‹ Atsume gusaChapitre 10 sur 111 · HA EF · texte numérisé non relu

HA EF

E Tchao-sien estle pays dont Ou-ouang conféra la souveraineté à Ki-tse, premier ministre de la dynastie (déchue) de Yn.

Ce Ki-tse enseigna aux indigènes les rites, la morale, l'art de cul-

{ Tchao-sien est le nom le plus ancien sous lequel les Chinois ont connu la Corée, et la Corée est celui des pays situés à lorient de la Chine sur lequel les Chinois ont recueilli les documents historiques les

plus anciens. Ma-touan-lin qui suit, pour

le classement de ses notes, l’ordre chronologique des faits relatés, mentionne donc tout d'abord l'antique monarchie de Tchao-sien et continuera sa revue des pays orientaux, selon la même méthode,

sans se préoccuper de leur disposition géo-

tiver la terre et celui d'élever les vers-à-soie. Il leur donna, de plus, des lois renfermées en huit articles?.

[On lit dans un ancien ouvrage que ces lois, qui se transmirent d'âge en âge, prescrivaient la peine de mort pour les meurtriers, des indemnités en grains que les voleurs devaient payer à ceux qu'ils avaient volés, et l’esclavage, comme pénalité, pour les individus de l’un ou l’autre sexe (incapables de s'acquitter). Le nombre de ceux qui se trouvèrent ainsi réduits en servitude s’éleva

jusqu’à 500,000. — Un commentaire du même livre ajoute que les

règlements de-Ki-tse se sont perdus?.|

graphique. Il ne craindra pas non plus de revenir sur les pays où de nouvelles nationalités se seront formées, quand la chronologie l'y ramènera.

è La dynastie des Yn est la même que la dynastie des Chang, qui a régnéde l'an 1783 à l'an 1122 avant J.-Ch. Elle changea son ancien nom de Chang en celui de Yn, au commencement du quatorzième siècle avant notre ère. Ki-tse était un oncle du dernier empereur de cette famille; il jouissait d'une si grande réputation de sagesse que Ou-ouang, le premier des Tcheou, voulut le prendre pour ministre et recevoir de lui des instructions qu'on trouve rapportées dans le quatrième livre du Chou-king. Ki-tse refusa de servir un prince qui avait renversé son neveu, et

Ou-ouang, plein d'admiration pour scs ver-

tus, lui conféra la souveraineté de la Corée, en lui facilitant les moyens de s’y établir.

Cet événement s'accomplit vers l’an 1120.

Dans son introduction placée en tête de l'ethnographie des peuples étrangers (introduction que je n'ai pas cru devoir reproduire, parce qu’à l'exception des fragments que je donne à la note 16, elle n’est que le résumé des faits détaillés plus loin), Ma-touan-lin remarque que le philosophe Lao-tse a fait lui-même l'éloge de Ki-tse à propos de la concision de ses lois. « Plus il y a de lois, dit Lao-tse, plus les crimes sont nombreux. Ki-tse donna des lois très-simples. On vit régner la fidélité et la justice, et l’on reconnut qu'un sage avait été appelé à gouverner. »

3 Ce paragraphe et tous ceux que l'on

rencontrera dans le cours de cet ouvrage

Les habitants du Tchao-sien finirent par ne plus commettre aucun vol; il devint inutile de fermer sa porte. Les femmes furent chastes et fidèles. Pour boire et manger, on se servit de vases en bois, semblables à ceux qu’on nomme pien-teou et dont les Chinois font usage dans les sacrifices.

