‹ Attentat du 28 juillet 1835 (volume 3)Chapitre 4 sur 20 · C HO · texte numérisé non relu

C HO

Petit} que depuis oe temps-là il iWait assez pratiqué pour s'être aperçu que <?était une tête chaude, aussi ivrogne qu'il était jeune; qu'if n'était capable de prendre un fusil que quand il c'tait soûl, et qu'on savait par expérience ivcHhomme de vin, homme de rîenj qu'il n'avait donc jamais rien confié à Bbireau; et que ce jeune homme, quoi ">que pussent dire des témoins monteurs y n'était point. Tenu chez lui ,'ni attmm attire, dans lu nuit du 27 au 28 juHfet Vous verrez plus tard, Messieurs, quel fondoa pouvait faireteu* une dénégation aussi positive. Fieschi ai donné en preuve de ses asseï^tiuns le récit d'une Soirée qu'il avait' passée au café ries HeptiBitiixrds^ ïitvàlBoirww^V Maurice, officier au 54e régiment ; de • Jigne, détenu /depuis à Sainte- Péi^ie pendant dix mois.

M. le Président a fait albrs ifoseîfàr-hi- Fieschi deux ç i rcon m tances - remarq iiafaies : d'abord , ort n'a fait ; pas tnodvé dansi sà chambre ie< foret qui avait dû' 'servir à percer la lumière des trois canons de fusil qui n'en avaient' pas; ensuite Boireçtu était sorti du magasin de, son maître le dimanche 26 juillet, emportant un forêt et la plaque -en bois nécessaire pour s'en servir; ii a représenté à Fieschi qu'il résultait de ces deux circonstances une grande probabilité que c'était Boù reau qui lui avait fourni le foret nécessaire à son opération* Fieschi a répondu qu'il s'était servi d'un foret qu'il avait acheté chez un ferrailleur, dans une rue quf est entre la rue Saint-Louis et la rue Chariot, et d'une plaque en bois de chêne qui lui appartenait, et qui devait avoir été trouvée chez lui ; enfin, que si le foret n'y avait pas été saisi , c'est qu'après l'avoir brisé, ainsi que son archet, il avait jeté le tout dans les lieux d'aisances.

( us )

Les indices qui inculpaient Morey furent exposes en ces termes : « Votre intimité avec Morey était encore t « plus grande, puisque pondant deux mois vous avez «couché chez fui; puisque vous lui avez montre la '«facture des canons de fusif que vous aviez achetés, «dans ïe but, vous en êtes convenu , d'obtenir de lui, au «moyen de celte facture un peu enflée, un peu plus d'ar- «gent; il vous en fournissait donc, et dans le but de «l'attentat? De pîus, Morey s'est vanté d'avoir chargé « une partie des canons de fusil. II vous attendait rue «des Fossés-du-Tempfc , au moment môme oit vous «commettiez l'attentat} il était la de votre consentement, «vous en êtes convenu une fois; et si vous avez depuis « cherché à atténuer cet aveu , en disant que vous n'aviez «pas fa certitude de ne fui avoir donné rendez-vous «qu'à fa barrière de Montreuil , vous n'en avez point «détruit l'effet, puisque votre intelligence avec fui et «sa complicité dépendent bien moins du lieu du ren- «dez-vous que du rendez-vous même. »

Fieschi ne répondit à des arguments si pressants que par des défaites qui équivalaient en partie à des aveux : if croyait bien avoir donné rendez-vous à Morey, rue des Fossés-du-Temple; mais ceux qui l'y avaient vu, l'avaient vu avant fe passage du Roi : if n'avait rien confié à Morey ; si Morey se vantait d'avoir charge quelques canons de fusil, il en avait menti. D'ailleurs, ajoutait-il en ricanant, s'il le veut, je lui céderai bien volontiers ma place, et je lui dirai comme ce condamné auquel un prêtre disait qu'il était bien heureux d'aile?' voir les ang es : Si vous voulez y aller, je vous donne ma place.

Quant à Pépin, M. le Président a fait remarquer à Fieschi qu'après avoir été introduit par Morey dans

Rapport. 19

la maison de ce nouvel ami, il y avait été caché, et qu'il prenait à crédit dans son magasin tout ce qui lui était nécessaire. C'était là qu'il * avait fait déposer les vêtements que lui avait donnés le docteur Perrève / c'était Pépin qui avait remis à Fieschilcs 1 30 francs qui • lui avaient servi à acheter les canons defusii; etFieschi était convenu lui-même que c'était dans l'intention de lui en montrer ia facture ainsi qu'à Morey , et de tirer par ce moyen un peu plus dWgent de l'un et de {'autre, qu'il y avait fait insérer un prix au-dessus du prix véritable. II était impossible de n'en pas conclure que Pépin, comme Morey, était dans fa confidence de 1' t des canons de fusil. Fieschi ne fit que répéter ce qu'il avait déjà dit : il n'avait connu Pépin que trois ou quatre mois avant l'événement, et il fui avait fait un conte plutôt que de lui confier ia véritable destination de l'argent qu'il lui avait demandé.

Fièschi déclara incidemment qu'il n'avait employé que vingt-quatre des vingt-cinq canons de fusil qu'il avait achetés chez Bury , et qu'il avait laissé le vingtcinquième dans un placard près de la cheminée. Sa déclaration, ainsi que vous le savez déjà, est conforme à la vérité. II a dit également, et l'instruction l'a prouvé, qu'il avait barricadé les portes de son logement; mais ce qui paraîtra plus extraordinaire, c'est qu'il ne se souvient plus de quelle manière il en est sorti; il ne croyait point être descendu par la fenêtre, et quand il ne lui a plus été permis d'en douter , il a répondu : J'avais reçu un tel atout, qu'il y a de quoi oublier. Si les gardes municipaux ont dit cela , ils n'ont point d'intérêt à mentir1.

L'enquête la plus scrupuleuse a eu lieu chez tous.

1 Interrogatoire Je Fietehi, 11 août.

les marchands de vieux fers qui se trouvent dans les rues adjacentes aux rues Saint-Louis et Chariot. Aucun n'a vendu de foret vers l'époque indiquée. La fosse des lieux d'aisances de la maison qu'habitait Fieschi a été •vidée1, on y a trouvé un foret brisé et en mauvais état; mais ia mèche de ce foret rapprochée de la lumière des canons de fusil qu'elle aurait dû percer ne s'y rapportant pas, il a été démontré que ce n'était pas cet instrument qui avait servi a forer les canons de fusil ; il est possible qu'il ait été employé à un premier essai, et que Fieschi après s'être assuré de son insuffisance, l'ait jeté comme il i'a dit. La suite de l'instruction et des interrogatoires de Fieschi vous fera connaître de quel foret il s'est effectivement servi.

A mesure que les dépositions des témoins assignés indiquaient quelques nouvelles circonstances qui pouvaient mettre sur la voie des relations de Fieschi avec d'autres personnes , de nouveaux inteirogatoires deveuaient nécessaires.

Un sieur Ribeyrolles1 , piqueur dans les travaux publics , qui avait été employé avec Fieschi à l'assainissement de iaBièvre, avait déclaré que le dimanche 26 juillet, vers huit heures et demie du matin, se trouvant au carrefour de la rue Chariot, il avait aperçu Fieschi, venantdu boulevart du Temple, en compagnie d'un homme d'environ cinquante ans, d'une forte corpulence, d'une taille d'environ cinq pieds deux ou trois pouces, ayant la figure ronde, la barbe et les cheveux bruns. Cet homme ('tait vêtu d'une redingote bleue et d'un chapeau noir. Ce pouvait être Morey : on voulut s'en éclaircir, on le demanda à Fieschi; celui-ci dit qu'il ne se souvenait pas

1 Procès-verbal du commissaire de police MiV.irt, 21 ce fi aou!. * Déposition de Riltyrolles, G août.

précisément du fait, niais que si ce jour-là', àicetteheure et dans ce quartier, on l'avait rencontré arec quoiqu'un, c'était sûrement avec Morey Que la circonstance dont il s'agit fût vraie ou non, et il paraît qu'elle ne Pétait pas , puisque ie sieur Ribeyrolles, confronté avec Morey,* ne l'a pas reconnu et a môme positivement déclaré que ce n'était pas lui qu'il avait vu avec Fieschi, l'aveu de ce dernier n'en dénote pas moins la fréquence de ses rap- . ports avec Morey , durant les jours qui ont immédiatement précédé l'attentatf

