LA LOI NOUS AVILIT
Dans sa lettre à S. Ém. le cardinal Meignao, mai 1895, le Souverain Pontife Léon Xllï exprime le vif désir que les évêques et le^ supérieurs d'Ordres mettent toute leur sollicitude à déterminer une ligne de conduite qui soit digne. Si la doctrine de Jésus-Christ recommande l'humilité, si, pour tout ce qui touche à nos personnes, nous pouvons accepter, comme lui pendant sa Passion, les dernières humiliations, de nousmêmes, jamais nous ne pouvons rien faire qui tende à laisser mépriser, à déshonorer les pouvoirs et les grandeurs que la Providence a daigné nous confier.
Dieu est jaloux de sa gloire, et il veut que son nom soit sanctifié. Notre-Seigneur Jésus-Christ a tenu, même devant Caïphe et devant Pilale, à réclamer pour sa divinité le respect qui lui est dû. « Si j'ai bien parlé, a-t-il dit au valet insolent qui venait de le souffleter, pourquoi me frappez-vous? » Saint Paul, emprisonné au mépris des droits de citoyen romain, oblige les magistrats à venir eux-mêmes le délivrer, pour réparer son honneur. Il ne craint pas de soulïrir, mais il ne veut pas accepter d'être flagellé comme un vil esclave. « Je suis citoyen romain, s'écrie-t-il; je ne permettrai pas qu'on
Jvilisse en ma personne celte qualité; elle est un titre de oblesse que je dois défendre. »
Toujours, au miheu des persécutions, les chrétiens ont tenu, eux aussi, à venger l'honneur de leur nom. Ils n'ont pas fui devant la mort, mais jamais ils n'ont accepté la honte dont on voulait couvrir la religion auguste qu'ils avaient embrassée; et Tertullien, pour n'en citer qu'un, a su revendiquer, avec son énergique éloquence, le respect de la Sainte Église et celui des chrétiens.
Serait-ce en France, du reste, qu'il faudrait s'attarder à
montrer le prix de rhonoeur? La France a été, pendant il les siècles de son histoire, guidée beaucoup plus par les sentiments qu'il inspire que par les calculs de ses inlérêls. Elle est par excellence la nation chevaleresque. Jamais elle n'a marchandé ni son or, ni son sang; mais son honneur, jamais non plus elle n'a pu supporter qu'on y touche. C'est pour le défendre qu'elle a le plus souvent tiré l'épée, et c'est pour lui rester fidèle que ses guerriers ont accompli leurs plus beaux faits d'armes.
Est-ce donc qu'aujourd'hui l'honneur, en France, aurait perdu de son prix? S'il en est qui le vendent pour un peu d'argent, s'il en est qui n'en ont plus souci et qui le sacrifient i pour satisfaire leur ambition ou le besoin de jouir, nous ne sommes pas de ceux-là. N'envisager que l'intérêt, trafiquer de sa dignité n'est pas plus chrétien qu'il n'est fran(;ais.
A nous, religieux, à nous de relever les âmes et les caractères. Ce sont nos devanciers dans les cloîtres qui ont inculqué à la vieille France ces sentiments élevés, délicats, désintéressés, qui ont fait les grands siècles de notre histoire et (Jui ont produit l'héroïsme si magnanime de la chevalerie. Si, aujourd'hui, quelques âmes vulgaires tendent parleursexemples à substituer la théorie de l'intérêt aux principes de l'honneur, c'est à nous qu'il appartient, en sacrifiant nos intérêts, de relever les pensées, de faire remonter notre société à ces hauteurs d'où jamais elle n'aurait dû descendre. L'argent semble à beaucoup le dieu de l'époque, le seul objet digne de tout^ j les convoitises; à nous de faire voir, par notre exemple, qui 1 ni la pauvreté, ni la mort, ne sont un mal. On peut mourir noblement à la suite de tant de héros; on peut manquer de pain, on peut n'avoir pas d'asile, mais forfaire à l'honneur, jamais!
Or, si la loi d'abonnement veut nous voler, nous ruiner, nous détruire, elle vise aussi à nous avilir, en nous traitant avec mépris, et en ne tenant aucun compte de nos droits. Elle nous taxe comme des coupables, et elle nous désigne au
monde comme une race qui est un danger et une honte pour là société. . .
Cette loi est, en effet, une loi d'exception. 11 n'y a que les religieux, et cela parce qu'ils sont religieux, à payer le 4 %surun revenu, quand même il n'existe pas; il n'y a que nous à qui on veut imposer cette taxe d'abonnement, qui se surajoute lourdement à toutes les charges que nous partageons déjà avec les autres Français; il n'y a que nous contre qui on s'accorde la faculté de violer nos domiciles, pour se livrer à des expertises que nos lois défendent d'employer envers les autres citoyens; il n'y a que nous à qui on interdit d'avoir recours aux tribunaux pour défendre notre cause. Cette loi fait de nous une catégorie à part, et elle nous refuse le droit commun. Les Constitutions proclament bien haut que tous seront égaux devant la loi et devant l'impôt. Pour nous, religieux, ces principes fondamentaux de notre droit moderne n'auront pas leur application. Au milieu de nos concitoyens, nous formerons une bande à part qui ne pourraprofiter.de cet avantage si cher à tous. Nous serons les parias du fisc.
Qu'avons-nous donc fait pour être mis hors la loi? Alors que nos Chambres s'indignent, quand le pouvoir demande des mesures de précaution contre des hommes qui se déclarent les ennemis de la société, alors qu'elles réclament sans cesse des amnisties pour ceux qu'a frappés la justice, elles n'ont pour nous que des rigueurs et des sévérités. Nous ne réclamons pas de privilèges, mais pouvons-nous accepter d'être traités comme des esclaves et des indignes ? Y a-t-il donc aujourd'hui, surJe territoire de la République française, des distinctions de castes ? Pourquoi donc nous enlever une des prérogatives que la civilisation moderne considère comme une de ses plus précieuses conquêtes : l'égalité des citoyens? On nous traite comme on traite les Chinois aux États-Unis, comme, pendant longtemps, les blancs ont voulu traiter la race des noirs. On a aboli l'espèce de proscription à l'intérieur, dans laquelle les usages du vieux monde maintenaient les
juifs; on accuse de tyrannie Louis XIV, parce qu*il a retiré aux protestants de France une partie des libertés accordées parFÉdit de Nantes; on voudrait faire un crime à l'Espagne des procédés de son Inquisition, et voilà que ces prôneurs si ardents de Fégalité, ces ennemis acharnés de toute loi d'exception, veulent reprendre, à notre égard, en n'ayant pour règle que l'arbitraire et la haine, des mesures plus odieuses que celles qu'ils blâment sévèrement.
