Y-LEOU
point de larmes; s'il en est un qui pleure, on l’accuse de faiblesse et de lâcheté. Les vols sont extrêmement rares, le voleur étant toujours puni de mort, quelque minime que soit la chose dérobée.
Les Y-leou ont des flèches armées de pierres aiguës et des cuirasses en peau recouverte d'os. Au nord-est de leur pays est une montagne où l’on trouve ces pierres avec lesquelles sont fabriquées des pointes de flèches, si dures qu'elles peuvent traverser le fer. Ceux qui les recueillent invoquent les esprits avant de commencer leurs recherches. Bien que peu nombreux, les hommes de cette nation sont très-redoutables. Ils se servent d’arcs très-forts et lancent leurs flèches avec une grande adresse. Les arcs ont quatre tchi de long”; les flèches, en bois de kou, sont longues d’un fchi et huit ‘sun !°. La pierre verte qui garnit leur pointe est toujours empoisonnée; les blessures qu'elle fait sont immédiatement suivies de mort. Les nations voisines respectent un peuple qui possède de tels moyens de défense et ne songent pas à l’attaquer. Elles ont cependant beaucoup à souffrir de son voisinage, car les Y-leou, montés sur des barques légères, font souvent des incursions chez elles et commettent toute sorte de brigandages et de dépradations. Ajoutons que ces barbares sont les seuls, entre tous les barbares orientaux, qui ne font usage d'aucune espèce de vase ni de vaisselle pour boire ou pour manger, et que ce sont les seuls aussi qui n'aient point de lois.
Sous les Tcin, au commencement du règne de l’empereur Youen-ti (317), ils vinrent encore à la Cour, offrant en tribut leurs
3 A peu près un mètre vingt centimè- ‘© A peu près cinquante-quatre centi-
tres. metres.
pointes de flèches. Enfin, du vivant de l’empereur Tching-ti, ils rendirent hommage à Cle-hou!!, après être demeurés quatre ans en route. Che-ou les ayant interrogés sur ce long voyage, ils lui dirent : « Pendant trois ans, nous avons pris soin d'observer les
bœufs et les chevaux qui se tournent toujours vers le sud-ouest, en
se couchant. C’est ainsi que nous avons toujours connu la direc-
tion de votre grand royaume, et que nous y sommes arrivés. »
4 Che-hou était le fils et le successeur de Che-le, prince de la race des Hiongnou, qui avait détruit les Tsien-tchao, dont la capitale était à Ping-yang, dans le Chan-si, et avait fondé lui-même la courte dynastie des Heou-tchao, contemporaine de celle des Tcin, la seule reconnue pour légitime par les historiens chinois, En 317, les Tcin avaient transporté le siége de leur empire, de Ho-nan-fou dans le Ho-nan, à Nan-king, aujourd'hui Kiang-ning-fou, capitale du Kiang-nan.
Che-hou n'ayant succédé à son père qu'en 334 et l'empereur Tching-ti étant
mort en 342, la date de cette dernière
visite des Y-leou se trouve fixée entre ces deux années. On peut s'étonner que leur voyage ait exigé quatre ans, et peut-être même soupçonner qu'ils en aient à dessein exagéré eux-même la durée, mais un simple coup d'œil jeté sur la carte de la Chine explique qu'ils aient porté leurs hommages au prince qui régnait dans le Chan-si, plutôt qu’à celui qui résidait dans le Kiang-nan actuel. — D'après l’orthographe de Basile que nous suivons, il faudrait écrire Chy-hou, mais le nom de ce personnage étant écrit Che-hou par Mailla ct par Deguignes, j'ai cru devoir
respecter cette transcription.
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DI