Une dame veuve Martineau avait déclaré % le 22 août seulement, que le lundi 27 juillet, vers six heures moins un quart du soir, elle avait vu sur la place Royale trois individus qui causaient près d'un arbre. Kilo crut entendre en ce moment qu'ils parlaieut de serments qu'auraient faits entre elles plusieurs personnes, et du sort qui aurait désigné l'une d'elles. Autant qu'elle en put juger, ils se servaient d'une espèce tl'argot; le plus petit disait : J'ai la mauvaise chance , et faisait entendre qu'il risquait tout. Les deux autres lui répondaient : Tu as ton serment et nous avons les nôtres f la chose ne peut manquer, L'un d'eux fit observer qu'ils étaient près d'un poste : ils répétaient : Tout est sûr, tout est bien confectionné. L'un de ces individus pouvait avoir cinq pieds quatre à cinq pouces, de grands yeux biens, un nez saillant du milieu, le teint blond, les cheveux châtains, les épaules voûtées, la poitrine un peu rentrée ; il portait un habit noir et un pantalon blanc. Le second était moins grand et d'une grosseur ordinaire ; il ûtait souvent son chapeau, et passait sa main dans ses cheveux noirs. Il portait un pantalon bleu et tin

1 Interrogatoire de Fietchi, 94 août

* Déposition de la dame Teuve Martineau , 99 août.

habit râpé et brun. Le troisième était beaucoup pius i petit : il avait les cheveux noire, crépus et relevés sur Je devant; le front découvert et bombé, le nez droit, les yeux un peu enfoncés, ainsi que la naissance du nez, le teint un peu brun. Le témoin remarqua celuici pius que les autres, parce qu'il avait une mauvaise physionomie, et que c'était celui qui avait dit qu'if avait la mauvaise chance. II proposa aux autres d'aller dîner, en disant que ce serait la deimière fois.

La dame veuve Martine au, à laquelle on a représenté Fieschi, a cru le reconnaître pour le troisième interlocuteur; Fieschi & nié absolument le fait: il allait quelquefois rue des Tournelles et rue Roy aie-Saint- Antoine, mais H ne s'est jamais arrêté sur la place Royale. Ln damo veuve Martine.au avait cru reconnaître, parmi les individus qui causaient avec Fiescluf un sieur Piet de Saint- Hubert, ancien garde du corps du Roi, compromis dans les troubles de la Vendée, qui s'était évadé de Nantes un an auparavant, avec une fille Rosier, et qui depuis vivait très-caché, ou ne sortait qu'habillé en femme. Rien n'est venu à l'appui de la déposition de la dame veuve Martmeau, et jamais aucun individu du nom de Piet de Saint-Hubert, et auquel pourraient s'appliquer les indications données par cette dame, n'a eu en aucun temps des relations avec Fieschi. II a dit à cette occasion : Ce sont des phraseurs qui ont dit cela} j'ai eu une vie agitée, mais je n'ai d'ailleurs point eu de chance. Je ne voulais pas qu'on fit de l'argent avec ma tête , et je ne me suis confié a personne.

Mais à ce propos il a déclaré une circonstance qui tendait à prouver de plus en plus l'intimité de ses rapports avec Pépin. Fieschi, en se rendant à la manufacture de papiers peints où il travaillait, s'arrêta un

jour chez Pepùi : c'était le matin* Celui-ci lui dit :

J'attends aujourd'hui un grand personnage , le comte ou le baron de Roftan , un parent de Louis-Philippe, — Tiens , c'est un carliste, reprit Fieschi. — // fait le repu" blicain, mais je ne me Jie pas à lui.

Pépin informa Fieschi que ce monsieur était à Paris avec sa femme, et qu'il habitait ordinairement la Suisse. Fieschi conçut alors l'idée d'écrireune lettre à M. Gustave de Damas f qui était également établi en Suisse, pour iui faire connaître sa position et iui exprimer le désir qu'il avait de sortir de France, où il était poursuivi. II demanda à Pépin s'il ne croyait pas que M. de Rolum se chargerait de sa lettre. Pépin dit & Fieschi qu'il pouvait écrire , mais qu'avant de remettre sa lettre il convenait de sonder le terrain, parce qu'il était possible que M. de Rohan ne fût pas bien avec M. G. de Damas, Le lendemain, Fieschi retourna chez Pépin; il vit arriver une voiture do place d'où descendit un monsieur assez gros, la tiUe grise, la figure assez fraiclve. Un jeune homme l'accompagnait. Pépin dit à Fieschi : Monte là-haut. Il y resta jusqu'après le déjmrt de M. de Rohan; alors- Pepin , sans s'expliquer sur la cause ou l'occasion de la visite qu'il avait reçue, dit à Fieschi que M. de Rohan connaissait en effet M. G, de Damas, mais qu'ils ne se voyaient pas. M. de Rohan reprochait à cet officier général, dit Pepi)i,d'sL\o\v fouillé dans toutes les familles pour faire une biographie; je soupçonne, ajouta-t-il, (jue ce personnage y est pour (pteïque chose. Fieschi ' supprima sa lettre. Pépin raconta à Fieschi que M. de Rohan lui avait dit: Louis-Philippe et moi, nous étions amis autrefois; mais depuis la révolution de juillet, j'ai vu que c'était un ambitieux, et nous ne nous voyons plus. Je suis venu à Paris où mes parents me doivent

de l'argent; mais ils me contrarient pour le recevoir: il suffit quejc^sois républicain. M. de Rohan ne voulut pas donner son adresse a Pépin.

Ccfui-ci, interrogé plus tard sur ce récit de Fieschi, a" déclaré que le prince Charles de Rohan était en effet venu deux fois chez fui, pour le voir, dans le courant du mois d'avril dernier, et ne l'avait rencontré qu'une fois. L'origine et l'histoire de leurs relations était toute simple: Pépin, auquel il avait été accordé divers brevets d'invention , en avait, entre autres, obtenu un pour fa décortication des fégumcs secs ; ii fit annoncer sa découverte dans fes journaux. Le prince de Rohan fui demanda des produits de sa manufacture, et eut occasion d'en faire placer une certaine quantité en Suisse, où if demeurait. Une correspondance assez amicale s'établit entre eux, à ce sujet. De plus, Pépin voulant obliger, il y a environ deux ans, un ancien grenadier au 16e régiment de ligne, le recommanda et l'adressa, en Suisse, au prince de Rohan. Ce soldat avait servi dans la garde municipafe, et il était obligé de sortir de France, parce qu'il s'était compromis; Pépin paya son voyage. La visite du prince de Rohan n'était que de pure civilité. H n'existait entre Pépin et fui aucune relation politique.

Au reste, tout ce qu'avait rapporté Fieschi au sujet de fa fettre destinée à M. Gustave de Damas , et des relations de famille du prince de Rohan, se trouve confirmé, quoique d'une manière indirecte, par fes hésitations , fes demi-aveux, et môme fes demi-dénégations de Pépin. H a prétendu, néanmoins , en parlant de fa fettre , qu'il ne savait pas qui diable lui avait donné cette commissionK

1 Interrogatoire de Pépin, 38 août.

La dame Pépin1 est convenue, comme son mari, des deux visites que le prince Cfiarles de Rohan aurait faites à Pépin f ïe printemps dernier; il n'a vu Pépin qu'une fois, pendant une demi-heure tout au plus; ia dame Pépin était présente à une grande partie de l'entretien ; ii roulait alors sur la mécanique.

H a été vérifié que, le 10 août 1834, M. Ic prince Charles de Rohan- Ràchefort avait pris, à Pambassade de France en Suisse* un passe-port pour Augsbourg, et que, pendant le printemps dernier, H était venu à Paris au moyen de ce passe-port, qui a été visé ïe 1 1 mai 1 835, au ministère des affaires étrangères. Ce voyage parait avoir été déterminé par des motifs purement domestiques. M. le prince de Rohan, après avoir habité pendant plusieurs années une maison de campagne aux environs de Vevey, est actuellement établi dans cette ville. H est de retour dans son domicile depuis le commencement de septembre, et il a repris ses occupations habituelles. On assure qu'il partage son temps entre des expériences pour la carbonisation de la tourbe, le creusement des puits artésiens et les jouissances matérielles de ia vie.

H paraîtrait que M. le prince de Rohan- Rochcf or t , dont les opinions et la conduite, à l'époque de notre grande révolution, auraient entièrement diffère de la conduite et des opinions des autres personnes de son nom, a peu de relations avec sa famille.On assure mémo qu'il allie, à un sentiment de prédilection pour la branche aînée delà maison de Ronrbon, des idées républicaines. Ses fils habitent la Bohême.

Le gouvernement du canton de Vaud ne s'est jamais

' Interrogatoire de la dame Pépin , 98 août

' Lettre duebarge d'affaires du Roi en Suisse, ttt septembre.

ctn obfige* de 9irrveillcr Sa conduite. Arteune circons* tance nhérieure de Fmstruction n'a ¥iv\>\'>e\é-le nom du prince Charte* de Kolutn, ni attiré J^ttontioiv des; magistrats instructeurs sur sa personne. U nV figure que pour signaler un fait, qni forme im dfe* aunenux de lu ehaine qui ÈiePept» a FieScki.

