ACTE IV, SCÈNE 1. 5i
Qui marche avant les rois , lui qui ne doit paâ l'être; Lui qui y traître une fois , peut mille fois trahir....,
ATTttA.
Il commande en mon nom ; tout lui doit obéir.
Cesse de soupçonner la foi de ce transfuge ,
Il n'a dans TUnivera que mon camp pour refuge ;
Du trône qu'il convoite il s'est désKérité :
Sa honte me répond de sa fidélité.
D'une ombre de pouvoir acceptant l'avantage,
Qu'est-il donc en eflFet? un volontaire otage,.
Qui de ses partisans me garantit la foi ,
Un sujet que je pousse au meurtre de son roi.
ARDARIC.
De la vengeance, enfin si l'heure est arrivée, Est-ce à d'autres que nous à punir Mérovée?
Je l'avoûrai ; ce prince invincible au malheur , A trouvé je ne sais quel appui dans mon coeur. Tous les rois , qu'en son cours renversa ma fortune j * M'ont rendu leur bassesse à jamais importune, tes armes à la main ils recurent de nous Et l'opprobre , et les fers , et la mort à genoux : Les lâches! en mourant ils me louaient encore. De haïr Attila , le roi des Francs s'honore, Il le dit.
ARDARIC.
L'insolent! Et tu lui sers d'appui?
Si j'étais son captif j'agirais comme lui j •'
Et saurais dans les fers porter mon diadèmCr Faut-il qu'aux yeux des Francs, je Timmole moi-iïiéine; Que d'un sang révéré défiant le pouvoir, Contre son meurtrier j'arme leur désespoir?
Ami, contentons-nous de dompter leur vaillance. Et tandis qu'en leur camp nous détruirons la France^, Marcomir , dans le mien , ministre de la mort ,- D'un rival qu'il déteste accomplira le sort- Il le déchirera de ses mains sanguinaires :' Il n'est point de pitié dans la haine de» frèrei*
ARDARIC,
Seigneur ; et s'il l'épargne ?
ATTItA.
Il ne le pourra pas* Lorsque le camp français croulera sous mes pas ^ Quand ma main au repos, hélas! sera réduite, Reviens ; à Marcomir peins mon armée en fuite ; Pour arrêter son peuple et m'en rendre vainqueur, Dis-lui que du captif il faut percer le cœur ; Eteindre dans son sang une révolte altière , Et de sa tète enfin couronner ma bannière.
ARDARIC.
Penses-tu qu'à la fois docile et furieux
Tout forfait est facile aux cœur& ambitieux*
ARDARIC.
Mais, seigneur, s'il soupçonne un piège, un stratagème?
Soudain , qu'avec son frère il périsse lui-même t
( Aux gardes. )
Les chefs peuvent entrer.