L'ETUDE DE LA LOI
!• Si le Souverain Pontife avait jugé à propos de nous dire : payez, ou ne payez pas, nous n'aurions eu ni à délibérer, ni
à hésiter. Nous aurions obéi. Le chemin aurait été tracé, nous raurions tous pris en nous inclinant avec docilité devant cette décision suprême.
S'il était intrinsèquement et évidemment mauvais de se soumettre à cette loi ; si, du moins, les conditions dans lesquelles la taxe doit être perçue nous imposaient une obligation claire et certaine d'agir dans tel ou tel sens, là encore l'indécision de quelques-uns n'aurait eu aucune raison d'être, et tous nous aurions marché d'un même pas. Personne de nous ne songerait à manquer à son devoir.
Mais le Pape a refusé de trancher la question de conscience, précisément parce que l'obligation de l'attitude passive provient des circonstances particulières dans lesquelles se présente la loi, plutôt que de la taxe qu'elle impose. Il laisse aux Congrégations à apprécier ces circonstances, et l'on comprend qu'en vertu même de leur variété, les solutions puissent être différentes.
La plupart des évêques, il est vrai, ont affirmé que la conscience est engagée, et à notre avis, ils ont raison. Car si, à la rigueur, on peut se laisser voler pour sauver sa vie, on ne peut pas consentir à offrir soi-même et sa vie et sa bourse; on ne peut sacrifier spontanément les grandes choses dont on a la charge et la défense, comme ses œuvres et les droits de l'Église.
Mais d'autres, n'élevant pas leurs regards si haut, se sont bornés à apprécier la taxe en elle-même et les torts matériels qu'elle entraînerait. A ce point de vue, lui résister ne leur a pas paru un devoir. Au moins pour ce qui est de la défense faite par le droit canonique de livrer les biens de l'Église, aux arguments du P. Pie de Langogne, ils ont cru pouvoir opposer d'autres arguments, auxquels nous ne voudrions pas refuser une vraie valeur. Ils ont vu d'un autre côté les mesures rigoureuses auxquelles pourrait se porter un pouvoir antireligieux et irrité, et par amour de la paix, et par suite d'une certaine prudence humaine, ils ont hésité. Deux ou trois même sont
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allés jusqu'à conseiller de céder à ce qu'ils appellent la nécessité. Le tempérament timide et paisible des Congrégations les disposait à ne pas sortir de leur vie ordinaire si calme et si éloignée des agilalions publiques : il était donc naturel à ces Sociétés d'appréhender une lutte dont on ne peut prévoir Fissue et les conséquences immédiates. A quoi bon, nous disait-on, s'exposer à de si grosses difficultés quand le devoir n'y oblige pas clairement? S'il y a eu divergence, c'est en effet que le devoir n'est pas apparu à tous avec la mêrme netteté et la môme certitude.
2" A plus forte raison ne doit-on s'étonner de ce que jusqu'ici la masse des Français reste assez indifférente à la question qui nous préoccupe. Les hommes à courte vue n'y aperçoivent qu'une discussion d'intérêts propres aux religieux ; ils n'y soupçonnent aucun intérêt général, et ils passent en prêtant une oreille inallentive à des choses dont ils ne saisissent pas la portée. Ils ne prévoient pas les conséquences qu'aura cette loi pour nos Sociétés, pour nos œuvres, pour les principes d'égaUté et de liberté, pour les droits de l'Église. C'est affaire de moines et de bonnes Sœurs, pensent-ils, et ils passent. Peut-être ne commenceront-ils à en soupçonner rimportance que lorsqu'ils auront vu ruiner quelques maisons et détruire une partie de nos œuvres. Jusque-là ils s'en désintéressent, et peut-être n'éprouvent-ils qu'un étonnement mêlé de dédain, en voyant que nous attachons tant de prix à ce qu'ils regardent comme une bagatelle insignifiante. Cette loi ne les concerne pas directement.
3» Une aulredifficullé vient de ce que, au premier abord, tout cela n'a Ym que d'une affaire de gros sous. Quatre sous pour la taxe sur le revenu, six ou huit sous pour la loi d'abonnement, cela mérite-t-il donc que Ton fasse tant de bruit? Que les religieux payent et ce sera fini : pour quelques sous, on n'en meurt pas. Si on se bornait à nous voler cette somme, bien qu'elle soit lourde pour nos bourses aplaties, nous nous résignerions peut-être à la payer : mais nos droits et ceux d^ .;
rÉglisê sont en jeu; nous ne pouvons céder. Ceux qui ne' voient que la grandeur de nos maisons nous croient riches. On leur a dit que nous possédions 500 millions, et ils oublient qu'étant 150 000 à les partager, cela ne fait guère que 3200 francs de capital par tête; ils ne calculent pas non plus la quantité d'orphelins, de pauvres, de malades, etc., qui vivent avec nous sur ces faibles ressources et sur le fruit de notre travail.