Que dis-ie? Dans les rapports officiels et dans les discours de ceux qui ont proposé la loi, on lui a donné un cachet encore plus infamant: elle est une pénalité, un juste châtiment d'actes coupables envers la société. On essaye de faire croire à la France que nous avons accaparé une part relativement énorme de la fortune publique, et que, par la permanence de nos Sociétés, sous le nom odieux de biens de mainmorte, nous nuisons aux intérêts de nos concitoyens. On a doublé, triplé, en mentant sciemment, la valeur de nos propriétés, pour efl'rayer, par de si gros chiffres, l'opinion publique. Nous ne possédons pas tout à fait, on a dû l'avouer, 500 millions : or, nous sommes 150 000 religieux, ce qui fait, pour chacun, un capital de 3200 francs et un revenu de 96 francs par an. Sommes-nous trop riches? Il y a telles familles de juifs qui, à elles seules, possèdent beaucoup plus que les 150000 religieux tous ensemble.
On nous fait un crime de ce que nos propriétés ne sortent pas assez souvent de nos mains. Hélasî nous mourons comme tout le monde et nous ne sommes pas plus exempts que les autres des mutations par décès, quand la 'mainmorte n'en tient pas lieu. Si nous ne vendons pas souvent nos immeubles, leur nature le demande. Qui donc voudrait se faire acquéreur de nos églises, de nos hôpitaux, de nos grands couvents dont des particuliers ne sauraient s'accommoder? Et puis, est-ce donc un crime social que cette durée prolongée des propriétés dans une même famille religieuse? Les hommes sages n'ontils pas généralement l'ambition de transmettre à leurs enfants
les immeubles qu'ils ont construits ou ceux qu'ont habités leurs ancêtres? Pour beaucoup d'économistes, cette perpétuité des biens dans une même famille est une des meilleures garanties de la sécurité et de la prospérité d'un pays.
Les promoteurs de la loi nous ont accusés, en pleine tribune, d'avoir dissimulé nos ressources et d'avoir essayé de frustrer le Trésor en trompant la vigilance du fisc par des rapports mensongers. Nous sommes donc à la fois des menteurs et des voleurs. On savait que les trois quarts de nos biens ne nous rapportent qu'un bénéfice insignifiant, quand nos budgets ne sont pas en déficit; on a tenu néanmoins à nous dire : « Vous mentez. » Alors que les autres Français, .1 qui n'ont pas à soutenir nos œuvres de charité, s'estiment heureux de retirer 3 % de leurs capitaux, on prétend que nous trompons, quand nous affirmons que les nôtres qui, souvent par nature, sont improductifs, ne nous rapportent pas 5 % et, pour punir notre mensonge, on nous taxe sur cette
base.
On nous accuse aussi d'avoir modifié la forme de nos contrats pour nous mettre à l'abri de ces réclamations iniques. En cela, qu'avons-nous fait autre chose que de profiter d'une liberté commune à tous? Nous sommes restés dans les limites tracées par nos lois, et, à cette occasion, nous avons payé des K, droits de mutation qu'on nous reproche précisément d éviter.
On a voulu surtout faire croire au public que, jusque-là, nous étions des privilégiés, et qu'en échappant aux charges communes, nous rendions, par là môme, le fardeau des autres plus lourd. De là, une certaine irritation indignée, à une époque où tous rêvent l'égalité la plus parfaite. Étranges privilégiés qui payent tous les impôts communs! La Compagnie des Assurances générales sur la vie, dont M. Rothschild est le président et le principal actioanaire, possède plus de 500 mil- Uons de capital; on ne lui demande que 250 000 francs par an ; les Congrégations, de l'avis du fisc, ne possèdent pas, é toutes ensemble, ces 500 millions, et on leur demande
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3 millions par an, c'est-à-dire douze fois plus. Est-ce ià un privilège? Non. Sous prétexte de nous faire rentrer dans le droit commun, on nous en fait sortir, et on veut soutenir que ces deux nouveaux impôts, sur le revenu et l'abonnement, compenseront à peine les exceptions et les privilèges dont nous aurions joui jusque-là. C'est toujours la fable du loup et de Fagneau.
Aujourd'hui, on veut nous faire passer pour des avares qui marchandons avec la société pour une question de gros sous, alors qu'il s'agit de notre honneur, de notre vie, de notre liberté. On voudrait nous avilir en soutenant qu'ayant jusqu'ici tout accepté de la part des ennemis de l'Église, nous ne savions résister que quand on touche à notre bourse.
Nous ne pouvons accepter cette position humiliée et méprisable. Eh quoil on concède à des jîiifs allemands tous les droits de citoyens français, et à nous, Français de race et de cœur, on les enlève par le seul motif que nous sommes des religieux, on nous traite comme des parias! On nous rejette hors la loi, on nous impose des charges qu'on n'oserait assigner à personne; on fait de nous une catégorie à part, afin de mieux pouvoir nous tailler à merci.
