‹ Atsume gusaChapitre 49 sur 111 · FF · texte numérisé non relu

FF

LE

nom d'une île sur les côtes de la Corée.

sa HE XII.

$30 I] sera intéressant de comparer le I. « La montagne noire, n tableau de mœurs qui finit ici, et qui ap-

partient au xn° siècle (comme l'indique

la place où Ma-touan-lin l'intercale), avec les tableaux analogues, relatifs à des époques antérieures, insérés plus haut, p. 150 et suiv.; 168 et suiv., etc., etc.

521 Ting-haî est un port de l'ile de Tcheou-chan, appelée par les Européens

Chusan.

ATSUME GUSA. I. 75.

524 Si 7k PH. « Portes des eaux

rapides. »

. —!t 525 EH xl pa. « Pavillon des vagues bleues. »

526 Les dernières indications de cet itinéraire renferment plusieurs obscurités.

Nous voyons que l'on débarquait à qua-

On dit que le pays des Niu-tche s'étend au nord du fleuve

rante li, environ seize kilomètres, de la capitale de la Corée, mais on peut se demander si c'était dans un port de mer ou bien sur les rives du fleuve Li-tchingkiang, après l'avoir remonté. Cette scconde supposition paraît vraisemblable, si l'on considère que la ville de Aaïtching-fou, alors capitale de la Corée, est figurée sur toutes les cartes à une assez

grande distance de la mer. et aussi que la

mention faite du danger qu'offre le fleuve.

Li-tching-kiang, à l'endroit où il prend le nom de Âï-choui-men, paraît bien impliquer l'idée qu'il devait être remonté.

D'autre part, cependant, les mots pilan (vagues bleues), qui forment l'enseigne de l'auberge où descendaient les voyageurs à leur débarquement, s'appliquent généralement aux eaux de la mer plutôt qu’à celles d’un fleuve. Si cette dernière interprétation était la bonne, notre texte de Ma-touan-lin admettrait donc que les vaisseaux partis de Ming-tcheou (Ning-po) remontaient d'abord très-avant dans la Mer jaune, pour redescendre ensuite, en cotovant les rivages de la Corée durant

sept jours et cn naviguant par mer trois

jours encore, après avoir laissé derrière eux l'embouchure A7-choui-men, dont il sera fait d'ailleurs une nouvelle mention dans cette méme notice. Ce qui me parait certain, dès à présent, c'est que Klaproth a dù traduire inexactement le passage de l'Aperçu général des trois royaumes où il est question du Li-iching-kiang, qu'il appelle un ruisseau, et du Ki-choui-men qu'il représente comme un abime et tourbillon profond, dans la mer, sans remarquer qu'il existe entre ces deux dénominations une corrélation annalogue à celle des noms de /a Garonne et de la Gironde. Le > caractère M IL ne peut dénommer qu’un grand cours d’eau, et le caractère PH (portes) désigne nécessairement une ouverture, un passage étroit, un défilé. Mais une autre question demeure en suspens, qui est celle de savoir exactement de quelle ville Agi (Kaï-tching ou Kai-tchingfou), il s'agit ici {voir ci-dessus, note 467). Si c'est bien celle du pays de Cho-mo, et si les indications de la géographie To-ssefang-yu sont exactes, les vaisseaux devaient remonter le Li-tching-kiang, tan-

dis que si la ville de Xaï à laquelle il fal-

Hoen-tong-kiang® et n'est séparé du Kao-li que par le cours du Ya-lo-kiang. Jadis assujetis aux Ki-tan, les Niu-tche dépendaient en méme temps du Kao-li, comme un esclave dépend de son maître. Plus tard, ils sont devenus forts, et c’est le Kao-li qui s’est montré leur vassal soumis à son tour.

Dès que l'empereur Kao-tsong fut monté sur le trône, à la cinquième lune de la première année kien-yen (1127), il fit partir Holi pour la Corée, en qualité d'ambassadeur porteur d'instructions secrètes, dans la crainte que le souverain de ce pays ne se liguât contre lui avec les Kin**8, De son côté, l'empereur des Kin redoutant une alliance du roi de Kao-li avec la dynastie des Song avait envoyé Ouang-tchu, muni de lettres patentes, afin de donner l'investiture au prince coréen. On n'a pas conservé le rapport que Ho-li dut présenter à l'Empereur sur les résultats de son voyage.

