OT
nous, ces religieux reconnaissent que la loi est mauvaise et qu'il faut la combattre; mais notre manière de procéder ne leur plaît pas : ils prétendent que l'attitude passive est inutile et dangereuse; ils soutiennent que les intérêts menacés sont assez graves pour légitimer une obéissance où ils ne voient qu'une coopération matérielle. C'est ainsi que le supérieur qui a consulté Rome le 22 août dernier semble bien persuadé que sa Congrégation, pour éviter les plus grand maux, peut, en conscience et sans se déshonorer, se résigner à payer la taxe derabonnement: nous ne voulons pas le condamner, car U n'agit qu'après s'être formé la conscience, et pour ce qu'il Onsidère comme le bien; mais il nous permettra de dire que l'opinion générale et commune est que les Congrégations sont obligées, en conscience et par devoir, à l'attitude passive.
Quelles raisons les ont portées éprendre une détermination aussi importante?
A l'avance, et sans en connaître les détails, nous devons croire que ces motifs ont une gravité exceptionnelle. Il s'agit, en eft'et, d'affronter les terribles conséquences prévues par le Mémoire de M. Louchet et par la note des Frères des Écoles chrétiennes. D'un autre côté, la question n'a été résolue qu'après six mois de prières, de réflexion et de conseils : on n'a donc discuté que dans le calme et on n'a agi qu'à bon escient. Enfin, les personnes appelées à délibérer offraient toutes les garanties désirables par leur prudence, puisque c'est à elles qu'est confiée l'administration habituelle de leurs Sociétés. Il y a donc une présomption bien forte en faveur de la sagesse des résolutions prises avec tant de maturité, et avec une majorité aussi considérable.
Ce qui frappe plus encore que l'identité des déterminations, ce sont les sentiments généreux et profondément chrétiens qui les ont inspirées. Les nombreuses lettres qui m'ont passé sous les yeux attestent que ces Congrégations savent ce à quoi elles s'exposent : dans la plupart des comptes rendus, on sent le même souffle qui, de tout temps, a soutenu le courage
héroïque des martyrs. Personne ne pense à soi ; personne ne s^arrêle à calculer des intérêts particuliers. Chacun n'a en vue que l'Église, son honneur, ses droits et sa liberté. Tous s'estiment heureux de l'espérance d'avoir quelque chose à souffrir pour l'Épouse de Jésus-Christ.
Les dangers qui nous menacent n'auraient-ils eu pour résultat que de faire jaillir de tant d'âmes d'élite des résolutions aussi fortes et aussi viriles, nous devrions nous en réjouir. Les Congrégations ont mieux compris que jamais leur sublime mission ; c'est à elles, phalanges choisies dans Farmée de Jésus, d'être, au moment du péril, prêtes à servi^ l'Église et à s'exposer pour elle. Qu'importe qu'elles aientT souffrir en défendant sa cause? Se sacrifier pour leur Dieu n*est-il pas le plus beau de leurs devoirs? Par leur sacrifice, elles auront glorifié son nom, elles auront consolé son cœur et elles auront soutenu ses intérêts! Elles n'ont pas d'autre ambition. A lui, s'il le juge à propos, de bénir et de féconder leur dévouement, en faisant sortir l'Église victorieuse de ce nouveau combat.
Quelles sont donc les raisons qui ont ému à ce point les Congrégations religieuses et qui les ont poussées à ces héroïques résolutions?
Je ne prétends pas faire un exposé complet et détaillé de . ces motifs : je me bornerai à en énumérer quelques-uns. Nous nous sommes déterminés à combattre la loi dite d'abonnement, spécialement pour quatre motifs :
Cette loi de spoliation prétend arracher de nos mains, en les volant, des biens qui appartiennent à l'Église et aux
pauvres ; Elle tend à notre ruine et elle est un acheminement vers
notre destruction complète.
Elle voudrait nous aviliç et nous flétrir, comme gens indignes, à titre de religieux, de réclamer nos droits de Français;
Elle présente à quelques-uns des chaînes pour les asservir sous l'apparence d'un privilège.
Or, il est de notre devoir de sauvegarder de notre mieux nos biens, notre vie, notre honneur et notre liberté; car nos biens sont à l'Église, notre vie est nécessaire à son action, notre liberté et notre honneur sont les siens. Dans les circonstances actuelles, nous soumettre aux mesures odieuses qu'on veut nous imposer, en nous bornant, comme par le passé, à des protestations platoniques, serait une complicité coupable: car ce serait favoriser les projets de nos persécuteurs; «e serait hâter notre mort. Nous croyons donc être Obi igés,en conscience,de modifier n otre façon d'agir et d'essayer d'arrêter la marche progressive des ennemis de l'Église et des Congrégations religieuses, par notre attitude passive.