Quarante générations s'écoulèrent, et quand vint l’époque des guerres intérieures qui amenèrent la chute de la dynastie des Tcheou*, le prince Tchun?, du Tchao-sien, usurpa le titre de roif. Au temps où le royaume de Yen? était devenu le plus florissant, il avait soumis le Tchao-sien ; il en nommait les principaux fonctionnaires et bâtissait des forteresses à ses frontières. Mais quand

Tsin-chi-hoang-ti détruisit le royaume de Yen, il placa le Tchao-

placés, comme lui, entre deux crochets [ ] sont imprimés en caractères plus petits que ceux du texte courant dans les éditions chinoises de Ma-touan-lin. Quelque soit la raison de cette différence (que n’explique point la préface de notre édition), il m'a paru à propos d'en conserver l’indication. |

La dynastie des Tcheou s'éteignit l'an 256 avant J.-Ch.

"té

6 Il portait auparavant le titre de heou, le second des cinq titres nobiliaires de la

féodalité chinoise. Ces cinq titres étaient :

A. TE. 44. +. EH, kong, heou,

pé, tse et nan. Quelques auteurs les ont assimilés à ceux de duc, marquis, comte, vicomte et baron.

7 JHE, Le royaume de Yen, fondé l'an 1122 avant l'ère chrétienne par Chaokong, frère de Ou-ouang, ne comprit d'abord que la plus grande partie de ce qu'on appelle aujourd'hui le Pe-tche-li, avec Pe-king pour capitale, mais ses princes s'emparèrent bientôt de la province de Leao-tong, qui leur ouvrit plus tard

le chemin de la Corée.

sien sous la dépendance du gouvernement ou principauté de Leao-

tong?.

Fuyant les massacres et les proscriptions qui marquèrent la fin des Tsin, un grand nombre d'’habitants des royaumes de

8 3 Cel HP. Leao-tong kiun. L'ex-

pression kiun, que j'hésite à rendre ici par le mot gouvernement ou par le mot principauté, reviendra si souvent dans cette traduction qu'il me paraît essentiel d’en peser la valeur dès le début. Voici comment s'exprime le dictionnaire de Kanghi, ou de l’Académie chinoise, à l’article kiun : « Kiun signifie proprement une certaine réunion d'habitants. Sous la dynastie des Tcheou, le domaine impérial avait

G mille /î, en carré, partagés en cent E& hien et chaque hien renfermait quatre kiun. Le hien était donc alors plus grand que le kiun. Quand Tsin-chi-hoang-ti unifia l'empire, il institua en tout trente-six kiun pour gouverner les hien. La dynastie des Han conserva cette division, mais les Souï et les Tang l’abandonnèrent et ‘ adoptèrent d'autres circonscriptions. Les Song et les Youen instituèrent les HF fou, contenant plusieurs Dii tcheou. Les

Ming approuvèrent cette organisation, et

c'est ainsi que les kiun furent supprimés. »

Il résulte d’abord de cette explication trèsclaire que la valeur du mot kiun est fort différente, selon le siècle auquel elle se rapporte; mais là ne se borne pas la distinction à établir. A diverses époques, et méme du temps des Ming, par une fiction conforme à l’orgueil de la nation chinoise, lesempereurs de la Chine donnèrent le nom de kiun à certaines colonies militaires et et même aux petits états dont les souverains s'étaient reconnus plus ou moins tributaires, comme si leurs territoires étaient transformés en provinces conquises. On comprend donc l'embarras du traducteur pour appliquer le mot propre suivant les circonstances, et la nécessité de ne pas toujours rendre de la même manière une expression qui demeure invariable en chinois.

Le Leao-tong, dont les limites ont beaucoup varié, s'étendait entre le Pe-

tche-li et la Corée d'aujourd'hui.

Yen, de Tsi? et de Tchao!° se réfugièrent dans le Tchao-sien!!. La dynastie des Han, jugeant que c’était une région trop éloignée et trop difficile à garder, rétablit les anciennes frontières du

Leao-tong, avec le fleuve Paï-choui? pour limites. Après que le rebelle Lou-ouan!*, de Yen, eut passé chez les Hiong-nou‘!, Oueï-man‘, également originaire de Yen et proscrit

par les Han, se mit à la tête d'un millier de partisans, tressa et

noua ses cheveux à la manièr : des barbares orientaux !$ dont il prit

7 . Le royaume de Tsi comprenait une partie du Chan-tong actuel.