Ji paraîtrait que Pépin, qui routait peut-elre sonder les dispositions de Fèeschi, ne manqua H pus, selon ce dernier, lorsque les visites de Poavrier ew papiers peints eofiieidaient avec quelques articles un peu solides dc« journaux contre le Gouvernement, de les ini faire lire. À la fin da mois de, mai, r/est-à-dire q^ieiqwes semaines après In visite de M. de Rohan, Pépin dit à Fieselti, en parlant du Roi : Est-ce qtton ne trouvera pas quelqu'un pour Im f. . . . un coup de jusil? Il y en a tout qui, pour tm billet de f,000 francs se sont fait condamner au.v galère* à perpétuité, et il n'y aura pas un homme pour délivrer (epaysd'un brigand comme celui-là,

CepcndamF2esç//rpcrcistait toujours a soutenu* qu'il n'avait point confie son projet à Morey ni à Pépin. C'étaient eux et bien dfmttres qui fat dùaienl qu'il y aurait quelque chose aux fêtes de juillet, et qu'il j al fait que les patriotes: se tinssent prêts. M. îc Président inî ayant demande quels étaient les auti'cs, ii a répondu : Voulez-vous que je vous cherche deux ou trois mille personnes peut-être T Quand je me trouvais avec des jeunes gens, des républicains, des bavards comme il y m a tant, ils disaient qu? il y aurait du bruit aux fêtes de juillet1.

Cependant, le 28 août, après de longues et infructueuses, recherches, Pépin qui, comme il nous Pap-

4 » a * * ta ■

' luC«rn»g«(oir« <I« Fittehi , S 4 «mt.

Rapport. io

prend iui-mêjne, ne, se cachait pas directement, de-r puis i'attenuitdu 28 juillet, mais qui, à raison des persécutions qu'il dit «Voir éprouvées , ne se montrait pas, pour laisser passer l'effervescence (le ce triste événement, et qui, ayant l'Ièabitude de n'être jamais, chez lui les jours de revue, quittait comme cela son domicile par instant et rentrait de temps à antre, pour ne pas se trouver en face de gens qui pouvaient lui causer des vexations, fut arrête à Paris, dans son propre domicile.

H fut interroge' sur-le-champ, ainsi que sa femme, son garçon de magasin et sa servante. H est utile de donner quelque étendue à l'analyse de son premier interrogatoire, afin que le caractère de- l'inculpé et son système de défense vous apparaissent dans tout leur jour et sous leur véritable aspect. Pépin s'eflbrea d'abord de repousser les inductions qu'on pouvait tirer contre lui de sa disparition préventive. Le seul motif, dit-il, qui m'ait empêché- de paraître publiquement chez moi, c'est que je voyais qu'on arrêtait tout le monde, et je craignais qu'on ne m'arrêtât aussi. H déclara ensuite qu'il ne connaissait pas Ficschi, ou que, s'il le connaissait, Une le connaissait pas du moins sous ce nom-là. Après les maJhcurcuxévéncmentsdejuin,il avait vendu son établissement pour aller demeurer dans ïe 12e arrondissement, qui est le quartier de Morcy. vil y rencontra celui-ci , et l'employa comme bourrelier. I}. y avait au moins deux mois qu'il ne l'avait , vu à Pépoque de l'attentat; après tout, il ne Içyronnaissait que passagèrement. Pépin avait rétabli sa résidence dans le quartier Saint-Antoine au commencement de la présente annp'e. Quand Morey passai tj dans ce ;quarT ticr, il entrait chez Pépin pour savoir si on avait besoin de lui. A la vérité, il présenta une fois à Pépin, iî

ç -.ic.-.'S

•y a environ six mois, et soi-disant pour le placer, un patriote f qui avait besoin de travailler et de ■ se soustraire. Le nom de ce patriote poursuivi était Bêcher ou Béchot; il n'inspira point de confiance à Pépin f qui ne voulut pas s'en charger, II y a au moins trois mois qu'il ne l'a vu. Cependant ce Bêche?' est verni peut-être queUntefois chez Pépin , lorsque celuici n'y était pas y Pépin peut lui avoir offert de coucher a la maison j parce qu'il le croyait poursuivi; mais il n'en est pas bien sûr: ce qui est certain, c'est que cet homme n'y a jamais couché que deux miits. D'ailleurs, plus d'une fois des patriotes sont venus c/iez Pépin lui demander asile, et il leur a offert un matelas. Tout le monde peut-être, étant pris à l' improviste , aurait fait •ce qitfiï a fait. Ce Bêcher ou Bec ho t coucliait. sur un matelas , dans une petite pièce sur le derrière.

M. le Président ayant fait observer à Pépin qu'il paraissait incroyable qu'il eut donné asile chez lui à une personne dont il ignorait le nom, Pépin a répondu : Je jure par ce qu'il y a de plus sacré pour un homme d'honneur, que je ne savaù pas directement son nom. H a dit qu'il lui serait difficile de donner le signalement de la personne que lui avait présentée Morey, de crainte de se tromper; qu'il ne pouvait rien préciser sur la question de savoir si cette personne avait ou non un accent partieidierj c'est là, a-t-il ajouté, le résultat de sa conscience.

Tout en disant que Bêcher ne venait pas souvent chez lui, et que plusieurs fois m£mc il lui avait fait refuser la porte, Pépin est convenu que cet homme était importun, qu'il entrait quelquefois malgré qu'on en eût, qu'il s'asseyait, et que quand il y avait là un journal, il le lisait. Toutefois il a ajouté, qu'après l'a-

( wv)

voir adonis à coudber chez lui, il illiai' ai* interdit *a «i ai s on, parce que /a donné eJie-ra^ïne disait qu'elle ne roulait pas faire son lit et qu'il avait Pair d'un voleur. M. le Plaident lui ayant a^toattde' s'H n'avait pa* priVe' Je l'argent à sou faote, Pépin * répondu : /Sï^i? lui en mais donné, ce seraUMcn peu aie chose; mais je ne lui en m pas donné. J'ai-obU^é beaucoup de monde, mais je ne pouvais donner de l'argent à un homme que je ne connaissais qu'en passant. Quand- H a vu qu'en lui faisait mauvaise mme9 il a disparu. Comme on afojjt aJurs observer n Pépin qu'on avait de* raisons de croire quïf «'avait pas cesse' -de voir cet homme , iJ a répondu qu'il ne le voyait pas direeéement, tnàis qu'il entraétquelquefoù le matin « Ja mtusmiptur fou* la gouUe.

M. le Président ayant jugé à propos <k lui de»a*der quelles étaient ies autres .pcrsuanes »qui avaient cherché un asile iehez lui, Ptipût * répondu ij'éi eu affaire à des patriotes, pour le jnwàs d'aprtfynùiie je ne pourrais pas entrer dans de graitds détails, encone je ne crois pas qu'ils se soient cacjiés à la maison.

Ce quSI venait de dire Ah procès u"a*ril conduisait naturellement M. le Président à interroger j'inculpe' ftur ses mlations avec le docteur ilecurf. Vous n'avez .pas oubUV a^,^iese^pre>endait*ve4r dtaé eJaee Pépin avec cet accuse >ot d'antres personnes m&quwitesf et c'était ie moment d'éclaircir ia circonstance <de ce4lner, qui semblait placer Fieschi .si avant «tans j'int*rfiûtéet si uatit ilains 4'aHwue de Pcpiu,et qui établisigait, en outre,, leurs communes relations avec Jforey.

Pépin w'pondk quHIravqk.coiuiu leX>r Jiecwt «nanti file étaieng. #n relation \4e .garde moéionn/e , ayant «'le' 4'un et l'antre tcapUaines 4e la .8* légion qu'il Savait

*U Uttc ou deux fois depuis le procès d'avril ; que /?epu/*/, pendant qu'il était dans une maison de santé, était même verni un jour dîner chez lui, ew quelque sorte à no» corps défendant, uniquement parce qu'on lui avait dit qu'il se trouverait en compagnie de ]H. Leva/liant , membre de Ja Chambre des Députés, qui avait rendu des services a Pépin f pour des recouvrements. Pépin ajoute qu'il lui serait bien difficile de dire s'il y avait d'outre* personnes; cependant il croit qu'il y avait un avocat qui fait ses affaires, noiumé 3fe JUtrelut, et un négociant, M. Fauveau; s'il y avait encore d'autres personnes, eHes sont venues accidentellement à la fin du dîner, et sans être engagées. Le diner avait été en quel- ■qojfce sorte improvisé ; car à quatre heures on ne savait pas -qu'il (dujt avoir lieu : il étaijt uu*ï quand M, Levaillant it dire qu'il viendrait diner chez Pépin ce jour-là. .