Il y en a aussi beaucoup qui s'imaginent que nous ne supportons pas les impôts communs, et que cette taxe n'a pour but que- de nous faire payer autant que les autres. Ils ne savent pas que, pour un capital de 100 000 francs qui leur rapporte à eux 3000, la taxe d'abonnement, jointe à la taxe sur notre revenu fictif, nous prend 600 francs en plus de tous les autres impôts qui nous incombent comme à tout le monde.
DES DIFFICULTES NON MOINS NOMBREUSES PREN- NENT NAISSANCE DU COTÉ DE CEUX QUI ONT A PRENDRE UNE DÉTERMINATION, ET DE LA NATURE MÊME DE CETTE DÉTERMINATION
1° En France, nous avons tous un respect exagéré des lois : nous sommes tous plus ou moins légistes. Nous sommes, frondeurs en face de l'autorité, mais nous voulons avoir un hiaître qui nous gouverne. 11 n'y a pas que le paysan qui s'incline devant le garde-champêtre et qui se sente ému en aper^ cevant le moindre papier timbré qu'on lui présente. La loi devrait être toujours revêtue d'un caractère sacré, et il y a dans cette impression un instinct naturel du respect dû à l'autorité. Dans la circonstance actuelle, combien diront : dura lexy sed lex! La loi est injuste, elle est dure; mais, que voulez-vous, c'est la loi! Tous partagent un peu les pensées de.-
M. Poincaré. pour qui il n'y a que des lois justes, et pour qui robéissaace à toute loi est un devoir pour le sujet. C'est donc un crime à leurs yeux, c'est du moins une chose insolite pour les religieux, que de tenter de résister à une loi.
2*» En France, nous, catholiques, nous n'avons plus l'habitude de combattre. Nous parlons, nous protestons : des paroles, oui, mais des actes, il n'y a que les révolutionnaires à s'en permettre. Les catholiques ne savent plus lutter, et après avoir discouru, après s'être lamentés, ils ont toujours fini par céder.
Chez nous, les évoques ne peuvent se réunir et s'entendre pour arrêter un plan de campagne et nous tracer une ligne de conduite. Les cardinaux de Paris et de Reims, le Congrès de Lyon, ont essayé, il est vrai, de suppléer à la faiblesse qui provient de leur isolement forcé; des lettres d'adhésions. ont manifesté une pensée commune. Mais il y a loin de ces efforts incomplets à une décision ferme qui aurait été prise dans une assemblée générale de l'épiscopat français. Rome s'est ^tue. Nous avons bien entendu la voix de quelques évoques, mais l'épiscopat lui-même ne pouvait parler avec une autorité devant laquelle toute opposition aurait cessé.
Nous n'avons môme plus au milieu de nous ces lutteurs qui s'appelaient Louis Veuillot et Montalemhert. ÎI n'y a audessus de nous aucun chef, entre nous-aucun lien ; nous ne sommes que des unités séparées, nous ne formons pas un corps compact commç les centres allemands, nous ne savons pas nous grouper connue les catholiques belges autour de leurs évêques, comme les Irlandais autour d'O'Gonnel. Nous n'avons pas les audaces de l'Amérique pour réclamer nos droits. Il semble que nous avons désappris la lutte.
3" Du reste, nous avons conservé beaucoup du caractère gaulois : nous aimons à faire des discours ; le système parlementaire n'a fait qu'augmenter celle tendance de race. I^es champions catholiques parlent souvent avec éloquence, môme à la Chambre : on les écoute parfois avec admiration. Quant à
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f modifier le sens d'un vote ou à améliorer un mauvais projet de loi, ils savent à l'avance qu'ils n^y pourront pas réussir. Aussi n'y prétendent-ils pas. lis parlent; les journaux reproduisent leurs discours; on les applaudira, et eux-mêmes s applaudissent d'avoir si bien parlé. Quant aux résultats? Que
voulez-vous, nous disent-ils avec une résignation satisfaite, nous avons fait notre possible! Mais avec des gens décidés à lie rien écouter, que voulez-vous obtenir? On gémit, et puis c'est tout.
