‹ Étude sur l'apprentissage à ToulouseChapitre 16 sur 50 · I . Voir p. 2G · texte numérisé non relu

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qu'il y ait — et nous ne l'avons pas rencontrée — une époque précise où devra, pour chaque métier donné, commencer l'apprentissag'e. Cela dépend de la santé de l'enfant, de ses aptitudes, des ressources de ses parents, etc. Et si parfois la durée nécessaire de l'apprentissage fait eng^ag-er plus lot l'apprenti, comme peut-être dans un contrat du 25 juillet 1704 des fondeurs et doreurs, où la perspective des six ans convenus a pu déterminer les parents à contracter malg-ré les 18 ans de leur fils; en revanche, l'âg-e plus élevé de l'apprenti peut influer sur le temps luimême — que nous savons variable — de l'apprentissage, comme, sans doute, dans le premier cas (1694), vu plus haut, du maître maçon Sarraute. Par ailleurs, chez les faiseurs de petits souliers, nous trouvons un apprenti de i5 ans seulement qui ne s'eng-age que pour deux ans.

La seule remarque véritablement intéressante que nous puissions dégager de ces quelques documents, c'est l'âge relativement élevé de Tapprenti (bien qu'un certain nombre de corps de métiers permissent aux enfants de commencer de très bonne heure leur apprentissage), puisque nous avons trouvé, en efî*et, de nombreux contrats de 20 à 25 ans : ce qui, dans nos habitudes actuelles, serait considéré comme tardif pour apprendre un métier. Or précisément ce fait est très symptomatique de la vie sociale de l'ancienne France : l'existence n'avait point généralement alors ce caractère fiévreux' que devait lui donner, à

I. Elle n'eut en effet ce caractère qu'accidentellement à de certaines époques, dans certaines catég-ories de la société ; presque tou-

partir de l'iadividualisme rëvolutlonaaire, la suppression on ramoindrissement de toutes les institutions, de tous les cadres sociaux, et son propre esclavage d'une sensibilité toute d'instinct, désormais sans limites. C'est là justement que se trouve la raison profonde de cet ordre, de cette paix, pour tout dire, de ce bonheur social relatif (comme il le sera toujours), qui, en dépit des erreurs, des abus ou des circonstances malheureuses, rég^na durant notre histoire, y compris tout l'Ancien Rég'ime. La nation, dans ses pires malheurs, se sentait soutenue par le réseau protecteur de ses institutions, animée par l'esprit reiig*ieux qui imposait à l'individu le devoir et la dignité d'une fonction. Expression plus réduite de cette vie sociale, mais frappante par l'importance déjà signalée de son objet, l'existence de la famille ouvrière d'autrefois se trouvait assurée par l'encadrement familial, puis corporatif : dès lors, les enfants pouvaient commencer leur apprentissage plus tard et, par un contratauxlignes précises, passer sans secousse d'une famille dans une autre plus vaste. Ainsi, d'ailleurs, comme la durée de cet apprentissage, comme l'entretien liabituel par le maître, cette coutume d'un âge assez élevé, sans l'être trop, facilitait l'éducation professionnelle, les jeunes gens étant de la sorte plus désireux et plus capables de saisir leur métier.

Mais, d'autre part, il y avait dans le règlement de ces diverses conditions générales du contrat d'ap-

joiirs justement en raison d'une rupture partielle de conduite ou d'intelligence avec la tradition du pays : comme au temps de la Fronde et surtout au dix-huitième siècle chez une partie des classes élevées.

prentissag^e une grande souplesse, comme en ont iémoig-né les nombreux exemples cités : seulement, toutes les variations, que nulle règ*le plus g-énérale n'interdisait, se ramenaient toujours, parce que fixées nécessairement dans un contrat solennel, à une même direction d'ensemble que la vie corporative inspirait tout en la contrôlant de cette façon. Définitivement, le contrat d'apprentissag-e prend à nos yeux fig"ure d'institution protectrice, assise principale peut-être de cette autre institution plus g-randiose qui Tenveloppait en s'y appuyant : la corporation.