La seconde année kien-yen (1128), l'Empereur cherchait un homme capable de remplir habilement une mission officielle dans les pays lointains. Le gouverneur en second du Tche-kiang oriental, nommé Yang-yng-tchin, se présenta lui-même et sut se faire agréer. Il se vantait de savoir comment il fallait traiter avec les barbares du nord, ayant appris à les connaître parfaitement au temps où 1l accompagnait son père, qui avait exercé des fonctions aux extrêmes frontières de l’Empire. Il représenta que le plus

lait se rendre était celle des cartes de 57 Le Sounggari. A l'égard des Nin- Klaproth, ils devaient laisser derrière eux tche, précédemment appelés Niu-tchin, l'embouchure de ce fleuve, et naviguer voir ci-dessus les notes 381 ct 460.

trois Jours encore dans la direction du $28 Voir ci-dessus la note 460.

midi.

court chemin pour se rendre chez les Niu-tche était de passer par la Corée, sollicita l'ordre de gagner tout d’abord la province de Ki-lin®? et de parcourir ensuite la route de terre qui le conduirait à Yenetà Yun?®%. En ces circonstances, l’un des hauts mandarins du Tche-kiang oriental, appelé Ti-jou-ouen, fit respectueusement à l'Empereur les représentations que voici : « Yang-yng-tchin trompe Votre Majesté ; il ne songe qu'à se faire valoir. Si le Kao-li, n osant résister à notre grand empire, accorde cette autorisation de traverser son territoire qui lui est demandée, et si, plus tard, les hommes de Kin réclament à leur tour la permission de traverser nos provinces de Ou et de Youe ‘*! afin de les explorer à leur aise, quelle réponse pourra-t-on leur faire? La dignité impériale serait assurément très-compromise, et nous deviendrions un sujet de risée pour les barbares. Je supplie Votre Majesté de ne pas donner suite à ce projet. » Ces représentations ne furent point écoutées. Yang-yng-tchin avait capté la confiance de l'Empereur ; il partit, à la troisième lune, avec la mission qu'il avait sollicitée.

A la sixième lune, l’envoyé chinois arrivait à la cour de Corée

329 SÉ FK. Partie méridionale de la

Corée, ancien territoire du dernier royaume de Sin-lo. Nous avons vu précédemment qu'un oncle du roi de Kao-li avait porté le titre de prince de Ki-lin.

no HE yen = Jun. Ces villes sont indiquées sur une carte chinoise de la Corée, que je possède, aux frontières sep-

tentrionales de ce royaume ct aux sour-

ces d'un fleuve qui paraît être le Litching-kiang. La même carte fait figurer le pays de Cho-mo, dans leur voisinage.

Voir ci-dessus, notes 466 et 467.

531 Li Ou et EX Youe sont les noms

anciens des régions du sud-est de la Chine, sur les deux rives du Yang-tse-

kiang.

et communiquait au roi Kiaï le message dont il était chargé. Le roi Kiaï salua les lettres impériales, puis, se tenant debout devant le représentant de l'Empire, il lui adressa ces paroles : « Votre grand empire possède la route du Chan-tong ; pourquoi donc ne passezvous point par Teng-tcheou? » Yang-yng-tchin répondit : « Cette route est bien plus longue que celle de votre noble royaume, et nous voudrions aussi que vous prissiez le soin bienveillant d’annoncer notre visite au souverain des Kin, votre voisin. Vingt-huit cavaliers forment toute ma suite, et nous portons nos vivres avec nous. » L’embarras du Roi se voyait sur son visage. Il fit appeler un de ses conseillers qui prit la parole à son tour et dit au délégué de l'Empereur : « Les hommes de Kin construisent de grands vaisseaux et veulent sans doute envahir les deux Tche‘*?, Si nous conduisions votre ambassade jusque sur leurs terres, et qu'ensuite ils nous demandàssent le passage à travers votre royaume, afin d'accomplir plus facilement leurs desseins, qu’elle réponse leur ferions-nous ? |

Cette objection très-juste était précisément celle que Ti-jououen avait prévue.