Il en est de môme trop souvent dans une multitude de Congrès. Là encore, on aime à entendre une belle parole : comme l'auditoire partage déjà les idées de l'orateur, on applaudit à outrance, et Ton s'en va heureux, croyant avoir remporté la victoire : il y a eu des ilôts d'éloquence, mais des actes, c'est en vain qu'on les attend.
4*^ Un autre désavantage vient encore de notre caractère national. Nous sommes vifs, faciles à entraîner. L'enthousiasme naît presque spontanément dans nos âmes, et le premier moment est souvent héroïque et irrésistible. Noussommes faits pour l'offensive et pour l'attaque plus que pour la défensive. Nous nous lassons prompteraent, surtout quand nous ne voyons pas le résultat pratique et effectif de nos efforts. . 'La ténacité et la constance sont moins dans notre nature que
^ ce que les Itahens appellent le furia francese. Aussi, au premier moment, l'indignation contre l'iniquité de la loi d'abonnement a été grande; l'émoi était réel; un instant on put croire qu'une résistance unanime allait s'organiser. Mais du mois de mars 1895 au mois d'octobre, il y a six mois, et jus- " qu'au mois d'avril 1896, il y aura onze mois. C'est un siècle quand il s'agit de soutenir l'ardeur des belligérants, alors' surtout que pendant longtemps et pour beaucoup la lutte ne sera qu'une lutte eu paroles. Beaucoup se sont déjà lassésquelques-uns ont soulevé des objections, on s'est pris à les j écouter, on a réfléchi sur les conséquences de l'attitude pas- 1 sive, sur les ennuis d'une longue résistance, et il n'est pas
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étonnant que quel<|iiWMniiSi «•«yé» de la durée du combats 'i^ de ses dangers, parlent-déjà de raBdre les atmeset refusenttie descendre sur le champ de bataille. On dierche des prétextes pour se persuader qu'on s'était laissé follement entraîner, qu'au fond on a peut-être lort, et que, somme toute, il serait plus commode, sinon meilleur et plus digne, de céder dès le début, pour n'avoir pas à le faire après une lutte inutile et périlleuse. Ces sentiments sont trop conformes à notre nature pour n'avoir pas pris naissance dans le cœur d'un certain nombre de religieux.
5« Le passé d'ailleurs et presque une habitude ancienne nous porte à nous conduire de la sorle. Ce n'est pas la première fois que nous nous trouvons en butte à des lois de persécution. Or, toujours en face de celles qui ont précédé, nous avons protesté avant leur promulgation ; au moment de leur mise à exécution, nous n'avons même jamais cessé de nous plaindre et de gémir de n'avoir pas su résister. Nous blâmons notre inac- /.? lion, nous la regrettons, nous la déclarons mauvaise, mais nous nous donnons bien garde d'agir. 11 semble même que nous n'en concevions plus la possibilité. Au premier moment nous avons eu assez d'énergie, et maintenant nous couvrons notre faiblesse en disant : « C'est trop tard, lutter, ce n'est pas possible. Nous avons cédé pour la loi des écoles, pour celles de la caserne et des Fabriques, comment résister maintenant? » ^ Commesi,pour avoir fui une fois, il fallait fuir toujours; comme s'il n'était pas permis de faire oublier par un acte de courage un moment de faiblesse.
Qui plus est, nous reprenons le môme raisonnement découragé, quand une circonstance nouvelle se présente de réparer le passé et d'entreprendre le combat sur un terrain différent. Quelle étrange logique! nous avons eu tort de céder dans la loi scolaire; nous devrions du moins résister à la loi d'abonnement, raaîs puisque nous avons commencé à faiblir, continuons encore de montrer la même pusillanimité.
Même quand on a faibli, il est toujours temps de se relever \
^t de faire soff 4levoir;.eff«ito dmonstance, nous devons y lêtre d'auUnt plus détwirnOBS que la tactique de céder toujours ne nous a pas .réussi, et que plus nous, avons reculé, ■plus nos adversaires ont accentué leur mouvement en avant.
6" Une autre difficulté vient de ce que nos situations ne sont pas les mômes. Ceux qui ont à solder de l'arriéré auront à se prononcer en octobre ; les autres ne pourront entrer en ligne, qu'au mois d'avril 1896. Nous formons déjà par suite deux corps d'armée ; l'action de l'un est tellement paralysée qu'il lui est impossible de joindre ses efforts à ceux de l'autre pour repousser le premier assaut;
Par ailleurs, la situation des Congrégations reconnues et des non autorisées n'est pas identique, au moins pour ce qui est de recevoir les premiers coups.