On a voulu, par des mensonges, imprimer à cette loi je ne sais quel honteux cachet de pénalité. Quel crime avons-nous donc commis? Dans le pays qui se vante d'avoir procuré au monde moderne la liberté des citoyens, seuls, nous ne serions pas libres? Alors que personne ne sera inquiété pour sa religion^ c'est ma religion qu'on poursuivra en moi? C'est le catholicisme qu'on cherche à avilir, à diminuer, à abaisser dans ses âmes d'élite, avant de pouvoir le détruire. Vous frappez d'une taxe ma qualité de religieux. C'est donc parce que nous avons embrassé les conseils de perfection de Jésus-Christ qu'on nous traite en mauvais citoyens. Vous punissez en nous nos engagements de pauvreté, de chasteté, d'obéissance; notre dévouement aux pauvres serait-il donc un délit? Notre vie est-elle un danger pour la société ? Nos Sœurs de Charité
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que tous les peuples du monde nous envient, seraient-elles donc ou une honte ou une menace pour le pays? les Petites- Sœurs des Pauvres méritent-elles d'être mises à l'amende pour les services rendus à nos vieillards, et faut-il faire payera nos missionnaires Théroïsme qu'ils déploient pour aller planter le drapeau de la France à l'ombre de la croix ? Dans ces pays lointains, en nous voyant à l'œuvre et à cause de nous, on estime, on aime, on exalte la France. Pour qui passeronsnous désormais à leurs yeux, ou bien quelle idée se feront-ils de nos persécuteurs, si vos lois frappent comme indignes et dangereux des hommes, des femmes, qu'ils regardent presque
comme des anges?
On s'étonne de notre résistance! Nous croit-on assez stupides et assez naïfs pour être dupes d'une conduite hypocrite et d'assertions mensongères? Espère-t-on faire admettre qu'alorsqu on nous pille et qu'on nous vole, on ne faitque nous traiter avec équité et même avec condescendance? Ou bien, va-t-on jusqu'à supposer que nos caractères sont devenus assez timides et assez pusillanimes pour qu'on n'ait à redouter de notre part que quelques gémissements? Incurmre ut transeamus, nous dit-on: courbe-toi et nous passerons; mets-toi à genoux et nous nous servirons de tes épaules comme d'un escabeau pour monter sur ce trône au pied duquel tu le traîneras comme un esclave.
Nous résisterons, car nous ne voulons pas être avilis. Je suis religieux : pas plus que saint Paul, non erubesco Evangelium meum, je ne rougis de la bure que je porte et de la vie que j'ai embrassée pour l'amour de mon Dieu et pour le salut de mes frères. Je n'ai rien à y regretter, je n'ai rien à y cacher. Je suis Eudiste, et je veux le demeurer sans pour cela être soumis à l'amende.
Je tiens aussi à rester Français, j'aime la France, ce noble pays où la Providence m'a fait naître. Je suis fier de son histoire, de sa mission. Je suis heureux de travailler à étendre son inauence au dehors, à développer sa prospérité au
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dedans. Aussi je veux conserver mon titre et mes droits de A Français : m'en priver serait m'humilier et me couvrir de ^ mépris, car ce serait m'accuser d'être, pour ma patrie, une honte ou un danger. Laissez-moi donc mon honneur et mes droits; traitez-moi comme un fils de la France,
LA LOI YOUBIIAIT NOUS ASSERYIli
Dans le but de nous diviser, de nous avilir et de nous asservir, en même temps que pour se donner Tapparence hypocrite de prendre les intérêts des pauvres, la loi réserve au ministre la faculté d'exempter de la taxe les Congrégations vouées aux œuvres gratuites de charité et aux missions étrangères qui solliciteraient cette faveur.
En profitanl de cette exemption, et surtout en faisant des démarches pour l'obtenir, les Congrégations qui en auraient la pensée doivent se rappeler qu'elles ne sont pas seules à être en butte aux exigences du fisc; elles feront bien de se demander si, par leur conduite, elles ne donneront pas à la loi un faux semblant de justice et même de condescendance bienveillante; si, en acceptant ces distinctions de Congrégations charitables et non charitables, elles ne consacreront pas une classification bien peu fondée en réalité, puisque toutes, même celles qui reçoivent des prix de pension, ne font qu'exercer la charité; si elles n'autoriseront pas le gouvernement à poursuivreplusâprementles Sociétés qui nepartageront pas leur privilège; si enfin, en se sauvant elles-mêmes, elles n'empireront pas la situation de leurs sœurs et si elles ne compromettront pas la défense des intérêts de l'Église. L'affection et la solidarité fraternelles, et même la justice n'auraient-elles là rien à voir?
Du moins, l'honneur des Congrégations n'est-il pas compromis'? Que devient leur dignité, leur liberté? LexempUon
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n'est pas un droit que le ministre reconnaît, c'est une faveur qu'il accorde, a dit M. Ribot dans la séance du 9 avril. La solliciter dans l'espoir d'échapper à la ruine et de sauvegarder ses œuvres, c'est donc se créer une sujétion de plus, et abdiquer entre les mains de l'État une partie de sa liberté, ^exemption, qui dépend du caprice d'un préfet ou d'un ministre, les mettrait continuellement en danger de la perdre, s'il leur arrivait de déplaire à ces fonctionnaires qui peuvent être protestants, juifs ou francs-maçons. Les applications qu'on veut faire de certains articles du Concordat, la nomination des évêques ou des curés, par exemple, imposent un joug si lourd que plusieurs, tout en reconnaissant la nécessité d'un Cd\icordat, se demandent si ses avantages compensent cette tyrannie. Si les Congrégations hésitent, en ce moment, sur le parti à prendre, la cause n'en est-elle pas précisément dans le quasi privilège d'une reconnaissance officielle et dans les secours que reçoivent leurs œuvres à l'étranger? Si ce lien de l'autorisation les empêche aujourd'hui de jouir de toute leur liberté et de se joindre à nous pour défendre leurs droits et ceux de l'Église, celui de l'exemption ne les tiendra-t-il pas dans un esclavage encore plus étroit?
Nous ne pouvons l'ignorer, le rêve. du gallicanisme, delà Constitution civile du clergé, des articles organiques, est celui dont le gouvernement poursuit la réaUsation avec encore plus d'ardeur que le Parlement de Louis XV et que Napoléon. Ce sont toujours les querelles des empereurs théologiens de Byzance, celles des Investitures et du Joséphisme, en un mot, c'est la mainmise de l'État sur l'Église.
