CHAPITRE III
difficultes que rencontre l'attitude passive
Quelques personnes peuvent s'alarmer en comparant, d'une part, l'importance majeure que les Congrégations religieuses semblent attacher à la loi d'abonnement et à l'attitude à prendre; de l'autre, l'espèce d'indifférence avec laquelle la plupart des Français et même beaucoup de catholiques envisagent ces questions. Les religieux affirment qu'il s'agit de leur ruine, de leur liberté, de leur vie et de celle de leurs œuvres; et ils ont écrit, ils ont parlé, ils se sont entendus, ils ont formé des réunions et des Comités; les journaux catholiques, depuis quatre ou ci-nq mois, en font la matière la plus ordinaire de leurs articles ; les laïques ont organisé des Congrès; les jurisconsultes ont fait paraître des brochures; les cardinaux, les évêques ont adressé aux fidèles et aux communautés des lettres et des instructions, ils ont dirigé une enquête générale et minutieuse, ils ont interrogé à plusieurs reprises le Souverain Pontife, et, jusque dans leurs appréhensions, ils témoignent que la solution de cette affaire est à leurs yeux d'une gravité extraordinaire.
Or, en dehors de ce cercle ecclésiastique et religieux, on à l'air de peu se préoccuper de la loi d'abonnement; les journaux n'y donnent que de loin en loin une attention distraite ; c'est plutôt pour eux un sujet de curiosité.
Ce qui pourrait surprendre davantage, c'est que les catholiques, les religieux eux-mêmes ne semblent pas s'entendre entièrement sur la marche à suivre; la plupart sans doute paraissent déterminés à prendre une attitude passive, mais
^celui certain nombre, dit-on, serait porté à faire sa soumission on plutôt à accepter les avances pleines de concessions que leur fait le gouvernement.
Tout cela est loin de nous causer de la surprise, et surtout est bien peu fait pour nous jeter dans le découragement; si on compare les résultats obtenus et les difficultés qui s'opposaient à une entente commune, on ne peut qu'admirer comment la Providence a su prendre elle-même en main& celte campagne pour la faire aboutir aussi heureusement. Les évêques sont tombés d'accord, et rarement parmi eux l'entente a été aussi unanime sur une question de conduite. Une même attitude a été adoptée par la grande majorité des Congrégations; enfin, les propositions pleines de condescendance du gouvernement attestent que le mouvement produit n'a pas été sans réagir sur ses procédés.
Ceux qui ont suivi de près tout ce qui vient de se passer ne pourront manquer d'en bénir Dieu, surtout s'ils réfléchissent aux difficultés sans nombre que présentait une entente commune dans le sens d'une attitude passive.
Elles sont graves et multiples, en effet, les difficultés que les Congrégations rencontrent, soit pour se résoudre à cette attitude, soit pour la mettre en pratique. Il en surgit de tous les côtés. — L'étude de la loi d'abonnement en fait naître; — il y en a d'autres qui découlent des conditions où se trouvent ceux qui ont à se déterminer et de la nature de la détermination qu'on leur demande; — enfin, l'attitude passive entraîne des conséquences tellement graves que bien des courages en peuvent être effrayés.