Ce réext n'est conforme ni à la vraisemblance ni au Tccit de M. Levaillant. l£n effet, sejon ce dernier, aussi courent jque ses fonctions de député le ramenaient à Paris, Pépin, qu'il avait obligé, lui faisait beaucoup u*e ■politesses et i'invitait à dîner. M. I^evailla/U n'accepta pas d'ti bond; il accepta en-fin, et c'est âpres ces itératives .invitations qu'il a assisté au -dî^er à l'occasion duquel on a du requérir son témoignage

M. Levaillant avait dit qu'il y avait parmi les convive* un 'homme de petite faille, assez commun, décoré de juillet , qui parlait surtout de son amour pour la Pliasse et de son habileté à tirer. Ou lui a représenté Morey, et M l'a parfaitement reconnu. M. Fauveau avait dit à peu près les mêmes choses *.

1 Déposition «le M. Levaillant, %i août. 1 Dr>o*ition de M. Fmuveam. i» août.

M. fc Président ayant demande' à Pépin s'il n'y avait pas à ce dîner une personne connue pour son adresse à tirer, et qui avait beaucoup parié de ses prouesses à la chasse : Si cela était, a repondu Pépin , ce ne pourrait être que M. Morey, qui tire très-bien au.v prix } mais je ne puis rien affirmer à cet égard. Au surplus, il ue croyait pas qu'if fut venu quelqu'un ù fa fin du dîner; c'était cependant bien possible ; il était même très-possible , s'il était venu quelqu'un , que ce fût la personne qui lui avait été présentée par Morey; mais il ne se le rappelait pas.

M. Lorêlut 1 et M. Levaillant croient se souvenir qu'une septième personne est venue pendant le diner. II paraîtrait que Fieschi s'est vanté, en se plaçant au nombre des convives; il n'est venu que pendant le diner ou quand le dîner finissait, au dessert, pour prendre du café et un verre de liqueur1. Au . reste, cette réunion est un indice grave de la liaison étroite de Pépin, de Morey et de Fieschi, et de l'importance que Pépin 9 négociant établi, manufacturier, propriétaire, ancien capitaine de fa garde nationale, donnait à un simple ouvrier, forcé d'emprunter un faux nom pour se dérober aux poursuites de fa justice, après avoir subi de graves condamnations.

Pépin a soutenu qu'il ignorait que l'on eût porté chez fui des vêtements pour un individu nommé Aleais. Il ne savait pas que cet Alexis fût le même que Bêcher, et encore moins que Bêcher fût une seule et même personne avec Girard ou Fieschi. Il ignorait également que le prétendu Bêcher eût demeuré chez Morey ; il a soutenu que Morey n'avait eu avec le soi-disant

1 Déposition de M. Lorêlut , i8 août.

* laîeiTogatoire de Morey, »G août.

condamne politique que des relations fort indirectes; que d'ailleurs lui Pépin n'était pas véritablement lié avec Morey, qu'il ne l'avait pas invité à diner, que Morey était probablement venu sans invitation; qu'à la vérité ils avaient été tous doux membres de la société de V Union de Juillet , mais qu'il ne croyait pas que Morey lit purtie de la société des Droits de l'Homme, et que, quant à lui, il n'appartenait pas à cette société, quoiqu'on le lui eût imputé à crime, ainsi que d'avoir caché Guinard, Cavaignac , Mettras t et Raspail, ce qui était également faux.

Ii est impossible de ne pas remarquer en passant et ce qu'il y a de contradictoire entre cette déclaration de Pépin, qui nie avoir été lié avec Morey et l'avoir invité à diner, et qui admet que Morey est venu dîner chez lui sans invitation : et ce qu'il y a de faux dans ce qu'elle contient relativement à l'affiliation de Pépin à la société des Droits de l'Homme, puisqu'il a reconnu plus tard avoir été membre de cette société, et y avoir exercé des fonctions actives.

II résulta de l'interrogatoire de la dame Pépin une circonstance importante, c'est que Pépin n'a pas dit la vérité lorsqu'il a déclaré qu'il ne connaissait Morey que comme bourrelier et parce qu'il l'avait fait travailler de son état* La dame Pépin a déclaré qu'elle avait les factures de tous les bourreliers qui avaient travaillé pour sa maison, même quand elle et son mari demeuraient à la Gare, et qu'on n'en trouverait aucune au nom de Morey l. L'interrogatoire de la servante des, sieur et dame Pépin vient à l'appui de l'assertion de sa maîtresse ; elle a nommé les deux bour-

• Interrogatoire de la dame Pépin, 38 août.

relier* qui ont travaillé pour lit maison, lorsque ses maîtres habitaient fe 12' arrondissement, cl depuis

3\i9\U sont de retonr dans fe S4. II résulterai* cepenant d'Une déclaration de Ficschi, que Morey aurait , Au moins une fois, fourni à Pépin un harnais , ou quelque autre objet de sellerie ou de bourrelcric, puisque eeîuî-cf voulait en compenser le prix avec ce qu'if restait devoir, ponr sa part contributive des frais de construction de ïa machine infernale.

La servante de Pépin a également déclare que fe docteur Recurt n'avait jamais été fe médecin de la fa* mifler Pépin , cflc a nommé ïes médecins auxquels on recourait au besoin1.

C'était donc sous d'autres rapports que ceux indiques par Pépin, que Pépin et Morey s'étaient connus. Vous apprendrez ultérieurement qu'ifs faisaient (ont deux partie d'une même association qui n'était pas ecfîe de V Union de Juitlôt, ainsi que Fiexcîii fa affirmé'.

Un incident remarquable suivit fe premier interrogatoire de Pépin, II avait été ramené fe jour même chez fui pour être présent h la vidange et à fa fouille des fieux d'aisances de sa maison; if parvint à tromper fa surveillance des deux inspecteurs de police à fa garde desquels fe commissaire de police Miliiet Pavait confié, et if s'évada.

Cependant letf interrogatoires de Fieschi continuaient; if précisa qu'if avait couché quatre ou cinq fois chez Pépin, dans une chambre située sur fe derrière de fa maison ainsi que l'avait dit cefui-ci. Sc ion fa fdfe Palout, cette chambre était destinée aux parents

* Interrogatoire <!e Marianne Patomt, 28 aoât,

* interrogatoire de Fieschi, 99 août

et aux amis qui survenaient, et Fiescki ajouta qu'il avait toujours couché dans le lit, circonstance qui est encore confirmée par le témoignage de fa servante, et qui dément ce qu'avait dit Pépin , qu'on ne lui donnait qu'un matelas. Suivant Fieschi, Pépin savait ïc véritable nom du prétendu Bêcher; if savait également qu'if portait le nom de Girard au boufevart du Temple, et qu'if ne fallait fe désigner sous celui de Bêcher qu'au faubourg Saint- Antoine. La dame Pépin ne fe connaissait que sous fe nom de Bêcher ou d' Alexis, et lorsqu'il prenait quelque chose à crédit , dans fa boutique, elle f'ihscrivait sous fe nom du peintre, parce qu'il travaillait dans une manufacture de papiers peints, et même une fois effe fui a donné fe nom de barbouilleur 1 pour fe désigner. Cette dernière circonstance dénotait fa fréquence et fa familiarité des rapports de l'homme, qu'on indiquait sur les livres de cette manière grotesque avec la famille Pépin: elle a été vérifiée ; les livres ont été compulsés; ils contiennent, du 1er janvier au 28 juillet 1835 9 divers articles de crédit faits au peintre pour fourniture de fromage , d'eau-de-vie de Cognac , de macaroni, d'épices, et l'un de ces articles est inscrit au nom du barbouilleur.

Fieschi a déclaré n'avoir jamais été ni franc-maçon ni carbonaro. On avait supposé qu'il avait pu avoir de6 rapports avec deux Corses, les frères Giovellina, et par l'un d'eux , qui a été quelque temps attaché au parquet du procureur du Roi à Paris, avec un ancien magistrat, autrefois procureur général en Corse, depuis chef du parquet du tribunal de première instance du département de la Seine, avant la révolution de

' Interrogatoire de Fieschi, 39 «oui.

Rapport.

juillet, et connu par son dévouement pour la branche atnéc de la maison de Bourbon» Fieschi n'a jamais eu de rapports habituels avec celui des frères Giovellitta que nous venons d'indiquer) il s'est adressé à lui une seule fois pour solliciter la permission de voir Ja~ nol'f qui était arrête, et cela à une époque ou M. Billot, qui n'est allé en Corse que bien longtemps après la condamnation et le départ de Fieschi, n'était plus à Paris1. Fieschi ignorait que les Giovellina fussent deux frères .

