NOUS DEVONS RÉSISTER COMME CITOYENS FRANÇAIS
Dans un autre ordre d'idées, nous nous croyons, comme citoyens français, tenus de résister à la loi d'abonnement.
Cette loi, en effet, est inique; elle est basée sur des mensonges, c'est une loi d'exception. Tout y est laissé au caprice et au bon plaisir des ministres. Elle ne tient aucun compte de la sagesse et de Féquilé avec lesquelles on doit gouverner un grand peuple comme la France.
Si nous acceptons sans résistance cette façon injuste de nous traiter, nous trahirons nos devoirs et les intérêts de tous. Nous autoriserons, par cette soumission volontaire, le pouvoir à agir demain avec les autres co„.me aujo„rd-h«i il agit avec nous. 11 y a une solidarité réelle entre tous les concitoyens d'un même pays; méconnaître la liberté d'un seul, c'est violer la liberté de tous. Or, la loi est contraire au principe général et fondamental dé notre constitution devant la loi. Une fois le principe écarté, à cause de nous, qui empêchera de la violer également à foccasion de tons? Ce ne sera plus qu'une affaire d'opportunistiiè.
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Chaque parti qwi. arrivera au pouvoir s'empressera d'imiter nos ministres actuels pour frapper ceux qu'ils regarderont comme leurs adversaires : ce sera bientôt le tour des capitalistes, et, peu après, celui des patrons et des ouvriers. C'est donc les droits de tous qui sont blessés dans nos personnes ; ce sont eux que. nous devons défendre.
On veut détruire nos sociétés et nos œuvres, pouvons-nous laisser commettre contre notre pays un pareil attentat, sans nous efforcer de lui en épargner le malheur? Quoi qu'on dise et quoi qu'on pense, les Congrégations religieuses remplissent un rôle social de la plus haute importance. Les intérêts du pays sont liés aux nùtres. Quel vide notre destruction causerait! Avec nos Sociétés disparaîtraient les œuvres innombrables de charité qui ne vivent que par nous. Qui prendrait soin des vieillards, des orphelins, des pénitentes, des malades, des aliénés, des pauvres, si on supprimait les Petites-Sœurs, les Filles de Charité, les Sœurs du Refuge et du Bon-Pasteur, etc?.... Qui recueillerait les enfants des classes primaires, les jeunes gens de nos collèges, si les Congrégations enseignantes d'hommes et de femmes devaient cesser de s'en occuper? Où. trouver dans la- Caisse vide de l'État les 200 milUons que chaque année nous dépensons pour ces œuvres? Je ne veux pas comparer le dévouement et l'aptitude des membres de l'assistance publique et de l'enseignement officiel à ceux des rehgieux et des religieuses; mais pour ne tenir compte que du nombre et de l'argent, où chercher de quoi remplacer plus de 100 000 Congréganistes et faire face à 200 millions de dépenses?
La France a des intérêts d'un autre ordre, dont la garantie, à peu près unique, appartient aux Congrégationsreligieuses : c'est son influence dans les pays lointains. Je ne nie pas le rôle que remplissent nos soldats, nos agents et nos commerçants dans nos colonies et dans quelques comptoirs à l'étranger. Mais l'action de nos missionnaires, de nos religieuses .dans toutes ces contrées a une tout autre portée. Dans presque tous les pays du monde, c'est nous qui avons rendu synonymes
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M noms de catholique et de Français. Tout pays converti connaît et aime la France, car c'est de noire pays que sont partis le plus grand nombre des missionnaires, et c'est sa charité qui fournit à la Propagation de la Foi presque toutes se& ressources financières. Aussi nos gouvernants, même ceux qui, comme (îanibella, ont adopté la maxime : le cléricalisme, c'est l'ennoemi, reconnaissent que la persécution n'est pas article d'exportation. Ceux qui veulent nous voler, en France, nous fournissent des ressources pour aider nos œuvres à l'étranger, et s'ils veulent nous chasser et nous poursuivre ici^ au loin, par patriotisme, ils nous protègent et s'empressent de se dire nos amis.
Mais si on réussit en France à tarir la source où viennent puiser les Congrégations de missionnaires, si on arrache du sol la racine principale de noire vitalité, l«'s ruisseaux seront bien vite desséchés et les rameaux sans vigueur. Si on ruine les maisons-mères, les noviciats, c'en est fait des missions Oorissanles du Levant, de celles de r)^:\lr(M]ie-Orient, de l'Océanie. Partout, avec nos Religieux et avec nos Sœurs, disparaîtra l'intluence fran(:aise, et si nous n'y sommes plus les apôtres du catholicisme, on ne lardera pas à y oublier môme le nom de notre pays.
