ avec le groupe phonétique xt yen.

70 HSE M 74 HF SE

n Re 1417 75 Litt. : Conduisant les soldats du

i e 4 campement de FK CÀ, Fou-lan.

n BE. HE suivant une édition de # Ming-ti; ci-dessus, note 69.

Ma-touan-lin, FE Us suivant une au-

il chargea Chao-ye, en qualité de haut commissaire, de prendre les mesures nécessaires pour rétablir la paix dans le Kiao-tchi. Chao-ye écrivit aussitôt des lettres officielles aux deux frères qui se disputaient le trône, leur signifiant que si la lutte se prolongeait entre eux quelque temps encore, sans succès décisif de part ni d’autre, l'Empereur interviendrait avec une puissante armée, les écraserait tous deux et exterminerait la famille Li. Ces menaces intimidèrent Ming-hou; il consentit à traiter avec Long-ting et ce dernier demeura seul maître du royaume.

Long-ting ayant demandé et obtenu l’autorisation de faire la visite d'hommage, choisit pour le représenter un de ses jeunes frères, appelé Ming-tchang", auquel il avait confié le gouvernement du Fong-tcheou"8. L'Empereur reconnut Long-ting pour gouverneur général du Ngan-nan?? et regulus du Kiao-tchi®°, Il lui concéda, en outre, plusieurs titres honorifiques. Enfin, il honora la mémoire de Li-houan par le titre posthume de roi de Nanyoue8!. Les envoyés de Long-ting recurent des marques de distinction proportionnées à leur rang.

La première année fa-tchong-siang-fou (1008), à l’occasion de faveurs impériales distribuées à plusieurs princes orientaux, Long-ting fut revétu de nouvelles dignités.

La troisième de ces mêmes années (1010), Long-ting demanda la liberté du commerce dans le Yong-tcheou®?, L'Empereur ré-

Es n BH AZ 8! Voir ci-dessus, note 1.

LES Ji Dans le Kiao-tchi. oi E, JA Ci-dessus, p. 213, notes 73 Voir ci-dessus, note 14. 164 et 166. Il existe et il a existé plu-

#0 Voir ci-dessus, note 61. sieurs provinces du nom de Yong-tcheou,

pondit qu'on ne devait rien changer aux anciens règlements qui voulaient que tous les marchés se tînssent sur les territoires du Lien-tcheou** et du Jou-hong *, attendu que le chef-lieu du Yongtcheou étant la ville où résidaient les autorités chinoises préposées à la garde des frontières, il importait que cette ville fut à l’abri de toute surprise et de tout rassemblement tumultueux.

Long-ting était un homme de vingt-six ans, injuste et cruel, qui n'avait su se concilier l'affection de personne. L’un de ses grands officiers, appelé Li-kong-yun‘, prit soin d’abord de changer l'orthographe de son nom, en se donnant pour appartenir à la famille régnante; ensuite, il fit assassiner Long-ting avec ses

frères Ming-ti et Ming-tchang, se déclara l'héritier de la couronne

mais celle dont il cest question dans cette notice étant toujours la même, il ne sera pas nécessaire de revenir sur cette indication.

Ville et circonscription territoriales du Æouang-tong, qui n'ont pas changé de nom.

86 Le nom de famille de Li-korg-yun était Li, Kong-yun était son nom personnel. Liétait également le nom de famille de Li-(houan) et de ses descendants qui, bien que dénommés ici par abréviation, sous

leur nom personnel de Long-youe, Long-

ting, Ming-ti, etc., sappelaient en réalité Li-long-youe, Li-long-ting, Li-ming-ti, etc.; mais le son li se figurait par le ca- BI... e ractère # li (noir) pour la famille ré- IR gnante, et par le caractère —f- li (prunier) pour la famille de Li-kong-ouen. Le changement d'orthographe ici mentionné . . (N . A consistait donc à rejeter le caractère {+ comme phonétique, pour adopter, en échange et au même titre, le caractère 1] NE Bg . Ce fait de la constitution des noms de famille des barbares par leur transcription phonétique chinoise me paraît inté-

ressant a constater.

et envoya aussitôt des ambassadeurs à la Cour, afin de rendre la visite d'hommage comme souverain légitime.

En apprenant l’arrivée de cette ambassade, l'Empereur s'écria : « Li-houan était un très-vilain homme et voilà qu'il est remplacé maintenant par un véritable bandit, tout à fait exécrable. Enfin, » ajouta-t-1l, « puisque nous ne pouvons rien changer aux mœurs de ces barbares, il faudra traiter celui-là comme on a traité son prédécesseur. » On donna donc à Li-kong-yun à peu près les mêmes titres qu'avait reçus Long-ting. Il fut déclaré, comme lui, regulus du Kiao-tchi®7.