La grande hérésie de la France est le laïcisme. L'Etat est ^ laïque!' ne cesse-t-on de répéter, et dans la bouche de tous, cela signifie que l'État se croit appelé à se substituer à l'Eglise, même dans le gouvernement des âmes. De là cette tendance à tout accaparer au iiom de ce dieu moderne qu'on appelle l'État : de là tant d'empiétements; de là tant d'efforts pour s'emparer de la direction des divers rouages, de tous les
organes de la société religieuse; de là celle prétention de A traiter les évêques et les prêtres comme des fonctionnaires. Il semble que Tambition de nos Chambres soit de s'arroger tous les pouvoirs spirituels que s'attribue le Saint Synode de Saint-Pétersbourg. Elle se croit comme une espèce de Concile laïque, et le ministre des Cultes agit comme s'il était le chef effectif de tout ce qui appartient au catholicisme. Jusqu'ici, les religieux échappaient plus que le clergé à ces prétentions despotiques de l'État. On cherche à les y soumettre.
Déjà le pouvoir par l'autorisation, comme par une espèce d'investiture légale de la personnalité civile, a pris le droit de s'immiscer dans les affaires temporelles de beaucoup de Congrégations. 11 leur a promis, en échange, certains privilèges, par exemple, aux Frères des Écoles l'exemption du service militaire, l'équivalence des lettres d^obédience, Taccès des écoles publiques. Il a gardéla surveillance, et, dans certaines limites, la direction des affaires temporelles, comme le placement des capitaux, la réception des legs, Taliénation des biens, mais il a supprimé les privilèges. Qui nous assure que bientôt il ne chargera pas les percepteurs d'être les économes de ces Gongrégations, comme il en fait aujourd'hui les trésoriers des Fabriques? Est-ce que le ministre, M. Trarieux, ne vient pas de rappeler que des décrets de 1809 et 1810 disposent que Tofflcier de l'État civil doit se trouver présent à l'émission des vœux des religieuses dans les maisons hospitalières ou de refuge, et dresser acte des engagements contractés par les novices? 11 daigne cependant avertir les procureurs généraux que l'officier civil peut actuellement se dispenser de prêter son concours à ces cérémonies.
Pour l'exemption de la taxe, ce sera le ministre qui dispen- ' sera ou réimposera à son gré les Congrégations. L'impôt sera une peine qu'il pourra leur infliger sans jugement et sans recours. Que devient dans ce cas la liberté et même la dignité? Non, des Sociétés religieuses ne peuvent accepter celte situation humiliée, ce servilisme forcé. J
/ Nous savons quels sont les efforts du gouvernement pour
' asservir le clergé en prétendant le traiter comme salarié de l'Étal. Nous l'avons vu essayer de lui imposer le silence en le privant sans aucun droit d'un traitement qui n'est que l'intérêt d'une dette sacrée; ce qu'il tente contre les évêques et contre les prêtres par la suppression du traitement chaque fois qu'il a à s'en plaindre, il sera mille fois plus fondé à le faire à l'égard des Congrégations, en leur enlevant une faveur qui ne dépend que de lui. A la perte de la liberté succéderait alors
la perte des ressources.
Et on veut engager les Congrégations à s'abaisser ellesmêmes en demandant une pareille grâce! Est-ce donc qu'on veut les avilir avant de ne leur laisser que le choix entre la ruine et l'esclavage? Gardons notre indépendance : plutôt la mort que la souillure : Potius mori quam fœdari!
La sainte liberté est un des dons les plus précieux que Jésus-Christ est venu apporter au monde, tout spécialement à ceux qui sont ses amis d'élite. C'est de cette liberté que l'Église s'e-st toujours montrée jalouse. Elle ne craint pas la pauvreté: bien des fois, dans sa vie de dix-huit siècles, elle a rencontré des spoliateurs, et, de nos jours, son chef a été dépouillé de tous ses biens temporels. L'Épouse du Fils de Dieu ne craint pas pour elle la persécution : elle sait comment on sort des cachots, et elle sait qu'au pied de l'échafaud germe une moisson de chrétiens. Mais un point sur lequel elle ne peut jamais transiger, c'est sa liberté. C'est elle qu'elle a défendue contre les tyrans de Rome et de l'Allemagne, contre Philippe-le-Bel, contre Louis XIV et contre Napoléon 1-. Or, par l'asservissement des Congrégations, une de ces libertés est menacée. Qu'importe qu'on présente des fers sous l'apparence spécieuse de privilèges! Comme l'Église, comme ses pontifes Pie IX et Léon XIH, nous devons préférer être dépouillés de nos biens, plutôt que d'enchaîner notre liberté et la sienne; car nous livrer, c'est la livrer elle-même, f Si, en sollicitant l'exemption de la taxe d'abonnement,
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rhonneur et la liberté des Congrégations se trouvent compromis, combien de plus seraient vaines et éphémères les espérances qu'on établirait sur cette faveur! Qu'on me permette à ce sujet le récit d'un fait auquel j'ai été mêlé pendant les années 1879 et 1880.
Avant d'en venir aux décrets du 29 mars, avant même de solliciter un vote sur le fameux article 7, le gouvernement d'alors était effrayé des conséquences de la loi Ferry ; il aurait voulu n'atteindre que les Jésuites et il était désireux de sauvegarder temporairement les autres Congrégations non reconnues, pour ne pas se mettre en une seule fois une trop grosse affaire sur les bras.
Déjà, au mois de mai 1879, une tentative à laquelle a fait allusion Le Monde, dans un article de septembre dernier, en la dénaturant complètement, avait été faite près de moi pour m'offrir de sauvegarder notre Congrégation, en nous obtenant l'autorisation légale. Les démarches furent faites par M. René Brice, député fort influent à cette époque, et par M. André, préfet de Rennes, d'accord avec quelques députés et quelques sénateurs d'IlIe-et-Vilaine.