Enfin, en offrant aux Sociétés qui se consacrent aux œuvres gratuites de charité et aux missions à l'étranger, de les exempter de la taxe,. le gouvernement a réussi à établir parmi nous une troisième division dont les intérêts sont encore différents des deux autres.
Il y a là des obstacles très réels, pour réunir en une seule armée et pour mettre en mouvementées trois groupes auxquels appartiennent 150 000 personnes et plusieurs milliers de communautés. Tous ces religieux ne peuvent s'unir qu'autant que chacun fera abstraction de sa situation et de ses intérêts personnels pour ne considérer que les intérêts généraux. 11 faut fermer les yeux à son bien particulier pour ne songer qu'au bien de l'Église et à celui de l'ensemble des Sociétés religieuses. Cette abnégation n'est pas au-dessus du courage des Congréganistes. Leur vie, vouée au sacrifice, les a préparés à ce désintéressement. Comme il s'agit de la cause de Dieu, . le Saint-Esprit soutiendra leurs âmes par la force qui fait les martyrs; sous ce rapport, les femmes ne le céderont pas aux hommes. Mais comme la grâce ne détruit pas les tendances et les faiblesses de la nature, il est facile de comprendre que des hésitations se produisent. -
Même si Funion s'était faite, dans quelles limites la conduite des Congrégations aurait-elle pu être uniforme? Il y a quelque intérêt à étudier cette question.
La réponse nous est venue de Rome.
Dîins sa lettre du 3 mai au cardinal Meignan, S. Ém. le cardinal Ilampolla disait : « Personne n'ignore combien il serait inconvenant etpérilleux de procéder dans les diverses Congrégations d\uîe manière différente et contradictoire. Aussi le Saint-Père désire vivement que les évêques et les supérieurs d'Ordres mettent toute leur sollicitude à déterminer avec entente une ligne de conduite uniforme, digne et conduisant à de bons résultats. »
Dans sa lettre du 5 septembre au cardinal Lecot, le même cardinal Ilampolla explique et développe cette pensée : « L'uniformité de conduite conseillée en termes généraux et non imposée, doit s'entendre, comme il est naturel, non dans un sens absolu, mais relatif, c'est-à-dire autant que cette uniformité est compatible avec la situation juridique dans laquelle se trouvent les Congrégations et avec les intérêts spéciaux qu'elles ont à sauvegarder. »
La loi est mauvaise et funeste pour toutes les Congrégations reconnues ou non; toutes, elles ont le même devoir de la combattre. Sur ce point, l'uniformité est absolue. Mais il est évident que les intérêts, les dangers immédiats, les ressources pour résister, même les exigences et les attaques des adversaires n'étant pas les mêmes, la manière de procéder doit être presque aussi variée qu'il y a de Sociétés compromises.
Parmi les Congrégations,^ les unes sont reconnues et autorisées, tantôt par un décret, tantôt par une loi. D'autres ne le sont pas. Parmi celles-ci, il y en a qui ont été dissoutes ou dispersées, d'autres ont continué d'être tolérées. Chez chacune la nature des biens est différente, les manières de posséder varient à l'infini; les œuvres ne sont pas semblables. L'opinion protégera les Petites-Sœurs des Pauvres, alors qu'elle ne sera qu'une faible sauvegarde pour d'autres Sociétés.
Quand tout se ressemble dans deux Sociétés, Tune peqt adopter l'attitude purement passive et laisser de suite mettre à l'encan ses biens; l'autre voudra d'abord recourir aux moyens légaux, ne reculer que pied à pied, lentement, et ne se retrancher dans l'attitude passive qu'à la dernière extrémité. Les dangers ne sont pas les mêmes pour toutes. Les Congrégations autorisées semblent plus immédiatement et plus prochainement menacées; parmi celles-ci, quelques-unes ont à payer de l'arriéré et sont mises en demeure de se prononcer sans retard, les autres n'auront à agir qu'en avril 1896. Le texte de la loi vise bien également les Congrégations non reconnues, mais le gouvernement a senti que là la spoliation se heurterait à des difficultés juridiques sans nombre, et, sans rien abandonner de la loi et de sa volonté de les atteindre toutes, le fisc, dans sa circulaire, paraît vouloir laisser un moment de répit à ces Congrégations. Toutes sont également destinées à être dévorées par le Trésor, mais dans ce festin des appétits maçonniques, les Congrégations autorisées composent le premier service, les Congrégations non reconnues feront office du second. Pour diminuer les obstacles et diviser nos forces, nous favons constaté, la loi a même créé parmi nous une troisième catégorie des Congrégations de bienfaisance gratuite. Voler, ruiner, détruire aujourd'hui ces dernières Sociétés eût été trop odieux et trop périlleux. L'opinion n'est pas encore préparée. On serait aussi embarrassé pour les suppléer vaille que vaille dans leurs œuvres. Aussi on les met pour rinstant ix l'écart ; mais on a soin de leur dire que ce n'est là qu'une faveur révocable au bon plaisir du ministre. On les réserve pour le dessert.