10 iti. Le royaume de Tchao se composait de la partie septentrionale du Chantong actuel et d’une portion du Pe-tche-li.

1! Litt. « au nombre de plusieurs fois dix mille. »

a} H XK. Ce fleuve est également désigné sous le nom de Tai-tong-kang. Il se jette dans la Mer Jaune, en face des îles Halls.

13 On lit dans le Peï-ouen-yun-fou que Lou-ouan était un général chinois compatriote et compagnon d'armes du premier empereur des Han, qui le créa d'abord heou de Tchang-ngan et ensuite roi ou plutôt vice-roi de Yen. Il fit une tentative malheureuse pour se rendre indépendant ct fut contrait de se réfugier chez les

Hiong-nou.

ui VO Les Huns, suivant Degui-

gnes; les Turcs, selon Rémusatet Klaproth.

15 (13) Ì ti. Ce personnage est appelé Goeï-mum par Deguignes, Weï-man par d'autres et enfin Ui-mak dans quelques ouvrages modernes sur la Corée. Il est bon de signaler cette dernière variante d'orthographe, en raison de la confusion qu'elle pourrait entraîner.

16 CE Y. Ce caractère, dont la composition renferme l’idée d’un grand arc, et qui signifie proprement barbares de l'Orient, est en même temps le terme générique servant à désigner tous les peuples étrangers à la Chine. Aussi Ma-touan-lin, pour en rendre le sens plus précis, a-t-il soin de le faire précéder du caractère 5 tong (orient, oriental), dans la section que nous

traduisons. Les peuples du Nord sont ap-

pelés 3K ti, ceux du Midi 1} man et

le costume et s’avancant vers l’orient, franchit le fleuve Païchouï, détrôna le roi Tchun et s'établit en decà et au delà de l’an-

Cien territoire soumis aux Tsin.

ceux de l'Occident RM jong. Après avoir hésité quelque temps entre le mot barbares et le mot étrangers, dans ma version française, je me suis arrêté à la première de ces deux expressions, parce qu'il existe une grande analogie entre la valeur que les anciens Chinois accordaient au terme qu'il s'agit de rendre et celle que les anciens Romains donnèrent à celui de barbari. Ni l'un ni l’autre n'excluait l'idée d'une certaine civilisation et ne comportait la synonymie de cruel, sauvage, ou grossier, que le Dictionnaire de l'Académie française assigne à l'adjectif barbare. « Les Grecs, dit ce dictionnaire, appelaient barbares tous ceux qui ne parlaient pas leur langue, tous les étrangers, et les Romains nommaient aussi barbares tous les autres peuples, excepté les Grecs. » C'est donc dans une acception analogue que ma version devra s'entendre, et cette observation a | son importance au commencement d’un ouvrage où son application sera si fréquente.

Voici du reste quelques fragments de

l'introduction de Ma-touan-lin à la sec-

tion des barbares orientaux, où cette appréciation est confirmée, et qu'on ne lira peut-étre pas sans intérêt :

a On distingue neuf classes de barbares

- , « orientaux, savoir : les BK Do kiuen-y, « les D | fang-y, les W | ho- P

«ang-y (barbares jaunes), les H | «pè-y (barbares blancs'\, les DIL | «{chi-y (barbares rouges), les % | « hiuen-y (barbares de couleur toncée), a les Ja | fong-y (barbares du vent), « les PH | yang-y (barbares du so- « leil) et les + | isien-y (peut-être a + | kan-y, barbares armés de bou- « cliers). Aucun de ces barbares ne mène « la vie nomade ; tous ont leur territoire « déterminé. Ils aiment à boire des li- « queurs fermentées, à chanter et à dan- «ser. Il en est qui portent des casques; « il en est qui sont vêtus de soie brochée.

