ÉNUCLÉATION PRÉVENTIVE
L'énucléation est dite préventive, quand on la pratique avant que le moindre phénomène d'ophtalmie sympathique se soit manifesté. Dès le premier début de l'énucléation, on n'avait pas tardé à reconnaître que dans bien des cas d'ophtalmie déclarée elle était inefficace, et l'on avait fait aussi cette observation que l'affection était d'autant plus facile à guérir que le traitement était institué plus tôt. Aussi sembla-t-il tout-à-fait naturel d'admettre l'utilité et même la nécessité de l'intervention comme méthode préservative. Cette indication du traitement préventif de l'ophtalmie sympathique ne fut pas établie sans soulever d'ardentes récriminations ; on objecta les dangers de l'opération; Schweigger prouva que, sur six énucléations, on faisait au moins cinq opérations inutiles.
Malgré tout, Ténucléation préventive fut acceptée par la plupart des ophtalmologistes ; ses avantages étaient si évidents, son utilité si incontestable qu'elle s'imposa comme méthode de traitement, et Warlomont, qui avait déjà essayé, mais vainement, d'en poser les indications au congrès de Londres en 1872, les vit accepter avec enthousiasme en 1877, au congres de Genève.
Il est évident que, par ce traitement préventif, on sacrifie bien souvent des yeux qui n'auraient [jamais été le point de départ d'accidents sympathiques; il serait dans certains cas préférable d'attendre les symptômes cle l'irritation, si l'on était sûr d'être prévenu à temps par les premiers prodromes de l'affection.
Mais bien souvent ces prodromes font complètement défaut, et l'ophtalmie éclate avec une telle gravité que le traitement reste inefficace ; aussi croyons-nous que l'on peut poser ainsi les indications de l'énucléation préventive : l'énucléation est indiquée dans tous les cas où un traumatisme grave a désorganisé le globe ; par l'opération immédiate, on épargne ainsi au malade les frais d'une longue suppuration.
Elle est indiquée dans tous les cas où un œil perdu pour la
vision est gênant pour le malade, soit parles douleurs dont il est le siège, soit par son aspect disgracieux, soit encore par l'obstacle qu'il met à la prothèse.
L'énucléation est formellement indiquée dans^ les cas où un œil perdu pour la vision est le siège d'un corps étranger.
Comprise dans cette large acception, l'énucléation préventive est destinée à rendre de grands services au malade à qui elle donnera une sécurité complète pour l'avenir, au chirurgien à qui elle évitera de se trouver aux prises avec une affection aussi grave que l'ophtalmie sympathique déclarée.