Cependant il recueillait ses souvenirs, et déclarait chaque jour quelque nouvelle circonstance de son crime. Il avait acheté le plomb qui lui a servi à charger les canons de fusil chez le férailleur qui lui avait vendu le foret et son archet; il a fait fondre les balles chez lui, dans un moule qu'il a jeté dans ic canal. Cette déclaration ne semble pas d'accord avec ce qu'il a dit une autre fois que Morey lui avait apporté les balles et le plomb nécessaires pour charger ses canons de fusil; d'autre part, elle expliquerait pourquoi les balles que Morey aurait jetées hors de la barrière du Trône ou de Montrent'} ne seraient pas de même calibre que celles que Morey avait fondues dans les moules trouvés chez lui.

Fieschi et Morey, confrontés ensemble, se sont mutuellement reconnus.

En présence de Morey, Fieschi a soutenu que celui-ci le connaissait depuis long temps sous le nom de Fieschi; qu'il l'avait accompagné en se disant son oncle, quand Fieschi était aller louer un logement au bouïevart du Temple, sachant bien que Fieschi

' Déposition Je' fa dame Billot, i9 août.

prenait alors le nom de Girard; que * le lundi 27 juillet, Morey avait bu de la bière avec lui, sur le boufevart du Temple, sous une tente, entre midi et une heure; qu'if avait certainement montre' ou donné* à Morey ïa facture de ses canons de fusil; enfin qu'il avait donne rendez-vous à Morey, le 28, dans la rue des Fossés-du-Tcmpïe, vers midi, et eu tout cas, a In barrière de Montrcuif.

Morey, de son cote', a soutenu que Fieschi pouvait croire lui avoir confié qu'il prenait le nom de Girard, mais qu'il ne Pavait jamais fait; qu'il ne l'a point accompagné quand ii a été louer son appartement, et qu'il n'y a jamais mis les pieds; que c'est faussement qu'on prétend l'avoir aperçu sur le boulevart du Temple, le lundi 27 juillet, et que Fieschi s'est trompé quand il a cru ie voir; qu'il n'a aucune connaissance de la facture des canons de fusil, et que, depuis plus de cinq semaines avant l'attentat, il n'avait point rencontré Fieschi.

Fieschi et Boireau, confrontés ensemble, se sont reconnus.

Fieschi a persisté à dire, en présence de Bot-, reau, que ce jeune homme était venu plusieurs fois le demander, boulevart du Temple, n° 50; qu'il ne sait pas sous que! nom il le demandait au portier, mais qu'il s'arrangeait toujours de manière à le faire descendre; que, dans une de ces visites, Fieschi avait donné à Boireau le pistolet qu'il avait reçu de l'armurier Bury ; qu'il avait couché une fois chez Boireau assez récemment et qu'il y était allé une autre fois, pour y coucher encore, mais qu'on ne l'y avait point reçu; que Boireau lui avait parlé du complot de Neuilly comme quelqu'un qui en connaissait les auteurs.

M. le Président a rappelé à Boireau que pour expliquer les révélations qu'il avait faites à Suireau, la veille de l'attentat , il avait dit que Fieschi lui avait annoncé que les carlistes devaient faire un coup, et qu'il fallait que les patriotes se tinssent prêts. Boireau s'est borné à répondre qu'il était innocent de l'attentat qui avait été commis ; qu'il n'avait rien à dire de plus , et qu'il ne répondrait à aucune question.

Il était difficile de croire, si les aveux de Fieschi étaient sincères, qu'ils fussent complets. Le logement qu'il avait pris semblait avoir été choisi à dessein de commettre le crime dont il avait été le théâtre. L'époque de la location de ce logement coïncidait avec l'époque du 1er mai, jour de la fête du Roi. Si la déclaration de la fille Lassavey qui affirme avoir vu, à la fin d'avril, dans l'ap» parlement de Fieschi, des morceaux de bois semblables à ceux qu'elle y a revus le 26 juillet, et qui ont servi à la construction de la machine, était exacte, H était permis d'en conclure que le logement avait été loué et les pièces de bois achetées dans l'intention de s'en servirpourl'exécution de détestables projets, s'il y avait une revue le jour de la fete du Roi.

Fieschi, en avouant que Morey l'avait assisté dans le choix et dans la location de l'appartement, et avait eu connaissance de l'achat des canons de fusH; que Morey était venu le voir le lundi 27, et lui avait assigné un rendez -vous pour le lendemain 28, à une heure de la journée qui devait coïncider avec l'instant où l'attentat aurait été commis, en disait trop ou -n'en disait pas assez, car il était évident que Morey ne pouvait à la fois Otre dans sa confidence et n'y être pas. Celui-ci était plus conséquent en niant tout; mais les déclarations de Nina% et surtout les 'circonstances qui

avaient accompagné* ia découverte de la maile et du carnet de Fieschi > demeuraient. II était certain que Morey était le dépositaire des dernières volontés de Fieschi f qu'il Pavait vu faire sa malle; qu'après s'être emparé de son carnet pour le détruire, il Pavait jeté dans les latrines de la maison qu'il habitait; enfin, qu'il avait cherche à dérober Nina à toutes les recherches, et à l'éloigner de Paris.

II en était de même a. l'égard de Boireau et de Pépin, Les indices qui ressortaient contre eux des déclarations de Fieschi devaient être complétés ou démentis. Boireau était' lié avec Fieschi; il venait le voir; Fiescki allait coucher chez lui. Peu de temps avant l'événement, Fieschi , s'apercevant que ce jeune homme n'avait point d'armes dans un moment ou il avait été dit entre eux qu'il fallait que les patriotes se tinssent prêts f lui faisait présent d'un pistolet. Boireau avait annoncé, la veille, l'attentat qui devait être commis le lendemain; il était instruit du complot de Neuilly.

II y avait là des circonstances que Boireau ne pouvait détruire par de pures dénégations, et il fallait qu'il les expliquât, ou qu'elles fussent expliquées à son avantage, pour qu'elles ne constituassent pas des faits à sa charge. En effet, en écartant même ce qu'on ne savait que parles interrogatoires de Fieschi, la déposition de Suireau et tous le* témoignages qui concouraient avec le sien subsistaient. H ne suffisait pas d'accuser Suireau d'imposture, puisque Sttireau n'était pas un témoin isolé; puisqu'il avait dénoncé un fait qui s'était vérifié, il fallait indiquer d'une manière plausible la cause de son erreur ou de son mensonge, ou démontrer clairement sa haine et la fausseté de son témoignage.

Quant à Pépin f ses relations avec Fieschi étaient constantes, indépendamment des déclarations de celui-ci. C'était chez Pépin que le tailleur Foumier avait porté les vêtements destines à Fieschi sous le faux nom à1 Alexis 9 et faon ies avait reçus pour le compte $ Alexis et remis à Fieschi. Fieschi avait été caché chez Pépin / if y venait souvent; il y lisait {es journaux; if y prenait des marchandises à crédit : tous ces faits étaient établis. De plus, Fieschi prétendait avoir reçu de Pépin une somme d'argent pour acheter ies canons de fusil f et, s'il n'avait pas instruit Pépin de la véritable destination de cet argent , il fui avait dit qu'il s'en servirait pour armer des Corses. If déclarait d'ailleurs qu'il avait fait falsifier fa facture des canons de fusii dans l'intention de ;tromper Pépin f qui devait concourir à en rembourser le montant. , . \ n •

Dans cette situation, le soin qu'avait pris celui-ci de se dérober à tous fes regards dès le 28 juillet, avant l'attentat, l'embarras évident de son langage, le peu de netteté de ses réponses, venaient fortifier les indices qui s'élevaient contre lui; mais il y avait encore, en ce qui le concernait, bien des nuages à percer pour arriver à fa vue distincte, soit de fa part qu'il pouvait avoir eue au crime, soit de son innocence.

If devenait de plus en plus urgent d'obtenir de Fieschi des déclarations nouvelles : c'était le meilleur moyen de contrôler celles qu'il avait faites jusqu'alors. S'il ne disait pas fa vérité, il devait se couper et s'embarrasser dans ses récits; s'if la disait, il ne pouvait que répéter fes mêmes choses, d'une manière pfus explicite, et la justice réclamait évidemment de plus amples développements.