« Ils font usage de vases ayant la forme « de ceux qu'on emploie, à la Chine, dans « les sacrifices; ce qui a fait dire qu'après « que les Chinois eurent perdu leurs rites,

«ils les retrouvèrent chez les barbares.

On lit dans l’Abrégé de l'histoire des Quei :

« Jadis un

descendant de l’antique Ki-tse, heou du Tchao-sien, voyant que

l'empire des Tcheou s'ébranlait et que le prince de Yen, qui avait

pris le titre de roi, voulait étendre ses frontières vers l'est, usurpa

« Autrefois l'empereur Yao (2357-2255 «avant J.-Ch.: ordonna à Hi-tchong de « demeurer sur le territoire des barbares « NE © Yu-y, au lieu qui porte le «nom de Yang-kou {vallée lumineuse".

« parce qu'il est situé du côté où se lève u le soleil. Sous la dynastie des Hia, l'em- «pereur Tai-kang {2188-2159 ayant « cessé de pratiquer la vertu, les harbares « commencèrent à se révolter; mais en- «suite quand ils surent que l'empereur « Fa avait succédé à Taï-kang (1837 avant «J.-Ch), ils vinrent à la cour. offrant u l'hommage de leur musique et de leur «danse. La tyrannie de l'empereur Kie « {1818-1766} les porta de nouveau à se « révolter, et ils envahirent les terres de « l'empire. Il fallut la puissance de l’emupereur Tching-tang ‘1783-1752) pour u les repousser et les contenir. Sous le « règne de l'empereur Tchong-ting (1562- «1540. les ÉZ Æ Lan-y ravagèrent « souvent les frontières et. durant plus de

« trois siècles, on les vit tour à tour soumis ATSUME GUSA 3.

“ou menaçants. Les désordres de Ou-y «1198-1194 permirent aux barbares « orientaux de se fortifier. Ils se divisè- « rent en deux courants. dont l'un se porta « sur les bords du fleuve Hoaï (qui tra- « verse les provinces de Ho-nan et de « Kiang-nan et se jette dans la mer par « 34° 30’ de latitude), l'autre vers les « monts Taï {au centre de Chan-tong). et « peu à peu ils se fixèrent dans ces ré- « gions, sur le sol même de la Chine.

« En général, l'écriture et la littérature «de ces barbares leur sont venues de «Ja Chine. Les barbares orientaux sont « d'un naturel doux et capable d'être po- « licé, différent en cela de ceux des au- «tres parties du monde. Confucius. au «temps de son découragement. déclara « que l’on pouvait habiter parmi les neuf « barbares de l'Orient. et comme on lui « objectait leur ignorance : «Là où demeure «le sage, répondit-il, l'ignorance ne sau- « rait subsister. »

Le père du Halde, qui eut connais-

lui-même le titre de roi et résolut d'attaquer Yen, pour honorer les

Tcheou. Il remporta quelques avantages, mais ses ministres lui

ayant fait des représentations, il négocia avec le roi de Yen et la paix

fut rétablie entre les deux pays. Ses petits-fils devinrent orgueilleux

et cruels. Le roi de Yen envoya un général nommé Tsing-kaï qui

s'empara de plus de 2000 li!" de territoire du côté des frontières

sance de ces traditions. jJugea qu'elles s'appliquaient toutes aux barbares sortis de la Corée. Au point de vue ethnographique, cette opinion aurait beaucoup de gravité; mais il est à noter que Ma-touanlin, le critique le plus judicieux que la Chine ait possédé, selon l'appréciation de J.-B. Biot, se montre très-réservé à cet égard. Il s'en tient à l'expression Tong-y, barbares orientaux, et attend le règne de Ki-tse pour commencer l’histoire authentique du Tchao-sien. Quant à cette division des barbares orientaux en neuf classes. énumérées plus haut. il n'en est pas question dans les textes suivants du Ouen-hien-tong-kao, ce qui donne à penser qu'elle pourrait bien avoir reposé sur l'observation de certains caractères extérieurs de races, plutôt que sur des distinctions de territoires ou de nationalités.