Li-kong-yun renouvela plusieurs fois la visite d'hommage. Au commencement des années tien-hi (1017-1021), l'Empereur le créa regulus de Nan-ping*. Li-kong-yun envoya des ambassadeurs pour complimenter l'empereur Jin-tsong sur son avénement (1028), reçut en ces diverses circonstances des titres honorifiques de plus en plus élevés et mourut dans la sixième année fien-ching (1028). Le titre de roi de Nan-youe®° lui fut encore conféré, comme titre posthume, quand la nouvelle de sa mort parvint officiellement à la Cour, qui délégua plusieurs officiers chinois pour assister à ses funérailles.

Te-tching"°, fils de Li-kong-yun, succéda à son père et fut

87 Ci-dessus, note 61. gulus) au lieu de + ouang (roi). #8 On a vu plus haut que Tchin-tsong 89 Le même titre posthume qui avait avait reçu le titre de Roi de Nan-ping été conféré à Li-houan. Pour l'explication (ci-dessus, note 67). L'Empereur abaisse de ce titre honorifique, voir ci-dessus,

ici ce titre d’un degré, en nommant Li- note 1.

kong-ouen HP + Kiun-ouang (re- ti Je N54

investi de tous les titres dont le roi défunt avait joui de son vivant. Une charge honorifique lui fut encore concédée, dans les années ming-tao (1032-1034).

Au commencement des années king-yeou (1034-1037), un chef de tribu barbare, nommé Tchin-kong-yong*!, vassal du Kiao-tchi, ayant passé sur le territoire chinois avec six cents des siens en manifestant le désir d’appartenir désormais à l'Empire, Te-tching le fit poursuivre par mille soldats, qui toutefois s'arrêtèrent aux frontières. L'Empereur ordonna que ces émigrants fussent recon- . düits dans leur pays; mais il défendit qu'aucun d'eux ne fût mis à mort précipitamment *®. Aussitôt Te-tching envoya des ambassadeurs à la Cour. |

La troisième de ces mêmes années (1034), les barbares des antres de Kia-tong® et de Ta-fa", des tcheou de Leang®, Men”, Sou-meou®, Kouang-youen®, du hien de Tan-po*®, etc., tous de la dépendance du Kiao-tchi, pénétrèrent dans les fcheou chinois de Sse-ling!®, Si-ping!% et Chi-si'!°, ainsi que sur les territoires

” bri ZA 7k K DE Tai-fa.

. . . 95 ST 92 En style de diplomatie chinoise, 1/h . | °6 cela veut dire que l'Empereur respecte en PH . 97 + principe les droits de Te-tching sur ses ft e: »

. . . ve . 98 à propres sujets, mais se réserve d'intervenir JE Ì el

en faveur de fugitifs qu'il lui render de "Fi }K les prendre sous sa protection. 100 Fd FX

93 FA hf] (Antre de Zia). to Da] 2. Actuellement territoire

È À DE hf (Antre de Ta-fa). de Lo-leang (latit. 25°. longit. 1o1°.. line autre édition de .Ma-touan-lin écrit ti fa 14

des tribus du Yong-tcheou soumises à l'Empire, portant partout le pillage et l'incendie, enlevant les bœufs et les chevaux. L'’Empereur ordonna de les châtier rigoureusement, de saisir leurs chefs et de dresser à ce sujet un rapport détaillé.

La première année pao-youen (1038), Te-tching reçut le titre de roi de Nan-ping'®. La première année kang-ting (1040), la troisième année king-li (1043) et la sixième année king-li (1046), à la septième lune, il envoya des ambassadeurs à la Cour, qui tous furent honorés de faveurs impériales.

Les entreprises de Te-tching contre le royaume de Tchentching, dès la première année de son règne, avaient éveillé l’attention de la Cour sur les instincts ambitieux et sur la mauvaise foi de ce prince barbare. Elle prit soin de faire garder militairement toutes les routes ouvertes entre la Chine et le Kiao-tchi depuis l’époque des Tang, lesquelles étaient au nombre de seize. Ce fut sans doute à ces mesures prudentes qu'on dut de n’avoir aucune agression de sa part à réprimer. Au contraire, il mit toujours beaucoup d’empressement à témoigner de son respect pour l'Empereur et, plusieurs fois, il lui envoya des éléphants dressés.