M. Bouvier, ancien directeur de la maison centrale de

détention d'Embrun , était venu à Paris. M. ïc Président jugea qu'il pouvait être utile à la manifestation de la vérité qu'il vît Fieschi. Fieschi se louait singulièrement de iui> et ie plaçait au premier rang de ses bienfaiteurs ; et, s'H faut; f*en croire, la reconnaissance est pour lui une religion. C'&t ainsi qu'il disait à M. Bulos , qui PaTOtttipptryeVen 1831, auprès de M. le général Pelet: VvH8 m** mtàrttctfant xm fusil et un sabre à votre disposition y si quelqu'un vous déplaisait, adressez-vous à moi*. Il était probable que les exhoi talions de M. Bonvivr* achèverai eut ce qu'avaient commencé celles de Mi'lJarv&cut/*t que FiescJvi, s'il avait réellement des réve'IatiQris à faire j ne les 'retiendrait plus suspendues à

îOtte 'atteste n'a point été trompée. M. Bouvier trouva Fieschi occupé à dicter ou à faire écrire l'histoire de s»<vie>f-et précisément H en était au chapitre qui traite de «on- séjour à Embrun, fl s'étendait sur les services qu'ibavait reçus de M. Bouvier, et sur les éloges que méritait} selon fui, ce bienfaiteur de l'humanité. Fieschi a vu' deux' fois M. Bouvier, Âpres lui avoir témoigné combtetitâi trouvait flatteur et consolant que des .hommes aussi honorables que M. Lavocal et lui vinssent le voir jusqu'au pied de l'échafaud, Fieschi lui paria de son rcj>entir,( de son amour pour ï^aurence Petit, dont il lui « paru toujours très-épris, quoiqu'il ne cesse de lui «reprocher -son crimé et ses malheurs; et enfin de la conattnïCtion de sa machine, dont il s'est dit l'inventeur et lo-principaj ouvrier. M. Bouvier lui répondit qu'il ne clux'ohait pas à connaître ses secrets, qu'il voulait demeurer étranger k son procès; mais, puisqu'il le mettait

- DepoMÛoa '<&H. Bu/où

sur îa voie, qu'il Pinvitait à dire tout ce qu'il importait à la Justice de connaître. II fui conseilla d'abandonner Je système de réticçnce dans ïequei iï semblait persévérer, et de ne plus rien dissimuler à M. Lavocat.

La première visite de M. Bouvier à Fieschi avah eu lieu le 7 septembre et la seconde le 10. Le lendemain 1 1 , Fieschi fit à M. le Président une déclaration qui peut se rc'sumcr ainsi qu'il suit :

« Queïcjuc temps après qu'on eut commencé à le poursuivre, desespéré de la perte de sa place et des mauvais procédés de Laurence Petit k son égard, Fieschi conçut la malheureuse idée de sa machine} comme il connaissait Morey pour un ennemi du Gouvernement, il alla le trouver et lui en montra le dessin , avant d'avoir formé encore le projet de le mettre à exécution. Morey en fut enthousiasmé, et lui dit : Si j'avais assez de fonds, je fournirais aux dépenses nécessaires. Ce projet revint souvent dans leurs conversations. Cependant Fieschi n'avait pas d'ouvrage; le temps lui pesait, il avait besoin de se distraire; il lui fallait trouver un emploi de ses facultés et de son énergique activité. Morey le mena cbez Pépin en lui disant : C'est tin homme qui fait travailler beaucoup d'ouvriers et il pourra vous occuper, soit à JLagny oh il a une fabrique , soit ici. Pépin promit de s'occuper de Fieschi, mais ses promesses tardaient à se réaliser. Alors Morey parla à Pépin du dessin de la machine, et le lui fit voir; l'enthousiasme de Morey gagna Pépin; il dit : Si l'homme est solide, on pourrait faire les dépenses qui seraient nécessaires; moi je les ferais. Morey rendit compte à Fieschi de ce qu'il avait fait. Pépin s'informa si Fieschi n'était pas ufl homme à tovrncr le dos des qu'il aurait engagé sa parole. H fit appeler Fieschi; alors, dit celui-ci, nous nous trouvâmes tous les trois

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ensemble; ils me demandèrent à quelle somme pourrait monter la dépense de la machine ;je me séparai d\ ux un instant et Jis un calcul détaillé, qui montait à peu près à 600 Jr.

. « Ces choses sfétaient passées vers la fin de février ou au commencement de mars, H fut décidé que Fieseki irait chercher un logement; il en trouva un qu'il jugea propice: mais lorsqu'il voulut l'arrêter, il prit Morey avec lui : le logement convint à tous deux. Fiesehi donna cinq francs d'arrhes; ie prix du loyer annuel fut fixe' à 315 francs. Pépin fut engagé à venir voh* si, lui aussi, trouvait le local propice y il y vint, et c'est la seule fois qu'il y soit venu* Fieschi exposa alors qu'il était nécessaire de meubler l'appartement; il n'avait rien; Laurence Petit l'avait dépouillé de tout; if fit Je détail des meubles indispensables à un ménage de garçon. Son devis se montait a cent trente et quelques francs; Pépin lui remit cette somme. Fieschi acheta quelques meubles. »

. Le détail s'en est trouvé sur son carnet; la fille Dcatrat nous en a donné l'inventaire.

cli prit possession de l'appartement le 8 mars. J'avais encore, dit-il, quelque argent qui m'appartenait} je me stoisprocuré de l'ouvrage pour gagner ma vie. Par amour* propre, je disais à Pépin que je gagnais plus que je ne gagnais réellement , ne voulatU pas passer pour un sicaire qui agissait pour de V argent. «On s'attendait à «une j-evue pour le lw mai : par conséquent vers le «d avril, je voulus acheter du bois. Je fus avec Pépin «sur le quai qui va du pont d'AusterJitz a la Râpée. «Autant que je puis me le rappeler, j'avais un habit de «drap bleu, Pépin avait une casquette en tissu de crin « gris et une blouse de toile grise, qui à force d'avoir

m été lavée était devenue blanclie. Nous avons tous les a deux ensemble marchande le bois qui était nécessaire, «en nous adressant tant au garçon qu'au maître du «chantier. Nous achetâmes quatre chevrons en chêne, « épais de deux pouces à peu près , et une membrure «en bois de hêtre, de trois pouces d'épaisseur, six « pouces de largeur et huit pieds de longueur. Je donr «nai trois pièces de cent sous; on me rendit trente ou «trente -deux sous. » Fieschi alla ensuite chercher un commissionnaire et fit prendre son bois. Pour qu'on ne sut pas où. il le faisait porter, il le fit déposer au coin d'une borne, près de la boutique où il voulait le faire façonner; ensuite il porta ce bois, deux pièces à deux pièces, a l'ouvrier qu'il avait choisi, en lui expliquant comment il fallait le travailler.»

Depuis, il a été prouvé que ces pièces de bois n'avaient point été portées directement dans la rue ou demeurait l'ouvrier qui devait les façonner, mais avaient d'abord été déposées à la manufacture de Lesage.

«Cette façon coûta six francs. L'ouvrage achevé, Fieschi emporta les morceaux de bois chez lui; il ne fit pas façonner la membrure; il déposa le tout dans sa chambre.»

Nous continuons à résumer la déclaration de Fieschi.

«II s'agissait de se procurer des fusils. Pépin, d'abord sans nommer personne, dit qu'il savait quelqu'un qui pourrait en procurer; plus tard, il s'expliqua: c'était tawignac, alors détenu à Sainte-Pélagie, qui, selon Pépin, connaissait quelqu'un qui avait des fusils en dépôt; mais voyant qu'il n'y avait :pas de revue annoncée pour le rrmai, Pépin nedemanda pointdc fusils* einous.dtmes, continue Fiesckù attendons enjuille/.yers cette époque, Pépin obtint, sow un faux nom, une permission pour

aller voir Cavaignac. H raconta à Fieschi qu'en parlant à Cavaignac de cette affaire , il lui avait dit qu'il avait besoin de vingt à vingt-cinq fusils, et qu'if fallait que Cavaignac fût assez discret pour ne pas demander à quel usage ils devaient servir. Cavaignac aurait repondu qu'il attendait quelqu'un qui le devait venir voir et qu'if en parferait. On n'eut pas dé réponse.