Il est évident, d'après les différences dans les inféréts et dans les siiuaiions juridiques, qu'il se présentera aussi bien des divergences dans les manières d'agir. Chaque Société elle-même devra modifier sa méthode d'après les caractères de ses maisons. La même Congrégation est autorisée pour certaines propriétés, elle ne l'est pas pour d'autres. Ici ses œuvres, ses
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écjoles sont gratuites, là elle fait payer des pensions. Les biens d'une Congrégation noii autorisée sont possédés par des Sociétés dont la nature varie avec chacune des résidences.
Rome a donc raison de nous dire que Tuniformité de conduite ne peut pas être absolue ; elle ne sera que rela ti ve d'après les situations et les intérêts. Néanmoins, notre conduite doit être uniforme, en ce sens que tous doivent s'employer à combattre la loi avec sollicitude, avec dignité et de façon à conduire e^ux meilleurs résultais.
Les motifs qui nous portent à nous opposer à ces exécutions sont les mêmes pour tous; les biens des uns comme des autres sont des biens ecclésiastiques; tous, nous avons à revendiquer l'égalité devant l'impôt, et aucun ne peut tolérer l'humiliation d'être privé de ses droits de Français. Tous nous sommes au même litre les soldats de l'Église, les champions de sa liberté^ Dans une armée les procédés du combat ne sont pas les mêmes pour le cavalier et le fantassin; l'artillerie, le génie,rintendance, dans unecampagne,n'ontpaslesmêmesactesàaccomplir. Tous, cependant, sont tenus de se dévouer pour l'honneur du drapeau et l'indépendance du pays. H en est de même pour nous.
L'Église est une armée rangée en bataille, actes ordinata, les mouvements de chaque corps peuvent différer; mais tous doivent se soutenir, et multiplier leurs forces en ne formant qu'une même phalange impénétrable à l'ennemi. On le répète sans cesse : si tous les catholiques s'entendaient, si les évêques marchaient avec ensemble, quelle puissance ils auraient I C'est le cas de réaliser celte entente pour les religieux : s'ils restent unis dans la même attitude, faisant face à l'ennemi sans plier sur aucun point et sans rendre les armes avant môme d'avoir combattu, quelle résistance n'offrirait pas cette armée de 150 000 personnes, décuplée par le nombre de ceux qu'ils assistent, orphelins, pauvres et vieillards et par les élèves qu'ils instruisent; centuplée par les parents et les protecteurs des malheureux et des enfants dont l'existence et l'instruction dépendent de leurs Congrégations l
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Nous sommes frères, nwis^onimes'tous. solidaires les uns des autres; restons unis. Nous diviser serait iious affaiblir, et quiconque ne songerait qu'à sauver ses intérêts personnels compromettrait les intérêts généraux de l'Église et assumerait la responsabilité des conséquences de cette division. Je ne veux pas condamner les habitants de Nancy de s'être rendus à quelques ulhans; une armée suivait ces éclaireurs et leur ville était ouverte. Cependant, on me permettra de réserver mon admiration pour ChiUeaudun, et on devra avouer que si beaucoup de villes dans l'Estavaient imité la conduite de celte ville héroïque, nous n'aurions pas connu toutes les tristesses et toutes les humiliations de la guerre de 1870.
Pour sauvegarder une vie dont on ne pourra guère user avec paix et en liberté, faut-il se séparer de ses frères, alors qu'une entente générale, qu'une attitude uniforme et digne nous conduirait probablement à de meilleurs résultais?