I^ Il mai, je répondis à M. le préfet : <« Je suis touché de k proposition que vous m^avez faite de vous employer à m'obtenir Fautorisation légale. Dans les circonstances où se présentent les choses, je crois devoir chercher le bien général des catholiques, plutôt que l'inlérêt de notre Société. » Le 21 mai, j'écrivais à l'intermédiaire de M. René Brice : « Accepter Fautorisation en ce moment, serait procurer l'isolement des Jésuites et leur bannissement. Ce serait prêter à M. Ferry un voile pour cacher le caractère persécuteur de son projet; — favoriser le vote d'une loi inique et impie; — fermer la bouche aux défenseurs de la cause de l'Église; — jeter le désarroi et le scandale dans le camp catholique, etc tous actes qui sont des lâchetés et des infamies. Solliciter l'autorisation serait, de plus, me donner la honte d'une demande et me couvrir du ridicule d'un refus. »
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Le gouvernement lui-même ne tarda pas à prendre l'affaire en mains d'une manière plus générale et, croyait-il, plus efficace. Les décrets de dispersion des religieux, datés du 29 mars, pour continuer de diviser les religieux, mirent les Congrégations autres que la Société de Jésus en demeure d'obtenir, dans les trois mois, Fautorisation. Personne ne la demanda; le gouvernement était un peu déconcerté. Il y eut des pourparlers et des notes échangées entre Rome et le Cabinet des
ministres.
Un matin, c'était le 19 juin 1880, Mgr Lavigerie, archevêque d'Alger, venait chez moi après avoir conféré avec le Souverain Pontife et M. de Freycinet. Il m'apportait une déclaration dont le fond se retrouve dans l'Encyclique du Pape aux Français pour accepter la forme du gouvernement républicain. Elle avait été composée par l'archevêque et corrigée par la main même, me dit-il, du premier ministre. J'en conserve l'original dans mes archives. Le gouvernement avait fait savoir au Pape et il portait à noire connaissance qu'il était résolu à expulser les Jésuites, mais il promettait aux autres Congrégations d'hommes de les épargner, si elles consentaient à signer celte pièce où il était dit que ne nous faisions pas de politique et que nous acceptions la forme du gouvernement de la France loyalement et sans arrière-pensée. La pièce fut étudiée et discutée au Comité des religieux de la rue de Yarennes. S. Ex. le nonce Mgr Czaski, S. Em. le cardinal Guibert, quelques sénateurs, comme MM. Lucien Brun et Chesnelong, furent consultés. La déclaration n'engageait en rien tes consciences, mais les espérances données étaient-elles bien solides, et l'honneur n'allaitil pas être compromis? Il y avait hésitation.
Tout à coup. S. Em. le cardinal Guibert m'appela à l'archevêché et me dit à peu près textuellement : « J'ai vu plusieurs des hommes politiques qui sont en même temps les défenseurs les plus dévoués de la cause de FÉglise. J'ai conféré avec eux des avances du gouvernement et de la signature qu'on propose ( aux Congrégations religieuses. Alors que tant de magistrats
ont noblement brisé leur carrière et compromis leur situation pour n'avoir pas à se prêter à l'exécution des décrets, on ne comprendrait pas, en France, que des religieux signent cette pièce, anodine pourtant, mt^me pour sauver leur existence et leurs œuvres. Cette concession passerait pour une faiblesse, on la regarderait comme une désertion; les Congrégations paraîtraient abaisser leur dignité et abandonner la défense des droits et de la liberté de l'Église pour des intérêts purement particuliers. Cette conduite serait regardée comme contraire à l'honneur, et en France, mon Père, l'honneur joue un trop grand rôle pour que vous n'ayez pas à en tenir compte. » D'ailleurs, ajouta le bon cardinal, les espérances que vous fonderiez sur cette condescendance seraient bien vaines. Yous n'avez à vous attendre qu'à des déceptions. Je ne mets pas en doute la sincérité de quelques-uns de ces messieurs du gouvernement, mais parmi eux, je les connais, les uns n'ont aucun bon vouloir, les autres ne peuvent rien pour vous. Puisque vous m'avez consulté, dites de ma part au Comité des religieux que je les engage à ne pas signer. » La signature fut refusée et les négociations rompues. Les appréhensions du gouvernement étaient si vives, qull ne se donna pas pour battu. Par ses instances, il réussit à faire intervenir le Pape. Une seconde déclaration, à peu près identique à la première, fut présentée quelques mois après, par l'intermédiaire de Son Éminence le cardinal de Paris aux délibérations des religieux. Cette fois, la pensée du Souverain Pontife était manifeste, ce n'était pas un ordre, mais c'était un désir qu'il exprimait. Les Congrégations ne voulurent pas renouveler les subtilités de mauvais aloi des gallicans et des jansénistes et en appeler du Pape au Pape mieux informé. Le Très Saint-Père avait parlé. En fils dociles bien qu'attristés, les religieux, par obéissance à leur chef, s'inclinèrent et se soumirent en signant. Ils n'avaient d'ailleurs aucune illusion sur la parfaite inutilité de leur acte. De fait, le journal La Gironde, en divulguant prématurément
cette négociation, jeta l'émoi dans le camp des ennemis de l'Église. M. de Freycinet dut quitter le ministère pour avoir voulu être trop bénin ou trop habile envers les Congrégations. Les promesses du gouvernement s'évanouirent avec lui. La signature avait été donnée, mais les signataires n'en furent pas moins expulsés.
11 y a bien des analogies entre la situation actuelle et celle de 1880. Aujourd'hui, comme alors, le gouvernement voudrait nous diviser, séparer nos intérêts pour nous frapper plus facilement les uns après les autres. Il y a pour cela des propositions engageantes dans la loi de M. Ribot comme dans la loi du 25 mars de M. de Freycinet. M. Ribot ou un ministre quelconque accordera à quelques-uns le privilège de l'exemption; mais les ministères sont-ils plus solides de nos jours qu'en 1880? Le pouvoir des ministres sur la Chambre est-il plus grand, leur bonne volonté est-elle plus sure ?
« La concession promise ne constituerait pas un droit, elle ne serait qu'une faveur, » ne l'oublions pas. Un caprice suffira pour la retirer, et il n'y a aucun recours contre son retrait, ni devant les tribunaux, ni même devant l'administration; c'est toujours de l'arbitraire et du bon plaisir.