« Les Niu-tche ne sauraient entreprendre une expédition par mer, » répartit Yang-yng-tchin; mais le conseiller du roi coréen lui répliqua : « Les Niu-tche ont des vaisseaux qui parcourent sans cesse les routes maritimes. Autrefois, ils se tenaient sous notre dépendance et maintenant ils veulent que nous leurs rendions hommage. Ils savent montrer aux plus faibles qu’ils sont devenus

532 C'est-à-dire le Tche-kiang, qui était alors divisé en Tche-kiang oriental, et

Tche-kiang occidental.

les plus forts. » Dix jours s'écoulèrent, au bout desquels le roi Kiaï envoya ses ministres conférer de nouveau avec le représentant de la Chine, à l'hôtel où il était logé. Yang-yng-tchin maintenait fermement ses exigences, mais les ministres du Kao-li continuaient à les repousser.

« Quand j'ai visité la cour de Chine, en qualité d'ambassadeur chargé d'offrir le tribut, dit Ouen-kong-jin **, j'ai prévenu respectueusement l'Empereur que, sous une apparence humaine, les Kin avaient tous les instincts violents des animaux féroces, et qu'il fallait éviter soigneusement d'entrer en relations avec eux. Il y a de cela douze ans.» Tsoui-hong-tsai*' ajoutait : « Pourquoi votre empire ne prépare-t-il pas une grande armée pour les soumettre, au lieu de vous envoyer parlementer ? »

Yang-yng-tchin séjourna soixante-quatre jours en Corée, et finit par reprendre le chemin de la Chine, sans avoir pu déterminer le roi Kiaï à se conformer aux volontés de l'Empereur. Il reparut à la Cour, à la dixième lune, et fit le récit de tout ce qui s'était passé. Alors l'Empereur entra dans une grande colère, en accusant le roi Kiaï d’ingratitude envers l'Empire. Le ministre Tchuching-féi ne se troubla pas. « Le roi Kiaï, dit-il, a les Kin à ses frontières, tandis que la mer le sépare de nous. Sa politique est facile à comprendre. Peut-être l’avons-nous traité jadis avec trop de bienveillance, mais que pourrions-nous faire aujourd’hui pour l’obliger à nous obéir ? » Et comme un chef militaire, Hoang-tsienchen, proposait d’embarquer des soldats d'élite revétus de cuirasses, au nombre de quelques dizaines de mille, afin d’intimider les

sn JC LAN 4: 334 kE ji SE,

Coréens. « Si vous parlez de porter la guerre au-delà des mers, » continua-t-il, « souvenez-vous d’abord du Yen-chan®*, et que cela vous serve d'enseignement. » Après que la colère de l'Empereur se fut un peu calmée, le mandarin Yun-tsong-tse, du Ho-nan, exprima l'avis qu'on pourrait adresser de nouvelles remontrances au roi de Corée, et insister auprès de lui pour qu'il déclarât la guerre aux ennemis de l'Empire ; mais, à la onzième lune, le roi Kiaï ayant chargé son ministre Yun-nien-y ** de porter des explications à la cour de Chine, l'Empereur fit traiter honorablement cet ambassadeur qui s'en retourna très-rassuré.

La troisième année kien-yen (1129), le neuvième jour de la huitième lune, l'Empereur disait à ses ministres : « Une ambassade du Kao-li est en route pour nous apporter le tribut. Sa prochaine arrivée m'est annoncée. Elle amène deux eunuques et deux jeunes filles de palais, qui ont été donnés par l'Empereur du Nord 7, Cette nouvelle me réjouit et me cause en même temps de l'inquiétude. » Le conseiller Lou-y-hao prit la parole : « Assurément, répliqua-t-il, cela ne se fait point sans l’expresse volonté de

sos HE IL. Le dictionnaire d'Ed. haut. D'après le contexte de la phrase

Biot indique Yen-chan comme un ancien nom de département actuel de Chuntien-fou. Évidemment il est fait allusion à quelque désastre des armées chinoises, dont j'avoue n'avoir point la notion présente à l'esprit.