Les désignations de barbares jaunes. rou-

ges, noirs, blancs. etc.. seraient. dans ce

cas, l'indice très-remarquable d'un courant qui aurait poussé vers la Chine des peuples nombreux d'origine très-différente.

et cela dès la haute antiquité.

J'ai traduit, au présent: « On distingue neuf classes de barbares, etc. » J'aurais pu traduire aussi bien : « On distinguait, etc.» L'écriture chinoise du haut style indique rarement à quel temps les verbes sont emplovés. Cette latitude ne laisse pas d'être quelquefois très-embarrassante, et je saisis l'occasion de la signaler en passant. |

17 H Le li, mesure itinéraire de la Chine. a malheureusement varié presqu'autant que nos lieues, ce qui ne permet guère d'en fixer la valeur d’une manière uniforme et absolue, quand on consulte des auteurs de provinces et de siècles différents. Le père Martini a compté 250 li pour un degré: les pères Amiot et

de Mailla n'en comptent que 200. approxi-

occidentales du Tchao-sien, jusqu'à Moën-pan-ou '# pour limites. Le

Tchao-sien fut ainsi très-affaibli.

« Sousle règne de Tsin-chi-hoang-ti, au temps où la Chine n'eut

mativement, et Klaproth fixe ce nombre approximatif au chiffre net de 192 ‘/4.

Medhurst et Bridgman reconnaissent que le li est actuellement de 250 au degré. Ce dernier ajoute qu'il était autrefois de 192 /2, et que ce furent les jésuites de Peking, du tribunal des mathématiques, qui en réduisirent la mesure, pour obtenir un nombre régulier de 250 li au degré, facilitant certains calculs.

Les jésuites de Pe-king, soit dit en passant, n'auraient pu modifier dans une pareille proportion la mesure itinéraire de l'empire, si elle eût été déterminée de leur temps, avec cette précision de 192 ‘/, à 192 !/2.

Voici, du reste, comment s'exprime le dictionnaire de Kang-hi : « Aujourd’hui « (1716) 360 pas font un li; 6 tchi fontun « pas. Autrefois, 8 tsun faisaient 1 tchi et «8 tchi des Tcheou faisaient un pas. Un « pas se compose aujourd’hui de 6 tchi et « 4 tsun. — Au temps de Tsin-chi-hoangati, 6 tchi faisaient un pas. Le nombre

« des tchi pour former un pas a beaucoup

« varié. — Un grain de millet est la mesure

« du fen. 10 fen font un fsun; 10 tsun font

«un fchi. Sous la dynastie des Hia, 10

«tsun faisaient un fchi; sous les Yn, 9 tsun « faisaient un tchi; sous les Tcheou, le « tchi ne contenait que 8 fsun. »

On voit combien il serait difficile de préciser la longueur d'un li, surtout dans un ouvrage comme celui de Ma-touan-lin,

qui emprunte ses documents à des auteurs

. de tous les siècles. L’épaisseur d’un grain

de millet, base de tout le système de mesures, n'offre d’ailleurs qu’un point de départ très-incertain. Ce qui me semble établi, c'est que la mesure du li fut plus longue autrefois qu'elle ne l’est aujourd’hui, et que, pour l'intelligence des documents fournis par le Quen-hien-tong-kao, on peut lui assigner une moyenne de 550 à 600 mètres, latitude d’une importance secondaire, si l'on remarque que Ma-touan-lin s'en tient presque toujours à des évaluation en nombre rond.