Si une altitude autre que l'attitude passive devait nous permettre de mieux accomplir notre devoir et sauvegarder plus efficacement nos œuvres et les droits de l'Église, nous nous empresserions d'abandonner nos propres sentiments, pour nous ranger à l'avis des autres. Nous en sommes convaincus, et nous croyons l'avoir prouvé, la seule attitude qui soit digne et qui ait quelque chance de conduire a de bons résultats est l'attitude passive. Pour qu'elle atteigne plus efficacement son but, elle doit être uniforme. Restons donc unis dans les lignes générales de notre conduite, comme nous le sommes dans notre amour et dans notre dévouement pour nos droits de Français et nos devoirs de religieux.
CONSÉQUENCES DE l'aTTITUDE PASSIVE
Une troisième source de difficultés, celle qui est la plus pratique, celle qui, au fond, donne aux autres leur puissance, ce
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sont les conséquences que peut entraîner, pour les Congrégations, Faltitude passive.
Le refus de se soumettre spontanément à la loi forcera, en effet, le fisc à prendre des mesures odieuses et violentes qui lui^répugnent et dont il craint le mauvais effet sur Fopinion. Ce n'est pas de gaieté de cœur qu'il se verra contraint à saisir et à vendre nos biens, à soutenir peut-être des milliers de procès et à prêter la main à la destruction d'œuvres dont il apprécie la noblesse et les services. Aussi, le pouvoir sera irrité de notre résistance, son mécontentement sera d'autant plus vif qu'il sent lui-même Finjustice de ses exigences et le ridicule des procédés auxquels il sera acculé. La haine des sectaires de la Chambre ne fera qu'aiguiser sa colère, et pour assouvir sa propre haine contre l'Église, elle s'empressera d'approuver les mesures de rigueur que les ministres pourront prendre; elle leur accordera avec joie pleins pouvoirs de réduire les Congrégations assez téméraires pour ne pas s'incliner devant son despotisme antireligieux. Dans l'arsenal de nos lois, il sera facile de choisir des armes pour frapper; au besoin, on en forgera, et, comme à l'égard des religieux, il n'est admis de n'avoir pour guide que l'arbitraire, nous ne saurions prévoir ce qu auront à souffrir les Congrégations qui se détermineront pour Tallitude passive. M. Louchet, dans son Mémoire, a énuméré avec une sorte de complaisance les dangers auxquels elles seront exposées. La Note émanée plus ou moins des Frères des Écoles chrétiennes a envisagé de son côté les mesures de vengeance dont le gouvernement pourrait user envers les religieux enseignants.
Aux Sociétés d'hommes non autorisées, on a rappelé que les décrets de dispersion pouvaient de nouveau leur être appliqués. Pour elles, s'attendre à des expulsions plus radicales cl plus désastreuses pour leurs oeuvres n'est pas une crainte chiinérique. Même pour les Congrégations plus favori sér s, qui espèrent défendre leurs droits devant les tribunaux, coujbien de procès ne leur faudra-t-il pas soutenir? que de
/ Irais! que d'ennuis! que de troublas et d'inquiétudes! On gagnera peut-être du temps par ces procédures, mais, en dernier ressort, ne faudra-t-il pas subir le vol et arriver à la ruine?
On a même été jusqu'à montrer les Chambres mettant le Pape en demeure de nous imposer la soumission, sous la menace du re Irait de notre ambassadeur et de la rupture du Concordat.
Il y a du vrai dans toutes ces prévisions. Si le pouvoir, honteux d'une loi qu'il reconnaît lui-même inique, ne consent pas à nous replacer dans le droit commun, il peut, surtout entraîné par les Chambres, être conduit à prendre contre nous toutes les mesures que peuvent suggérer le despotisme, la colère et la haine. Dans cet ordre d'idées, il serait peu sûr de rien affirmer; tout est possible à des assemblées qui voudraient imiter celles de 1793,1a Commune de 1871. Alors les énumérations des conséquence prévues par M. Louchet et par la Note des Frères resteraient bien au-dessous de la vérité.
Nous n'avons ni à le dissimuler, ni à le nier.