FE

397 È EL. Litt. : l'Empereur d'en-

cette expression ne me paraît pouvoir s'appliquer qu'à l’empereur des Kin, dont la dynastie régnait dans le nord, considéré comme le haut de la Chine simultanément avec la dynastie des Song qui possédait les provinces du midi. Ces eunuques et ces jeunes filles, envoyés par l'empereur des

Kin et que les ambassadeurs coréens de-

la cour des Kin. Autrement le roi de Kao-li, qui a recu ces eunuques et ces jeunes filles, ne les enverrait pas à Votre Majesté. » L'Empereur saisit la justesse de cette remarque et l'ambassade fut invitée à ne pas poursuivre son voyage.

[La lettre adressée au roi de Corée, pour contremander le voyage de ses ambassadeurs, pouvait se résumer ainsi qu'il suit : « Toutes les provinces de l'Empire redoutent les calamités d’une invasion, comme aussi les grandes levées de soldats que la guerre entraîne. Nous avons dû transmettre des instructions pour que tous les cours d'eau fussent gardés. Il serait donc à craindre que vos envoyés ne trouvâssent tous les passages fermés par les autorités des différentes localités qu'ils devraient traverser. Dès que la sécurité des frontières sera rétablie, nous fixerons un jour avec vous pour leur faire la réception la plus honorable. Ainsi seront effacés les regrets que nous éprouvons aujourd’hui d'interrompre les relations établies. Nous ne doutons point, du reste, que vous ne sachiez pénétrer le fond de notre pensée, et apprécier la sincérité de nos bons sentiments à votre égard. »]

La deuxième année chao-hing (1132), le ministre coréen Tsoui-oueï-tsing 8 fut envoyé par le roi Kiaï avec une suite nombreuse; il apporta le tribut. L'Empereur lui donna audience, et lui remit des lettres très-affectueuses à l’adresse de son souverain. A la douzième lune, une nouvelle ambassade du Kao-li était annon-

vaient amener à la cour des Song, étaient qui sut faire partager ses soupçons à l'Em-

sans doute des espions chargés d'observer pereur.

tout ce qui s'y passait. Telle était du ss À PÉ M .

moins l'opinion du conseiller Lou-y-hao,

cée par le préfet de Ming-tcheou, ct l'Empereur ordonnait que le temple de Fa-hoeï** fût disposé pour la loger. Elle n’arriva point, toutefois, les gens du Kao-li assurant qu’elle avait fait naufrage en pleine mer, ce qui parut très-douteux aux conseillers de l'Empereur, plus disposés à croire que la notification de son départ n'avait été qu'une pure tromperie, |

La sixième année chao-hing (1136), un Coréen porteur de dépêches officielles appelé Kin-tchi-koueï* débarqua dans le port de Ming-tcheou. Craignant que ce personnage ne fût un espion des Kin, l'Empereur ordonna de lui faire donner de l'argent et de la soie et de le congédier aussitôt. .

A la troisième lune de la trente-deuxième année chao-hing (1162), un fonctionnaire du Kao-li nommé Siu-te-yong *! parut à Ming-tcheou, annonçant que son souverain était sur le point d’envoyer une ambassade pour transmettre ses félicitations ®*?. Quand cet avis parvint à la Cour, ce fut l'historiographe Ou-feï qui éveilla la prudence de l'Empereur. « Les Coréens, dit-il, sont en guerre avec les Kin, leurs voisins. Cette ambassade peut nous créer des complications fâcheuses. » L'Empereur partagea les appréhensions de Ou-fei. Il fit écrire au roi de Corée, afin de le détourner de son

> hu 339 | + FA «f° Aien, descendant comme lui de l'empeso À HE É reur Tai-tsou, lequel prit le nom de ita I . ; Sal (EX 4 EX. Hiao-tsong. L'ambassade du roi de Corée

543 La trente-deuxième année chao-hing, avait donc pour mission, sans aucun

à la sixième lune, l'empereur régnant doute, de complimenter le nouveau sou-

Kao-isong céda volontairement l'empire YET&IN Sur son A énement.