Extinction du contrat. — Mais avant d'examiner, tant au point de vue professionnel que moral, les merveilleuses conséquences propres au contrat d'apprentissag-e, nous devons, pour compléter l'étude des caractères généraux de ce contrat et parfaire sa physionomie si importante, nous préoccuper de ses modes d'extinction, tels que nous les révélera la vie corporative toulousaine. Ici, évidemment, nous rencontrous les cas ordinaires de résolution des contrats : principalement la mort du maître ou de l'apprenti et r arrivée du terme.

En ce qui concerne le cas de mort^ rien de particulier, sauf peut-être qu'il est curieux de sig^naler à ce sujet une prescription des statuts des bonnetiers (commencement du dix-septième siècle), qui constitue assurément un abus : sans doute, le contrat sera résolu du fait de la mort de l'apprenti arrivée avant le terme, et pourtant le maître (( ne pourra ni aura la faculté de tenir autre apprenti avant que ledit terme

ne soit expiré sous la peine de i marc d'argent. » Evidemment, c'est là, en faveur du monopole des maîtres en fonction, un abus incontestable*, que l'on doit citer en passant^, pour montrer d'exemple que tout n'était peut-être pas parfait dans notre ancienne org'anisation sociale et que diverses exag-érations avaient pénétré le vieux régime corporatif. Mais, d'autre part, si des abus de ce genre avaient des conséquences fâcheuses, ils étaient entièrement distincts du principe corporatif lui-même, qui s'était d'ailleurs si longtemps développé sans qu'ils apparussent : ce sera toujours une redoutable naïveté de confondre des excès avec les institutions sur lesquelles ils ont germé, des fruits gâtés avec l'arbre vigoureux qui les porte. Ces abus, pareils à celui que nous signalons, n'appelaient vraiment — en cela surtout leur rencontre nous intéresse ici — que des réformes en un sens différent, plus voisines d'ailleurs du véritable esprit corporatif qui rejette quelques intérêts privés s'ils nuisent à l'intérêt général du corps. La vision de ces excès trop proches devait s'exagérer chez les hommes de la fin du dix-huitième siècle : les résultats de la suppression des corps de

I. Ce n'était pourtant que l'exagération d'une tendance propre à tout corps org-anisé et qui en elle-même peut être féconde (cf. p. lo). Si une telle exagération, par le monopole de classe qu'elle exprimait, risquait de devenir contradictoire de la complexité corporative, il ne faut pas oublier cependant, en effet, que la corporation dut fréquemment son salut et sa vigueur à cette tendance, comme au quinzième siècle à la fin de la guerre de Cent ans. — Ne trouvonsnous pas aujourd'hui dans le syndicalisme ouvrier un effort analogue (très intéressant, mais autrement redoutable en tant que fruit d'une doctrine) vers le monopole de la classe opposée? Voir II« partie, notamment p. 88, note 2,

métier révélèrent ce qu'avait à son lour de faux une telle exag-ération ^

Avec la mort, Parrivée du terme constitue un second cas normal de résolution des contrats. Nous verrons, sans doute, en étudiant les oblig^ations professionnelles réciproques des parties^ que l'apprenti est tenu de réparer le temps perdu pour cause de maladie et qu'ainsi le terme fixé en est reculé d'autant : mais précisément ceci est plutôt une confirmation de l'échéance du terme (la durée complète de l'apprentissag^e s'entendant ainsi de la durée active). Il faut donc attendre le terme, et nous savons^, en effet, la force du lien qui^ par le contrat d'apprentissag-e, unit l'apprenti au maître. « Si l'apprenti s'absente, le maître pourra le sommer par acte d'exécuter son obligation », disent, par exemple, les statuts des ouvriers en étoffe d^'or, argent et soie (xiv) ; ou encore, prescription, excellente ici, des bonnetiers : (( Tout apprenti dudit office sera tenu d'accomplir et d'achever le temps de son apprentissage avec le maître qu'il aura pris, sous la peine de 2 livres tournois payables par ledit apprenti. »

Mais il ne faudrait «pas croire dès lors que le contrat d'apprentissage constituât une sorte d'impasse, quelqu'une de ces barrières infranchissables dont l'histoire romantique a hérissé l'ancienne France, et derrière laquelle il fallait que maître et apprenti attendissent l'arrivée du terme ou la mort. Ce serait acheter très cher les bienfaits de l'institu-

1 . Certains Cahiers de 89 l'avaient bien compris qui réclamaient seulement des améliorations.

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