La deuxième année hoang-yeou (1050), Quei-chao-sse 1%, Ouei-chao-kin ‘5 et d’autres chefs de tribus habitant le Sou-meoutcheou ‘5 émigrèrent dans la province du Yong-tcheou, suivis de

| wa 2 103 L'Empereur se décide à donner à la gr: ff ME) nouvelle dynastie le titre de ouang (roi), 105 LS #71 ER autrefois accordé à Tchin-tsong (voir ci- 1% Province appartenant au Aiao-tchi

dessus, la note 89). et ci-dessus mentionnée.

plus de trois mille hommes, avec l'intention de s’y établir. Te-tching écrivit à l'Empereur pour réclamer ces nombreuses familles qui essayaient de se soustraire à son obéissance. L'Empereur ordonna qu'elles lui fussent rendues, mais l’invita en même temps à surveiller les frontières, de manière à ce que ses sujets ne pénétrassent point sur le territoire chinois. Plus tard, quand la rebellion de Nong-tchi-kao mit en péril les provinces méridionales de l'Empire 07, Te-tching offrit d'envoyer par mer un corps auxiliaire de vingt mille soldats au secours des troupes impériales. La Cour récompensa largement cette offre, sans toutefois l’accepter. Te-tching mourut dans la seconde année fchi-ho (1055), laissant pour héritier un fils nommé Ji-fsun ‘%®, qui fut investi héréditairement des titres concédés à son père. Plusieurs mandarins désignés par l'Empereur allèrent assister aux obsèques du roi

défunt.

La troisième année kia-yeou (1058), Jin-tsun envoya des

ambassadeurs qui offrirent en tribut des animaux curieux.

La quatrième de ces années (1059), les territoires de Sse-ling, du King-tcheou, furent envahis et pillés par les hordes barbares qui dépendaient du Kiao-tchi.

La cinquième année (1060), des troupes sorties des antres de Kia faisaient irruption dans le Yong-tcheou.

L'Empereur ordonna au gouverneur du Kouei-tcheou, nommé Siao-kou, ainsi qu'aux mandarins Song-hien et Li-sse-tchong, de tout préparer pour une répression énergique, en même temps qu'il

. 1 108 H Gi 107 Voir ci-dessus, page 2.47 et suivantes Id

(notice sur les Si-y-ouen-man;.

KIAO-TCHI. 329 conféra de grands pouvoirs à Yu-tsing touchant la conduite des opérations militaires. Yu-tsing écrivit des lettres au roi de Tchentching en l’invitant à attaquer le Kiao-tchi du côté de ses frontières, tandis que les armées chinoises y feraient irruption par le Kouang-nan.

Ces dispositions effrayèrent Ji-tsun; il envoya des ambassadeurs à la Cour pour exprimer son regret des violations du territoire chinois qui avaient été commises par ses sujets, sans son aveu, disait-1l. Considérant qu'en effet Ji-tsun n'avait pas mis ses propres soldats en campagne, l'Empereur fit bon accueil aux envoyés du Kiao-tchi et les troupes impériales reçurent l’ordre de rentrer dans leurs campements.

La huitième année kia-yeou (1063), de nouveaux ambassadeurs du Kiao-tchi vinrent à la Cour. L'Empereur, en leur donnant audience à la quatrième lune, voulut bien leur remettre pour leur maître plusieurs objets qui avaient appartenu à l’empereur Jin-

tsong 1.

19 Quelques explications me paraissent ici nécessaires. L'Empereur Jin-tsong (qu'on ne confondra pas avec Ji-tsun, le roi de Æïao-tchi), mourut précisément dans cette huitième année kiao-J-eou (1063) et ce fut l'empereur Yng-tsong, son successeur, qui reçut les envoyés du Kiao-tchi, puisqu'il leur remit pour le roi Ji-tsun des objets ayant appartenu à l’emrereur Jin-tsong (litt. : laissés par l'em-

pereur Jin-tsong), qui dès-lors n'existait plus. La coutume de distribuer à de grands dignitaires et à des princes étrangers quelques vêtements et divers objets d'un usage personnel laissés par un empereur défunt est très-ancienne à la Chine. Ceux qui reçoivent du nouvel empereur un don de cette nature le tiennent pour une marque de haute faveur.

Quand l'Empereur Chin-tsong monta sur le trône, il éleva Ji-tsun d'un degré en le créant roi de Nan-ping. Il l’honora par le même décret d'un nouveau titre de dignité '!0,

La seconde année hi-ning (1069)!'!, Ji-tsun écrivit à l’Empereur que le roi de Tchen-tching ayant négligé depuis longtemps de s'acquitter des devoirs d'un sujet fidèle, il l’avait attaqué en personne à la tète de ses armées, l'avait battu et l’avait fait prisonnier.