à son fils adoptif Tchao-oueï, prince de

ATSUME GUSA., 1. 75. 11S

projet. C'était le temps où l’armée de Ouan-yen-liang s'efforçait d’envahir et de dévaster les territoires de l'Empire *t.

A la quatrième lune de la seconde année /ong-hing (1164), l'arrivée d'une mission coréenne fut notifiée par le préfet de Mingtcheou. Les historiens ne parlent pas de la réception qui leur fut faite. Plus tard, il y eut un ambassadeur du Kao-li nommé Hiaokouang-ning‘* qui visita trois fois la Cour. Ensuite les relations furent interrompues.

Dans les années king-youen (1195-1196', l’Empereur rendit un décret pour interdire l'exportation de la menue monnaie de cuivre en Corée. Il décida également qu'on cesserait d'échanger avec le Kao-li des ambassades sans utilité, qui étaient très-onéreuses pour l’Empire. Chaque fois qu’une ambassade coréenne arrivait, tout d’abord les provinces qu’elle devait traverser étaient troublées dans leur tranquillité et chargées de lourdes contributions. A la

W3 Quan-yen était le nom de famille des princes de la dynastie des Ain. Liang ou Leang est le nom particulier que le prince dont il est fait mention ici avait pris en montant sur le trône. Auparavant on le désignait sous celui de Ti-kou-naï, que Maiila lui donne dans son Histoire générale de la Chine. Klaproth l'appelle Ti-leang; Deguignes Heou-si-tchu ou Haï-ling-ouang, et le Tong-“ien-kangmou nous apprend que ce dernier nom

fut son titre posthume. Cette richesse

d'appellations ne laisse pas de causer parfois quelque embarras. Quan-yen-liang était mort depuis deux mois, quand Hiaotsong prit possession de l'Empire. Il y aurait donc ici un léger anachronisme, si l'on n’entendait cette dernière phrase dans le sens que l’aggression de Quanyen-liang était un événement tout récent, qui devait influencer la politique de l’Em-

pereur à l'égard de la Corée.

su 2 X i.

Cour, les dépenses pour l'entretien des étrangers, pour les repas de cérémonie et pour les dons en argent se comptaient par sommes de dix mille taels5*, sans que les fonctionnaires qui présidaient à ces dépenses prîssent aucun soin de les modérer. Quand c'était une ambassade chinoise qui se rendait en Corée, il fallait équiper deux vaisseaux d’une grandeur extraordinaire, ornés et disposés comme pour transporter des demi-dieux. Ajoutons encore l'escorte des bâtiments de guerre, et le nombreux personnel des mandarins de différents ordres qui non-seulement conservaient leurs appointements pendant le voyage, mais réclamaient encore de l'avancement à leur retour. C’est de tout cela que Sou-chi * entendait parler, quand il disait que les ambassades coréennes entrainaient cinq sortes de calamités qui leur appartenaient en propre.

Jadis, les envoyés coréens arrivaient par T'eng-(tcheou) et par Lai-(tcheou)%"; la distance était grande jusqu'à Pien-liang®*8. Dans les dernières années, ils firent voile directement vers le Sseming, en prenant la route du Tche-kiang pour atteindre la résidence impériale. Cette traversée directe, sur une mer dont les eaux sont profondes, n'empêche pas les vaisseaux de rencontrer beaucoup d'îles et d'ilots.

En général, une grande ile au milieu de la mer est appelée

3% Le tael vaut de huit à neuf francs. #7 C'est-à-dire par le Chan-tong.

3 Sou-chi vivait sous le règne de Tchi- #8 Capitale de l'Empire sous les Song, tsong, et ces paroles qui lui sont attri- aujourd'hui Xaï-fong-fou. buées ont été rapportées plus haut, à la 549 pq D) Territoire de la ville acdate de la septième annéc youen-yeou tuelle de Yu-yao, au nord de Ning-po.

tcheou ** ; les iles de moindre importance sont appelées fao55!, et les plus petites portent le nom de siu5?. Pour les classer ainsi, on tient compte du chiffre de leur population, suivant qu'elle ne dépasse point dix familles, ou qu'elle s'élève à cent familles, mille familles et au-dessus. Quant aux écueils et aux amas de roches incultes, on les désigne par le mot fsiao 53, La mer (hai?) prend le nom de Yang, quand elle devient profonde et sans rivages à l'horizon.