«Quand Pépin allait à Sainte -Pélagie pour voir Cavaignac , il voyait aussi Guinard. Pépin écrivit vers ce temps-là à Cavaigitac une lettre signée d'un nom qui n'était pas le sien : il y demandait à cer lui-ci, si V flamme pouvait compter sur la remise prochaine des 20 ou 25 francs , parce qu'il n'attendait que cela pour partir. Ces 20 ou 25 francs, c'étaient les fusils nécessaires au service dè la machine. J'ignore, dit Fieschi, si Pépin avait confié l'affaire à Cavaignac, mais c'est ma pensée , et je crois que c'est pour ce motif qu'a été résolue l'évasion de Sainte-Pélagie f puisqu'elle a eu lieu peu de jours avant les fêtes. Ma pensée à moi, où sujet de Cavaignac, de Guinard et des autres évadés , est que, s'ils ne sont pas sortis de fronce au moment de leur évasion, c'est qu'infirmés par Pépin de ce qui devait se passer, ils devaient rester à Paris pour attendre l'événement. »

<r Fieschi a ajouté que la résolution de commettre l'attentat était arrêtée avant la visite du prince de Rohan à Pépin* U s'est quelquefois demandé si Pépin n'était pas carliste : ses relations avec le prince de Rohan l'avaient porté à le croire ; car il pouvait difficilement comprendre que le prince de Rohan fût républicain , et H avait entendu Pépin dire qu'on était plus heureux tous Charles X que sous Louis-Philippe. Dans tous les cas, l'opinion de Fieschi est, qu'en dehors de la ma-

chine, dont l'invention et l'exécution lui appartiennent, on no peut s'empêcher de regarder Pépin, en cette affaire, comme le principal agent des partis ennemie du Gouvernement. »

Pour Fieschi, tour à tour napoléon iste et républicain, il pouvait être sans conviction politique, mais a coup sûr il n'était pas carliste. Un jour, lorsque la duchesse de ïïevri était à Blave. fe menuisier Vincent lui ayant dit, en plaisantant, que Charles X reviendrait bientôt, Fieschi lui répondit, en faisant, selon ses mœurs et avec sa canne , le geste d'un homme qui met en joue i S'il revenait, je l'entrais bientôt tué, quand même ma téte devrait sauter ; je l'ai risquée deux ou trois jbùx* L'ensemble de sa conduite ne dément point ce propos.

«Quand Pépin, Morey et Fieschi furent certains qu'il y aurait une revue pour les fêtes de juillet, ce dernier, toujours selon sa déclaration , se procura les canons de fusil, et, aussitôt que Pépin le sut, il donna cent quatre-vingt-sept francs et quelques centimes pour les payer. Fieschi ayant apporté chez lui les canons de fusil, fit lui-même tout le travail de l'assemblage des pièces de bois et de la traverse de derrière sur lesquels reposaient les culasses des fusils. II fit le modèle de la. ferrure et mit tout en règle. »

«Sept ou huit jours avant le 28 juillet, lorsque le marché des canons de fusil était déjà conclu, Pépin, Morey et Fieschi se donnèrent rendez-vous au houlevart de la Salpétrière, près du corps de garde de la Poudrière, sur le chemin qui conduit a la Gare, derrière l 'hôpital général. Fieschi, arrivé le premier, fut rencontré en ce lieu par un nommé Caillot, caporal de la 3e compagnie des sous-officiers sédentaires^ dans laquelle avait

* Déposition de Vincent.

aervi Fieschi, et par un autre homme qui avait soin de ses effets lorsqu'ils étaient camarades; ces militaires le reconnurent, et H les accompagna jusque dans nn jardin où ils allaient acheter de la salade. Morey joignit Fieschi; ils allèrent au devant de Pépin, qu'ils rencontrèrent sur la place de la Salpétrièrc; ils prirent alors la rue Poliveau, sortirent par le moulin de la Papeterie, et allèrent s'asseoir tous les trois auprès des arcades, ou sous les arcades du pont d'Austerlitz , en amont. Là, tout ce qui concernait Tachât des canons de fusil fut combine. Le lendemain Pépin remit l'argent à Fieschi G?est la dernière fois qu'il a vu Pépin. »

Depuis, Fieschi a dit que l'argent lui avait été donné par Morey auquel Pépin l'avait remis.

« Morey était venu sept ou huit fois voir Fieschi depuis qu'il habitait le boulevart du Temple ; il a vu la machine toute montée, avant que les canons de fusil fussent posés; ce fut lui- qui apporta les balles, les chevrotines et la poudre.

Fieschi avait dit, peu de jours auparavant, qu'il avait fait fondre lui-même les balles; et on a trouvé dans les fusils des lingots de plomb qui n'étaient point réduits en balles.

«Le matin du 28 juillet, dans l'agitation où se trouvait Fieschi, il alla donner audience à ses réflexions , sur le bord du canal; en rentrant chez lui, il rencontra Morey, rue des Fossés-du-Temple, et lui demanda ce qu'A faisait là; Morey lui dit qu'il venait voir ce qui se passait ; c'est alors qu'ils se donnèrent définitivement rendoz-vous pour l'après-midi à la barrière de Montreuil.»

Il rYfeuItait d'une déclaration qui fait partie de la procédure que, la veille ou l'avant- veille de l'attentat, un homme ou deux, montés sur des chevaux, devaient

passer devant la fenêtre de Fieschi f sur le bouïevart du Temple, pour qu'il pût établir la mire de sa machine.. M. le Président interrogea Fieschi sur cette circonstance; il la nia, et il repondit que les hommes à cheval, qui passaient tous les jours sur le bouïevart, lui suftV saient pour prendre ses hauteurs. Voué vous convaihcrez plus tard qu'au moment même où il venait de dérouler une si grande masse de circonstances nouvelles-, il en tenait quelques-unes encore en réserve, dont il ne s'est décidé qu'ultérieurement à révéler ou à recon-. naître l'existence. C'est ainsi qu'il persistait à soutenir que Boircau n'avait, en aucune manière, concouru à la confection de sa machine, qu'il ne lui avait point confié son projet , et qu'il lui avait seulement dit, le 27 , qu'il y aurait quelque chose le lendemain.

Cette déclaration de Fieschi rendait de nouvelles enquêtes nécessaires; il fallait que la sincérité de son récit lût mise à l'épreuve, et pour cela, on devait rechercher et constater avec soin toutes les circontanccs de fait qui y étaient rapportées.

La difficulté de trouver le chantier où Fieschi avait acheté ses chevrons a été fort grande. On a soigneusement exploré les nombreux dépôts de bois qui se trouvent sur le quai de la Râpée, et les livres de tous les marchands auxquels ces dépôts appartiennent. Durant plusieurs mois qui s'étaient écoulés, l'état des lieux étak changé dans quelques chantiers, ce qui rendait les vérifications plus difficiles. Enfin la description qu'avait donnée Fieschi a. paru s'appliquer assez exactement au chantier du sieur Poucheux, situé quai de la Râpée, n° 1 7 '. On a trouvé dans le livre-journal de ce marchand

1 Déposition de Peuehtujc père, 80 septembre.

quelques articles qui pouvaient se rapporter aux pièces de bois que Fieschia employées; mais elles paraissent avoir été vendues le 26 mai, et c'était au plus tard vers Je 26 avril que l'achat de celles-ci devait avoir été fait. Cependant Fieschia. reconnu M. Pouclieux père pour le marchand qui lui avait fourni ses pièces de bois, et le commissionnaire qui est venu les prendre a a peu près reconnu le chantier du sieur Pouchemc.

Ce commissionnaire, nommé Chanut1, croit se rappeler qu'après les fôtesde Pâques, et le lendemain de la foire de la barrière du Trône, un inconnu vint le trouver à la place de la Bastille, dans la matinée, et lui dit de prendre une voiture et de venir avec lui chercher quelques pièces de bois qu'il avait achetées quai de la Râpée.

H est nécessaire ici de bien fixer la date de ce fait. La foire de la barrière du Trône commence le jour de Pâques, et dure quinze jours. Pâques se trouvait cette année le 19 avril; la foire n'aurait dû finir tjue le 4 mai. Le lendemain de la foire serait donc tombé le 5, et dès lors le récit de Fieschi et celui du commissionnaire Chanut seraient contradictoires; car on n'aurait pu acheter le 5 des bois qui devaient être employés à fabriquer une machine destinée à fonctionner le 1er. Mais le commissaire de police du quartier a affirmé que les préparatifs que l'on avait du faire pour la célébration de la fête du Roi, à la barrière du Trône, avaient obligé l'administration municipale à faire retirer les marchands de l'emplacement qu'ils occupaient le 26 ou le 57 avril; qu'ainsi la foire avait fini en réalité un de ces jours-là, ce qui met d'accord

1 Prorè»-verbal de transport, de M. Jourdain. «9 septembre.

Fiesclii et Chanut, puisque c'est Je 27 ou le 28 que peut avoir eu lieu ie transport des morceaux de bois.

