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LA FOLIE

Elle a des yeux clairs et cruels, et meilleurs pourtant que la vie, où la paix d'un songe éternel domine avec mélancolie.

Elle a des regards singuliers

de maîtresse ironique et reine,

de lents regards apitoyés,

pour nos labeurs et pour nos peines.

Sa bouche morne, à tout jamais par le sourire délaissée, garde, pour toujours, le secret de son âme et de sa pensée.

Elle est grande... Elle a dans ses mains, qui sont longues et tentatrices, la clef de tout savoir humain dans un coffret d'impératrice.

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Elle sait le nom, la couleur et l'aspect des jours qui vont naître, et porte, enfermé dans son cœur, le passé du monde et des êtres.

Sur le peuple de ses élus,

tour à tour abjecte et sublime,

elle règne, dans l'absolu

du beau, du malheur ou du crime.

Elle est complice des poisons, de ceux qui sont lents et tenaces, et des poisons forts qui terrassent la conscience et la raison.

Elle est complice, conseillère, de l'extase, de la stupeur, et mène à ses côtés la peur et l'épouvante meurtrière.

Elle est compagne du plaisir, des paroxysmes et des crises, et sait des étreintes qui brisent et des baisers qui font mourir.

Calme ou soudain désordonnée, elle erre parmi les tombeaux, puis, s'inclinant vers les berceaux, rêve et préside aux destinées.

Passante invisible et pourtant toujours active, elle console, approuve et met son auréole au front sombre des mécontents.

La douleur souvent la convie, l'amour la précède et l'orgueil, et c'est elle qui prend le deuil de la puissance et du génie.

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