Les vaisseaux qui partent de la Corée ont à redouter, sur les côtes, des écueils (fsiao) contre lesquels ils courent le risque de se briser, et quand ils gagnent la pleine mer (yang), ils sont exposés au danger de ce qu'on nomme la tempête noire, qui rend le ciel obscur et qui met les vagues en ébullition. Les marins serpentent avec soin, à travers les rochers et les îles. Lorsqu'ils ont franchi le Kichoui-men$ et lorsqu'ils ont atteint l’île Kiun-chan-tao 557, ils commencent à dire que leur voyage s'accomplit heureusement. D'ordinaire, cette route exige quelques dizaines de jours ; mais soit qu'on prenne la direction du nord, ou qu'on suive la direction du midi, si l’on est poussé constamment par un vent favorable, on peut accomplir la traversée avec beaucoup de célérité. C’est ainsi que Yang-yng-tchin, chargé comme on l'a dit plus haut d’une mission dans le royaume de Corée, débarquait à Tchang-koue, au

so}. MEA 531 Gi 555 TÉ, 553 HR. 356 Voir ci-dessus, note 524.

ss ME. sb 1] à.

sud de Ming-tcheou, moins de dix jours après avoir quitté le sol coréen.

Jetons un regard en arrière, et considérons le caractère des relations établies entre la Chine et le Kao-li. Le Kao-li rendait à la Chine les devoirs d'un vassal, attiré par le désir de s’approprier nos usages et par l’appàt des dons impériaux que ses ambassadeurs venaient récolter chaque année. De son côté, la Chine encourageait les bonnes dispositions du Kao-li, afin d'étendre au loin son influence et de maintenir les frontières en paix. Cet état de choses dura jusqu'au temps où de grands désastres affligèrent l'Empire. Quand les barbares du Nord dévorèrent une partie de nos provinces, on cessa de communiquer avec le Kao-li, qui se soumit au Leao de peur d’être conquis à son tour ‘8. Bientôt ce furent les Kin dont la puissance devint formidable. Par eux les Leao furent anéantis, par eux nos territoires furent envahis; rien n'assouvissait leur avidité ; ils en vinrent jusqu’à forcer nos derniers remparts et menacer les portes de notre capitale 599. Pensaiton que le Kao-li fut capable de les arrêter ? En ce cas, la mission

38 Ma-touan-lin se sert ici d’une expression figurée (tirée du Tso-tchouen) dont j'ai cru devoir rendre le sens et non la lettre, afin de ne pas surcharger mes notes d'explications inutiles.

559 Cette capitale était la ville actuelle de Xai-fong.fou. Les Tartares s'emparèrent de ses défenses extérieures, et ne

consentirent à se retirer que sur la pro-

messe d'une rançon de 500,000 liang d'or et 50,000,000 de liang d’argent, sans compter un million de pièces de soie et dix mille têtes de bétail. Le liang pèse près de 38 grammes. Ces chiffres, mentionnés par le Tong-kien-kang-mou, sont intéressants à constater, quand on songe à ce qu’étaient, dans ce même temps, les

ressources financières de l'Europe.

de Yang-yng-tchin était tout à fait impolitique. S'il s'agissait de conclure une alliance, ce n’était pas un pareil mandataire qui pouvait prendre des engagements au nom de l'Empereur des Song; et si l’on espérait sauver la Chine des dangers dont elle était menacée, alors c'est un nouveau 7sin-pe qu'il fallait découvrir ?°. Les envoyés chinois, chargés de négociations pacifiques, comme Foupang et Ouang-lun*f!, ont toujours pénétré chez les Kin sans difficulté ; mais l’arrivée de chacun de ces envoyés à la cour des Kin produisait l'effet d’une pierre qu’on jetterait dans la mer, tandis que chaque apparition de leurs soldats sur le sol de la Chine était le fléau du feu dévorant. On ne pouvait rien attendre de sérieux des traités passés avec ces barbares. Le voyage de Yang-yng-tchin,