L'Empereur accorda un mandarinat honorifique à l’envoyé du

fto On a vu que le titre de roi de Nanping avait été donné au père de Ji-fsun par l’empereur Jin-tsong et d'autre part, cependant, il a été dit aussi que Ji-tsun, à son avénement, avait été confirmé dans

les titres concédés à son prédécesseur.

Peut-être, à cette époque, avait-il recu seulement celui de regulus (kiun-ouang).

Ces nuances avaient leur importance, au point de vue des honneurs rendus aux ambassadeurs. Le texte ajoute que l’Empereur conféra également à Ji-fsun le titre honorifique de BE RE 1% [Fr] Te H kai fou y tong san sse, titre qui me paraît absolument intraduisible, comme la plupart de ceux qui font l’objet de concessions analogues. La version bittérale

qu'on essaierait de faire ne donnerait

aucune idée de leur signification réelle ou de leur importance relative. Le sinologue qui attacherait un intérêt particulier à étudier le formulaire, souvent très-bizarre, de la chancellerie chinoise sera prévenu de tous les passages où il aurait quelque titre à relever dans le texte du Quen-hien-tong-kao par la mention, que je n'omets jamais de faire, qu'en telle ou telle circonstance, l'Empereur a concédé des titres honorifiques à tel ou tel prince étranger. Il ne sera pas nécessaire de revenir sur cette observation.

fl! Le texte dit seulement /a deuxième année, mais la deuxième année du règne de Chin-tsong était la seconde année hi-

nug.

Kiao-tchi porteur de cette nouvelle!!?, A partir de ce temps-là

Ji-tsun prit ouvertement le titre d'empereur, en usurpant les quali-

fications les plus audacieuses!!*. Il décerna les honneurs posthumes

à son aïeul Li-kong-yun, comme fondateur de sa dynastie!!‘, donna

112 J'ai dû conserver, à regret, dans ma version le manque de clarté qui règne dans ce passage. On ne sait si le roi de Tchen-tching est supposé avoir failli à ses devoirs de vassal à l'égard du roi de Kiao-tchi ou à l'égard de l'Empereur. Le roi de Tchen-tching, ainsi qu'on le verra plus loin, rendait hommage à la Cour de Chine, et cependant le contexte qui suit parait bien démontrer que Ji-tsun, loin d'être un serviteur aussi zélé de l’Empire, ne songeait qu'à étendre sa puissance et à se rendre lui-même indépendant. Quand Ja Chine, quelques années auparavant, avait voulu réprimer l'audace du X1@0tchi, elle avait fait des ouvertures au roi de Tchen-tching afin de l'avoir pour allié.

Ji-tsun effrayé se soumit; mais il se venge plus tard du roi de Fchen-tching et l'Empereur, qui n'a plus besoin de cet auxiliaire, l'abandonne complaisamment au roi de Kiao-tchi. Telle est, je crois, la

véritable interprétation de ce texte si

concis; elle est parfaitement conforme aux principes constants de la politique orientale.

113 Laitt, : En s’intitulant par usurpa-

tion JE X JE LE EC P UE REMER X EEA ZF ga tien Jng jun tsong jin tchi tao king tching long tsiang yng ou joui ouen tsun te ching chin hoang ti. En traduction libre :

Empereur pieux répondant au mandat qu'il a reçu du Ciel, pratiquant l’humanité et la justice, heureusement accompli, guerrier illustre, perspicace, éclairé, lettré, honorant la vertu, saint et divin, — Le titre de Hoang-ti (empereur) était celui que portaient les souverains de la Chine. Là était, aux yeux des Chinois, la plus énorme usurpation.

#4 Litt.: Il vénéra Li-kong-yun comme kx RH EH nav El ff rai tsou chin ou hoang ti (grand ancêtre, empe-

reur conquérant et divin). Le même titre

à son royaume le nom de 7a-youe!!, et décora les années de son

règne des noms de pao-siang et de chin-0u!!9.

Ji-tsun étant mort dans la cinquième année hi-ning (1072), son

fils Kien-te lui succéda. Une ambassade vint notifier à la Cour cet

événement. L'Empereur délégua plusieurs mandarins pour assister

aux funérailles du roi défunt et conféra au nouveau roi les titres

héréditaires dont ses prédécesseurs avaient recu l'investiture !7.