L'honneur nous a fait refuser, en 1880, les avances du gouvernement; nous aurions eu honte alors, même pour sauver nos Congrégations et nos œuvres, de séparer notre sort de celui des Jésuites, de briser le faisceau si fraternellement uni des Sociétés religieuses. L'honneur, aujourd'hui, aurait-il donc perdu de sa force à nos yeux? Le passé ne doit-il pas être pour tous une leçon pour le présent? Dans le vain espoir de prolonger sa vie, faut-il donc, en sollicitant l'exemption de la taxe, abandonner des Congrégations sœurs, se constituer sous une dépendance humiliante de l'État, et sacrifier à la fois l'honneur et la liberté? Nous ne le pensons pas.
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CIRCONSTANCES ACTl ELLES
On m*objeclera sans doutequecelte loi n'est ni plusmaiivaise, ni plus criminelle que les lois sur la laïcisation des écoles, sur le service militaire des prêtres.surradministrationdesFabriques.
Je ne prétends pas établir une éciielle de gradation pour apprécier le plus ou moins de malice, de haine et d'iniquité qui se rencontrent dans ces différentes lois. Toutes sont mauvaises; toutes, elles violent, d'une manière indigne, les droits et les libertés de FÉglise.
Mais alors, dira-t-on, pourquoi refuser «l'obéir à Tabonnement, alors qu'on s'est soumis à toutes les mesures précédentes?
On s'est soumis aux autres lois, ou du moins on les a subies, ce nVst que trop vrai. Nous ne sommes pas restés muets, mais nous avons peu agi. Des sénateurs et des députés catholiques ont parlé avec éloquence pour empôclier les décisions du Parlement; des évêques ont fait entendre des plaintes où il y avait de fortes pensées et d'énergiques paroles; les laïques, eux aussi, dans les Congrès et dans la presse, ont combattu avec véhémence pour notre cause. Lors des expulsions, il y a eu des portes enfoncées; une foule dévouée protestait dans la rue par sa présence et ses cris contre celle violation de domicile ; mais en dehors du siège ridicule de Frigolet, de la vente du mobilier des Sœurs de Marbot, et du sang versé à Châteauvilain, où a-t-on vu rien qui ressemblât à un commencement de résistance? Les magistrats tout seuls sont descendus avec courage et avec dignité de leur siège; les religieux, le clergé, les fidèles, qu'ont-ils fait? Ne pourrait-on pas résumer toute cette histoire par ces mots ; Quand les catholiques ont parlé, ils croient avoir agi. De fait, nous avons toujours et partout cédé; noire opposition, sauf de rares exceptions, s'est bornée à des protestations platoniques.
Avons-nous eu raison? avons-nous rempli notre devoir?
telle est la véritable question. Qui donc oserait aujourd'hui justifier la conduite des catholiques en ces diverses circonstances? Bien des voix se sont fait entendre alors pour leur rappeler qu'il y avait obligation de combattre ces lois impies : on ne les a pas écoutées; voudrait-on soutenir qu'on a bien fait?
Je reste intimement convaincu que nous n'avons pas accompli alors tout notre devoir. Nous aurions dû dès lors nous retrancher derrière le non licei de saint Jean-Baptiste, etle non posmmm des apôtres. A l'apparition des lois scolaires en particulier, la résistance était attendue, et nos adversaires ont avoué que, si nous l'avions voulu, il leur eût été impossible de passeroutre. Reconnaissons franchement et humblement nos torts, ne cherchons pas d'excuse à notre mollesse actuelle, en essayant de légitimer une défaillance passée que tous nous regrettons.
Si, dans ces occasions, nous n'avons pas agi comme nous le devions, est-ce un motif pour continuer une tactique que nous confessons mauvaise et coupable? Non, non! plus nous avons été faibles, plus aujourd'hui nous devons nous efforcer de réparer les fautes d'hier. Il est temps de s'opposer à l'exécution de la dernière loi, comme nous aurions dCi nous lever pour empêcher l'application de celles qui l'ont précédée. L'expression de nos regrets d'avoir manqué des occasions favorables, nos lamentations sans fin et sans résultats finiraient par lasser ceux qui nous écoutent. Ne seraient-ils pas fondés à nous dire : Puisque vous avouez avoir eu tort dans le passé, et puisque vous le regrettez, pourquoi donc vouloir vous en tenir au même système de conduite? Céder encore celte fois, alors que vous dites que, dans des occasions semblables, vous àutiez dû résister, c'est proclamer vous-mêmes votre faiblesse, et, de plus, c'est vous couvrir de ridicule. Si donc, en ce moment, nous voulons réparer noire honneur, nous épargner des remords et accomplir notre devoir, changeons de méthode, et, au lieu de prêter la main à la spoliation de nos Sociétés, prenons une attitude plus virile.
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Les circoQstances'Jpédffies iaRS-' teisqtiélleà se présente la' loi d'abonnement nouscféem d'ailleurs un devoir plus étroit de ne pas nous y soumettre et de prendre une attitude passive.
Les ennemis de rÉglise ne cachent plus leur dessein. Us veulent déchristianiser la France et même le monde entier. Us prétendent faire disparaître tout ce qui vient de Jésus- Christ : le clergé, les Congrégations, les œuvres chrétiennes,
le dogme, la morale, la sainte liturgie Tout est destiné à
mourir. Us avancent lentement, prudemment ; mais ils ne cessent défaire chaque jour quelques pas en avant.
En ce qui concerne nos Congrégations, ils ont juré de les détruire tout d'abord. Mais comme ils mêlent l'hypocrisie et les ruses du serpent à la haine violente du sectaire, ils ne procèdent qu'avec modération. Inutile de revenir sur la longue série de mesures par lesquelles ils font tomber pierre à pierre le vieil édifice monastique qui a peine à nous abriter. Hier, c'étaient l'article 7 et les décrets; aujourd'hui, c'est la loi d'abonnement; demain, ce sera celle sur les associations. Nous aurions beau fermer les yeux pour ne pas voir, les oreilles pour ne pas entendre, nous sommes des condamnés.