18 ÿ fl JE FT Litt. «lac ou marais

de Moèn-pan. »

qu'un maitre, et alors que Mong-tien !* présidait à la construction de la grande muraille jusque dans le Leao-tong, le roi de Tchaosien, nommé Feou?°, monta sur le trône. Comme il redoutait le puissant Empereur, il se soumit à lui, mais seulement dans une certaine mesure, puisqu'il ne voulut pas aller lui rendre hommage à sa cour. Ce prince étant mort, son fils Tchun lui succéda. Plus de vingt ans s'écoulèrent et, quand Hiang-yu*! surgit, de grands troubles désolèrent l'empire. De nombreuses familles des pays de Yen, de Tsi et de Tchao, plongées dans le malheur, peu à peu se réfugièrent auprès de ce roi Tchun, qui leur donna asile dans la partie occidentale de son royaume. A l’époque où le fondateur de la dynastie des Han conféra à Lou-ouan la souveraineté de Yen, la frontière entre les États de Yen et de Tchao-sien était au fleuve Paï-choui*?. Après que Lou-ouan, rebelle et fugitif, eut passé chez les Hiong-nou, l’un des chefs complices de sa révolte, appelé Queiman, prit le costume des barbares Hou”, s'avanca vers l’orient, franchit le fleuve Pai-chouî et vint se soumettre au roi Tchun, demandant seulement qu'il lui fut permis de s’établir avec ses gens

19 Général chinois que Tsin-chin-hoangti chargea de refouler les Tartares, afin de terminer la grande muraille à son extrémité orientale.

Cè

21 Le texte porte 7chin Hiang Bi TÉ. cette expression signifie Hiang, de Tchin, et il s’agit du fameux Hiang-(yu),

également connu sous le nom de Pa-

ouang, qui disputa l'empire au fondateur

de la dynastie des Han, de l'an 206 à l'an 202 avant J.-Ch.

20n voit que l'état de Yen avait absorbé, à cette époque, non-seulement tout le Leao-tong, mais la moitié de la presqu'île coréenne.

3 BB. Nom commun à plusieurs bar-

bares orientaux.

dans la partie occidentale du Tchao-sien, autrefois territoire chinois. Ce réfugié devint ainsi le vassal du Tchao-sien. Le roi Tchun le prit en atfection. Il le nomma po-sse (conseiller), il lui fit présent d’une tablette qui lui concédait un domaine de cent li, et il lui confia la garde de sa frontière occidentale. Quei-man attira et réunit peu à peu une multitude de proscrits comme lui, puis il envoya donner au roi Tchun le faux avis que des troupes chinoises arrivaient de tout côté, afin de se faire ouvrir traîtreusement les places gardées. Alors il assaillit le roi Tchun, qui se défendit avec courage, mais qui ne put lui résister. »

Dans la suite, ce Oueï-man recut la soumission de la ville et du territoire de Tchin-fan?! ; et bientôt tous les barbares du Tchaosien, ainsi que les émigrés des pays de Yen et de Tsi le reconnurent pour roi. Il mit sa capitale à Quang-hien?.

Sous le règne de Hiao-hoeï, au nom duquel gouvernait l’impératrice Kao-heou (197-187 avant J.-Ch.), quand la tranquilité fut rétablie dans tout l'empire, le gouverneur du Leao-tong s’attacha Quei-man en le constituant grand vassal de l'extérieur, chargé de la protection des frontières. Quei-man, qui avait de bons soldats et des ressources d'argent, s'empara successivement de toutes les

Lal IE E Au nord-ouest de la Corée ; existe encore sous le nom de Æ } + Fan-han, suivant la grande géographie Tai-tsing-y-tong-tchi.

