SOUVENIR
Souvenir que je croyais mort, souvenir cruel et vivace, voici que tu reviens encor, voici tes yeux, tes mains tenaces !
Rien ne m'a servi de te fuir,
pour d'autres deuils, vers d'autres joies;
je te retrouve, souvenir,
au détour de toutes mes voies î
Tes yeux, déconcertants et durs, n'ont rien perdu de leur prestige qui me fît suivre, sans mesure, des chemins d'ombre et de vertige.
Et tes mains, tes mains d'autrefois, sur ma chair inerte, vaincue, vont me ramener, malgré moi, vers des félicités perdues.
En vain je mords et je me tords :
Tes yeux puis tes mains me terrassent, ô souvenir que j'ai cru mort, souvenir acide et vorace !