Jusqu'ici, nous avons cédé partout, croyant fléchir les cœurs ou adoucir la haine des inspirateurs de la persécution : l'expérience nous a montré qu'aucun sentiment de justice ou d'honnêteté n'est capable de les arrêter. Eh bien!
UUima spes viciis nullam sperare salutem.
Si nous nous bornons encore à des protestations, le passé nous est garant de ce que sera ^avenir. A échéance plus ou moins prochaine, c'en sera fait de nous et des dernières libertés de FÉglise de France. Nos réclamations émeuvent ' fort peu nos ennemis; ils les entassent dans des carton^ oubliés; quant aux discours, ils se disent que ce sont des . paroles sonores que le vent aura bien vite emportées.
Notre soumission, après les lettres si explicites et si éner- • giques de Tépîscopat tout entier, ne leur donnerait- elle pa»
î II
raison? Les cardinaux et les évêques de France, avant et après le vote de la loi, se sont élevés, avec un ensemble que nous avons admiré, contre son injustice et son iniquité. Les cardinaux Richard et Langénieux, dans une Note grave et ferme, à laquelle ont adhéré la plupart des évêques; le cardinal Lecot, dans une lettre magnifique, ont exposé tout ce que cette loi a d'inique et d'inacceptable. Ils ont affirmé publiquement qu'on ne pouvait pas, qu'on ne devait pas s'y soumettre. , '
S'ils se déjugeaient eux-mêmes, ou si nos Congrégations, par une acceptation qu'ils ont déclarée impossible et illégitime, leur donnaient îin solennel démenti, quelle idée nos adversaires devraient-ils se faire de la sincérité, de la prudence de nos protestations, ou bien de la faiblesse de nos courages? Nos évêques auraient-ils donc parlé sans soupçonner la portée réelle de leurs déclarations, ou bien ont-ils eu tort de compter sur notre esprit de sacrifice et de dévouement? Dans tous les cas, céder, alors que nos guides et nos chefs ont annoncé que nous ne pouvions le faire, serait taxer leur conduite d'imprudence et d'irréflexion.
Qu'on me permette à ce sujet de rappeler un souvenir personnel. Je tiens le fait de la bouche du cardinal Place luimême. Quelques années avant sa mort, il reçut de Rome une lettre où on lui insinuait de retirer du catéchisme de Rennes une leçon relative aux devoirs des électeurs. 11 répondit avec une respectueuse liberté : « Si Sa Sainteté me manifestait une volonté bien formelle, je m'empresserais de m'incliner et d'obéir. Mais Elle me dit qu'Elle ne veut entraver en rien la liberté de mon administration, et qu'Elle n'entend pas me donner un ordre. Par ailleurs, Elle m'affirme qu'il n'y a rien de répréhensible dans la leçon de mon catéchisme, au point de vue des enseignements de TÉglise. Or, il y a peu de temps, j'ai écrit à ce sujet au ministre M. Ricard une lettre qui a fait quelque bruit. Si aujourd'hui je retirais cette leçon, ce serait me déjuger et montrer dans ma conduite une certaine légèreté. Comme prince de l'Église, je dois faire respecter,
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dans mes actes et dans ma personne^ la sagesse de Tadminis^ Iration ecclésiastique; je demande donc au Saint- Père de conserver la leçon de mon catéchisme. » Et il l'a gardée.
Il est facile de faire à notre situation l'application de la conduite du cardinal de Rennes.
De plus, après les déclarations à peu près unanimes des Congrégations en faveur de l'attitude passive, après des démonstrations éclatantes des catholiques dans la presse et dans les Congrès, céder serait révéler au grand jour une défaillance et un manque d'énergie qu'on chercherait en vain à dissimuler. Qui pourrions-nous convaincre à l'avenir par nos affirmations? qui pourrions-nous toucher par nos lamentations? On nous prendrait en pitié comme des discoureurs emphatiques, et chaque fois que nous chercherions à élever la voix, on se bornerait à hausser les épaules. On aurait droit de penser : les catholiques peuvent parler et se plaindre; ils n'ont pas le courage d'agir; nous aurions beau prolester, ils auraient, en quelque sorte, droit d'affirmer qu'il n'y a plus de force virile dans le cœur des chrétiens, et que nous ne sommes plus de la race qui enfante les martyrs. . Pouvons-nous accepter de donner lieu par nos agissements à des pensées aussi injurieuses pour notre sainte religion, ou bien devons-nous reconnaître, le front rouge de honte et la tête baissée, que nous ne sommes plus dignes de souffrir pour défendre les droits de l'Église? Donc, le temps n'est pins aux paroles, il est aux actes.
Si nous consentons à nous soumettre, après l'expérience du passé, et après les protestations de l'heure actuelle, qu'estce qui arrêtera désormais nos adversaires? Convaincus par les faits que nous ne savons que jeter au vent des discours ^ el que nous n'avons plus assez d'énergie pour la lutte, ils précipiteront les mesures de la persécution, et, par notre manque de courage, nous aurons hâté le moment où notre pauvre Église, abandonnée par nous, sera livrée à la merci de leur haine. Quand Noire-Seigneur Jésus-Christ fut arrêté au
JaTdin des Olives, relkio eo omnes fugeruni^ tous s'enfuirent ; chacun ne songeait qu'à se mettre personnellement à l'abri. Allons-nous renouveler pour l'Épouse de notre Dieu, ce lâche, cet égoïste abandon?
Nous donnons pour prétexte nos œuvres : mais nos œuvres, que vont-elles durer? Les sectaires ont juré la destruction des Congrégations qu'ils consentent à épargner pour quelques heures, aussi bien que des autres. Ils leur promettent hypocritement des privilèges, afin de diviser nos forces, de diminuer nos résistances et de pouvoir plus facilement nous frapper successivement. Eux-mêmes ont l'impudence d'annoncer que ces prétendues condescendances ne constituent aucun droit; ce ne sont que des faveurs révocables à volonté. El pour cette vaine et trompeuse espérance, nous manquerions une occasion, peut-être la dernière, d'essayer, non plus seulement par des paroles et des gémissements humiliés, mais par une résistance passive et digne, d'arrêter la persécution qui tend à nous tuer?