3 + Ps. A l'orient du fleuve Paichoui, dit une note, c'est-à-dire sur la

rive droite. Cette ville est la même que

Lo-lang, nom qui lui fut donné sous les Han. Elle s'est appelée également Tchangngan, Ping-jang, Ping-ngan, et se nomme enfin Pyœng-ân aujourd'hui, selon l'orthographe adoptée dans quelques ouvra-

ges modernes sur la Corée.

petites places de son voisinage. Il ajouta la possession de Ling-tun °* à celle de Tchin-fan et se trouva maître d’une région de plusieurs mille li d'étendue, dont il transmit la souveraineté à sa descendance jusqu’à son petit-fils Yeou-kiu?7. |

Yeou-kiu continua les traditions de son aïeul en attirant dans ses États tous les chinois fugitifs, rebelles à la dynastie des Han. Leur nombre devint très-considérable et allait toujours augmentant, ce qui mécontenta gravement l'Empereur. Aussi lorsque Yeou-kiu, en sa qualité de grand vassal reconnu, voulut rendre visite à la cour et sollicita une audience impériale, l'Empereur refusa de le recevoir. Il associa vainement les Chin-han?* à sa démarche; les lettres qu'il adressa demeurèrent sans réponse. La deuxième année youen-fong (109 avant J.-Ch.), l'empereur Hiaoou-ti envoya Che-ho-tsiao pour lui faire des remontrances, mais il méprisa les injonctions impériales et chargea Peï-ouang, l’un de ses grands officiers, de reconduire l’ambassadeur chinois jusqu’à la rivière Pai-choui. Che-ho-tsiao tua celui qui était chargé de l’accompagner, et, de retour près de l'Empereur, il lui fit part du meurtre qu'il avait commis. L’éclat de son nom le mit à l’abri de toute réprimande. Au lieu de le punir, Hiao-ou-ti le nomma gouverneur du Leao-tong. Le roi de Tchao-sien en fut irrité. Il envoya des troupes qui attaquèrent Che-ho-tsiao et qui le mirent à mort.

26 Pa HI, Au sud-ouest de la précé- 27 Î ic

dente. Plus tard s’est appelée YL AI MS] 28 Une notice spéciale est consacrée plus Kiang-youen-tao. Aujourd'hui chef-lieu loin à cette nation. du district de Tong-y-yen (selon M. de

Rosny).

Alors l'Empereur ordonna à Yang-pou de partir du pays de Tsi ?° avec une flotte de vaisseaux pontés portant cinquante mille hommes et de traverser la mer Po-hai®, tandis que Sun-tchi, qui avait le titre de général de la gauche, s'avancerait par le Leao-tong, afin d’exterminer les forces de Yeou-kiu et d’occuper sa capitale; mais cette expédition ne fut pas heureuse. Les deux généraux n'’obtinrent aucun succès, ce qui détermina l'Empereur à faire partir encore Quei-chan, dont la réputation militaire était grande, avec ordre d'admonester le roi du Tchao-sien et de le réduire à ses volontés. En voyant, cette fois, à quel homme il avait affaire, Yeou-kiu se prosterna et promit de se soumettre. Il avait craint d’abord d’être tué par perfidie ; sa méfiance s'étant dissipée, il prit des résolutions plus sincères, et il envoya le prince héritier pour traiter de sa soumission, en offrant des chevaux au nombre de 5,000, et en offrant aussi de fournir des vivres aux Chinois. Le prince héritier menait avec lui plus de dix mille hommes armés; comme ils se disposait à passer le fleuve Paï-choui, Oueï-chan et Sun-tchi conçurent des soupçons sur ses intentions et lui dirent : « Si le prince héritier a déjà fait sa soumission, il devrait ordonner aux siens de ne pas venir en armes. » De son côté, le prince héritier se méfia des envoyés chinois. Il prit donc le parti de ne point franchir le Paï-choui et de ramener ses gens en arrière. Alors Quei-chan écrivit à l’Empereur que les princes coréens avaient mérité la mort, et qu'il fallait réunir les troupes chinoises pour les envelopper.