Notre cause est donc éminemment franraise. Par nos œuvres de charité, nous sommes les serviteurs, par nos missions, nous sommes les pionniers de la France. Si un général prend les intérêts de son pays en ménageant ses ressources et en défendant la liberté d'action de ses troupes, n^oublions pas que nos 150 000 religieux forment aussi à la France une armée à laquelle sont confiés ses intérêts et sa gloire; c'est donc faire acte de patriotisme, c'est obéir à un devoir social fue de se soustraire à la ruine, au servilisme et à la mort.
Enfin, en prenant l'altitude passive au risque d'avoir à subir des privations arbitraires et iniques, nous croyons rendre à la France un service d'un autre genre qui n'est pas Moins précieux.
Chez nous, aujourd'hui, les caractères sont bien abâtardis. Nous savons que la Franc-Maçonnerie compte à peine, 40 000 adeptes. La majorité des Français est catholique, et si beaucoup sont indifférents dans la pratique, la presque totalité ne voudrait pas se porter contre nous à des mesures violentes. La masse voit d'un bon œil les religieuses dans les hôpitaux, les Frères et les Sœurs dans les écoles. Même ceux qui ne vont plus à l'église désirent qu'on enseigne à leurs enfants les principes religieux. L'expérience et le bon sens ont appris à tous les parents que la crainte de Dieu est la plus forte garantie delà morale. Nos économistes ont constaté que le Décalogue est la meilleure constitution d'une société et ^'une famille; or, c'est au catéchisme qu'on apprend le Décalogue.
Mais sur ce point comme sur beaucoup d'autres, on recule parce qu'on a peur de la lutte. On ne veut pas se créer d'embarras, se susciter des affaires, même en usant de ses droits. On préfère acheter la paix en courbant la tête devant les ordres d'une minorité remuante que l'on méprise, mais à laquelle on obéit. Où donc est cet amour de la liberté qui portait nos ancêtres à réclamer si fortement leurs franchises? Qu'est devenu cet esprit chevaleresque auquel les aventures souriaient, et qui ne savait compter ni les blessures, ni les coups donnés ou reçus, toutes les fois que l'honneur, la justice ou la liberté étaient attaqués? Serions-nous devenus un peuple vieilli? Sommes-nous faits désormais pour le servilisme? Les provinces, les villes, les personnes n'ont-elles plus de droits en présence de cet être impersonnel, qu'on nomme l'État, et des quelques hommes qui prétendent le représenter? Sommes-nous à tout jamais taillables à merci, et le despotisme moderne ne verra- t-il à ses pieds que des esclaves prêts à recevoir des chaînes?
Combien d'employés du gouvernement voudraient aller à la messe, faire élever chrétiennement leurs enfants? mais s'ils obéissent à leur conscience ou à leur amour paternel, des
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droits acquis par de longs el loyaux services seront méconnus et leur situation coaipromieew, ^taCi pari^-t-on des conquêtes de la Révolution pour briser les chaînes? La liberté ne seraitelle chez nous qu'un vain mot, et ne trouverait-elle dans nos rangs aucun défenseur?
C'est à nous, religieux, à nous qui, avec le clergé, avons fait la France, à nous qui lui avons inspiré son esprit chevaleresque, à nous qui, tant de fois, devant les tyrans, avons défendu les libertés des peuples, c'est à nous de nous lever encore aujourd'hui et de dire à ceux qui nous gouvernent : « Demandez la force de nos bras, le concours de nos volontés, demandez notre argent et noire sang pour le service et la défense de la patrie, nous ne les marchanderons pas; mais respectez nos droits et nos libertés, traitez-nous comme des hommes et non comme des esclaves. »
Puissions-nous, par notre courage et notre exemple, redonner à nos concitoyens quelque cliose de la noblesse de sentiments, de l'esprit chevaleresque, de la fierté et de l'amour de la liberté qui ont toujours formé le caractère du peuple français I Si nous ne savons pas défendre nos libertés contre ceux qui, à Tintérieur, les foulent aux pieds, saurons-nous les sauvegarder contre les attaques de l'ennemi du dehors? Qui accepte lâchement la tyrannie d'un despote ne tarde pas à tendre les mains aux chaînes de l'étranger.
A nous donc, religieux, par notre attitude, de prendre la défense de TÉglise et de la France.