DE LOIN
Je te vois : Tu as mis des roses dans un vase bleu et cassé ; puis assise, le front baissé, lentement, tu couds quelque chose.
Je te vois... C'est la fin, bientôt, du lourd après-midi trop calme ; tes yeux battus sont pleins de larmes, et ton cœur est dans un étau.
L'été brutal, qui brûle et pèse, aujourd'hui te blesse à mourir ; et parfois tu crois défaillir d'anxiété et de malaise.
Douceur I Je devine, un instant, tes bras clairs à travers tes manches.., Mais tu te lèves, tu te penches sur la rue au fracas strident;
et fragile, soudain pâlie, tu sens naître et grandir en toi, Pancien, le cruel effroi d'être seule au bord de la vie.
Je te vois. La nuit survenue s'étire dans l'espace en flammes.
Faible, opprimée et bientôt nue, tu relis par cœur Francis Jammes...
— O poète des étés blancs, des frais feuillages, des bruyères, et du grand azur sur les champs, beau dispensateur de lumière !
Passant des jardins ou des prés, promeneur des monts et des gaves, qui as, si souvent, rencontré l'amour impérieux et grave I
Par les soirs, tels que celui-ci, de regret, d'angoisse et d'attente, sais-tu de quel tendre souci tu troubles les adolescentes? —
Je te vois... Tes cheveux défaits, tombent trop lourds sur tes épaules ; il y a trop d'émoi secret dans ce vent profond qui te frôle.
Et sans forces contre la nuit, la nuit plus douce d'heure en heure, ouvrant tes bras vers l'infini, comme un enfant perdu, tu pleures.