Yeou-kiu défendit vaillamment pendant plusieurs mois la place

où il s'était retranché; mais il ne pouvait en sortir, et il essaya en-

2 Vid. supra. note o. 30 E Jie C'est le golfe de Pe-tche-li.

core de parlementer et de traiter. Les généraux ne s’entendaient pas ; le temps s'écoulait sans qu'on fit rien de décisif. Sun-tchi prit le commandement des deux armées réunies et redoubla d'efforts, sans parvenir à forcer Yeou-kiu. Enfin, la troisième année youenfong (108 avant J.-Ch.}, en été, par la trahison de Ni-ki, des hommes furent envoyés pour assassiner le roi Yeou-kiu, qui vint alors

se rendre à discrétion *!.

Le Tchao-sien, réduit en province chinoise, fut divisé en qua-

tre gouvernements désignés sous les noms de leurs capitales.

Tchin-fan, Ling-tun, Lo-lang *? et Hiouen-tou*?.

[ Dans les temps malheureux qui suivirent, ces régions retom-

bèrent au pouvoir des barbares orientaux. ] Sous le règne de l’empereur Tchao-ti (qui commenca à régner

# Ce récit de la guerre que s'attira Yeou-kiu, de ses causes, et des conséquences qu'elle eut pour lui offre des variantes assez sensibles avec les versions recueillies par du Halde et par Mailla. Du Halde dit que Yeou-kiu fît mourir l’envoyé de l'empereur de Chine, sans parler du crime commis par ce même envoyé.

dont il n'était qu'une représaille. Mailla garde le silence sur le double meurtre. Ni du Halde. ni Mailla ne font mention de cette flotte pontée, transportant par mer 50.000 hommes. ce qui paraît cependant

un fait digne d'être noté. Ils ne mention-

nent pas davantage la mission de Queîchan, et rapportent enfin que la guerre se termina par l'assassinat de Yeou-kiu, à l'instigation du traître Ni-ki, général coréen. Ma-touan-lin relate bien le complot ou la sédition qui aurait menacé la vie du roi de Tchao-sien. mais il laisse entendre que l'horreur de cet attentat aurait suffi pour amener sa soumission définitive, et il ne dit point qu'il soit mort égorgé.

À EEK IE >; 3 xe ARE | R Voir, plus haut. note 25.

5» Ÿ Da Dans le nord de la Corée.

l'an 86 avant J.-Ch.;, les gouvernements de Tchin-fan et de Lingtun furent supprimés et réunis à ceux de Lo-lang et de Hiouen-tou.

Après que le Tchao-sien fut inccrporé à l'empire, les mœurs de ses habitants se corrompirent peu à peu, et les lois repressives

durent se multiplier graduellement jusqu'à exiger soixante articles *{.

35 Allusion à ce qui a cté dit. note 2. touchant la concision des lois de Ki-tse.

ee

QUEI ov OUEI-ME:

ta 3H

AL pays de Ouei fit originairement partie du Tchao-sien. Au d a sud, il était limité par le pays des Chin-han; au nord, par le Kao-kiu-li et le Quo-tsiu?; à l’orient, par la grande mer, et à l’occident par le territoire de Lo-lang. La première année youen-so du règne de Ou-ti, des Han (128 avant J .-Ch.), le prince de Quei, appelé Nan-liu*, se détacha du Tchao-sien avec ses adhérents et ses sujets au nombre de 280,000, reconnaissant la souveraineté de la Chine et demandant à faire partie du gouvernement de Leao-tong. L'Empereur constitua son territoire en kiun ou principauté de Tsang-hai', division territoriale qui fut d’ailleurs de courte durée.

1 Deguignes et Klaproth: Goei; Rému- 2 Voir plus loin les articles Chin-han, sat et les dict. anglais : Wei; Basile : Oey; -Kao-kiu-li et Ouo-tsiu. les missionnaires de Pe-king : Oueï. Au- s PA El jourd'hui province de Ui-mak, dans la É Ì ff.

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