Kien-te était très-jeune encore. Sa mère, qui était de la famille Li!!

et qui se parait du titre d'impératrice, prit en main la régence, assistée

par l'eunuque Li-chang-ki'', l'un des grands officiers du royaume.

posthume que plusieurs dynasties chinoises décernèrent à leur premier ancêtre fondateur.

"5 X EX Grand Youe. Ce titre était d'autant plus ambitieux que l'ancien pays de Ÿoue comprenait toute la Chine méridionale (voir ci-dessus, note 1).

no Di RD. HI IN- Nous avons vu précédemment que le fait de donner des noms particuliers aux années de son règne, au lieu de se conformer au calendrier impérial, était de la part d'un grand vassal la déclaration qu'il entendait recouvrer son indépendance. Bien que le texte ne le dise pas, il semble que le nom de pao-siang ‘heureuse transformation)

dut être le nom donné par Jin-tsun aux

années de son propre règne, et celui de chin-ou, un nom rétrospectif donné aux années du règne de son aïeul à qui ce titre posthume avait été décerné (voir ci-dessus, note 14).

117 La Cour chinoise ne reconnaît aucune des usurpations de Jin-fsun et traite son successeur comme si elle les ignorait.

118 Bi

ni Ex fi E 1] est assez curieux de remarquer que cet cunuque portait le nom de ca Li, pour nom de famille, c'est-à dire le véritable nom de famille de la dynastie régnante, dont l'orthographe avait été changée par Li-kong-y-ouen

(voir ci-dessus, note 86).

A cette époque, le gouverneur des Kouei-tcheou, nommé Ching-ki. enregistrant les jeunes gens des villages pour former des milices, enleva le préfet du Ngen-tsing-tcheou"*?, nommé Nong-chen-mei'? et l’interna sur le territoire chinois. L'Empereur, inquiet de ces actes téméraires et craignant qu'ils ne provocassent de nouvelles incursions des barbares, disgraçia Ching-ki et le remplaça par Lieou-y; mais, loin de répondre à la confiance que l'Empereur avait mise en lui, Lieou-y suivit au contraire les dangereux errements de son prédécesseur. Il refusa de rendre au Kiao-tchi le préfet Nong-chen-meï et sept cents hommes du même pays qui avaient été pris avec lui. Il écrivit à la Cour des lettres dans lesquelles il denonçait plusieurs violations de territoire commises par des sujets de Kien-te, demandait des récompenses pour un chef de tribu barbare qui avait aidé à les repousser et représentait l'état des forces chinoises concentrées aux frontières du Kouang-si comme très-capable de contenir et même d’intimider le Kiao-tchi. Enfin, trompé par de mauvais conseils, et persuadé faussement que ce royaume serait d'une facile conquête !?2, comptant sur ses milices et faisant retirer ostensiblement les troupes régulières pour mieux dissimuler ses projets, il s'occupa de préparer en secret une flottille nombreuse, interrompit le commerce et défendit même aux Chinois toute communication avec un peuple qu'il espérait surprendre et tromper. |

120 Æ ) n. on .

Ei hi Evidemment une suadé que le Ngan-nan serait d'une facile province appartenant au Aiao-tchi. conquête, » mais on a vu précédemment au K 15 3 e que le nom de Ngan-nan fut un de ceux

3 Le texte dit littéralement : « Per- que les Chinois donnèrent au Aiao-tchi.

Vainement le Kiao-tchi essaya de faire parvenir des plaintes à l'Empereur ; les routes étaient fermées pour ses envoyés. Alors éclatèrent de terribles événements. Dans l'hiver de la huitième année hi-ning (1075), trois armées du roi Kien-te franchirent à la fois les frontières de l'Empire sur trois points différents. L’une envahit le Kin-tcheou'# , une autre fit irruption par le Kouang-fou!%, une autre enfin forca les passages de Kouen-lun‘?. Les villes et les provinces de Xin! et de Lien!?? furent mises à sac. Quatre-vingt cités entourées de murailles tombèrent au pouvoir de l'ennemi, qui obligeait les habitants à transporter le butin jusqu'à ses vaisseaux et qui les égorgeait ensuite. Bientôt, la capitale du Yong-tcheou fut enveloppée, assiégée et prise d'assaut malgré les efforts désespérés de Sou-kien. Ce fidèle gouverneur périt avec plus de cinquante mille habitants de la ville, l'ennemi ne faisant aucun quartier.

A la nouvelle de cette invasion désastreuse, l'Empereur

tai ER M Ci-dessus, note 62.

relever, puisque sa conséquence serait

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