Il était même du devoir des Évêques, des supérieurs des Congrégations, de ceux qui ont à prendre la responsabilité d'une décision, de bien se mettre en face de ces dangers possibles, d'en apprécier la gravité et la probabilité, pour prendre une décision sage et se déterminer en sûreté de conscience. C'est le conseil que nous a donné le Pape par les lettres du cardinal Rampolla, quand il nous a dit d'examiner la question sous toutes ses faces, et c'est précisément parce que les Congrégations sont plus à même de peser ces éléments d'une prudente détermination que le Saint-Père a tant insisté pour que personne ne se permette d'entraver la liberté de leur délibération. C'est pour cela que lui-même n'a pas jugé à propos de trancher un cas de conscience, dont la solution dépend des circonstances locales, particulières et très
complexes. *•
Mais, s'il est du devoir des supérieurs de connaître ces dan-
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-légers, il n'élaitpas bod ifalîpfeler SUT eux rattentioii lés simples religieux, spécialeéieiît desHTêuimes; il n'était pas sage de les dévoiler au public, au riscfue de signaler, même à des adversaires, les côtés par lesquels ils peuvent nous attaquer et nous atteindre d'uûe manière plus sensible. Les âmes héroïques ne sont pas ébranlées par l'aspect des dangers qu'elles auront à courir, des combats qu'elles auront à livrer, des souffrances qu'il leur faudra endurer. Mais, est-il prudent de préparer des chrétiens au martyre, d'aller dans les cachots leur faire le récit détaillé des tortures du lendemain, ou de faire passer sous leurs yeux tous lés instruments de supplice? Nos ministres et nos généraux devaient prévoir toutes les difficultés de lexpédition de Tananarive avant de l'entreprendre, mais eût-on approuvé le général Duchesne si, dans un ordre du jour à Majunga, il avait fait aux soldats un tableau détaillé des obstacles, de la soif, de la fièvre, dii soleil, de la guerre, des brousses, etc. qu'ils auraient à surmonter? Vues en bloc et d'une façon générale, ces choses peuvent se dire, mais exposées en détail, elles émeuvent beaucoup trop notre impressionnabilité. Il ne faut pas soumetire à cette épreuve des gens qui, pour agir, ne devront pas examiner l'opportunité de la décision, mais qui n'auront qu'à consulter l'obéissance à leurs chefs, comme les religieux, à leur devoir, comme les ïnarlyrs.
Après tout, les dangers dont on à tant parlé, sont-ils aussi certains et aussi redoutables qu'on a bien voulu le dire? Dans les notes en question, ne peut-on pas reconnaître, au moinfsdans certains détails, les effets d'une imagination effrayée, ou des arguments groâsis et entassés à dessein, dans le but d'amener à une détermination cherchée?
Nous le pensons. Nous l'avons dit dans nos Observaiionsl; Des jurisconsultes non moins habiles que les auteurs desdeui* Mémoires l'ont établi dans d'autres Mémoires égalemeni' savants. D'ailleurs, il noua paraît inutile de nous arrêtera eëii* discifôsion^. Ce que fera le. gouvernement, il n'en sait trop
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/ rien, ni nous non ^pliis^Il- y>,Rîda°iis la Chambre des sectaires antireligieux qui ne reculeront devant aucune des mesures de. 1793 ou de la Gom-mune à notre endroit : mais il y a dans les sphères gouvernementales et même à la Chambre nombre d'âmes honnêtes qui sont lassées de ces luttes odieuses et tyranniques. Comme le disait avec vérité S. Ém. le cardinal Richard, en empruntant la parole de M. Spuller, un esprit nouveau souffle en France. On est fatigué de cette guerre mesquine et haineuse faite à la religion. Sauf quelques aboyeurs attardés, on ne se soucie plus de manger du prêtre. Les catholiques, sous rimpulsion du Souverain Pontife, ont accepté la forme républicaine du gouvernement, et celui-ci comprend qu'il doit travailler à l'union de tous les citoyens.
Il y a dans l'administration des finances beaucoup d'hommes qui répugnent à des mesures, dont mieux que personne, ils découvrent l'iniquité et les effets ruineux.
On nous ruinera, on nous détruira, nous icrie-t-on pour nous eflrayer; est-ce bien sûr? Si quelques-uns veulent notre mort, bien d'autres ne demandent qu'à nous laisser en paix, et le grand nombre désire nous voir continuer, en France, les œuvres qu'il admire et qu'il aime.