L'inconnu accompagna le commissionnaire au ch atir iier, et chargea dans Ta voiture à bras de Chanut des bois équarris. H lui proscrivit ensuite de les voiturer jusqu'à une fabrique de papiers peints, située avenue des Ormes , où il déchargea sa voiture. Chanut a par*faitement reconnu la manufacture de papiers peints île M. Lc&age, pour la maison à la porte de laquelle il avait décharge les morceaux de bois qu'il apportait de la Râpée. L'inconnu l'attendait là; et, avec son aide, a porté ses bois équarris dans la cour de cette maison, où il les a déposes, près de la porte cochère, contre la cloison d'un petit hangar construit à gauche en entrant dans la cour. Après cette opération, le commissionnaire fut payé et renvoyé. C/ianut a été confronté avec Fiescki; ils se sent mu» tuclicment reconnus1. La dame Lesage a déetarç qu'un lundi, elle ne saurait affirmer si c'était après Pâques ou avant la fôte du Roi (or, le 27 avril était précisément un lundi), un ouvrier, qu'elle connaissait sous ie nom de Bescher, et que son mari avait occupé dans sa fabrique, était venu lui demander ia permission de déposer quelques pièces de bois dans sa cour; elle y consentit, et presque aussitôt cet homme en* tra avec un commissionnaire portant quatre ou. cinq pièces de bois équafrics, qu'il déposa près de la porte enchère; ii dit qu'il voulait en faire un métier pour sa fille , et paya le commissionnaire. Pendant plusieius jours il vint les chercher le soir pour les emporter*.

« Confrontation Je Chanut et de Ficicki, 30 icptonbre. • Déposition de la AumUngc.

■ On avait remarqué , dès le commencement de l'instruction,surl'iin desehevronsqui servaient de montants à ia machine infernale, ces mots écrits au crayon noir

et à demi effacés : Rue de Mont , n° 41* On voulut

suivre ce premier renseignement pour découvrir, s'il était possible, ie lieu où les chevrons avaient été achetés, et trouver ainsi une nouvelle trace de l'auteur ou des auteurs de l'attentat. Des perquisitions furent faites chez tous les menuisiers, charpentiers, marchands de bois qui demeuraient dans les rues de Montmorency, Mon-» (orgueil y Montmartre f Montaigu , Montliolon , Mont-* pensier, et généralement dans toutes les rues dont le nom commence par ces quatre lettres1*

Enfin, on trouva, rue de Montreuil, n° 41 y un menuisier nommé Josscrand* } qui se souvint très-bien d'avoir confectionné, dans ie courant d'avril (il a dit plus tard du 5 au 10, ce qui est évidemment une er* rcuf puisque le bois n'a pu être acheté avant le 27) un châssis pour un individu qui disait se nommer Gi* tard et exercer la profession de mécanicien ; cet homme avait refusé de faire connaître à quel usage il destinait ce chàssis*,le menuisier crut que c'était une espèce de métier. U était monté sur quatre pieds ou chevrons de trois pieds six à huit pouces , ils étaient liés par un bâtis contt pose de six traverses et d'une barre en forme de T. La traverse de devant était mouvante, et les deux pieds de derrière à coulisses. Le menuisier demandait 6* francs pour la façon; Girard n'en voulut donner que 5; et 10 Sous, au lieu de 20 pour la barre du T,

Girard transporta chez lui ces pièces de bois démon- . j i . . .- ... . >

1 Procès- verbal Je perquisition du commissaire de police Vouai, 1M août » Dépositions de Josterand, Britluull, lu femme Mogtt, et les confrontation» avec Fiticht (99 août).

Rapport.

( ira )

tées, en différentes fois, ou plutôt il emporta lui-même trois morceaux de bois et envoya éhercher le reste par an commissionnaire. II dit au menuisier que les chevrons lui avaient coûté 13 fr. 10 sous. Fieschi a dit en effet que c'était le prix qu'il en avait donné et son carnet contient une note qui est à peu près conforme à cette donnée. La première fois qu'il était venu chez Jossenmdf il avait écrit avec de ia pierre noire, t'adresse du menuisier sur une des pièces de bois. Josséraml a reconnu Fieschi et sa machine. II a fait observer que les pieds avaient dû être sciés depuis qu'il les avait façonnés, parce qu'ils étaient plus hauts quand ils étaient sortis de sa boutique. II a ajouté que ce n'était pas chez lui qu'avait été travaillée fa traverse qui supportait les. culasses des canons de fusil ».

Le marchand de bois Pottchettjc, ni aucune des personnes employées à son chantier ne se souvenant d'avoir vu Fieschi venir acheter ses chevrons et sa membrure, on ne pouvait, à l'aide de leur témoignage, vérifier si Fieschi était ou non accompagné de Pépin quand il avait fait cet achat.

Mais une dame Moget dépose qnc, dans le courant du mois d'avril, trois individus se sont transportés dans son chantier pour marchander un morceau de bois de charpente. Deux de ces individus paraissaient être des ouvriers, le troisième était un Monsieur qui se tenait un peu a l'écart f il paraissait âgé de 60 ans, ses vêtements étaient noirs et en bon ordre \ sa taille était de cinq pieds un ou deux pouces. Ce signalement se rapproche de celui de Morey} toutefois Fieschi a dit expressément que Morey n'était pas venu avec lui pour

* Confrontation Je Jo$i«rand avec Fittcki» l**Bout

acheter îc bois. Pépin pourrait bien à sa blouse avoir été pris pour un ouvrier, mais non pas Fieschi, qui portait un habit de drap bleu. Quand Morey aurait e'té présent, il serait donc encore difficile de reconnaître dans les hommes qui seraient venus chez la dame Moget, Fieschi et ses compagnons. La dame Moget ayant demandé où elfe devait envoyer la pièce de bois, l'un des acheteurs, qu'elle suppose avoir été un menuisier, dit : rue de Monireuil; comme il allait indiquer le numéro, un autre l'interrompit et le marché ne fut pas conclu.

M. Burgh, marchand de bois, quai de la Râpée», n° 1er, croit se rappeler que deux ou trois individus de taille moyenne sont venus chez lui, vers la fin d'avril, pour acheter des chevrons et du bois de h<Hre; comme il ne vendait pas de bois de hôtre, il les renvoya chez un autre marchand, le sieur Poucheux1. Il est remarquable que M. Burgh, qui a déclaré avoir fourni souvent du bois à Pépin, pour son hangar de la rue de Bercy, et l'avoir vu plusieurs fois dans son chantier, en blouse blanche, avec une ceinture de cuir verni et coiffé d'une casquette en crin gris et à visière noire, ne dit point l'avoir reconnu au nombre de ces deux ou trois individus.

Pour ne plus revenir sur l'origine et la façon des pièces de bois qui ont servi à la construction de la machine infernale, nous devons rapporter ici les dépositions du menuisier Dubranle et de l'ouvrier en menuiserie France, qui complètent tout ce qui se rapporte à cet objet.

Dubranle* a déclaré que Fieschi était venu dans

1 Procè*- verbal de traosport de 11. Jourdain, 84 septembre. - * Déposition de Dubranle, 3 août.

sa boutique, le 22 ou le 23 juillet, pour y acheter Un morceau de membrure long de trois pieds et demi à quatre pieds. Il apporta en même temps deux montants ou chevrons de bois de trois pieds environ de hauteur, et de trois pouces carrés d'épaisseur. On avait pratiqué deux mortaises dans la traverse de ces chevrons. Fieschi désirait qu'ov en substituât deux autres à celles-là , et ii avait marqué au crayon ies places où il voulait que Jes mortaises lussent faites. Il est venu le lendemain prendre la membrure et les chevrons ; la membrure était rabotée des quatre faces, les mortaises étaient faites; il a payé 2 fr. pour le tout. II a dit qu'il voulait s'en servir pour monter un dévidoir. Le samedi 25 juillet, à sept heures du soir, il est revenu avec la membrure; il y avait fait une entaille qui avait fait éclater le bois. Il demanda au'il fut fait, sur la face opposée à celle qui était ainsi ébréchée, vingt-cinq entailles conformes au modèle dont il donna le dessin au crayon sur un morceau de papier. Il avait besoin de sa pièce de bois pour le lendemain dimanche 26 à dix heures du matin; il ne put l'avoir qu'a une heure et demie de l'après-midi. Il paya cet ouvrage 3 francs ; on lui en avait demandé quatre.

Le menuisier Dubrwile a reconnu dans là machine la membrure qu'il avait fournie, avec son entaille accompagnée d'un éclat, sur le côté opposé aux vingtcinq créneaux, et les fausses mortaises qui y avaient été originairement pratiquées. France a pleinement confirmé cette déposition de son maitre1. Fteschi, en s'en allant, demanda l'adresse d'un serrurier. Il alla en effet commander la ferrure de sa machine chez le sieur Pierre entrepreneur de serrurerie. Nous aurons à vous entretenir plus tard de cette circonstance, dans laquelle Boirean est intéressé.

' Depaaiion de France, 30 septembre.

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