PRIERE EN ÉTÉ
Mon Dieu, je n*ai pour vous louer, vous et vos œuvres, que les seuls mots que j'ai appris étant enfant. J'ignore l'art subtil des rythmes éloquents, divers comme la mer où s'achèvent les fleuves.
Mon Dieu, je n'ai pour vous louer que mon plaisir d'être jeune en ce jour paisible qui commence, et dont l'air matinal circule et se balance parmi tant de parfums, de calme, de loisir.
Car c'est ici l'été qui danse, qui bourdonne. Mon Dieu, je vous bénis pour cet azur cruel, pour nos jardins pesants de roses, pour le miel, pour cet accablement torride et monotone.
Et voici, c'est l'amour impatient d'aimer. Je vous bénis, mon Dieu, pour sa force féconde, pour les bras odorants, pour l'étreinte profonde, et pour ce bleu sommeil immobile et pâmé.
Je VOUS bénis, enfin, de m*avoir fait poète, et de n'être, à jamais, rien d'autre, et de n'avoir d'autre souci, d'autre bonheur et d'autre espoir que les rythmes égaux qui chantent dans ma tète.
Voici le bruit secret du lac et, peu à peu,
parmi l'ombre du soir et ses métamorphoses,
le repos solennel des êtres et des choses...
Et tendrement, tout bas, je vous bénis, mon Dieu 1