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PAROLES DE L'AMIE

Je te connais; je sais que tu n'aimes en moi qu'un lointain souvenir ou que l'ombre d'un songe. Tu me contemples : C'est une autre que tu vois. Le plus furtif de tes regards est un mensonge.

Ton cœur secret, ton cœur impossible à saisir, d'heure en heure me fuit, m'évite ou me devance : Qui cherches-tu dans l'ombre au-delà du plaisir? Chacun de tes baisers me trahit et m'offense.

Prétexte à je ne sais quel rêve indéfini, je ne suis pour toi rien que forme sans visage ; et l'aveu soupiré sur mes lèvres, la nuit, s'évade à travers moi vers quelque autre, et m'outrage

En vain, multipliant les soins de mon amour, je me prodiguerais, tout entière docile ; ton désir est sans cesse ailleurs et, jour à jour, m'abandonne aux tourments d'un espoir inutile.

Hélas I Feindre l'oubli? Décevoir ou tromper ? Armer contre ton cœur la ruse misérable ? A quoi bon, si ton cœur, impossible à frapper, ne s'anime qu'au prix d'un amour ineffable ?

Je te connais ; je sais que tu n'aimes en moi qu'un simulacre impur, dérisoire symbole ; et je pourrais demain mourir sans mettre en toi ni douleur à grands cris, ni regret bénévole.

Pitié sur toi qui vas, réclamant au destin l'absolu d'un bonheur dont mon âme est exclue Poète extasié d'orgueil chaque matin, tu roules chaque soir dans la fange absolue.

Pitié I Jamais aucun amour ne t'offrira

ni loisir inspiré, ni repos qui délivre,

car il sera trop tard enfin, quand tu voudras,

voyant venir la m*ort, te résigner à vivre !

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