Allons plus loin. Supposons que nos ennemis l'emportent, et que, traînant à leur suite le pouvoir, ou que, devenant maîtres '^ eux-mêmes, ils veuillent exécuter tous leurs desseins, le pourront-ils? Pour nous en tenir aux exposés de M. Louchet et des Frères, toutes les mesures qu'ils prévoient seront-elles exécutées? Nous pouvons affirmer le contraire. Les empereurs païens de Rome avaient décrété la destruction du christianisme, et plus les haches de leurs licteurs faisaient tomber de têtes, plus les chrétiens se multipliaient dans l'empire et jusque dans leurs palais. L'Angleterre protestante avait juré d'étouffer le catholicisme en Irlande, y a-t-elle réussi? En 93, la Révolution voulut abolir religion, clergé, vie religieuse; les échafauds et les déportations ont-ils atteint ce bût? ( > Non, la nature humaine, au moins dans son ensemble, n'est
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ni assez méchante, ni assez puissante pour arriver à de tels '^ résultats. Même autour d'un Néron ou d'un Comité de Salut public, il y a des gens loyaux et droits, pour atténuer les décisions les plus cruelles du tyran. On ne tue pas une société, et surtout on ne peut tuer l'Église. Nos œuvres sont nécessaires à la France, et nous sommes nécessaires à nos œuvres. Qu'on n'oublie pas non plus que, parmi nous, les religieuses sont le plus grand nombre, et que, parmi ces femmes, il y a les Pelites-Sœurs et les Filles de la Charité. Or, en France, il y a des égards forcés pour la femme, et ces héroïnes du dévoue* ment sont chères même à ceux qui ne partagent pas nos croyances. On s'est attaqué aux hommes; osera-t-on renouveler les scènes des expulsions de Châteauvilain, dans les monastères des vierges chrétiennes? Est-il donc chimérique d'espérer que l'iniquité de la loi sera reconnue de tous ? En faisant comprendre que nous ne réclamons qu'une chose : Tégallté devant la loi, ne finirons-nous pas par déterminer un courant d'opinion en notre faveur?
Après tout, nous avons deux forces plus puissantes que toutes celles du pouvoir; Dieu et la souffrance acceptée pour sa cause. La Providence veille avec une tendresse de mère sur tout ce qui intéresse l'Église; un cheveu de noire tôle ne tombe pas sans sa permission. Peut-on supposer qu'elle restera indifférente aux ruines dont on nous menace? Or, si Dieu est avec nous, qui sera contre nous? Quand la mesure sera pleine, Dieu enverra ses anges, et les ruines de nos monastères se relèveront, des nuées d'âmes d'élite viendront les repeupler, et les Congrégations prendront un nouvel essor, comme elles le font dans ce siècle, après avoir été dispersées et détruites en 93.
On nous menace, nous aurons à souffrir, dit-on : après tout, Jfésus-Christ a été l'homme de la douleur; lui, le fils de David, n'a eu que de la paille pour berceau, dans une élable en ruines. Il ne pouvait pas encore marcher, et sa pauvre Mère a dû l'emporter en toute hâte en exil : déjà llérode voulait le \
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tuer. Ses compatriotes de Nazareth ont essayé de le précipiter du haut d'un rocher; il n'avait répandu que des bienfaits et il n'avait que trente-trois ans quand le Sanhédrin, la Chambre de l'époque, s'en est débarrassé en le faisant clouer à une croix.
Nous savons les persécutions par lesquelles a passé l'Eglise ; si nous sommes fiers du manteau blanc de nos vierges, nous sommes encore plus glorieux de la pourpre sanglante de nos martyrs.
Souffrir! mais ne sommes-nous pas faits pour cela, nous, religieux, qui avons embrassé librement une vie de sacrifice? On veut nous arrêter en nous disant : Vous aurez à courir des dangers. Ne serait-il pas naïf de tenir ce langage à un général qui marche à la frontière pour en barrer le passage aux envahisseurs? Nous ne voudrions faire souffrir personne, 'mais nous savons bien que nous aurons à souffrir nousmêmes. Nous n'avons pas d'illusion à ce sujet, nous avons envisagé l'avenir, et nous demandons à Dieu de soutenir nos courages.
Nous ne voulons pas faire les fanfarons : nous n'appelons pas la persécution; nous nous souvenons des belles lettres de saint Gyprien aux martyrs d'Afrique : « Frères, leur disaitil, prions, car j'aperçois à l'horizon les nuages qui s'épaississent; l'orage gronde. Si, dans la tempête, l'arbre de l'Eglise enfonce plus profondément ses racines, parfois il y a bien des feuilles et des fruits à tomber, bien des branches qui sont brisées. » Dans toutes les persécutions, l'Eglise s'honore d« trouver des martyrs, mais elle a aussi à rougir et à pleurer sur quelques apostats, et elle sait que le gros de ses fidèles cherche i\ s'abriter de son mieux dans quelque refuge inconnu, pour y attendre le retour de la paix.
Nous connaissons notre faiblesse, mais nous savons où se puise la force. Nous comptons sur la prière, nous regarderons Jésus-Christ sur sa croix, et nous irons nous enivrer de son sang.
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