560 Le trait historique auquel il est fait allusion ici se rapporte à l’époque des Tcheou. Tsin-pe, autrement le prince de Tsin, était un des ancêtres de Tsin-chihoang-ti; son nom particulier était Siangouang. Il vivait au vure siècle de notre ère et vint au secours de l'empereur Pingouang, vivement pressé par les Tartares occidentaux qui lui avaient enlevé déjà la moitié de ses états. Tsin-pe repoussa les ennemis de l’Empire jusque dans leur pays et ramena Ping-ouang à sa capitale.

L'à-propos de cette allusion est d'autant plus sensible que Ping-ouang avait attiré

lui-même les Tartares du sol chinois, en

les appelant comme auxiliaires, ainsi que l'Empereur des Song avait fait précisément à l'égard des Kin, qu'il avait pris d'abord pour alliés contre les Leao.

56! Fou-pang et Ouang-lun furent des ambassadeurs chinois envoyés près du souverain des Kin, afin d'arrêter ses envahissements. Ils firent, au nom de l'Empereur des Song, des traités favorables en apparence, mais qui ne furent point exécutés. Ouang-lun, envoyé par Kao-tsong, avait obtenu la restitution du - Ho-nan et du Chen-si, que les Kin repri-

rent presqu'aussitôt.

cette autorisation demandée au roi de Kao-li de traverserses provinces n'avaient aucune utilité. Les missions de Fou-pang et de Ouang-lun, elles-mêmes, n’eurent d'autre effet que d’imposer des humiliations à l'Empire, sans affaiblir les appétits voraces de ses ennemis.

Les pays de Yen et de Yun®® sont situés à plusieurs milliers de li de nos frontières. Ils sont défendus par des villes très-fortes. Si l'on avait eu pour auxiliaire et si l'on avait pu diriger dans un effort commun la multitude qui habite en decà de nos contrées lointaines, il est à croire qu’on eut changé le cours des événements et que la victoire eut été pour nous. Mais n’oublions point que si le roi de Kao-li avait accordé le droit de passage à Yang-yng-tchin, il l'eût accordé de même aux hommes de Kin, lesquels en auraient profité pour organiser une expédition maritime et assaillir nos provinces méridionales, hors d'état de leur résister. Il faut donc reconnaître que les prévisions de Ti-jou-ouen étaient fort justes, et aussi que les paroles du roi Kiaï à notre envoyé ne manquaient ni de sagesse ni de loyauté. Nous avons vu comment cette situation avait été jugée par le ministre Tchu-chin-fei°. Dans les annnées {chingho, le roi de Coréc avait adressé à l'Empereur des avertissements pleins de prudence, par l'intermédiaire des deux médecins chinois qui étaient allé lui donner des soins*%; dans les années Kien-yen, il se crut dispensé d'obéir aux ordres impériaux qui lui étaient signifiés. Sans doute, il pouvait montrer plus de reconñaissance pour la bienveillance qu'on lui avait témoignée, mais cela eut exigé,

363 Voir ci-dessus, note 530. 564 Voir ci-dessus, page 241.

563 Voir ci-dessus. page 260.

de sa part, un dévouement sur lequel il était difficile de compter. Quant aux vaines paroles et aux conseils extravagants de Hoang-tsien-chen °*, ils méritent tout au plus un sourire de mépris. Si nous avions eu assez de soldats pour entreprendre une guerre au-delà des mers et pour aller soumettre la Corée, ces soldats-là auraient dû repousser les Kin, lorsqu'ils se ruèrent sur nous, un peu plus tard. Les anciens voulaient qu'on punit de mort ceux qui flattent les passions du prince et qui cherchent à le tromper. Hoangtsien-Chen fut heureux de n'avoir pas vécu dans l'antiquité.

365 Voir ci-dessus, page 260.

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