Souvenons-nous que de notre altitude dépendent Thonneur et la vitalité de l'Eglise de France. Ce qui se débat aujourd'hui, ce ne sont pas nos intérêts matériels, ce sont nos droits et la liberté de rÉ(30use de Jésus-Christ.
Si, pour la défendre, nous exposons nos biens, nos œuvres, notre existence elle-même; après tout, que sommes-nous, sinon les serviteurs et les soldats d'un Dieu mort sur une croix pour nous? Lui, il a tout compromis pour nous donner la liberté et l'honneur; nous, songerions-nous à nous sauvegarder nous-mêmes, quand l'honneur et la liberté de son Épouse sont en jeu?
Est-ce à nous de parler de marchandage et de compromission? Nos lèvres qui ne doivent qu'encourager les pusillanimes, pourraient-elles s'ouvrir pour faire entendre le cri du sauvequi-peut! Quoi! nous, religieux, nous qui faisons profession d'avoir tout abandonné pour Jésus-Christ, nous qui ne devons tenir à rien ici-bas; nous, dont la vie ne doit être qu'un sacri-
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dans mes actes et dans ma personne^ la sagesse de Tadminis* ^ tration ecclésiastique; je demande donc au Saint- Père de conserver la leçon de mon catéchisme. » Et il l'a gardée.
11 est facile de faire à notre situation Tapplication de la conduite du cardinal de Rennes.
De plus, après les déclarations à peu près unanimes des Congrégations en faveur de l'attitude passive, après des démonstrations éclatantes des catholiques dans la presse et dans les Congrès, céder serait révéler au grand jour une défaillance et un manque d'énergie qu'on chercherait en vain à dissimuler. Qui pourrions-nous convaincre à l'avenir par nos affirmations? qui pourrions-nous toucher par nos lamentations? On nous prendrait en pitié comme des discoureurs emphatiques, et chaque fois que nous chercherions à élever la voix, on se bornerait à hausser les épaules. On aurait droit de penser : les catholiques peuvent parler et se plaindre; ils n'ont pas le courage d'agir; nous aurions beau prolester, < ils auraient, en quelque sorte, droit d'affirmer qu'il n'y a plus de force virile dans le cœur des chrétiens, et que nous ne sommes plus de la race qui enfante les martyrs. - Poiivons-nous accepter de donner lieu par nos agissements à des pensées aussi injurieuses pour notre sainte religion, ou bien devons-nous reconnaître, le front rouge de honte et la tête baissée, que nous ne sommes plus dignes de souffrir ->' pour défendre les droits de l'Église? Donc, le temps n'est plus aux paroles, il est aux actes.
Si nous consentons à nous soumettre, après Texpérience du passé, et après les protestations de l'heure actuelle, qu'estce qui arrêtera désormais nos adversaires? Convaincus par les faits que nous ne savons que jeter au vent des discours et que nous n'avons plus assez d'énergie pour la lutte, ils précipiteront les mesures de la persécution, et, par notre manque de courage, nous aurons hâté le -moment où notre pauvre Église, abandonnée par nous, sera livrée à la merci de leur haine. Quand Noire-Seigneur Jésus-Christ fut arrêté au. 1
Jardin des Olives, relicto eo omnes fugerunt^ tous s'enfuirent ; chacun ne songeait qu'à se mettre personnellement à l'abri. Allons-nous renouveler pour l'Épouse de notre Dieu, ce lâche, cet égoïste abandon?
Nous donnons pour prétexte nos œuvres : mais nos œuvres, que vont-elles durer? Les sectaires ont juré la destruction des Congrégations qu'ils consentent à épargner pour quelques heures, aussi bien que des autres. Ils leur promettent hypocritement des privilèges, afin de diviser nos forces, de diminuer nos résistances et de pouvoir plus facilement nous frapper successivement. Eux-mêmes ont l'impudence d'annoncer que ces prétendues condescendances ne constituent aucun droit; ce ne sont que des faveurs révocables à volonté. Et pour cette vaine et trompeuse espérance, nous manquerions une occasion, peut-être la dernière, d'essayer, non plus seulement par des paroles et des gémissements humiliés, mais par une résistance passive et digne, d'arrêter la persécution qui tend à nous tuer?
Souvenons-nous que de notre attitude dépendent l'honneur et la vitalité de l'Eglise de France. Ce qui se débat aujourd'hui, ce ne sont pas nos intérêts matériels, ce sont nos droits et la liberté de l'Épouse de Jésus-Christ.
Si, pour la défendre, nous exposons nos biens, nos œuvres, notre existence elle-même; après tout, que sommes-nous, sinon les serviteurs et les soldats d'un Dieu mort sur une croix pour nous? Lui, il a tout compromis pour nous donner la liberté et l'honneur; nous, songerions-nous à nous sauvegarder nous-mêmes, quand l'honneur et la liberté de son Épouse sont en jeu?
Est-ce à nous de parler de marchandage et de compromission? Nos lèvres qui ne doiventqu'encourager les pusillanimes, pourraient-elles s'ouvrir pour faire entendre le cri du sauvequi-peut! Quoi! nous, religieux, nous qui faisons profession d'avoir tout abandonné pour Jésus-Christ, nous qui ne devons tenir à rien ici-bas; nous, dont la vie ne doit être qu'un sacri-
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fice; nous, ravant-garde, les enfants perdus de l'armée catholique; nou^, à qui sont réservés lès pi>stes'"ies plus périlleux; c'est nous, phalange d'honneur, qui donnerions le signal des transactions sacrilèges? dans. la crainte de subir les conséquences de nos actes, nous aurions peur d'accomplir noire devoir?
A Dieu ne plaise que notre conduite soit si peu d'accord avec la noblesse de noire vocation. C'est à nous, dans un moment où les courages s'affaiblissent, où toutes les unies fléchissent, c'est ànous,mômeau péril de ce qui nous est le plus cher, de relever les énergies et de montrer aux fidèles comment on doit combattre et comment, au besoin, on doit mourir pour la cause de TÉglise et celle de Jésus-Christ.